Dans la guerre qui oppose l'alliance occidentale à l'axe asiatique, les médias se concentrent sur le champ de bataille ukrainien. La véritable guerre est monétaire, et la Russie est en mesure de détruire le dollar.
Jusqu'à présent, les actions de Poutine sont restées relativement passives. Mais la Russie comme la Chine ont déjà accumulé suffisamment d'or pour instaurer des étalons-or. Elles y ont désormais un intérêt écrasant.
Il ressort clairement du récent article de Sergueï Glaziev dans un quotidien économique russe que le règlement des soldes commerciaux entre les membres, les partenaires de dialogue et les membres associés de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) pourra se faire, au choix, en or. En outre, l'économie russe bénéficierait énormément d'une baisse des taux d'emprunt, de leur niveau actuel supérieur à 13 % vers un niveau plus compatible avec une monnaie saine.
Pour comprendre les conséquences, cet article compare le régime de monnaie fiduciaire et de dépenses déficitaires de l'alliance occidentale à la révolution industrielle planifiée de l'axe russo-chinois pour quelque 3,8 milliards de personnes au sein de la famille de l'OCS. La Chine affiche un taux d'épargne remarquable, qui fournira le capital d'investissement nécessaire à une industrialisation rapide de l'Asie, sans conséquences inflationnistes.
Une nouvelle série d'opérations militaires devant bientôt débuter en Ukraine, Poutine aura intérêt à passer de la passivité à l'agression financière. Il lui suffirait de peu pour saper l'ensemble du système monétaire fiduciaire occidental, un danger à peine perçu par un complexe militaire de l'OTAN débordant d'assurance.
Introduction
Dans la lutte géopolitique entre les anciens et les nouveaux hégémons, on voit à la fois la meilleure et la pire des stratégies, où la croyance s'oppose à la crédulité. C'est la saison de la lumière et la saison des ténèbres, le printemps de l'espoir et l'hiver du désespoir…
Rappeler certaines des célèbres premières lignes de Charles Dickens dans son Conte de deux villes pour décrire l'état actuel de la politique mondiale résume le potentiel d'une nouvelle révolution industrielle dans toute l'Asie et dans une grande partie du reste du monde sous-développé (le meilleur des temps), face à l'alliance occidentale, secondée par son bras armé, l'OTAN, qui est déterminée à contrecarrer les projets des nouveaux hégémons aux dépens de ses propres peuples (le pire des temps). Ironiquement, les nations qui tireront le plus grand profit de la guerre par procuration menée par l'alliance occidentale sont celles qui s'alignent sur ses ennemis.
Plus ça change. Mais il nous faut quitter Dickens et examiner de plus près notre situation actuelle : l'hégémonie financière et monétaire de l'Amérique a survécu à ses bienfaits pour l'ordre mondial. Nous devons reconnaître qu'un nouvel ordre émerge depuis la contre-révolution russe de 1989, lorsque le mur de Berlin est tombé, et en Chine depuis la mort de Mao. Depuis plus de trente ans, la perspective d'une nouvelle libération économique existe, non seulement pour la Russie et la Chine, mais pour la quasi-totalité du monde sous-développé. Le conte de deux mondes est celui des gouvernements des 1,2 milliard d'âmes établies dans les économies dites avancées, déterminés à empêcher les 6,7 milliards d'autres de les contester. C'est un affrontement entre des économies fondées sur la production et des économies de plus en plus fondées sur les services et la finance. C'est un affrontement entre des valeurs réelles et des valeurs éthérées. Il est en train de devenir un affrontement entre les monnaies fiduciaires et la monnaie saine.
L'Ukraine et le rôle de l'Allemagne
Aujourd'hui, l'affrontement des hégémons se concentre sur l'Ukraine. Il s'est déjà déplacé depuis l'Afghanistan et, avant cela, la Syrie. À chaque fois, l'Amérique, qui dirige l'OTAN et le réseau de renseignement des Five Eyes, n'a pas réussi à vaincre l'axe asiatique, qui refuse de se laisser entraîner dans un conflit ouvert. Hormis la défense de leurs intérêts directs, la Russie et la Chine ont regardé l'OTAN se déliter doucement. D'abord, les Britanniques ont refusé de soutenir un conflit total en Syrie. Ensuite, la Turquie, membre de l'OTAN, a estimé, on le comprend, que ses intérêts étaient plus proches de ceux des hégémons asiatiques. L'Allemagne sera-t-elle la prochaine ?
Washington doit craindre que l'Allemagne ne poursuive de la même manière ses intérêts commerciaux très évidents en s'alignant davantage sur la Russie et la Chine, et moins sur ses maîtres de l'OTAN. Ce conflit d'intérêts s'est manifesté en sourdine dans la réticence de l'Allemagne à autoriser l'OTAN à déployer des chars Leopard en Ukraine. On nous a présenté cela comme une répugnance à envoyer des armes allemandes sur un théâtre de guerre envahi pour la dernière fois par les nazis. Cela a sans aucun doute réveillé de pénibles souvenirs, mais tout l'esprit de l'Allemagne d'après la chute du mur de Berlin a consisté à développer pacifiquement ses propres intérêts commerciaux à l'est.
Pour l'axe russo-chinois, le rétablissement des relations commerciales avec l'économie allemande, fondée sur l'industrie manufacturière, présenterait des avantages mutuels évidents. De la même manière, il signerait la mort de l'UE dans sa forme actuelle. C'est peut-être la position de l'Allemagne dans tout cela qui pousse l'Amérique et son establishment de l'OTAN vers des conflits de type « quitte ou double » au sujet de l'Ukraine.
Prenons du recul et examinons la situation du point de vue de l'Allemagne. Depuis sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne est au cœur de l'existence de l'OTAN. Comme l'a résumé de manière concise Lord Ismay, premier secrétaire général de l'OTAN, l'objectif de l'Alliance était de maintenir l'Union soviétique à l'extérieur, les Américains à l'intérieur et l'Allemagne en position d'infériorité. Et, avec l'histoire du pacte Ribbentrop-Molotov toujours présente à l'esprit de chacun, cette formule résume encore la situation actuelle. Du point de vue de l'Amérique, si l'OTAN constituait la solution militaire pour l'Europe, la situation politique ne pouvait être réglée qu'en veillant à ce que l'Allemagne soit arrimée à l'Europe occidentale.
Plusieurs personnes ont revendiqué le titre de père de l'Europe unie, mais la version qui l'a emporté a été validée par l'American Committee on United Europe (ACUE), créé en 1948 par de hauts responsables du renseignement américain issus de la CIA.[i] Soixante-quinze ans plus tard, l'Allemagne continue de se soumettre servilement aux services de renseignement américains.
Mais, comme l'a montré le récent épisode des chars Leopard, ce statu quo suscite une certaine résistance. Nous savons également que d'autres responsables allemands de haut rang ont exprimé leur mécontentement à l'égard du régime monétaire de la BCE. Jens Weidmann, qui a démissionné de la présidence de la Bundesbank en octobre 2021, n'est pas le seul critique de la politique monétaire, même si la Bundesbank semble désormais avoir été purgée de ses détracteurs de la BCE.
Deux problèmes freinent donc l'Allemagne. Elle a été contrainte d'abandonner ses principes de monnaie saine et de se couper de ses marchés naturels en Asie. Or une reprise des hostilités soutenues par l'OTAN mettra en lumière de façon éclatante la mise sous tutelle de l'Allemagne par les establishments politique et militaire américains. Le chancelier Scholz sait que la Russie a très peu de chances d'être vaincue facilement. Cette prochaine entreprise de l'OTAN est, au contraire, probablement le dernier coup de dés désespéré de l'alliance occidentale. Et, malgré l'OTAN, M. Scholz doit garder ses options ouvertes.
Si, contre toute la propagande de l'alliance, l'OTAN ne parvient pas à l'emporter en Ukraine, que la Russie consolide sa position et que Poutine demeure un dirigeant russe fort, l'Allemagne devra être prête à un arrangement politique avec la Russie. Il ne s'agit pas seulement d'une question de proximité géographique : l'Allemagne possède une forte culture manufacturière et profite de l'accès aux ressources russes, de débouchés pour ses produits et, par l'intermédiaire de la Russie, d'un accès renouvelé à la Chine et d'une coopération avec elle.
De toute évidence, l'esprit commercial de l'Allemagne a davantage en commun avec la révolution industrielle que prépare l'axe asiatique, et avec ses projets émergents de monnaie saine, qu'avec la plupart de ses partenaires de l'UE. Si seulement l'Allemagne était libérée du contrôle politique américain, elle pourrait, avec le temps, établir une nouvelle Ligue hanséatique, un corridor commercial partant de l'Europe de l'Est et englobant les pays baltes et les Pays-Bas. Ce sont des considérations de cette nature qui doivent pousser l'establishment américain à ne pas relâcher son emprise sur l'Allemagne et sur l'ensemble de l'UE.
Il n'existe pas de base évidente pour une trêve en Ukraine
Certains ont exprimé l'espoir qu'avant l'escalade d'un nouveau conflit, une trêve soit décrétée, ouvrant la voie à des négociations de paix. Des voix moins belliqueuses ont appelé à des négociations, notamment celle d'Henry Kissinger. Il y a probablement eu aussi des rencontres en coulisses, comme celle qui a réuni William Burns, de la CIA, et Sergueï Narychkine, chef du service de renseignement extérieur russe, à Ankara en novembre dernier.
Selon Pepe Escobar, qui est sans doute le reporter le plus chevronné sur ces questions parmi ceux qui ne travaillent pas pour les grands médias occidentaux, les Américains viennent, cette semaine même, de faire « une offre que les Russes ne peuvent pas refuser »[ii]. Elle a été exposée dans une tribune du Washington Post, qui contourne entièrement Kiev, et propose de partager l'Ukraine, assortie d'un accord sur l'équilibre militaire d'après-guerre. Le problème de cette approche est que les Américains ont l'habitude de faire des promesses à la Russie pour les rompre ensuite. Plus précisément, en février 1990, le secrétaire d'État américain James Baker a promis à Mikhaïl Gorbatchev que l'expansion de l'OTAN ne se ferait pas « d'un pouce vers l'est », promesse qui faisait partie d'« une cascade de promesses similaires »[iii].
Non seulement la Russie se méfie des Américains, mais sur l'échiquier de la diplomatie internationale, des initiatives venant des Américains placent la Russie en position de force. Des pourparlers de paix engagés par les Américains les obligeraient presque certainement à se plier aux exigences russes, tout comme, si la Russie en prenait l'initiative, elle se trouverait en position de faiblesse. La question de savoir si l'Amérique est prête à renoncer à son contrôle sur l'Europe occidentale deviendra l'enjeu central. Les Russes risquent fort de l'exiger. Ce serait la fin de l'OTAN, et une nouvelle alliance de défense européenne, sans participation américaine, devrait prendre sa place.
Par ailleurs, en l'absence d'accord, la Russie se satisferait de laisser l'OTAN continuer à s'enliser. Pour l'observateur indépendant, l'engagement de l'alliance occidentale à vaincre la Russie dans une guerre par procuration en Ukraine a constitué une erreur stratégique, lourde de conséquences imprévues. Il s'agit d'un échec comparable à celui des services de renseignement américains au sujet des armes de destruction massive de l'Irak. Cette fois, l'erreur a consisté à sous-estimer la solidité de l'économie russe et de sa situation financière.
Les sanctions devaient paralyser la Russie ; elles ont au contraire paralysé l'alliance occidentale, tandis que le rouble affichait la meilleure performance de toutes les devises en 2022. Et les médias occidentaux continuent d'affirmer que la Russie subit des pertes de recettes commerciales insoutenables, à un moment où ses dépenses militaires sont exceptionnelles.
Cela comporte évidemment une part de vérité. Mais l'économie sous-jacente de la Russie est bien plus saine qu'on ne nous l'a laissé croire. Et malgré des engagements massifs de dépenses militaires, le déficit budgétaire de la Russie n'a représenté l'an dernier que 2,3 % du PIB, contre 5,4 % pour les États-Unis. Les conséquences économiques de la guerre ont profité à la Russie grâce à la hausse des prix de l'énergie, alors qu'elles ont coûté à l'alliance occidentale en inflation des prix et en hausse des taux d'intérêt. La Russie ne devrait avoir aucune difficulté à financer un déficit de 2,3 % ou plus en 2023 en empruntant sur ses marchés intérieurs, sans fragiliser le rouble, alors que les conséquences financières d'un nouveau conflit sont potentiellement catastrophiques pour l'alliance.
D'après ses déclarations, nous pouvons être certains que Poutine et ses conseillers comprennent non seulement la situation militaire, mais aussi les conséquences économiques relatives d'une nouvelle escalade du conflit ukrainien. Il en va autrement des politiques de l'OTAN sous direction américaine, dont les coûts économiques ont jusqu'ici été ignorés. Les conséquences potentiellement désastreuses pour les économies européennes ne semblent pas avoir été mûrement réfléchies. Au lieu de cela, en livrant aux Ukrainiens des chars de modèles divers afin de monter une nouvelle attaque par procuration contre la Russie, l'alliance occidentale persiste dans ses erreurs initiales.
La survie de l'euro est désormais cruciale

Ce sont les conséquences pour l'euro d'une nouvelle bataille pour l'Ukraine qui risquent de mettre définitivement fin à l'influence américaine en Europe, et donc à l'avenir de l'OTAN comme de l'UE. Lorsque le sol aura suffisamment gelé dans l'est de l'Ukraine pour permettre une guerre de chars (peut-être d'ici quelques semaines), un nouveau conflit commencera, à moins qu'une attaque de missiles russe contre les lignes d'approvisionnement ukrainiennes n'ait déjà été lancée avant cela. Face à l'incertitude qui s'ensuivra, les prix de l'énergie vont inévitablement remonter. Le 24 février 2021, lorsque la Russie a lancé ses « opérations spéciales », le cours de l'or était de 1 902 $. Le 9 mars, il avait atteint 2 070 $. Tous les autres prix de matières premières, des métaux de base aux produits bruts et aux denrées alimentaires, ont flambé. Il n'y a aucune raison de penser qu'il en ira autrement cette fois.
Les conséquences pour les marchés financiers de l'alliance sont potentiellement dévastatrices. Il faudra dire adieu à l'inflation transitoire et à la modération des taux d'intérêt. Place à l'envolée des rendements obligataires, à l'effondrement des marchés d'actions, à des systèmes bancaires en faillite, y compris les banques centrales elles-mêmes, et à des pièges de la dette pour les gouvernements comme pour les entreprises surendettées. Les monnaies fiduciaires vacilleront au bord de l'effondrement. Une nouvelle phase de cette guerre menacera de déstabiliser l'alliance occidentale, mais pas la Russie ni la Chine, dont les économies ne dépendent pas de bulles du secteur financier en train de se dégonfler.
Il ne fait guère de doute que l'euro est particulièrement vulnérable aux conséquences d'une nouvelle escalade militaire en Ukraine et aux effets qu'elle aura inévitablement sur les prix à la production et à la consommation dans la zone euro. L'euro est le vol-au-vent des monnaies fiduciaires : une monnaie à risque qui, de manière avérée, prélève sur les épargnants allemands pour financer les PIGS, budgétairement dépensiers. La hausse des taux d'intérêt et des rendements obligataires n'a que très peu compensé l'augmentation générale des niveaux de prix à la production et à la consommation. En l'absence d'une défaite rapide de la Russie, une nouvelle escalade du conflit ukrainien fera très certainement monter ces prix encore davantage.
La BCE sera tiraillée entre la nécessité de réagir par des taux d'intérêt encore plus élevés, par crainte d'en perdre le contrôle au profit des forces du marché, et les conséquences que des taux d'intérêt et des rendements obligataires plus élevés auraient pour les finances publiques. Sans oublier la menace qui pèse sur la solvabilité de l'ensemble du système de l'euro.
La seule solution, et elle-même risque de n’être que de courte durée, est que l’Amérique se retire de la bataille pour l’Europe occidentale et reconnaisse à la Russie le droit de protéger l’intégrité de ses frontières. Des négociations menant à un règlement devraient être proposées sans délai à la Russie si l’on veut sauver l’euro. Alors seulement, la perspective d’une baisse des prix de l’énergie et des matières premières se répercutant sur les prix à la production et à la consommation apporterait un certain soulagement au système de l’euro et à l’euro lui-même.
Cela ferait gagner du temps à la BCE qui, comme les autres banques centrales de l’alliance occidentale, s’appuie sur des monnaies fiduciaires peu solides pour la gestion de l’économie. Le contraste est frappant avec l’Asie émergente, caractérisée par des monnaies adossées aux matières premières, une production réelle et des capitaux financés par l’épargne des ménages.
Des conséquences économiques découlent d’un monde déchiré en deux moitiés : l’une animée par la finance et les services, l’autre par la production et les ressources. Nous devons à présent les examiner tour à tour.
Des difficultés croissantes pour les économies fondées sur la monnaie fiduciaire
Depuis août 1971, date à laquelle le président Nixon a abandonné les derniers vestiges d’un étalon-or dans le cadre des accords de Bretton Woods, les monnaies du monde avancé ont été gérées par référence au dollar américain. Depuis lors, le pouvoir d’achat de ces monnaies s’est érodé, au point qu’aujourd’hui le dollar ne vaut plus que 1,8 cent du dollar de Bretton Woods, évalué en monnaie légale, c’est-à-dire toujours l’or. La perte de pouvoir d’achat des autres monnaies a été similaire, comme le montre le graphique ci-dessous.

La perte de pouvoir d’achat de toutes ces monnaies fiduciaires s’est inscrite dans les politiques monétaires, qui visent une hausse du niveau général des prix de 2 % par an. Il s’agit d’une politique qui ne peut être mise en œuvre avec précision. De plus, elle a conduit les gouvernements à tolérer des politiques inflationnistes et à compléter l’impôt par l’inflation du crédit au niveau de la banque centrale.
La manipulation de la valeur des monnaies et l’inflation monétaire constituent désormais la pierre angulaire des finances publiques, ce qui mène inévitablement à une crise existentielle. Persuasés que ce problème pourrait toujours être résolu ou sans cesse reporté, les membres de l’alliance occidentale ont simplement arrêté l’activité économique lors de la crise du covid, convaincus que tout reviendrait ensuite à la normale. Ce ne fut pas le cas, et une période de perturbation des chaînes d’approvisionnement a suivi, exigeant de nouvelles dépenses déficitaires de la part de gouvernements confrontés à des manques de recettes. Les conséquences d’une expansion excessive de la monnaie étaient en place, prêtes à se déclencher. Puis est survenue la guerre par procuration en Ukraine, avec ses effets économiques sur les prix des matières premières, à la production et à la consommation.
L’illusion de l’économie de la monnaie fiduciaire s’est construite depuis l’abandon des accords de Bretton Woods. Et la voie vers une dépendance croissante à l’égard des politiques inflationnistes a été facilitée par la corruption des statistiques avec lesquelles les économètres mesuraient les conséquences. Le niveau général des prix est un concept non mesurable, ce qui n’a pas empêché les gouvernements occidentaux de construire des indices des prix de détail et à la consommation. Et, parce qu’ils ne sont pas mesurables, les statisticiens gouvernementaux peuvent élaborer leurs propres versions. Le recours accru à l’indexation sur l’inflation a encouragé la réforme de la composition des statistiques, qui a toujours réussi à réduire le coût de cette indexation pour les finances publiques. Et au cours des dernières décennies, elle a offert l’avantage supplémentaire de masquer les véritables conséquences de la politique monétaire en matière de dépréciation des monnaies. Le seul moyen fiable d’estimer la dépréciation de ces monnaies est de comparer leur valeur à celle de l’or, qui demeure la monnaie légale sur le plan international, en dépit des protestations officielles du contraire.
L’utilisation abusive de la statistique du produit intérieur brut comme moyen de mesurer l’activité ou le progrès économique est un autre exemple flagrant d’illusion économique. Le PIB n’est qu’une estimation du total des transactions éligibles et ne reflète pas leur productivité ni leur utilité pour le progrès de la condition humaine. En effet, il inclut les dépenses publiques, dont une grande partie est, nous le savons, gaspillée, et dont aucune ne peut être considérée comme valorisée économiquement par la demande des consommateurs.
Le PIB est au contraire un chiffre que l’on peut aisément gonfler par des mesures visant à accroître la quantité de monnaie et de crédit, et par des dépenses improductives accrues de la part des gouvernements. Et lorsque l’on peut contrôler la représentation statistique de l’effet sur les prix, on donne l’apparence d’avoir réalisé le mouvement économique perpétuel.
La poursuite d’une nouvelle guerre entre les superpuissances a fini par exposer les faiblesses et les contradictions du système de monnaie fiduciaire de l’alliance occidentale, menaçant de précipiter la prise de conscience finale de son défaut fatal. Lorsqu’un système financier et économique tout entier risque de s’effondrer, il est difficile de choisir un aspect qui fera tomber toute l’illusion. Il est plus simple de présenter les principales erreurs sous forme de liste à puces, afin que le lecteur puisse se faire une idée de l’ampleur du problème dans son ensemble :
- Le risque d’une nouvelle hausse de l’inflation des prix. Le niveau général des prix augmente désormais nettement plus vite que le taux cible officiel de 2 % par an. Les banques centrales et les prévisionnistes gouvernementaux supposent qu’il reviendra à cet objectif de 2 % d’ici un an ou deux, sans aucun fondement à l’appui de leurs prévisions. Toutes choses égales par ailleurs (ce qui n’est jamais le cas), les hausses annualisées des indices des prix à la production et à la consommation reculeront en raison de l’effet statistique de la sortie des mois antérieurs des chiffres globaux. Les analystes qui affirment que les variations du taux d’inflation des prix n’ont que peu ou rien à voir avec la dépréciation de la monnaie, et qu’elles résultent de variations des quantités de l’offre globale par rapport à la demande, se trompent. Ces théoriciens ne comprennent pas que, sans dépréciation d’une monnaie ou perte de confiance du public à son égard, un niveau général des prix plus élevé ne saurait être atteint.
- Les politiques de taux d’intérêt sont fondamentalement viciées. Les banques centrales ont tort de croire que les taux d’intérêt représentent le coût de la monnaie. Ils sont le coût de l’emprunt, mais pour les déposants, ils représentent un risque de prêt et la perte de l’usage de leur argent, que l’on désigne sous le nom de préférence temporelle. Lorsqu’on demande à un déposant de prêter son dépôt pour une durée déterminée, il évalue le taux proposé au regard de la somme de ce qu’il anticipe : la gêne liée à la perte de possession, les primes de risque de prêt et les variations du pouvoir d’achat de la monnaie sur la durée du prêt. Si un souscripteur d’obligations s’attend à ce que le pouvoir d’achat d’une monnaie baisse de dix pour cent avant l’échéance du prêt et la restitution de ses fonds, il attendra naturellement une compensation d’intérêts supérieure à dix pour cent, afin d’intégrer les facteurs de risque, la préférence temporelle et une marge de profit favorable. Ce sont les attentes du déposant face aux conditions de risque et de monnaie en vigueur qui déterminent les taux d’intérêt, et non le coût de l’emprunt. Si, pour les déposants nationaux, ces facteurs peuvent être temporairement réprimés, les étrangers détenant des dépôts en devises sont susceptibles de les liquider plus volontiers dans les monnaies dont les taux d’intérêt sont maintenus en deçà de leurs rendements attendus. Par conséquent, lorsqu’une banque centrale réprime les taux d’intérêt, une perte du pouvoir d’achat de la monnaie se matérialise inévitablement, car les détenteurs étrangers sont les premiers à la vendre, que ce soit contre d’autres monnaies, des matières premières ou de l’or, qui est la monnaie légale. Maintenant que les taux d’intérêt de toutes les monnaies de l’alliance occidentale sont nettement inférieurs au rythme de perte de leur pouvoir d’achat, une nouvelle hausse des prix de l’énergie et des matières premières conduira immanquablement à un choc de forte remontée des taux d’intérêt, à moins que la banque centrale concernée ne choisisse de risquer un nouvel effondrement du pouvoir d’achat de sa monnaie.
- Les coûts de financement de la dette publique vont s’envoler. D’ores et déjà, la charge d’intérêts de la dette publique dans l’alliance occidentale augmente rapidement, à une période de stagnation économique, voire de franche récession. La stagnation ou la récession comptent, car elles entraînent des déficits par rapport aux recettes fiscales prévues, au moment même où les coûts d’emprunt s’alourdissent sur la dette publique arrivant à échéance comme sur les nouvelles émissions. Cela est d’autant plus pertinent lorsque le profil d’endettement d’un État est de court terme, car la dette est alors renouvelée plus rapidement à des taux d’intérêt plus élevés. Dans mes commentaires ci-dessus sur la zone euro, j’ai montré, à partir des chiffres d’Eurostat, que la Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Espagne, la France, la Belgique et Chypre affichaient tous en 2021 un ratio dette/PIB supérieur à 100 %. Le ratio dette/PIB du gouvernement fédéral américain pour 2022 est estimé à 129 %, et celui du Japon était de 262 % en 2021. Pour le Royaume-Uni, il s’établissait à 97,4 % en 2021. Il est clair que les gouvernements ne peuvent pas se permettre de voir les rendements obligataires augmenter, car une part croissante de leurs déficits budgétaires est absorbée par la charge d’intérêts. En bref, ils sont pris au piège de la dette, dont ils ne peuvent sortir qu’en réduisant radicalement leurs dépenses ou en reniant leurs obligations de dette.
- Les coûts d’emprunt du secteur privé augmentent eux aussi. Les politiques de taux d’intérêt des banques centrales ont eu pour conséquence d’encourager l’emprunt à des fins improductives. Pour les entreprises emprunteuses, la disponibilité d’un financement bon marché leur a permis de financer des projets devenus non rentables avec la hausse du coût des intérêts. Ces mauvais investissements sont désormais mis au jour, entraînant faillites, pertes d’emplois et creusement des déficits publics. Une nouvelle vague de hausse des prix de l’énergie et des matières premières provoquera davantage de faillites.
- Un système bancaire défaillant implique l’insolvabilité des banques centrales. Les pertes que subissent actuellement les banques centrales de l’alliance occidentale, du fait des intérêts versés sur les réserves et de la hausse des rendements obligataires sur leurs portefeuilles d’obligations hypertrophiés, les ont toutes plongées dans une faillite technique. En effet, ces pertes dépassent largement les fonds propres de leur bilan. La situation ne sera pas simple pour la Banque centrale européenne, dont les actionnaires sont les banques centrales nationales de la zone euro, toutes confrontées à des fonds propres négatifs. La recapitalisation des banques centrales nationales exigera une législation de la part de chacun des gouvernements de la zone euro, avec un capital supplémentaire suffisant pour souscrire leur part du capital de la BCE. Inévitablement, le processus de recapitalisation soulèvera la question des déséquilibres TARGET2, ce qui l’entravera. Au mieux, la recapitalisation du système euro sera difficile, à un moment où les banques commerciales fortement endettées de la zone euro devront probablement être sauvées si la guerre en Ukraine s’intensifie. Il n’est pas exagéré de dire que le risque d’un effondrement total du système euro constitue la plus grande menace pour l’alliance occidentale. En outre, compte tenu de leur fort effet de levier, les banques commerciales deviennent aujourd’hui averses au risque et restreignent le crédit accordé aux emprunteurs financiers comme non financiers, ce qui garantit qu’un ralentissement économique provoqué par le crédit s’ensuivra.
- La valeur des actifs financiers continuera de s’effondrer. Des taux d’intérêt plus élevés entraînent des rendements obligataires plus élevés, une baisse de la valeur des actions, une baisse des bénéfices des entreprises, une hausse des prêts non performants et une multiplication des liquidations de garanties. Si l’on y ajoute des banques prêteuses devenues averses au risque, il en résulte un marché baissier violent, doublé d’une récession à l’ancienne. Même une baisse du pouvoir d’achat d’une monnaie fiduciaire ne peut compenser ces facteurs, jusqu’à ce qu’survienne un « boom de l’effondrement » marquant son extinction définitive, où tout ce qui est évalué dans une monnaie dépourvue de quasiment tout pouvoir d’achat semblera prendre de la valeur. Telle est la situation qui se dessine, même sans nouvelle escalade du conflit ukrainien.
Il est clair que le système financier de l’alliance occidentale est déjà en grande difficulté. Les conséquences d’une reprise des hostilités en Ukraine risquent de le déstabiliser entièrement. À moins que les Russes ne soient prêts à sauver l’alliance de ses propres erreurs, son système financier est condamné. La seule question est de savoir à quelle vitesse sa destruction se réalisera.
Le système émergent de monnaie saine des superpuissances asiatiques
Il ne pourrait guère y avoir de contraste plus marqué entre les objectifs politiques de l’Occident, officiellement avancé, et ceux du monde émergent, ni entre les illusions de l’alliance occidentale et les aspirations de l’Asie et de toutes les nations qui échappent à l’hégémonie américaine. Il n’est guère surprenant que des pays importants disposant de ressources énergétiques d’envergure mondiale, tels que l’Arabie saoudite et les autres membres du Conseil de coopération du Golfe, quittent le navire. En outre, la Russie, la Chine et les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai passeront probablement d’une politique passive, consistant à laisser l’Amérique et ses partenaires se perdre par leurs propres erreurs, à une politique active visant à prendre leurs distances avec leur échec.
Les points suivants résument brièvement la position des puissances hégémoniques asiatiques :
- La production de biens est le fondement de leur avenir économique. La caractéristique distinctive de l’axe asiatique est que ses économies sont orientées vers la production, les activités financières soutenant principalement les activités non financières, avec un minimum de spéculation financière. Cela diffère fondamentalement de l’alliance occidentale, qui a exporté ses chaînes d’approvisionnement vers l’axe asiatique, dispose de secteurs de services proportionnellement plus importants et de secteurs financiers engagés dans des bulles spéculatives.
- Autosuffisance en ressources et en capital. Entre la Russie, la Chine, la famille de l’Organisation de coopération de Shanghai, l’Union économique eurasiatique et les BRICS, l’ensemble du groupe est autosuffisant en matières premières, en produits de base et en main-d’œuvre, et, grâce au taux d’épargne exceptionnel de la Chine, en capital financier. Si l’alliance occidentale subissait un effondrement de la demande de biens importés, cela serait coûteux pour la Chine, mais sans excès. La Chine prévoit de ne plus dépendre autant de l’exportation de biens vers les marchés occidentaux, en encourageant la consommation intérieure de sa classe moyenne en pleine expansion, ainsi qu’en investissant dans les marchés eurasiatiques et en les développant.
- L’intégration et l’industrialisation à l’échelle de l’Asie constituent le plan. En investissant dans les infrastructures de transport, la production et la distribution d’électricité, ainsi que dans les communications en général, la Chine prévoit de créer des marchés pour elle-même en favorisant l’industrialisation de l’ensemble du continent. L’Inde, le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan, pays très peuplés, connaîtront une croissance économique rapide. La Chine s’est assuré l’énergie et les autres ressources nécessaires auprès de la Russie, du Moyen-Orient et d’ailleurs. En raison des sanctions imposées à la Russie par l’alliance occidentale, celle-ci a été disposée à fournir du pétrole et du gaz aux nations asiatiques avec d’importantes décotes par rapport aux prix du marché mondial, au bénéfice relatif de l’ensemble du continent. En outre, l’Asie entend continuer à utiliser les combustibles fossiles, tandis que l’alliance réduit son efficacité et sa compétitivité mondiale en interdisant ces combustibles et en investissant dans une énergie verte moins efficace et souvent peu réaliste. L’ambition est d’améliorer directement le niveau de vie de 3,8 milliards d’Asiatiques, au profit également d’un milliard d’Africains supplémentaire, et d’environ un milliard d’autres personnes en Amérique latine et ailleurs.
- Les balances commerciales n’auront plus d’importance. La Chine mène une politique de réinvestissement dans les pays avec lesquels elle affiche un déficit commercial, tels que les membres du Conseil de coopération du Golfe, afin d’équilibrer la balance des paiements. Les Chinois épargnent, selon les estimations, 45 % de leurs revenus, un taux d’épargne que seule Singapour dépasse. Les ressources sont donc disponibles pour financer le capital nécessaire à l’accélération du développement à l’échelle de l’Asie. Les conséquences sur l’inflation des prix en Chine, actuellement de 1,8 %, continueront d’être réduites au minimum.
- Les politiques monétaires abandonneront la monnaie fiduciaire au profit de l’or. Les investissements entrants compensant les déficits commerciaux, les conditions sont réunies pour que les soldes entre les participants de l’OCS soient réglés en or, ou en substituts crédibles de l’or. Dans son article publié le 27 décembre dans le journal économique russe Vedomosti, Sergueï Glaziev, l’architecte de la nouvelle monnaie de règlement des échanges de l’Union économique eurasiatique, a clairement indiqué qu’il avait conclu que l’or était le meilleur moyen de règlement, semblant abandonner les structures plus complexes initialement envisagées.[iv] La Chine et la Russie ont accumulé d’importantes réserves de métal précieux en plus de leurs réserves officielles et peuvent adosser leurs monnaies à l’or. Cela assure non seulement la stabilité des prix, mais signifie aussi que, sous un adossement à l’or, le niveau naturel des taux d’intérêt en Russie, actuellement de 13,7 % à un an, pourrait à terme descendre à 2,5 %–3,5 %. En Chine, où les taux à un an s’établissent à 2,1 %, un étalon-or garantirait la stabilité durable des taux d’intérêt et de la monnaie. De plus, les membres de l’OCS ont vendu des monnaies fiduciaires occidentales pour constituer des réserves d’or ; l’ensemble de la région est donc prêt à passer à des étalons-or.
L’axe asiatique détient l’or
La Chine accumule de l’or depuis que la Banque populaire de Chine a été chargée en 1983 de gérer l’accumulation d’or et d’argent du pays. Étant donné que l’or a connu un marché baissier massif jusqu’en 2002, de grandes quantités de métal précieux sont devenues disponibles à bas prix. L’État chinois avait accumulé suffisamment d’or pour lui-même, par l’importation de métal précieux, l’importation de doré destiné à l’affinage et l’investissement dans l’exploitation minière aurifère, pour permettre à ses citoyens de commencer à en acheter fin 2001. À cette date, j’estimais que la Chine avait secrètement constitué des avoirs d’environ 20 000 tonnes, et l’État n’a cessé de les accroître depuis. La Bourse de l’or de Shanghai a été créée en 2002, et à ce jour 23 000 tonnes ont été retirées vers la propriété du public. Aujourd’hui encore, la Chine applique une politique stricte interdisant l’exportation de tout or entré dans le pays.
La question de savoir si la Chine déclarera tout son or en tant que réserves monétaires relève de l’avenir. La Russie, en revanche, a adopté une politique d’accumulation d’or bien plus tardivement. Mais jusqu’à présent, entre les réserves officielles et le Fonds d’État de Russie (le Gosfund), on estime que la Russie dispose d’environ 12 000 tonnes, soit plus que les réserves officielles des États-Unis, de 8 134 tonnes. De plus, la Russie prévoit de porter sa production minière de plus de 300 tonnes à 500 tonnes par an, et le Gosfund continue d’acheter auprès de sources nationales.[v]
Le contraste avec les monnaies fiduciaires de l’alliance occidentale ne pourrait être plus marqué. Les conséquences sont claires : les autres nations de l’OCS et du groupe des BRICS vendent des dollars pour acheter de l’or, ce qui explique que, selon les estimations du World Gold Council, les banques centrales en aient accumulé plus de 1 100 tonnes en 2022. Cette accumulation devrait s’accélérer à mesure que le prix de l’or exprimé en monnaies fiduciaires occidentales augmente (c’est-à-dire que le dollar et les autres monnaies fiduciaires déclinent), sur un marché mondial du métal précieux déjà peu liquide.
Les conséquences pour le financement du gouvernement américain sont désastreuses. Depuis des décennies, il compte sur l’accumulation de dollars par des étrangers, qui les réinvestissent en titres du Trésor américain. La liquidation de ces avoirs, alors que l’entrée en récession va entraîner une forte hausse des déficits budgétaires, risque de propulser nettement à la hausse les rendements obligataires en dollars.
Nous constatons déjà que les avoirs en dollars et les actifs financiers détenus à l’étranger commencent à être liquidés ; selon les chiffres TIC du Trésor américain, ils sont passés d’un pic de 34 000 milliards de dollars à environ 30 000 milliards actuellement. L’essentiel de ce recul s’explique par des effets de valorisation, reflétant la hausse des taux d’intérêt et des rendements obligataires au cours de l’année écoulée.
Lors du Forum international de Saint-Pétersbourg de juin dernier, auquel assistaient 81 délégations officielles, le président Poutine a clairement indiqué qu’il convenait de vendre les réserves en dollars et en euros, par crainte de confiscation et en raison de la perte de leur pouvoir d’achat. Non seulement M. Poutine a incité les gouvernements étrangers à se défaire de leurs réserves en dollars et en euros, mais l’agressivité de l’OTAN à propos de l’Ukraine ne peut qu’entraîner une hausse de la valeur des matières premières et de l’énergie exprimée en monnaies fiduciaires, et donc du niveau naturel des taux d’intérêt et des rendements obligataires. En somme, par sa réponse à l’agression de l’OTAN, il a le pouvoir de détruire les systèmes monétaire et financier de l’alliance. Et comme la Russie, la Chine et l’ensemble des membres de l’OCS bénéficieraient d’un étalon-or, il a toutes les raisons de recourir à l’arme nucléaire, non pas sous la forme d’une ogive, mais sur le plan financier.
[i] Voir From Brussels with Love de Radomir Tylercote et Sir Bill Cash, « The American Settlement 1942—1974 », Duckworth, 2016. Parmi les membres fondateurs de l’ACUE figuraient Allan Welsh Dulles, frère cadet de John Foster Dulles, et le général William J. Donovan. Donovan avait persuadé le président Truman de créer la CIA dans les années 1940, et Dulles présidait un comité qui joua un rôle déterminant pour convaincre la CIA d’accorder des ressources opérationnelles à l’ACUE.
[ii] Voir A panicked empire tries to make Russia an offer it can’t refuse The Cradle, 30 janvier 2023
[iii]« Des documents déclassifiés montrent que Baker, Bush, Genscher, Kohl, Gates, Mitterrand, Thatcher, Hurd, Major et Woerner ont donné aux dirigeants soviétiques des assurances de sécurité contre l’élargissement de l’OTAN ». Voir « How Gorbachev was misled over assurances against NATO expansion » https://natowatch.org/newsbriefs/2018/how-gorbachev-was-misled-over-assurances-against-nato-expansion
[iv] Voir https://www.vedomosti.ru/opinion/columns/2022/12/27/957178-zolotoi-rubl?utm_campaign=vedomosti_public&utm_content=957178-zolotoi-rubl&utm_medium=social&utm_source=telegram_ved (si la censure occidentale le permet, il doit être traduit du russe)
[v] Voir https://www.gokhran.ru/ru/press/news/2233/index.phtml
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