Cadre d'analyse du prix de l'or, vol. 2 : le volet énergétique de l'équation – Partie II

Dans cette deuxième partie de notre cadre d'analyse actualisé du prix de l'or, nous examinons en profondeur l'exposition réelle des sociétés aurifères à l'énergie. Nous constatons que les mines d'or ne sont pas seulement exposées à des coûts énergétiques directs importants, tels que les carburants et l'électricité : leur exposition indirecte à l'énergie est encore plus grande. Notre analyse ascendante montre qu'environ 50 % des coûts de production du producteur d'or moyen sont étroitement liés aux prix de l'énergie. Ce résultat concorde avec les conclusions de la première partie de notre cadre d'analyse du prix de l'or, qui montrait qu'une variation de 1 % des prix de l'énergie à plus long terme influe d'environ 0,5 % sur le prix de l'or.


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Dans la première partie de ce rapport, nous avons passé en revue le modèle de prix de l'or que nous avons présenté l'an dernier et l'avons perfectionné. Nous vous recommandons vivement de la lire ici afin de mieux comprendre les conclusions présentées dans ce rapport. À l'aide d'outils économétriques, nous avons montré que les variations des prix de l'énergie – plus précisément des prix du pétrole à échéance plus lointaine – constituent un facteur majeur des variations du prix de l'or en USD (les variations des taux d'intérêt réels étant l'autre facteur principal). Dans la deuxième partie de ce rapport, nous adoptons une approche plus qualitative et plus globale en examinant les besoins énergétiques réels de l'extraction aurifère.

L'analyse statistique des prix de l'or dans la première partie était compliquée par le fait que les données de prix sont souvent difficiles à obtenir, incomplètes, voire inexistantes. Or, ces mêmes difficultés sont encore accentuées lorsqu'il s'agit des données réelles sur la consommation d'énergie de l'industrie aurifère. Les producteurs d'or ne sont pas tenus de publier leur consommation d'énergie. Et même s'ils l'étaient, on ne voit pas clairement ce qu'ils devraient déclarer ni s'ils disposeraient seulement des données.

Les données sur les coûts énergétiques directs, sous forme de carburants et d'électricité, sont relativement faciles à trouver. L'examen de l'exposition énergétique directe, c'est-à-dire de la consommation de carburant et d'électricité des producteurs d'or, montre clairement que l'extraction aurifère est énergivore. Même l'exploitation à ciel ouvert, comparativement plus simple, consomme beaucoup de carburant pour les camions et les excavatrices, et l'exploitation souterraine consomme en outre de l'électricité pour le refroidissement. Le traitement du minerai d'or est lui aussi très énergivore. La plupart des grandes sociétés aurifères publient ces coûts énergétiques directs sous une forme ou une autre. En général, ces coûts déclarés représentent environ 15 à 25 % des coûts d'exploitation totaux aux prix actuels de l'énergie, mais ils ont été plus élevés par le passé, lorsque les prix de l'énergie étaient supérieurs à ceux d'aujourd'hui.

Mais l'extraction aurifère est également énergivore au-delà du gazole et de l'électricité consommés pour extraire et traiter l'or et refroidir les mines souterraines. Elle nécessite beaucoup de ressources et de matériaux énergivores, tels que l'acier, les produits chimiques, le ciment et les pneus, ainsi que des machines (camions, excavatrices, broyeurs) dont la fabrication consomme de l'énergie. En définitive, même les salaires reflètent en partie les coûts de l'énergie, car les variations des prix de l'énergie influent sur le coût de la vie des travailleurs, notamment le logement et l'alimentation. Nous appelons ces coûts les coûts énergétiques indirects. Nous supposons que les sociétés elles-mêmes ne connaissent pas l'exposition énergétique réelle de ces coûts. Toutefois, pour ce rapport, nous avons méticuleusement disséqué les charges figurant dans les comptes de résultat des plus grands producteurs d'or du monde afin d'estimer dans quelle mesure ces coûts énergétiques indirects pèsent sur les charges de l'extraction aurifère.

Notre analyse ascendante montre qu'environ 50 % des coûts de production du producteur d'or moyen sont étroitement liés aux prix de l'énergie. Ce résultat concorde avec les conclusions de la première partie de notre cadre d'analyse du prix de l'or, qui montrait qu'une variation de 1 % des prix de l'énergie à plus long terme influe d'environ 0,5 % sur le prix de l'or.

Comment cette analyse ascendante s'articule-t-elle avec notre cadre d'analyse du prix de l'or ? Nous avons utilisé notre modèle de prix de l'or pour analyser la part des grandes variations du prix de l'or depuis 2001 qui s'explique par les variations des prix de l'énergie à plus long terme. Notre modèle estime que 610 USD/once troy de la hausse totale du prix de l'or entre 2001 et 2008 s'expliquaient par la hausse des prix de l'énergie à plus long terme. En revanche, en retenant le résultat de notre analyse ascendante selon lequel les coûts énergétiques représentent environ la moitié des coûts de production de l'or, la variation des prix de l'énergie expliquerait 570 USD/once troy. Nous obtenons des résultats tout aussi proches pour d'autres mouvements haussiers majeurs ainsi que pour des mouvements baissiers (voir la figure 1).

Hausse des prix de l'énergie à plus long terme de 2001 à 2008

Ni notre modèle descendant du prix de l'or ni l'analyse ascendante présentée dans ce rapport ne doivent être interprétés à tort comme un outil de trading. Il s'agit plutôt d'un cadre très utile pour déterminer où nous en sommes dans le cycle du prix de l'or. Les prix de l'énergie figurent clairement parmi les principaux facteurs du prix de l'or. Le creux des prix de l'énergie à plus long terme a donc renforcé le plancher du prix de l'or fixé par les taux d'intérêt réels. Nous pensons que le point bas des prix de l'énergie à plus long terme est derrière nous et que ces prix devront probablement augmenter fortement à long terme (nous approfondirons ce point dans la troisième et dernière partie de ce rapport). Cela, combiné à notre opinion selon laquelle les taux d'intérêt réels ont peu de potentiel de hausse mais beaucoup de potentiel de baisse à partir de maintenant, ainsi qu'au risque persistant de nouvelles mesures d'assouplissement non conventionnelles et non éprouvées de la part des banques centrales, rend les perspectives du prix de l'or nettement orientées à la hausse. En d'autres termes, les perspectives du prix de l'or présentent une forte asymétrie.  

La première section de ce rapport examine l’exposition énergétique directe des producteurs d’or. Dans la deuxième partie, nous analysons les coûts indirects, en nous appuyant sur le cadre des coûts décaissés totaux de soutien (All-in sustaining cash costs, AISC) du World Gold Council. Dans la dernière section, nous commentons les résultats.  


L’EXPOSITION ÉNERGÉTIQUE DIRECTE DES PRODUCTEURS D’OR

Le CDP (anciennement Carbon Disclosure Project) est une société britannique qui recueille des données déclarées par plus de 3 000 grandes entreprises. Entre autres informations, les entreprises sont invitées à déclarer leur consommation d’énergie de manière détaillée. Les sociétés minières déclarent généralement leur consommation d’énergie directe sous forme d’électricité (provenant du réseau) et de combustibles, ces derniers étant souvent ventilés par type de combustible consommé (une partie servant également à produire de l’électricité hors réseau). Nous avons analysé les données des 25 plus grands producteurs d’or purs au monde (l’or représentant au moins 50 % de leur production annuelle en valeur). Parmi les 25 plus grands producteurs d’or cotés en bourse au monde, qui représentent environ 36 % de l’offre minière annuelle totale, 18 ont déclaré leurs données au CPD pour 2016. Polyus Gold est le seul grand producteur d’or à ne pas avoir fait de déclaration au CDP. Toutefois, la société publie sa consommation d’énergie de manière indépendante dans son rapport annuel 2016. Le résultat figure dans le tableau 1.

Ces données permettent de calculer approximativement l’intensité énergétique de chaque entreprise, en divisant la consommation d’énergie directe totale d’une année par la quantité d’or extraite. En moyenne, les principaux producteurs d’or ont besoin d’environ 8,3 térajoules (TJ) par once d’or1. Cependant, plusieurs réserves s’imposent :

Les entreprises déclarent leur consommation d’énergie sous forme de combustibles et d’électricité. Les données relatives à l’électricité sont ventilées entre l’électricité achetée, l’électricité produite à partir de sources renouvelables et l’électricité produite à partir de sources non renouvelables. Cette dernière provient donc d’une production d’énergie fondée sur les combustibles que l’entreprise consomme, et qu’elle déclare séparément. En outre, toutes les données énergétiques sont exprimées en térajoules (TJ). Les combustibles tels que les produits pétroliers et le charbon ont un contenu énergétique appelé « pouvoir calorifique ». Il correspond à la quantité d’énergie contenue dans un baril de pétrole ou une tonne de charbon. Or, lorsqu’un combustible sert à produire de l’électricité, une grande quantité d’énergie est perdue au cours du processus. Ainsi, une société aurifère qui produit sa propre électricité consommera beaucoup plus d’énergie sous forme de combustible pour obtenir la quantité d’énergie électrique qu’elle déclare au CDP. En d’autres termes, deux entreprises pourraient utiliser la même quantité d’énergie par once d’or extraite, mais comme l’une produit sa propre électricité et que l’autre l’achète à un tiers, cette dernière semblerait consommer moins d’énergie. Par conséquent, ces données ne se prêtent pas à une comparaison de l’énergie par once extraite entre les entreprises, mais plutôt à l’examen d’une consommation d’énergie moyenne à l’échelle du secteur.

Ces données doivent donc être manipulées et analysées avec prudence. Néanmoins, nous avons constaté qu’une fois la consommation d’énergie convertie en coûts, les résultats concordaient en grande partie avec les coûts énergétiques que les entreprises ont effectivement déclarés, tant au CDP (seules les très grandes entreprises ont communiqué ces estimations) que dans leurs rapports annuels.

consommation d’énergie des plus grandes sociétés aurifères

Par ailleurs, les sociétés aurifères que nous avons analysées ont eu tendance à conserver un bouquet énergétique similaire au fil du temps. Ainsi, même si les données ne permettent pas de comparer la consommation d’énergie des différentes entreprises entre elles, elles permettent d’analyser l’évolution de la consommation d’énergie par once extraite d’une même entreprise. À ce stade, nous ne disposons de données complètes que pour quelques producteurs (heureusement les plus importants) et seulement à partir de 2011. (Des données antérieures existent, mais elles sont souvent incompatibles avec le cadre de déclaration actuel.) Ces données montrent que, malgré les efforts constants des producteurs d’or pour réduire leur consommation d’énergie, la quantité d’énergie consommée pour produire une once d’or tend à augmenter (voir la figure 2).

Les données révèlent que l’énergie moyenne dépensée par once d’or produite a augmenté de 2011 à 2013, a diminué en 2014, puis a rebondi pour atteindre un nouveau record. À notre avis, cela reflète principalement deux éléments :

1. L’augmentation de l’intensité énergétique est cohérente avec la baisse des teneurs des minerais dans l’industrie minière (cuivre, zinc, nickel, ainsi que production pétrolière, où les formes non conventionnelles de production, telles que les sables bitumineux ou le pétrole de schiste, sont beaucoup plus énergivores par baril produit que les gisements conventionnels). Cela paraît également logique, puisque l’industrie minière devrait exploiter les sources les moins coûteuses avant de passer aux plus onéreuses, compte tenu de l’importance de l’énergie dans les coûts d’exploitation. Il existe naturellement un lien entre faible coût/coût élevé et faible/forte intensité énergétique. Nous nous attendons donc à ce que, sur le long terme, l’intensité énergétique de l’extraction aurifère augmente.

2. La hausse des cours de l’or incite à exploiter des gisements très énergivores, et inversement. Des gisements dont l’exploitation était auparavant non rentable en raison de leur forte intensité énergétique le sont soudainement devenus lorsque l’or a atteint en moyenne 1 670 USD l’once en 2012. En 2013, les cours ont commencé à se corriger fortement par rapport à leurs sommets, ce qui a de nouveau rendu l’exploitation de ces minerais non rentable et a probablement conduit à un recours accru à l’écrémage des filons les plus riches (« high grading »). En conséquence, la consommation d’énergie moyenne par once d’or extraite a légèrement diminué. Toutefois, les cours ayant depuis repris leur tendance haussière de long terme, nous nous attendons à ce que les sociétés minières aurifères augmentent de nouveau leur consommation d’énergie afin de maximiser leur production.

Au fil du temps, à mesure que nous disposerons de davantage de données, il sera intéressant d’observer l’évolution de l’intensité énergétique à long terme. D’un côté, nous nous attendons à ce que les teneurs des minerais continuent de diminuer ; de l’autre, les sociétés minières aurifères continueront d’améliorer leur efficacité.

Intensité énergétique de la production d’or

Le coût de l’exposition directe à l’énergie

La plupart des entreprises déclarent leurs coûts énergétiques directs directement au CDP. En moyenne, ils représentent environ 20 % des coûts d’exploitation totaux pour 2016, dernière année déclarée. Toutefois, au cours des années précédentes, lorsque les prix de l’énergie étaient plus élevés, certaines entreprises ont déclaré des dépenses énergétiques directes atteignant 30 % des coûts d’exploitation totaux, voire davantage. Nous avons ensuite tenté d’estimer les coûts énergétiques à partir des données de consommation d’énergie déclarées. En raison du bouquet énergétique très varié de chaque entreprise ainsi que des écarts considérables entre les prix locaux des matières premières (par exemple, une tonne de charbon livrée à une mine en Australie n’a pas du tout le même prix qu’une tonne de charbon en Chine), tout calcul sous-estimera inévitablement les coûts réels supportés par un exploitant. À titre d’approximation, nous avons utilisé le coût moyen d’un baril de pétrole Brent, que nous avons multiplié par la consommation d’énergie de chaque entreprise. Dans la plupart des cas, les résultats sont du même ordre de grandeur que ceux déclarés par les entreprises elles-mêmes, et les deux se situaient en moyenne autour de 20 % en 2016 (voir le tableau 3).

Il importe de noter qu’il s’agit des plus grands producteurs d’or au monde. Ce ne sont pas des producteurs marginaux, qui exploitent à la limite de la rentabilité. Ce sont les producteurs dont les coûts sont les plus élevés qui comptent réellement pour le cours de l’or. Si le cours de l’or tombe sous les coûts de production des producteurs marginaux, ceux-ci réduiront leur production et l’offre d’or diminuera. Par conséquent, pour que la production mondiale d’or continue de croître d’environ 1,5 à 2 %, comme elle le fait depuis des décennies, les prix doivent être suffisamment élevés pour que les derniers de ces producteurs puissent extraire leur or. Malheureusement, les petits producteurs ont tendance à ne pas déclarer leur consommation d’énergie. Nous n’avons par exemple pu obtenir aucune donnée pour la Chine, qui est, en tant que pays, le plus grand producteur d’or au monde à l’heure actuelle. Il est raisonnable de supposer que bon nombre de ces entreprises ont une exposition à l’énergie plus élevée que les plus grands producteurs d’or cotés que nous avons analysés dans ce rapport.

L’importance du pétrole dans les coûts énergétiques directs

Dans notre modèle de prix de l’or, présenté dans la première partie de ce rapport, nous avons constaté que les prix à terme du pétrole à échéance lointaine donnaient les meilleurs résultats dans une analyse de régression multiple : la valeur t de la régression indiquait une forte significativité, et ces prix amélioraient l’ajustement du modèle plus que toute autre variable de prix de l’énergie. Nous avons déjà exposé plus haut pourquoi, pour l’or, ce sont les prix de l’énergie à échéance lointaine qui comptent plutôt que les prix au comptant. Mais pourquoi les prix du pétrole fonctionnent-ils aussi bien dans le modèle alors que les sociétés minières aurifères utilisent diverses sources d’énergie ? Dans notre étude-cadre initiale, nous avancions que le pétrole constitue simplement une bonne approximation de l’ensemble des prix de l’énergie. Cela était cohérent avec nos travaux antérieurs.

Par exemple, la Chine est l’acteur le plus important pour l’acier et l’aluminium. La fabrication de ces matériaux requiert d’énormes quantités d’énergie, qui provient en Chine principalement de centrales électriques au charbon. Or, nous avons constaté que les prix du charbon en Chine évoluent avec ceux du pétrole. La raison en est que, si la Chine produit beaucoup de charbon, celui-ci doit tout de même être acheminé des zones de production vers les zones de consommation, ce qui se fait par rail, et que ces trains fonctionnent au diesel. Le prix du charbon importé est en outre influencé par les coûts du transport maritime, lesquels sont fortement corrélés au prix du pétrole. Nos conclusions selon lesquelles les prix du pétrole à échéance lointaine peuvent expliquer une large part des variations du cours de l’or ne nous ont donc pas surpris, même si nous ne savions pas exactement quelle part des coûts énergétiques des sociétés minières aurifères était directement liée au pétrole par rapport à toutes les autres formes d’énergie. En outre, nous soupçonnions que, pour les petits fournisseurs, qui figurent probablement parmi les producteurs marginaux (c’est-à-dire ceux dont les coûts sont les plus élevés et qui sont donc les plus pertinents pour le coût de remplacement de l’or), le pétrole serait la principale forme d’énergie consommée. Les investissements considérables nécessaires empêchent les petites exploitations situées dans des zones isolées d’être raccordées au réseau électrique ; elles sont donc plus susceptibles de recourir au pétrole, même pour produire de l’électricité. Cela est cohérent avec ce que l’on observe dans d’autres exploitations minières, telles que celles du cuivre, du zinc ou du nickel.

Mais en analysant les données du CDP, nous avons été surpris de constater que, même parmi les très grandes entreprises, le pétrole est de loin la première source de consommation d’énergie directe. Le pétrole et les produits pétroliers (principalement le diesel et le fioul) représentent environ 50 % de la consommation d’énergie directe totale des principaux producteurs d’or. L’électricité du réseau n’en représente que 33 % ; le gaz naturel et le propane2 comptent pour 12 % et le charbon pour 9 %. De plus, une partie de l’électricité du réseau provient également de centrales alimentées au pétrole, notamment dans les zones isolées. La part du pétrole dans le mix est donc probablement encore plus élevée. Au total, le pétrole est de loin la première source d’énergie directe dans l’industrie aurifère, et il le restera dans un avenir prévisible. La répartition complète du mix de consommation d’énergie directe figure dans le graphique 3.

Consommation d’énergie des plus grands producteurs d’or

L’EXPOSITION INDIRECTE DES PRODUCTEURS D’OR À L’ÉNERGIE

Si la base de données du CDP fournit des données complètes sur l’exposition directe des producteurs d’or à l’énergie, l’exposition indirecte est beaucoup plus difficile à cerner. Aucune base de données tierce ne permet d’y répondre. Les seules sources d’information sont donc les états financiers et les présentations des producteurs d’or. Or, dans leurs états financiers, les sociétés aurifères publient généralement une multitude de types de coûts, souvent différents d’une entreprise à l’autre. La plupart n’apportent aucune information sur l’exposition à l’énergie. Heureusement, les plus grands producteurs le font, ou l’ont du moins fait par le passé.

Indicateurs de coûts publiés par les producteurs d’or

Dans un premier temps, nous examinons la manière dont les producteurs d’or publient habituellement leurs coûts. À l’initiative du World Gold Council (WGC) il y a quelques années, les producteurs d’or ont commencé à publier ce que l’on appelle les « coûts de maintien tout compris (AISC) ». Selon le WGC, l’AISC est « une mesure non conforme aux normes GAAP, destinée à offrir davantage de transparence sur les coûts liés à la production d’or. Les "coûts de maintien tout compris" prolongent les indicateurs existants de "coûts décaissés" et intègrent les coûts liés au maintien de la production. Les "coûts tout compris" comprennent des coûts supplémentaires qui reflètent la variation des coûts de production de l’or sur le cycle de vie d’une mine. » Et plus loin : « Il appartient à chaque entreprise de déterminer comment elle rend compte au marché et de décider si ses parties prenantes jugeront ces nouveaux indicateurs utiles pour comprendre son activité. »

Le WGC a également publié des directives détaillées pour le calcul de l’AISC. Dix-sept postes de coûts composent l’AISC. Les postes (a à k) forment les coûts décaissés d’exploitation, et l’ajout des postes (m à r) donne l’AISC. Les producteurs d’or ne sont pas tenus de publier chaque poste individuellement. En pratique, la plupart publient leur propre répartition, généralement moins détaillée que les directives du WGC. Bien que la manière de ventiler l’AISC diffère d’une société à l’autre, il se compose généralement des éléments suivants : coûts décaissés d’exploitation (a-k), investissements de maintien (q+r), frais généraux et administratifs (m), exploration et évaluation (o+p) et, le plus souvent, une catégorie « autres » (n) (voir graphique 4)3.

Répartition des AISC des principaux producteurs d’or cotés en bourse

Outre l’AISC, le WGC encourage également les producteurs à publier les coûts tout compris, qui incluent, en plus de l’AISC, des coûts dits « de non-maintien ». Les directives du WGC comportent sept postes supplémentaires (t à z) qui, ajoutés à l’AISC, donnent les coûts tout compris. Comme la plupart des plus grands producteurs publient aujourd’hui l’AISC, et que bon nombre d’entre eux publient aussi les coûts tout compris, nous pouvons nous appuyer sur ce cadre pour évaluer dans quelle mesure les coûts de production directs et indirects des producteurs d’or dépendent des prix de l’énergie.

Coûts décaissés d’exploitation

Les coûts décaissés d’exploitation constituent le principal bloc de coûts de l’AISC (postes a-k)4. De manière générale, il s’agit des coûts associés à la production d’or. Ils comprennent notamment les salaires, l’affinage et le transport, et excluent généralement les coûts d’administration des bureaux et les frais généraux, ainsi que les intérêts, la dépréciation et l’amortissement.

Aucune des sociétés n’a publié les postes a à k individuellement, mais certaines détaillent davantage leurs coûts décaissés d’exploitation. Malheureusement, chaque société présente cette ventilation à sa manière, et ces présentations sont le plus souvent incompatibles entre elles. Par exemple, une société indique séparément les coûts des sous-traitants, tandis qu’une autre en classe une partie dans la main-d’œuvre et une partie dans les coûts de maintenance du site. Afin d’évaluer les coûts d’exploitation de manière cohérente dans l’ensemble de l’industrie aurifère, nous les avons regroupés dans les catégories suivantes : main-d’œuvre, carburant et électricité, consommables, maintenance et autres (voir graphique 5).

Répartition des coûts décaissés d’exploitation des cinq principaux producteurs d’or

La consommation d’énergie directe déclarée au CDP plus haut dans ce rapport relève pour l’essentiel de cette catégorie « carburant et électricité ». Toutefois, la consommation d’énergie directe d’une entreprise n’y figure pas intégralement. Les « CAPEX de maintien » en particulier reflètent un apport important d’énergie directe, car ils comprennent les coûts de décapage en phase de production dans les mines à ciel ouvert ainsi que les travaux de développement souterrains. Une partie de la consommation d’énergie directe est probablement déclarée sous l’exploration et l’évaluation et, dans une moindre mesure, sous les frais généraux et administratifs. Quoi qu’il en soit, nous pouvons conclure sans risque que 100 % de ce que les sociétés déclarent comme coûts de carburant et d’électricité dépendent des prix de l’énergie.

Reste la question de savoir quelles sont les dépenses d’énergie (indirectes) au sein des autres catégories de coûts d’exploitation décaissés. Comme expliqué précédemment, les chiffres exacts de l’exposition indirecte à l’énergie ne sont disponibles nulle part. Cependant, à partir des données fournies par les sociétés aurifères elles-mêmes dans leurs rapports annuels et d’autres présentations, nous avons pu analyser plus finement ces catégories et en déduire une estimation de l’exposition moyenne à l’énergie de chacune d’elles. Dans les sections suivantes, nous examinons les quatre autres blocs de coûts (consommables, main-d’œuvre, maintenance et autres) des coûts d’exploitation décaissés, afin de déterminer dans quelle mesure ces coûts dépendent des prix de l’énergie. Plus loin dans ce rapport, nous ferons de même pour les coûts décaissés totaux de maintien (hors exploitation).

Coûts d’exploitation décaissés : consommables

Les consommables représentent 20 % des coûts d’exploitation. Ils regroupent un large éventail de biens utilisés dans le processus minier : médias de broyage, explosifs et autres produits chimiques tels que les acides nitrique et sulfurique et l’hydroxyde de sodium, ciment, cyanure, chaux, pneus et lubrifiants. La production de nombre de ces matériaux est étroitement imbriquée. Par exemple, la chaux est utilisée non seulement dans le processus de lixiviation de l’or, mais aussi dans la production de nitrate d’ammonium, employé comme explosif pour forer et abattre le calcaire, lequel est à son tour la matière première de la chaux. La chaux est également un ingrédient essentiel de la fabrication de l’acier, source des corps broyants, qui servent à broyer le calcaire. Comme nous le montrerons, tous ces matériaux consomment beaucoup d’énergie dans leurs procédés de fabrication respectifs, mais ils se consomment aussi beaucoup les uns les autres, ce qui signifie que le contenu énergétique réel est probablement supérieur à l’énergie consommée dans chacun des procédés pris isolément.

Les médias de broyage sont essentiellement des billes d’acier ou d’alliages utilisées pour broyer le minerai. La fabrication de ces billes d’acier est très énergivore. Selon la World Steel Association, environ 20 à 40 % des coûts de l’industrie sidérurgique proviennent de l’énergie. Selon l’International Steel Statistics Bureau (ISSB), une tonne d’acier consomme environ 18 GJ lors de sa fabrication, soit l’équivalent d’environ trois barils de pétrole. L’acier se négocie actuellement autour de 600 USD la tonne ; converti en barils de pétrole, 18 GJ représentent environ trois barils d’une valeur de 240 USD, soit 40 % du coût de l’acier aux prix actuels. Normalement, les aciéries ne fonctionnent pas au pétrole mais avec une forme d’énergie moins chère5, mais cela confirme la forte intensité énergétique de la fabrication de l’acier. Or l’énergie n’est pas consommée uniquement dans le processus de fabrication lui-même. Il faut y ajouter le coût des matières premières (transport compris) telles que le minerai de fer, la ferraille, les ferroalliages, la chaux et l’oxygène, tous très énergivores, le minerai de fer en représentant l’essentiel. La production de minerai de fer est elle-même très intensive en énergie et en main-d’œuvre. D’après les estimations de la recherche actions de Goldman Sachs, le coût du minerai de fer pour les producteurs d’acier se décompose en 30 % de main-d’œuvre, 15 % de carburant et d’électricité, 25 % de transport, 15 % d’autres coûts et 10 % de frais portuaires. Ces derniers reflètent les coûts d’énergie et de main-d’œuvre au port.

L’extraction du minerai de fer a souvent lieu dans des pays à bas salaires. Nous examinons plus en détail l’effet de l’énergie sur les salaires dans la section suivante, mais pour l’instant nous supposons qu’environ 40 % des coûts de main-d’œuvre de l’extraction du minerai de fer sont liés aux prix de l’énergie. Au total, nous estimons que les coûts du minerai de fer pour les producteurs d’acier reflètent environ 50 à 55 % de coûts énergétiques. Et l’énergie est présente non seulement dans la fabrication de l’acier, mais aussi dans le transport des médias de broyage jusqu’à la mine. Au total, nous estimons que le coût des médias de broyage à la mine dépend à 60-70 % de l’énergie. Selon IHS Markit, l’agent explosif le plus couramment utilisé aujourd’hui dans l’industrie minière est le nitrate d’ammonium (NA), principalement sous forme de mélange nitrate-fioul (ANFO). L’ANFO se compose de 94 % de NA et de 6 % de fioul. Le nitrate d’ammonium 34-0-0 est dérivé du NH3 et de l’acide nitrique ; environ 85 % de ses coûts de fabrication reflètent donc l’énergie, selon notre analyse. Le nitrate d’ammonium utilisé dans les mines diffère légèrement de celui des engrais en ce qu’il est moins dense (il contient environ 20 % d’air), mais les deux sont par ailleurs très similaires. Le fioul, qui représente 6 %, étant de l’énergie pure, nous concluons que les coûts énergétiques de l’ANFO dépassent légèrement 85 %.

Selon l'Energy Information Administration (EIA) des États-Unis, l'industrie du ciment est la plus énergivore de toutes les industries manufacturières. D'après les données du ministère de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique du Canada (ISED), les coûts énergétiques directs représentent plus de 41 % des coûts de fabrication de l'industrie cimentière canadienne. Les matériaux et fournitures représentent encore 40 % des coûts. Le calcaire est le principal composant du ciment industriel. L'extraction du calcaire est elle-même très énergivore et nécessite des explosifs (nous y revenons plus bas). Les 18 % restants correspondent aux coûts de main-d'œuvre. Il est toutefois raisonnable de supposer que, dans les pays à faible revenu comme la Chine, les coûts de main-d'œuvre sont nettement inférieurs et que l'énergie et les matériaux représentent la quasi-totalité des coûts. Par ailleurs, le transport du matériau jusqu'aux mines constitue une part importante du coût du ciment pour les exploitants miniers et ne figure pas dans la ventilation de l'ISED. D'autres sources indiquent que les coûts de transport du ciment dépassent 10 % des coûts totaux, et ce chiffre est vraisemblablement bien plus élevé pour les exploitations minières isolées. Au total, nous estimons que les coûts du ciment reflètent entre 65 % et 85 % de coûts énergétiques.

Le cyanure est utilisé dans l'industrie de l'extraction aurifère pour dissoudre et séparer l'or du minerai, selon un procédé appelé lixiviation au cyanure. Cette lixiviation a largement remplacé l'extraction au mercure liquide et est devenue la méthode standard à l'échelle mondiale. La plupart des lixiviations au cyanure emploient une solution de cyanure de sodium. Pour fabriquer le cyanure de sodium, on traite du cyanure d'hydrogène avec de l'hydroxyde de sodium. Le cyanure d'hydrogène est lui-même généralement produit à partir de méthane et d'ammoniac selon le procédé d'oxydation d'Andrussow, dans lequel le méthane et l'ammoniac réagissent à très haute température en présence d'oxygène. Le méthane est du gaz naturel, et l'ammoniac est fabriqué à partir de gaz naturel. Selon Chemlink PTY, un cabinet australien de conseil en chimie, une tonne de cyanure de sodium nécessite environ 34 MMbtu de gaz naturel, 0,65 tonne d'ammoniac, 0,95 tonne de soude caustique et 0,67 MW d'électricité. D'après nos calculs, aux prix actuels, les intrants énergétiques représentent plus de la moitié du prix de vente du cyanure de sodium, et donc bien plus de la moitié des coûts de production. Là encore, une partie des coûts supportés par les exploitants aurifères correspond au transport du cyanure de sodium jusqu'à la mine. Nous estimons que l'énergie représente environ 75 % des coûts du cyanure pour les exploitants aurifères.

La chaux est largement utilisée dans le processus de lixiviation. Une fois le minerai d'or broyé, du cyanure de sodium est ajouté, et l'on utilise suffisamment de chaux pour maintenir le pH de la solution à environ 11,0 et supprimer la formation de cyanure d'hydrogène gazeux, toxique. La fabrication de la chaux, comme la production de ciment, exige beaucoup d'énergie. La matière première de la chaux est une roche contenant du carbonate de calcium. La plupart des productions de chaux utilisent le calcaire, mais la craie et le marbre contiennent également du carbonate de calcium. Le calcaire est extrait de carrières ou de mines par forage et dynamitage, repris par des bulldozers et des pelles mécaniques, puis acheminé par camion jusqu'à un four à chaux. Selon l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA), les fours rotatifs représentent environ 90 % de la production de chaux aux États-Unis. Un four rotatif est un « four long, cylindrique, légèrement incliné et revêtu de matériau réfractaire, dans lequel le calcaire et les gaz de combustion chauds circulent à contre-courant ». Deux procédés différents permettent de transformer le calcaire en chaux ; tous deux exigent de très hautes températures (900 à 1 800 ℃), ce qui explique l'empreinte énergétique élevée. L'EPA indique que « la production de chaux est extrêmement énergivore. En supposant une efficacité parfaite, produire une tonne de chaux à partir de carbonate de calcium pur requiert 2,77 millions de Btu. En pratique, le procédé est nettement moins efficace. » L'Annual Survey of Manufactures de 1996 montrait que 31,4 % des coûts de fabrication de la chaux provenaient des combustibles. Les coûts énergétiques ayant augmenté de façon significative depuis 1997 (le pétrole se négociait à 17 USD le baril en 1997, contre 75 USD aujourd'hui), ils représentent vraisemblablement une part plus importante des coûts aujourd'hui. Cela concorde avec les données de Statcan de 2012, selon lesquelles 35 % des coûts des producteurs de chaux canadiens proviennent de l'énergie, de l'eau et du carburant des véhicules, ainsi qu'avec un rapport plus récent de l'Institut canadien de la chaux, selon lequel les coûts énergétiques directs représentent environ 40 % des coûts de fabrication de la chaux.

Il ne s'agit toutefois là que des coûts de combustible et d'électricité liés à la fabrication de la chaux dans le four à chaux. Comme dans d'autres industries, les matériaux et fournitures représentent aussi une part importante des coûts totaux. Selon les mêmes données du Bureau du recensement des États-Unis de 1997, 68 % des coûts finaux correspondent aux matériaux, ingrédients, contenants et fournitures, le coût du calcaire et des autres roches et du verre étant le principal facteur, à environ un tiers. Le calcaire est bien moins cher que la chaux (environ 10 USD la tonne contre plus de 100 USD la tonne pour la chaux), mais selon l'USGS, une tonne de chaux requiert environ 2,5 à 4 tonnes de calcaire. L'EPA recense trois principaux intrants pour la production de calcaire : l'électricité, les combustibles et l'eau. Les données de l'USGS de 1997 détaillent les coûts de production du calcaire. L'énergie directe représente environ 12 % des coûts, mais si l'on inclut le contenu énergétique des explosifs, du caoutchouc, des plastiques ainsi que des machines et, dans une certaine mesure, des salaires, l'énergie représentait environ 40 % des coûts de production du calcaire. Là encore, les coûts énergétiques, en particulier ceux des combustibles, ont fortement augmenté depuis 1997, ce qui signifie que l'énergie représente vraisemblablement plus de 50 % des coûts de production du calcaire aujourd'hui. À cela s'ajoutent les coûts de transport de la chaux, du fabricant jusqu'à la mine, pour les producteurs d'or. Au total, nous estimons que l'énergie représente environ 65 à 70 % de coûts énergétiques.

Les pneumatiques représentent un poste de coûts important pour les sociétés aurifères. Les excavatrices et les camions miniers nécessitent des pneus spéciaux, dits pneus hors route (OTR, « off the road ») ou pneus de engins de terrassement, qui peuvent être aussi hauts qu'une maison et peser plus de 6 tonnes. Les pneus OTR sont composés à 76 % de matières carbonées, principalement du caoutchouc. Il existe deux types de caoutchouc : le caoutchouc synthétique et le caoutchouc naturel (latex), issu d'arbres. Le caoutchouc naturel contient jusqu'à 95 % de cis-polyisoprène, qui peut également être produit de manière synthétique à partir du pétrole. Entre 60 et 70 % de la production mondiale de caoutchouc est synthétique ; le reste est du caoutchouc naturel. La majeure partie du caoutchouc naturel est consommée par la fabrication de pneus, qui sont généralement réalisés à partir d'un mélange des deux. Parmi les autres matériaux utilisés dans la fabrication des pneus figurent le carbone, l'oxyde de zinc, les textiles et l'acide stéarique. Selon un document technique de 2007 d'Otraco, une filiale du groupe australien Downer, société qui fournit des services d'ingénierie et de gestion d'infrastructures, le caoutchouc représente 60 % du poids d'un pneu OTR, le fil d'acier 20 %, le carbone 10 %, et les 10 % restants proviennent d'autres matériaux, tels que des produits chimiques de transformation. Du point de vue énergétique, la plupart des composants d'un pneu peuvent être considérés comme de l'énergie sous une forme ou une autre. Sans surprise, le combustible dérivé de pneus présente un pouvoir calorifique par livre à peu près identique à celui du fioul lourd. Cependant, même si un pneu peut être considéré comme de l'énergie pure, les coûts de fabrication des pneus destinés à l'industrie minière ne dépendent pas entièrement des prix de l'énergie.

Certains des pneus OTR utilisés dans l'exploitation minière sont très éloignés des pneus standard produits en grande série. Ils sont fabriqués avec précision et nécessitent beaucoup de travail manuel. Les plus grands pneus coûtent près de 50 000 USD et sont presque entièrement faits à la main. Les prix des pneus reflètent donc aussi de nombreux autres coûts, notamment la main-d'œuvre. Selon le document d'Otraco, 40 % des coûts de fabrication proviennent des matières premières, 40 % sont des coûts de transformation et 20 % sont des coûts de service et d'administration. Ces proportions fluctuent au fil du temps, principalement en raison des variations du coût des matières premières. Les chiffres ci-dessus correspondent à des moyennes sur une période de 17 ans, de 1990 à 2007. En 2007, année de publication du document, les prix des matières premières, en particulier du caoutchouc, avaient tellement augmenté que les coûts des matières premières représentaient l'essentiel des coûts de production. Le document précise également que ces chiffres n'incluent pas les frais de transport et de manutention, qui peuvent ajouter 15 % ou plus au total. Nous supposons que les coûts des matières premières relèvent à 90 % de l'énergie, et ceux du transport et de la manutention à 75 %. Les 20 % de coûts de service et d'administration ne varient probablement guère avec les prix de l'énergie. Reste donc la part de 40 % des coûts de transformation. Les coûts de transformation correspondent aux coûts de production du fabricant autres que les matières premières. Ils comprennent la main-d'œuvre directe et les frais généraux de fabrication (y compris l'énergie nécessaire à la fabrication des pneus). Les données de Michelin, deuxième producteur mondial de pneus, montrent que les coûts de main-d'œuvre représentent environ 25 % du chiffre d'affaires. Comme les pneus OTR demandent davantage de main-d'œuvre que les pneus ordinaires, il est probablement raisonnable de supposer que celle-ci constitue l'essentiel des coûts de transformation. Nous supposons donc qu'environ 50 % des coûts de production sont déterminés par les prix de l'énergie. En incluant le transport, nous estimons que les coûts des pneus pour les sociétés aurifères sont déterminés à 60 % par les prix de l'énergie. Le document d'Otraco montre aussi que les fabricants de pneus bénéficiaient autrefois de marges nettement plus élevées, mais que ces marges ont subi des pressions à l'entrée dans le nouveau siècle, en partie en raison de l'arrivée de nouveaux acteurs sur divers marchés émergents.

Les prix des pneus n'ont d'abord pas reflété les fortes hausses du caoutchouc et du pétrole de 2003 à 2006, car cela a simplement entraîné une érosion des marges des fabricants. Les coûts des pneus pour les producteurs d'or n'ont donc pas augmenté autant que les coûts de l'énergie qu'ils incorporent. Toutefois, les marges se sont désormais contractées durablement, et nous nous attendons à ce que les fabricants de pneus doivent répercuter dans leur prix de vente les futures hausses du prix de l'énergie.

Les lubrifiants se composent principalement d'huile de base à laquelle sont ajoutés des additifs qui leur confèrent les propriétés souhaitées. Par exemple, les lubrifiants conçus pour les moteurs à combustion interne contiennent des additifs qui réduisent l'oxydation. Le secteur automobile constitue la principale source de demande de lubrifiants. Les lubrifiants industriels sont pratiquement tous fabriqués à partir de pétrole, dans des raffineries qui produisent de l'essence et du carburant diesel. Ainsi, dans nos calculs, les lubrifiants sont à 100 % de l'énergie et reflètent à 100 % les coûts de l'énergie.

D'autres produits chimiques, tels que l'acide sulfurique et l'acide nitrique, sont parfois consommés dans le traitement du minerai d'or. Pris individuellement, ils représentent une part relativement faible du coût total des consommables. Chaque produit chimique est différent. Deux d'entre eux se distinguent, car ils semblent être utilisés plus largement : l'acide nitrique (NO3) et l'acide sulfurique (H2SO4). L'acide nitrique est fabriqué à partir d'ammoniac à haute température ; ses coûts de fabrication dépendent donc en grande partie des prix du gaz naturel. Selon Johnson Matthey, société britannique de chimie de spécialité et de technologies durables, 85 % de l'acide nitrique produit sert à fabriquer du nitrate d'ammonium (NA) (nous avons traité le nitrate d'ammonium plus haut, dans la partie consacrée aux explosifs, car le NA est le principal ingrédient des explosifs ANFO). L'acide sulfurique, en revanche, est fabriqué à partir de soufre (brûlé pour devenir du dioxyde de soufre) et d'oxygène. L'oxygène est produit par séparation de l'air dans une usine d'oxygène, un procédé généralement très gourmand en énergie. Le soufre lui-même est principalement obtenu comme sous-produit de la production de gaz naturel et de pétrole. Dans l'industrie des hydrocarbures, le soufre est un contaminant qui doit être éliminé. Bien que ce procédé soit très énergivore, il est difficile d'attribuer un coût énergétique au soufre, pour plusieurs raisons. Le soufre devrait être retiré du gaz et du pétrole même s'il n'existait aucun marché pour lui. En outre, lors de la première étape de la fabrication de l'acide sulfurique, la combustion du soufre dégage beaucoup de chaleur, qui peut être récupérée pour faire fondre davantage de soufre ou alimenter des turbines produisant de l'électricité.

Ce qui importe pour ce rapport, c'est de savoir dans quelle mesure les variations des prix de l'énergie influent sur le prix des consommables utilisés dans l'extraction aurifère. Sans entrer trop avant dans l'économie de la fabrication de l'acide sulfurique, nous supposons que, le procédé d'élimination du soufre du pétrole brut et du gaz exigeant beaucoup d'énergie, les fluctuations des prix de l'énergie influencent le prix du soufre, au moins dans une certaine mesure. Mais les coûts du H2SO4 dépendent beaucoup moins des prix de l'énergie que ceux du NO3. Outre le NO3 et le H2SO4, d'autres produits chimiques sont utilisés dans l'extraction aurifère, certains à très forte intensité énergétique, comme le NA, d'autres moins. Pour ce rapport, nous avons supposé que les coûts de la catégorie des autres produits chimiques (qui ne représente que 4 % des dépenses de consommables du mineur d'or moyen) dépendent à 60 % des coûts de l'énergie.

Nous avons utilisé les informations des plus grands producteurs d'or pour ventiler le coût des consommables en postes individuels. Les résultats figurent dans le tableau 2.

Coûts énergétiques estimés en %

Il apparaît clairement que les consommables dépendent principalement des prix de l'énergie. Plus de 70 % des dépenses engagées par les mineurs d'or pour acheter les consommables et les acheminer jusqu'à leurs mines sont déterminés par l'énergie. Les consommables représentent 20 % des coûts d'exploitation ; l'énergie en représente donc 14 %, soit presque autant que les dépenses directes d'énergie en carburants et en électricité.

Coûts d'exploitation décaissés : main-d'œuvre

Le poste le plus important des coûts d'exploitation est la main-d'œuvre, qui en représente 39 %. Estimer l'incidence des prix de l'énergie sur les coûts de main-d'œuvre est la tâche la plus difficile. On peut soutenir que le travail est, par définition, de l'énergie : de l'énergie humaine. Toutefois, ce qui compte pour notre cadre de détermination du prix de l'or, c'est de savoir si les coûts de main-d'œuvre des mineurs d'or évoluent avec les prix de l'énergie. À notre avis, il n'existe pas de calcul simple pour estimer la part des coûts de main-d'œuvre déterminée par les prix de l'énergie, comme c'était le cas pour les consommables, sans parler des coûts directs d'énergie. Nous estimons que l'approche la plus sensée consiste à examiner la part de l'énergie, des transports et de l'alimentation dans les paniers de l'IPC respectifs des pays producteurs d'or6. Cependant, nous pensons qu'il est important de distinguer les dépenses d'énergie dans les marchés développés et dans les marchés émergents.

Dans les marchés développés, peu de personnes soutiendraient que les salaires réagissent instantanément aux variations des prix de l'énergie. Par exemple, les employeurs compensent rarement leurs salariés lorsque le prix du pétrole passe de 50 USD à 100 USD le baril. Les travailleurs doivent plutôt consacrer une part plus élevée de leur revenu à l'énergie et au transport, et dans une certaine mesure à l'alimentation, car les coûts du secteur agricole dépendent fortement des prix de l'énergie. Cependant, la hausse des prix de l'énergie entraînera inévitablement, avec le temps, une inflation générale des prix, laquelle suscitera à son tour une demande de revalorisation des salaires. Les prix de l'énergie finissent donc par influer sur les salaires dans les pays développés, mais cet effet est plutôt lent. Nous avons donc ajusté en conséquence les pondérations de l'énergie, des transports et de l'alimentation dans le panier de l'IPC des marchés développés. Plus précisément, nous avons ajusté la pondération de l'énergie de 50 % et celle des transports et de l'alimentation de 75 %, afin de tenir compte du fait que ces coûts ne dépendent pas uniquement des matières premières sous-jacentes et qu'il existe un décalage temporel entre une variation des prix de l'énergie et son effet sur les coûts salariaux. Il en résulte que nous estimons à moins de 8 % la part des coûts de main-d'œuvre de l'industrie aurifère d'un pays développé qui est influencée par les variations des prix de l'énergie.

Dans les pays en développement, en revanche, nous estimons que l’énergie a un impact beaucoup plus fort et beaucoup plus immédiat sur les coûts de main-d’œuvre. En raison de leurs revenus plus faibles, les travailleurs des pays en développement consacrent la majeure partie de leur salaire à des biens de base tels que le logement, l’alimentation et l’énergie. La hausse des prix de l’énergie exercera donc une pression à la hausse bien plus importante sur les coûts de main-d’œuvre que dans les pays développés. Nous constatons qu’en moyenne, l’énergie, les transports et l’alimentation représentent environ 48 % des dépenses, selon les paniers de l’indice des prix à la consommation (IPC) des principaux pays producteurs d’or. C’est plus de six fois la part observée pour les travailleurs des marchés développés. (Ce chiffre exclut les repas pris à l’étranger ainsi que l’alcool.)

Part de l'énergie dans les dépenses de consommation

Ainsi, par once, les travailleurs des 12 principaux pays producteurs consacrent environ 40 % de leurs dépenses directement liées aux prix de l’énergie (voir tableau 3). Ce calcul sous-estime probablement l’impact réel de l’énergie sur le coût de la vie du travailleur moyen de l’industrie aurifère. 30 % de la production des 12 principaux producteurs provient de marchés développés, alors que ce chiffre n’est que de 22 % à l’échelle mondiale. Comme nous avons pondéré l’impact de l’énergie sur les coûts salariaux en fonction des données de production correspondantes, notre calcul sous-estime probablement l’impact réel de l’énergie sur les coûts de main-d’œuvre. Une autre raison pour laquelle l’impact de l’énergie sur le coût de la main-d’œuvre est probablement supérieur à notre estimation de 40 % tient au fait que les sociétés minières aurifères recourent massivement à des sous-traitants. Les producteurs d’or font appel à des sous-traitants pour un large éventail d’activités. Dans certains cas, les sociétés minières emploient simplement des travailleurs par l’intermédiaire de sous-traitants au lieu de les employer directement. Dans d’autres cas, les producteurs d’or confient à des sous-traitants la gestion d’exploitations entières. Les sous-traitants fournissent alors l’équipement minier, les opérateurs, le personnel de maintenance et d’encadrement ainsi que les infrastructures, et ils réalisent des services miniers complets, notamment le forage, le dynamitage et le transport. Ainsi, dans le premier cas, les coûts énergétiques des sous-traitants sont les mêmes que ceux de la main-d’œuvre, tandis que dans le second, ils ressemblent probablement aux coûts d’exploitation des sociétés minières elles-mêmes.

Malheureusement, les producteurs d’or ne déclarent pas tous les coûts de sous-traitance de la même manière. Certains les intègrent aux coûts de main-d’œuvre, d’autres les répartissent entre main-d’œuvre, maintenance et autres coûts, et d’autres encore les déclarent séparément. Et d’après la présentation retenue, il est souvent difficile, voire impossible, de déterminer avec précision de quel cas il s’agit. La plupart des sociétés semblent les déclarer soit comme des coûts de main-d’œuvre, soit séparément. Nous avons donc décidé de regrouper les deux lorsqu’ils sont déclarés séparément afin d’obtenir une ventilation moyenne cohérente, ce qui nous conduit à estimer que les coûts de main-d’œuvre représentent 40 % des coûts d’exploitation. Cela signifie aussi que nous sous-estimons probablement, à 40 %, les coûts énergétiques cachés au sein des coûts de main-d’œuvre. Pourquoi ? Si l’on se fie aux producteurs qui isolent les coûts de sous-traitance, ceux-ci représentent environ 30 à 40 % du total des coûts de main-d’œuvre. En supposant que le coût énergétique du travail sous-traité soit proche de la moyenne de 54 % observée pour les coûts d’exploitation, l’impact de l’énergie sur les coûts de main-d’œuvre des sociétés minières aurifères se rapprocherait de 45 %.

Coûts décaissés d’exploitation : maintenance

Le bloc de coûts suivant au sein des coûts d’exploitation est celui de la maintenance, qui représente 11 % du total. Les coûts de maintenance sont les coûts liés au maintien en état de fonctionnement des équipements et installations existants, qui ne peuvent pas être immobilisés par ailleurs. Ils correspondent donc principalement aux coûts de main-d’œuvre du personnel non productif, par exemple les mécaniciens qui réparent et entretiennent des équipements tels que les excavatrices, les camions, les convoyeurs et les équipements de traitement. Cela peut inclure les coûts de sous-traitants effectuant ce type de travaux. Les coûts de maintenance comprennent également les pièces détachées et peuvent inclure les pneus qui ne sont pas immobilisés. Par souci de simplicité, nous supposons que les coûts de maintenance présentent à peu près la même exposition à l’énergie que les coûts de main-d’œuvre. Coûts décaissés d’exploitation : autres

Les sociétés minières aurifères déclarent comme autres coûts tous les coûts d’exploitation qui ne relèvent pas des quatre catégories ci-dessus. Cela inclut les redevances, qui constituent une part importante des autres coûts. Par souci de simplicité, nous supposons que la catégorie « autres » n’est pas influencée par les variations des prix de l’énergie.

Conclusion : Au total, nous constatons que les coûts énergétiques représentent environ 54 % des coûts décaissés d’exploitation. La ventilation complète figure dans le tableau 4. Elle montre que les dépenses directes de carburant et d’électricité ne représentent qu’une fraction des coûts totaux. Le carburant et l’énergie demeurent le principal bloc de coûts énergétiques pour les sociétés minières aurifères, mais il existe d’importants coûts énergétiques cachés dans d’autres postes, qui s’additionnent.

Coûts énergétiques, coûts décaissés d’exploitation des grandes sociétés minières aurifères

Autres coûts de maintien décaissés

Les coûts de maintien tout compris (AISC) prolongent les indicateurs existants de coûts décaissés d’exploitation et intègrent les coûts liés au maintien de la production actuelle. En plus de cela. La plus grande part des AISC correspond aux coûts d’exploitation (70 %), que nous avons déjà analysés en détail ci-dessus. La méthodologie du WGC ventile les coûts restants comme suit7 :

m) Frais généraux et administratifs de l’entreprise
n) Remise en état et réhabilitation
o) Coûts d’exploration et d’études
p) Exploration de capital (maintien)
q) Découverture capitalisée et développement minier souterrain (maintien
r) Dépenses d’investissement (maintien).

Cependant, si certaines sociétés publient effectivement chacun de ces postes de coûts individuellement, de nombreux producteurs d’or ne communiquent qu’une version plus agrégée. Chaque société procède de manière légèrement différente, mais, en général, la plupart de celles qui ne publient pas exactement les postes m à r présentent leurs coûts hors exploitation selon les quatre catégories ci-dessous : frais généraux et administratifs, exploration et évaluation, CAPEX de maintien et autres. Ce sont les mêmes quatre catégories que nous avons déjà présentées plus haut et qui figurent dans la figure 3. Nous avons ensuite rattaché les postes de coûts du cadre AISC à ces quatre catégories :

1. Frais généraux et administratifs (m) – 5 %
2. Exploration et évaluation (0 + p) – 4 %
3. CAPEX de maintien (q + r) - 18 %
4. Autres (n) – 3 %

Les pourcentages indiquent la part de l’AISC de la société aurifère moyenne. Comme les sociétés ne communiquent pas toutes de la même manière, certains des postes m à r se retrouveront inévitablement dans des catégories différentes de celles que nous supposons pour certaines d’entre elles. Nous estimons toutefois que la manière dont nous avons rattaché les quatre catégories au cadre AISC est l’approche la plus judicieuse. Nous avons ensuite tenté d’estimer la part des coûts liés à l’énergie au sein de ces catégories. Nous exposons ci-dessous notre raisonnement pour chaque catégorie.

Par souci de simplicité, nous supposons que l’impact des prix de l’énergie sur les (1) frais généraux et administratifs est nul. Cela sous-estime sans aucun doute l’importance de l’énergie pour ces frais, car le travail administratif nécessite certainement de l’électricité et, comme nous l’avons exposé plus haut, les coûts de main-d’œuvre sont en partie liés aux prix de l’énergie. Toutefois, les coûts d’électricité représentent probablement une part négligeable de ces frais, et si les salaires en constituent probablement une part bien plus importante (nous supposons qu’ils en représentent l’essentiel), nous estimons que la plupart des effectifs concernés vivent dans des pays développés, où le lien entre salaires et prix de l’énergie est beaucoup plus faible, comme expliqué précédemment. Par conséquent, par souci de simplicité, nous supposons que les coûts énergétiques sont pour l’essentiel sans incidence.

Selon Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AANDC), l’(2) exploration et évaluation comprend les étapes suivantes :

1. Planification

2. Enregistrement des claims miniers

3. Reconnaissance

a. Prospection et cartographie géologique
b. Échantillonnage de roches
c. Levés géophysiques
d. Levés géochimiques

4. Exploration avancée

a. Découverture et creusement de tranchées : cela peut inclure l’utilisation d’engins lourds et de tirs de mine
b. Forage : selon l’AADNC, le forage est le poste le plus coûteux de l’exploration et « représente en moyenne 50 % des dépenses totales d’exploration »

5. Échantillonnage et analyse

6. Évaluation économique

La découverture, le creusement de tranchées et le forage concentrent l’essentiel des coûts du processus d’exploration et d’évaluation, et ce sont aussi les activités qui consomment beaucoup d’énergie. La découverture et le creusement de tranchées peuvent être comparés aux coûts d’exploitation décaissés normaux d’une mine, hors traitement. Le processus de forage peut faire appel à des chargeuses-camions, des foreuses à diamant, des foreuses rotatives, des foreuses à percussion et des jumbos de forage. L’énergie est nécessaire dans une certaine mesure pour le transport du matériel, mais surtout pour alimenter la foreuse. L’énergie nécessaire au fonctionnement des foreuses peut provenir de l’électricité ou du diesel. Selon une étude de 2007 du département américain de l’Énergie, le forage consomme en moyenne 5 % de l’énergie totale consommée par l’industrie minière aux États-Unis. Les données d’Infomine montrent que l’énergie, sous forme de carburants et de lubrifiants, représente près de 60 % des coûts d’exploitation d’une foreuse rotative sur chenilles à moteur diesel. La main-d’œuvre n’en représente que 14 % et l’usure des pièces 18 %. Dans l’ensemble, nous estimons qu’environ 30 à 35 % des coûts d’exploration et d’évaluation sont déterminés par les prix de l’énergie.

(3) Les investissements de maintien (sustaining capex) constituent le plus grand bloc de coûts hors exploitation au sein de l’AISC. Ils comprennent le découvrement capitalisé et le développement minier souterrain, ainsi que les dépenses d’investissement. Par souci de simplicité, nous supposons que les dépenses d’investissement ne sont pas déterminées par les prix de l’énergie. Le découvrement et le développement minier souterrain recouvrent des activités similaires à celles de l’exploitation normale de la mine, hors traitement. Ils comprennent notamment le forage, le dynamitage et le transport. Malheureusement, aucun producteur d’or ne détaille ses coûts d’investissement de maintien. Pour ce rapport, nous supposons que la moitié de ces coûts correspond aux dépenses d’investissement et que le reste correspond au découvrement capitalisé et au développement minier souterrain. Nous estimons donc que les investissements de maintien sont déterminés à 35 % par les coûts énergétiques.

La remise en état et la réhabilitation (que nous avons regroupées sous (4) autres coûts) englobent les coûts liés aux efforts visant à réduire au minimum l’impact de la fermeture d’une mine sur la collectivité (fermeture sociale) ainsi que sur l’environnement (fermeture environnementale). Les producteurs d’or s’efforcent de limiter l’impact sur les communautés en proposant des services de formation et de reclassement lorsque les employés ne peuvent pas poursuivre leur activité pour l’entreprise sur un autre site. Par souci de simplicité, nous supposons dans ce rapport que les coûts de fermeture sociale ne sont pas influencés par les prix de l’énergie.

La fermeture environnementale comprend en revanche le talutage, le recouvrement et la revégétalisation des installations de stockage de stériles, des aires de lixiviation et des bassins de résidus. Ces activités nécessitent des engins lourds et de la main-d’œuvre, comme l’exploitation de la mine elle-même, mais sans la consommation d’énergie liée au traitement du minerai. Il n’existe pas de chiffres précis sur la part de la remise en état et de la réhabilitation attribuable à la fermeture environnementale. Par souci de simplicité, nous supposons la moitié, et nous estimons que 40 % des coûts sont déterminés par l’énergie.

Conclusion : Au total, nous constatons que les coûts énergétiques déterminent environ 48 % de l’AISC. Les AISC hors exploitation sont généralement moins exposés à l’énergie que les coûts d’exploitation, ce qui signifie que la composante énergétique de l’AISC total est légèrement inférieure. Cela signifie qu’en moyenne, près de la moitié de ce que les sociétés minières aurifères dépensent pour maintenir leur production d’or actuelle est liée aux prix de l’énergie.

Coûts complets

Avec l’indicateur AISC, le WGC visait à apporter davantage de transparence sur les coûts associés à la production d’or. Cependant, les coûts de maintien complets en numéraire ne reflètent toujours pas l’ensemble des coûts supportés par un producteur d’or. L’AISC ne reflète que les coûts associés à la production actuelle et les dépenses nécessaires pour maintenir cette production à l’avenir. Or, en plus de l’AISC, les sociétés minières aurifères dépensent également de l’argent pour étendre la production dans le futur. Cela comprend les coûts liés aux communautés, aux permis, à la remise en état et à la réhabilitation qui ne sont pas liés aux activités actuelles, ainsi que les investissements d’exploration de croissance, le découvrement capitalisé et le développement minier souterrain, les dépenses d’investissement, et les coûts d’exploration et d’études. Un examen plus attentif de ces catégories de coûts montre qu’elles sont essentiellement les mêmes que celles énumérées dans le cadre de l’AISC sous les coûts d’exploitation en numéraire ajustés, hors frais généraux et administratifs. Nous supposons donc la même exposition à l’énergie pour les catégories correspondantes.

Toutefois, s’agissant de coûts de croissance, ont-ils vraiment de l’importance ? En théorie, les entreprises pourraient simplement cesser d’investir dans de nouveaux projets visant à accroître la production tout en maintenant toutes les autres dépenses, et la production d’or serait stable. Pour un analyste actions cherchant à évaluer un titre, il s’agit peut-être effectivement de la bonne façon de voir les choses. Nous soutenons néanmoins que, pour le prix de l’or, ces coûts comptent. Si, en théorie, la production mondiale d’or pouvait être maintenue à son niveau actuel en supprimant toutes les dépenses de croissance, cela entraînerait un ralentissement de la croissance des stocks hors sol, ce qui marquerait une rupture avec le fonctionnement de l’industrie aurifère depuis des centaines d’années.

Nous pouvons l’illustrer par un exemple : imaginons que les stocks hors sol aient progressé de 2 % par an au cours des cent dernières années et qu’ils s’élèvent actuellement à 100 000 tonnes8. L’année prochaine, la production minière devrait être de 2 000 tonnes pour que les stocks hors sol augmentent de 2 %. Mais l’année suivante, la production minière devra atteindre 2 040 tonnes pour que les stocks hors sol augmentent de 2 %.

Mais pourquoi est-ce important ? Pour l'expliquer, il convient de rappeler certains des concepts abordés dans notre premier cadre d'analyse du prix de l'or (Gold Price Framework Vol. 1: Price Model, 8 octobre 2015), à savoir les raisons pour lesquelles l'or est une monnaie. Une fonction essentielle de la monnaie est sa fonction de réserve de valeur. Historiquement, les stocks d'or en surface ont évolué au même rythme que l'activité économique sur de très longues périodes. C'est en partie ce qui explique la remarquable stabilité des prix exprimés en or au fil du temps. Si les stocks d'or en surface venaient soudainement à croître moins vite que l'activité économique, il en résulterait une déflation généralisée des prix (des biens et services cotés en or). Autrement dit, les cours de l'or augmenteraient, ce qui encouragerait à son tour l'ouverture de nouvelles mines. Ainsi, même si le rôle monétaire de l'or a été ignoré par les banques centrales, les gouvernements et une large partie de la population (du moins dans le monde occidental), la production minière d'or semble avoir continué de croître au rythme nécessaire pour maintenir cette relation. Et comme la production économique mondiale continue d'augmenter, le stock d'or (la masse monétaire) devrait lui aussi continuer de croître à un rythme correspondant, sans ralentir de manière significative, ce qui signifie que la production des mines devrait également progresser. Par conséquent, si les coûts complets (all-in costs) ne sont peut-être pas déterminants pour la valorisation des actions, ils le sont assurément pour le prix de l'or.

Cela dit, l'écart entre les coûts complets et les AISC est relativement faible. Selon notre analyse des 20 plus grandes sociétés aurifères cotées en bourse, parmi celles qui publient à la fois leurs AISC et leurs coûts complets, les coûts hors maintien ne représentent qu'environ 8 % des coûts totaux (voir la Figure 6). Pour notre calcul, nous supposons que ces coûts hors maintien comportent les mêmes coûts énergétiques que la part non opérationnelle des AISC.

Les coûts hors maintien représentent environ 8 % des coûts complets

Conclusion : Au total, nous constatons que les coûts énergétiques représentent environ 47 % de l'ensemble des coûts. Cela signifie qu'en prenant en compte les coûts décaissés hors maintien, le constat ne change guère. Sur ce que les mines d'or dépensent pour produire et maintenir leur production actuelle, et pour que la production mondiale d'or continue d'accélérer au même rythme qu'historiquement, l'énergie représente encore environ la moitié de ces coûts.

L'énergie représente 50 % des coûts de production de l'or

SYNTHÈSE

Au total, nous constatons que l'énergie représente environ 50 % des coûts de production des mines d'or. Plusieurs points importants méritent toutefois d'être soulignés. Premièrement, la structure des coûts évolue au fil du temps. Par exemple, les coûts énergétiques directs dépassaient 20 % il y a quelques années, lorsque les prix de l'énergie étaient bien plus élevés qu'aujourd'hui. De même, l'exposition indirecte à l'énergie varie avec les prix de l'énergie. Ainsi, nous avons établi que le coût des consommables dépend à environ 70 % des coûts énergétiques. Mais si les prix de l'énergie augmentent, nous nous attendrions à ce que ce chiffre augmente aussi. Les choses se compliquent du fait que les variations des prix de l'énergie modifient aussi les comportements. Des prix plus bas peuvent, par exemple, encourager une exploitation minière plus dispendieuse, et inversement. Les chiffres ne sont donc qu'une indication approximative, et notre estimation d'une exposition de 50 % à l'énergie pour l'extraction aurifère se situe probablement plutôt entre 40 et 60 %, selon le niveau des prix de l'énergie par rapport à d'autres éléments.

Deuxièmement, si les variations des coûts énergétiques influent à hauteur d'environ 50 % sur les coûts d'extraction de l'or à court terme, cette part peut atteindre 100 % à long terme, car la hausse (ou parfois la baisse) des coûts énergétiques se diffuse à tous les aspects de l'économie et entraîne une inflation générale des prix9. Par exemple, lorsque les prix de l'énergie doublent, le prix d'une nouvelle excavatrice ne double pas du jour au lendemain. Certains éléments du coût de production de l'excavatrice augmentent immédiatement, comme l'acier, les pièces synthétiques et l'énergie utilisée dans le processus de fabrication. Mais les frais généraux ne changent probablement pas aussi vite. Les excavatrices deviennent donc plus coûteuses à fabriquer, sans pour autant renchérir de 100 %. Et le fabricant peut ne pas être en mesure de répercuter immédiatement la hausse de ses coûts sur les exploitants miniers. Avec le temps, cependant, la hausse des prix de l'énergie se répercutera sur tous les aspects de la fabrication. Par exemple, à mesure que les prix de l'énergie augmentent, la construction d'une usine devient plus coûteuse, ce qui devra, à long terme, se refléter dans les prix de vente. Les coûts administratifs augmentent avec l'électricité, l'informatique, les factures de téléphone et les salaires, et le prix de chaque trombone finit par refléter la hausse des prix de l'énergie. Toutefois, cela peut prendre des années, voire des décennies.

Qu'est-ce que cela signifie pour le cours de l'or ? Le cours de l'or ne suit les prix de l'énergie que dans la mesure où les producteurs d'or sont exposés à la variation immédiate des coûts. Par exemple, si les prix de l'énergie à plus longue échéance doublent en un an et que l'exposition moyenne à l'énergie est de 50 %, le cours de l'or devrait augmenter d'environ 50 %. Mais à long terme, le cours de l'or reflétera progressivement la totalité de la variation de prix. C'est la raison pour laquelle le pétrole exprimé en or est resté remarquablement stable sur de très longues périodes. Dans ce contexte, il importe de comprendre que si les prix de l'énergie – par exemple ceux du pétrole – ont augmenté de 6 000 % en 100 ans, ce n'est pas parce que le pétrole est aujourd'hui plus rare qu'en 1918, mais parce que l'unité de mesure (le dollar américain) s'est dépréciée de 98 %. L'or comme l'énergie, exprimés en dollars, doivent le refléter.

Cependant, ce que nous montrons dans ce rapport, c'est que le cours de l'or reflète aussi les variations des prix de l'énergie lorsque celles-ci ne sont pas d'origine monétaire. Le cours de l'or suit bien les prix de l'énergie à plus longue échéance lorsqu'ils augmentent parce qu'ils anticipent une plus grande rareté à l'avenir. Et l'inverse est également vrai : le cours de l'or suit à la baisse les prix de l'énergie à plus longue échéance lorsqu'ils anticipent une plus grande abondance à l'avenir, comme ce fut le cas de 2012 à 2015. Comment cette analyse ascendante s'articule-t-elle avec notre cadre de valorisation de l'or ? En 2016, nous avons publié un rapport (Inverted Asymmetry - Gold Price Outlook, 20 septembre 2016) dans lequel nous avons utilisé notre cadre initial de valorisation de l'or pour identifier les moteurs de prix des cycles de l'or depuis 2001. Le modèle indiquait que la hausse initiale du cours, de 271 USD/once en 2001 à 872 USD/once troy en 2009, était en grande partie due à l'augmentation des prix de l'énergie à plus longue échéance. Nous avons reproduit cette analyse avec notre modèle mis à jour et parvenons à une conclusion très similaire : la forte hausse des prix de l'énergie à plus longue échéance explique environ 610 USD/once troy de cette progression (voir la figure 7).

hausse des prix de l'énergie à plus long terme de 2001 à 2008

De 2001 à 2008, les prix du pétrole à plus longue échéance (Brent à 5 ans à terme) sont passés de 20 USD/baril à 103 USD/baril, soit une multiplication par cinq (+420 %). Pour simplifier le calcul, nous supposons que la moitié du cours de l'or en 2001 était liée à l'énergie, soit 135 USD/once troy. Toutes choses égales par ailleurs, une hausse de 420 % des prix de l'énergie à plus longue échéance devrait donc accroître les coûts de remplacement à long terme de l'or de 570 USD/once troy. À titre de comparaison, comme nous l'avons expliqué plus haut, notre modèle suggère que la variation des prix de l'énergie à plus longue échéance a fait augmenter le cours de l'or de 610 USD/baril.

De même, selon notre modèle de prix de l'or, le recul des prix de l'énergie à plus longue échéance explique environ 290 USD/once troy des 510 USD/once troy de baisse du prix de l'or, qui est passé d'une moyenne de 1 670 USD/once troy en 2012 à 1 060 USD/once troy à la fin de 2015. Sur cette période, les prix du pétrole à plus longue échéance sont passés de 96 USD/baril à 63 USD/baril, soit une baisse de 34 %. Là encore, en supposant que l'énergie représentait environ 50 % (835 USD/once troy) du prix moyen de l'or en 2012, une baisse de 34 % laisse penser que le recul des prix de l'énergie à plus longue échéance explique environ 290 USD/once troy de la baisse du prix de l'or sur cette période.

Il importe de souligner que notre analyse ascendante ne doit pas être interprétée à tort comme un outil de trading permettant de prévoir des prix de l'or « implicites aux prix de l'énergie ». Premièrement, les prix de l'énergie ne sont qu'un des trois principaux déterminants du prix de l'or, les deux autres étant la politique des banques centrales (taux d'intérêt réels et achats d'actifs) et les achats nets d'or des banques centrales. Deuxièmement, comme nous avons estimé les coûts énergétiques en proportion des coûts totaux, les résultats de cette analyse ascendante ne nous permettraient d'estimer l'incidence des variations relatives des prix de l'énergie que si nous connaissions précisément la part des coûts énergétiques à chaque instant. Cette analyse ascendante vise plutôt à illustrer que les coûts énergétiques représentent bel et bien une part importante des coûts d'extraction de l'or, comme le prévoit notre modèle descendant. Le calcul simple ci-dessus indique que, pour les deux méthodes, l'importance des variations des prix de l'énergie pour celles du prix de l'or est relativement cohérente.

Comme nous l'avons déjà souligné, notre modèle descendant de prix de l'or ne doit pas non plus être interprété à tort comme un outil de trading. Il s'agit plutôt d'un outil très utile pour déterminer où nous en sommes dans le cycle du prix de l'or. Notre cadre d'analyse du prix de l'or et l'analyse ascendante complémentaire présentée dans ce rapport sont donc particulièrement utiles dans ce contexte. Les prix de l'énergie figurent clairement parmi les principaux déterminants du prix de l'or. Le point bas des prix de l'énergie à plus longue échéance a donc renforcé le plancher du prix de l'or fixé par les taux d'intérêt réels. Nous pensons que le point bas des prix de l'énergie à plus longue échéance est derrière nous et que ces prix devront probablement remonter nettement à long terme (nous approfondirons ce point dans la troisième et dernière partie de ce rapport). Cette perspective, combinée à l'opinion selon laquelle les taux d'intérêt réels ont peu de potentiel de hausse mais beaucoup de potentiel de baisse à partir de maintenant, ainsi qu'au risque persistant de nouvelles mesures d'assouplissement non conventionnelles et inédites de la part des banques centrales, rend les perspectives du prix de l'or nettement orientées à la hausse. Autrement dit, les perspectives du prix de l'or présentent une forte asymétrie.


1Par souci de simplicité, nous avons ignoré la production des autres matières premières obtenues en tant que sous-produits. La prise en compte des sous-produits améliorerait le ratio entre l'énergie consommée et la valeur des minerais extraits. Toutefois, bien que cela ait un effet positif sur la rentabilité des sociétés minières concernées, cela ne change rien au fait que les volumes actuels de production d'or ne pourraient pas être atteints en utilisant moins d'énergie qu'actuellement.

2Malheureusement, le propane, le GNL et le gaz naturel sont déclarés sous la forme d'un montant net unique. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) comme le Département de l'Énergie des États-Unis (DOE) considèrent tous deux le propane comme un liquide (l'offre de propane est intégrée au bilan pétrolier et non au bilan du gaz naturel), et non comme un gaz, et ses cours ont historiquement été plus proches de ceux du pétrole.

3 Nous expliquons plus loin dans ce rapport comment nous répartissons les éléments (m-r) entre les quatre catégories lorsque nous abordons les autres coûts de maintien en trésorerie.

4Les coûts d'exploitation en trésorerie sont appelés à juste titre « coûts d'exploitation ajustés » (Adjusted Operating Costs, AOC) dans le cadre AISC du WGC. Bien qu'ils correspondent simplement à la somme des éléments (a-k), les AOC figurent comme un élément à part entière, (l). Les coûts d'exploitation ajustés en trésorerie, additionnés aux 6 éléments restants (m-r), constituent les AISC. Dans cette section, nous examinons uniquement les coûts d'exploitation en trésorerie ; nous traiterons les éléments restants (m-r) dans la section suivante.

5Par exemple, l'électricité produite dans une centrale électrique au charbon

6Pour les économies développées, nous avons appliqué une réduction de 50 % aux prix des denrées alimentaires, car ceux-ci reflètent plus que les seules matières premières (emballage, publicité, marges, etc.) et le coût de l'alimentation hors domicile dépend davantage de facteurs autres que les prix de l'alimentation, de l'énergie et de la main-d'œuvre (p. ex. loyers, publicité, etc.). L'extraction d'or dans les pays développés est de toute façon très limitée ; toute surestimation du lien entre les prix de l'énergie et les coûts de main-d'œuvre n'aurait donc, tout au plus, qu'une incidence marginale sur les résultats.

7Lettres selon la méthodologie du WGC

8Selon le World Gold Council, les stocks hors sol s'élèvent à environ 174 000 tonnes. Nous avons retenu le chiffre de 100 000 tonnes dans notre exemple, car il permet de montrer plus facilement, sur le plan mathématique, pourquoi la production minière doit continuellement s'accélérer pour que les stocks hors sol augmentent à un taux de croissance constant.

9Il existe bien sûr l'effet de second ordre des améliorations technologiques du stock de capital, qui peuvent dégager des gains d'efficacité de sorte que la hausse des coûts de l'énergie (ou d'autres intrants) soit « ab-sorbée » par de meilleurs procédés de production. Pour paraphraser : « La hausse des prix de l'énergie est la mère de l'invention. »


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