Les cours de l'or et de l'argent reflètent la demande incessante de la Chine et de l'Asie, qui se contentent de sortir du dollar.

Normalement, à l'échéance des contrats, les cours de l'or et de l'argent sont écrasés : les options d'achat sont rendues sans valeur et les ordres stop sont déclenchés par les positions vendeuses de l'establishment. Compte tenu de la performance spectaculaire de l'argent ce mois-ci (en hausse de 18 %), un repli substantiel était à prévoir. Le résultat a été moins spectaculaire. L'or était en légère hausse sur la semaine, gagnant 10 $ à 2 344 $ ce matin dans les échanges européens par rapport à la clôture de vendredi dernier, et l'argent progressait de 75 cents à 31,15 $.
Il apparaît de plus en plus clairement que la demande physique en provenance d'Asie submerge les marchés papier. Nous suivrons avec intérêt les livraisons physiques de Shanghai lorsqu'elles seront publiées la semaine prochaine. Mais cela ne dit pas tout. Presque toutes les banques chinoises proposent des comptes en or, et leur couverture physique reste non livrée au sein du réseau de chambres fortes de la Bourse de l'or de Shanghai.
Cette demande contraste avec l'appétit des Occidentaux pour l'or, qui reste modéré. Rien n'indique que le grand public investisseur se joigne à la fête, mais à mesure que les achats asiatiques continuent d'alimenter les marchés haussiers, une demande considérable finira nécessairement par naître au sein des populations occidentales aisées.
Outre la psychologie du marché, je vois deux facteurs à l'œuvre. Le premier est que les marchés papier occidentaux sont extrêmement fragiles face à une situation qui échapperait à leur contrôle. Le graphique ci-dessous montre les pertes latentes (mark-to-market) des swaps sur l'or du Comex (principalement des opérateurs de banques de métal précieux) au 21 mai, date de la dernière publication de données de la CFTC :

Depuis lors, de gré ou de force, l'establishment est parvenu à réduire l'intérêt ouvert de 47 000 contrats et à faire baisser le prix de 75 $, offrant ainsi un répit temporaire aux swaps. Mais face à la demande croissante de métal physique, leur priorité doit être de clore leurs positions vendeuses.
Cela a pour effet de drainer la liquidité des marchés papier et d'exposer les retardataires de la communauté des banques de métal précieux à des pertes graves, voire existentielles. Le graphique ci-dessous replace cette situation dans un contexte technique, que les fonds spéculatifs surveilleront de près.

Dès que les cours de l'or commenceront à s'éloigner nettement de la moyenne mobile à 55 jours, une ruée de demande spéculative sur le papier est probable, à la fois sur les marchés occidentaux et à Shanghai face à une offre restreinte, car l'establishment du papier achètera lui aussi afin de limiter ses pertes.
Le second facteur de la demande est déjà à l'œuvre et ne peut que s'accélérer. Conscients de la détérioration des perspectives de valeur des monnaies papier, les investisseurs étrangers s'en défont au profit de l'or, de l'argent et d'autres matières premières. La flambée du cuivre n'a pas été provoquée par la demande industrielle, mais par les stocks constitués par la Chine, ce qui a entraîné un violent short squeeze au Comex. Le cuivre n'est pas seul : l'argent du Comex a été porté par des conditions similaires.
Il importe de comprendre que les Chinois n'achètent pas tant de l'or, de l'argent, du cuivre et d'autres matières premières qu'ils ne se débarrassent de dollars. Les commentateurs estiment que cela découle de la politique chinoise visant à réduire sa dépendance au dollar pour le règlement de ses échanges. C'est exact, mais la Chine est de plus en plus consciente du piège de la dette du gouvernement américain et de la mauvaise valorisation des marchés de capitaux occidentaux, et elle perçoit un risque croissant sur le dollar. C'est de plus en plus la raison pour laquelle la Chine vend des dollars.