Rapport de marché : la peur s’installe

...« Les relations entre la Corée du Nord et la Chine se sont détériorées ces dernières années, et le seul dirigeant que le dictateur coréen écoutera est Poutine. Mais l’Amérique a coupé les ponts à propos de la Syrie ; il semble donc n’y avoir aucune autre issue qu’une escalade incontrôlable de la situation coréenne. »

Or et argent en USD, 9 avril 2017

Le rapport de marché de la semaine dernière concluait qu’avec la dégradation de la situation en Syrie, les perspectives pour le cours de l’or n’avaient rarement été aussi favorables. L’or et l’argent ont assurément progressé, comme l’indique notre graphique introductif. Lors des échanges matinaux en Europe, l’or gagnait 34 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier, à 1 287 $, et l’argent passait de 18,00 $ à 18,57 $. La semaine est courte en raison du congé du Vendredi saint demain, et, la géopolitique occupant le devant de la scène, les opérateurs devraient dans l’ensemble clôturer aujourd’hui leurs positions vendeuses tout en conservant leurs positions acheteuses. Nous revenons plus bas sur la géopolitique.

À court terme, le cours de l’or devrait désormais pouvoir tester le niveau des 1 300 $. Les analystes techniques, qui sont presque tous des spéculateurs négociant des contrats à terme au Comex, ont été pris à contre-pied par les événements. Le contexte était celui d’un optimisme fondamental à l’égard du dollar, qui s’érode désormais. L’envers de la médaille était négatif pour l’or ; les chartistes ont donc sans cesse mis en garde contre des prises de bénéfices, d’abord à la moyenne mobile à 55 jours, puis à celle à 200 jours. Cela apparaît dans le graphique suivant.

Or en USD

L’analyse technique n’aurait guère pu être plus trompeuse.

L’argent est très suracheté et, malgré quelques accrocs, continue de progresser avec vigueur, les positions ouvertes au Comex approchant des niveaux records. Mais cette semaine, tout se joue sur l’or, en raison du revirement du président Trump, passé de colombe à chef de guerre. La semaine dernière, c’était la Syrie, dossier toujours en cours, les Russes refusant de céder. Mais la Corée du Nord arrive vite à l’intérieur du virage, et elle est potentiellement bien plus dangereuse.

Les États-Unis ont dépêché un porte-avions dans le nord-est du Pacifique, version moderne de la diplomatie de la canonnière. Trump a tenté de rallier la Chine à sa cause, et celle-ci enverrait, selon les informations disponibles, des troupes à la frontière nord-coréenne. Il s’agit probablement de contenir d’éventuelles retombées d’une agression américaine, plutôt que d’une opération conjointe. Les relations entre la Corée du Nord et la Chine se sont détériorées ces dernières années, et le seul dirigeant que le dictateur coréen écoutera est Poutine. Mais l’Amérique a coupé les ponts à propos de la Syrie ; il semble donc n’y avoir aucune autre issue qu’une escalade incontrôlable de la situation coréenne.

Nous avons d’un côté un dictateur paranoïaque et bien armé, de l’autre un président novice qui a soudain adopté une mentalité de ffonceur. Nous nous dirigeons vers la période la plus dangereuse depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon certaines informations, Kim Jong-un aurait ordonné un essai nucléaire ce samedi, auquel cas il fera lui aussi monter la tension.

En l’absence de dialogue, la guerre semble de plus en plus inévitable. Le porte-avions américain serait une cible facile et tentante. Des témoignages indiquent que des hôtels américains à Séoul accueillent de hauts responsables militaires américains, ce qui laisse penser que les plans visant à donner une leçon à Kim Jong-un sont déjà avancés.

En résumé, personne ne discute pour trouver une solution, Kim Jong-un est totalement paranoïaque et impitoyable, et la Corée du Nord est suffisamment équipée militairement pour provoquer d’énormes perturbations régionales, non seulement pour les forces américaines, mais aussi pour la Corée du Sud et l’ancien ennemi, le Japon. Pourtant, Trump semble penser que la puissance de l’Amérique contraindra Kim Jong-un à entendre raison et à reculer.

Espérons que cette analyse soit trop alarmiste, mais jusqu’à preuve du contraire, elle risque de devenir l’hypothèse de travail à l’égard du dollar et de l’or.

Le dernier graphique montre la performance de l’or depuis le début de l’année dans toutes les grandes devises.

Or indexé sur les principales devises, 2017

Il convient de noter que, exprimé en yens, l’or a progressé d’un peu plus de 4 % cette année. La force du yen en est la raison et a dissuadé les investisseurs japonais d’acheter de l’or. Cela pourrait désormais changer.

Joyeuses Pâques à tous.

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