Depuis la publication du compte rendu du Comité fédéral de l'open market (FOMC) la semaine dernière, l'or et l'argent se sont réveillés : le cours de l'or est passé d'un plus bas de 1 147 $ le 18 mars à 1 200 $ ce matin, et celui de l'argent de 15,46 $ à 17,00 $, soit des hausses respectives de 4 % et de 10 %.

Le rapport Commitment of Traders de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), publié vendredi dernier, indique commodément les positions des catégories d'opérateurs la veille de la publication du compte rendu du FOMC. Sur l'or, la catégorie Managed Money a réduit ses positions jusqu'à la position nette acheteuse la plus basse depuis décembre 2013. Cela apparaît dans le graphique ci-dessous, où la ligne pointillée représente la position nette acheteuse moyenne depuis 2006.

Il s'agit d'un renversement spectaculaire des positions, qui a permis à la catégorie des swaps (principalement les banques de métaux précieux) de réduire sensiblement sa position nette vendeuse, comme le montre le graphique suivant.

Cela confirme que la catégorie Managed Money, composée en majorité de fonds spéculatifs, a été prise à contre-pied avant la publication du FOMC, étant très fortement vendeuse. En d'autres termes, il s'est produit depuis lors un important rachat forcé de positions vendeuses (« bear squeeze »), qui a fait nettement monter le cours de l'or.
Un simple « bear squeeze » devrait s'accompagner d'une baisse de l'intérêt ouvert, car il contraint les opérateurs pris à contre-pied à clôturer leurs positions déficitaires. Or l'intérêt ouvert a augmenté, ce qui s'explique en fait entièrement par une hausse des spreads1. Depuis mercredi, l'intérêt ouvert a fortement diminué, ce qui laisse penser que les positions de spread ont été clôturées à mesure que le contrat d'avril arrive à échéance. Le graphique suivant l'illustre.

La présence de spreads, qui ne sont ni haussiers ni baissiers, réduit à néant l'espoir que la récente hausse de l'intérêt ouvert reflète une demande réelle. Il faut plutôt en conclure que la faiblesse du dollar, après une période de forte vigueur, y est pour beaucoup. Les cours du pétrole ont eux aussi fortement rebondi, après avoir été survendus, ce qui confirme que les marchés semblent pour l'instant se contenter de corriger les mouvements des huit dernières semaines.
Il existe toutefois des raisons fondamentales d'adopter une position plus haussière sur l'or, notamment la prise de conscience progressive que le compte rendu du FOMC de la semaine dernière repousse de fait indéfiniment toute hausse des taux d'intérêt. Quelles que soient les autres menaces pesant sur la crédibilité financière mondiale, et la liste en serait très longue, l'aveu de la Fed qu'il n'existe, dans un avenir prévisible, aucune issue à la poursuite de l'inflation monétaire justifie pleinement une tendance plus favorable pour les cours des métaux précieux.
La Bourse de l'or de Shanghai a livré 53,47 tonnes au public la semaine dernière, portant le total à 561 tonnes depuis le début de l'année, en légère hausse par rapport à l'an dernier.
1 Les spreads sont des positions acheteuses et vendeuses appariées, conçues pour tirer profit des écarts de prix, après financement, entre différentes échéances.
La semaine prochaine
Lundi
Royaume-Uni : approbations de prêts hypothécaires de la BoE, crédit net à la consommation, prêts garantis, masse monétaire M4.
Zone euro : indice du climat des affaires, climat économique, confiance des consommateurs, confiance dans l'industrie.
États-Unis : indice des prix PCE core, revenus des ménages, dépenses des ménages, ventes de logements en cours.
Mardi
Japon : commandes de construction, mises en chantier de logements.
Royaume-Uni : balance courante, PIB (3e estimation), indice des services.
Zone euro : IPCH flash, chômage.
États-Unis : indice des prix de l'immobilier S&P Case-Shiller, PMI de Chicago, confiance des consommateurs.
Japon : enquête Tankan.
Mercredi
Zone euro : PMI manufacturier.
États-Unis : enquête ADP sur l'emploi, PMI manufacturier, dépenses de construction, ISM manufacturier.
Jeudi
Royaume-Uni : enquête CIPS/Markit sur la construction.
États-Unis : demandes initiales d'allocations chômage, balance commerciale, commandes industrielles.
Vendredi
États-Unis : créations d'emplois non agricoles, chômage.
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