Habituellement, les crises du crédit touchent le secteur privé. Aujourd’hui, il s’agit d’une crise mondiale du financement des États, dont rien ne peut nous sauver. L’or et l’argent constituent la voie de sortie.
Cette semaine, le début d’une débâcle du financement public, qui touche tous les pays du G7, a été porté à l’attention du public. Le point essentiel est qu’il ne s’agit que du commencement d’une crise, comme le démontre clairement notre graphique ci-dessous, que nous avons souvent présenté, depuis la rupture franche, en 2022, de la tendance baissière de quarante ans des rendements obligataires :

Le rendement a nettement rompu à la hausse. La raison en est simple et conduit toujours à la fin de l’existence d’une monnaie : l’accumulation de la dette publique. Une monnaie fiduciaire est, pour les responsables politiques, le permis de dépenser sans limite, jusqu’au moment où, soudain, ils ne le peuvent plus. Ils se trouvent alors face à un piège de la dette, équivalent pour le secteur public de l’insolvabilité et de la faillite, dans lequel plus le rendement obligataire monte, plus il doit encore monter. C’est là que nous en sommes aujourd’hui.
La promesse faite cette semaine par le président Trump de verser 5 000 $ à chaque citoyen américain s’il élit des majorités républicaines dans les deux chambres lors des élections de mi-mandat ajoute 1 200 milliards de dollars au déficit budgétaire américain estimé à plus de 2 000 milliards de dollars, que le secrétaire au Trésor, M. Bessent, ne parvient déjà pas à financer. En tant qu’homme politique, M. Trump n’est pas le seul à ne pas saisir l’importance existentielle des crises financières auxquelles son gouvernement est confronté.
Pour tous les pays du G7 pris dans ce piège, la situation est inédite et les marchés ne savent pas comment réagir. Les régulateurs publics, les macroéconomistes et les comptables affirment tous que la position hors investissement sans risque est la trésorerie dans la monnaie de référence de chacun. La position d’investissement sans risque serait, dit-on, les bons du Trésor américain à 10 ans, car les obligations d’État sont réputées peu risquées et le dollar est la monnaie de réserve à laquelle les autres se réfèrent. Ces hypothèses sont aujourd’hui remises en cause par les événements.
Le graphique ci-dessous compare les cours de clôture quotidiens de l’or, du pétrole et du rendement des bons du Trésor américain à 10 ans au cours des huit dernières semaines. Nous le présentons parce que la hausse des rendements obligataires et des prix du pétrole est traditionnellement considérée comme un obstacle pour l’or. Pourtant, alors que les rendements obligataires progressent et que le prix du pétrole s’envole, l’or affiche une hausse de 8 %, même au plus fort de sa propre correction, après avoir culminé à +16 % le 25e août. Les hypothèses selon lesquelles la trésorerie et les obligations d’État seraient respectivement sans risque et le placement le moins risqué sont infirmées par l’actualité.

Nul besoin d’être un analyste graphiste pour comprendre que les prix du pétrole vont encore monter. Les composants issus du craquage d’un baril de pétrole se négocient actuellement à plus de 70 $ au-dessus du prix du brut, lui-même à 100 $, ce qui donne une valeur réelle de 150 à 160 $ le baril en tenant compte des marges normales de raffinage. Ces prix se répercutent sur tous les produits de consommation, ne serait-ce que par l’augmentation des coûts logistiques. À cela s’ajoutent les pénuries alimentaires imminentes, dues à la conjonction d’une sécheresse en Europe, qui réduit les rendements céréaliers jusqu’à la moitié, et de la fermeture des ports ukrainiens de la mer Noire, qui bloque les exportations de la récolte ukrainienne, essentielle. L’élan à l’origine de la hausse des prix mondiaux de gros et à la consommation reste donc largement sous-estimé.
Les perspectives sont celles d’une crise d’un type différent de tout ce que nous avons connu. Par le passé, ce sont les secteurs privés que les gouvernements ont dû secourir. Cette fois, ce sont les gouvernements qui sont en difficulté, sans personne pour les secourir. Et lorsque le financement public se heurte au mur de rendements obligataires en hausse constante, il entraîne avec lui les activités du secteur privé.
Il devrait apparaître de plus en plus clairement, dans les semaines à venir, que l’or est la voie de sortie face aux problèmes croissants et aux risques en forte hausse associés au régime mondial des monnaies fiduciaires. La hausse des rendements obligataires sonne comme un signal d’alarme pour les investisseurs complaisants, qui ne comprennent pas que la hausse des prix de l’or et des matières premières reflète la baisse du pouvoir d’achat de leur propre monnaie, et non de la spéculation.
En guise de conclusion, notre dernier graphique montre ce qui s’est passé lors de la dernière crise pétrolière majeure, en 1973-1974, lorsque l’OPEP a relevé ses prix de référence en deux étapes :

Il y a tout lieu de croire que ce schéma est aujourd’hui aux premiers stades de sa répétition ; dans ce cas, le prix de l’or en dollars devrait probablement doubler à partir d’ici en l’espace de quelques mois seulement.