Rapport de marché : l'or et l'argent pourraient être à l'aube d'une pause

Cette semaine, l’or et l’argent ont poursuivi leur hausse depuis le point bas du 11 décembre et affichent désormais une progression respective de 9,3 % et de 11,6 %.

Cours de l’or et de l’argent, janvier 2018

En un peu plus de cinq semaines, l’or a progressé davantage que sa moyenne annuelle depuis le choc Nixon d’août 1971 (environ 7,1 %). Ce matin (vendredi), en début de séance en Europe, l’or s’établissait à 1 355 $ et l’argent à 17,50 $.

Si nous rappelons la progression annuelle moyenne de l’or, c’est pour replacer sa performance remarquable dans son contexte. Bien qu’il soit parti d’un niveau extrêmement survendu, l’or est désormais très suracheté sur le Comex, après avoir gagné près de 120 $ dans le mouvement. Comme nous l’avions anticipé dans de précédents rapports de marché, il s’agit surtout d’un phénomène de faiblesse du dollar plutôt que d’une vigueur de l’or : les opérateurs vendent le dollar à découvert en achetant de l’or, de même qu’une multitude d’autres devises et matières premières.

La performance de l’or dans les autres devises est donc beaucoup moins spectaculaire, comme le montre notre graphique suivant.

Or indexé sur les principales devises, janvier 2018

Depuis le début de 2017, le cours en dollars progresse de 17 %, tandis qu’à l’autre extrême, il recule de 0,7 % en euros. Même le cours en livres sterling ne gagne que 2,1 %. Le cours en euros est important, car il signifie que les acheteurs allemands d’or physique peuvent encore accumuler du métal à des prix attractifs, alors même que les intervenants en dollars sur le Comex jugent l’or papier très suracheté.

Le graphique suivant présente le contrat à terme sur l’indice du dollar pondéré par les échanges commerciaux.

Indice du dollar américain pondéré par les échanges commerciaux

La rupture du point bas de septembre confirme la poursuite du marché baissier du dollar. La récente dégradation de la note de l’économie américaine à BBB+ par Dagong, l’agence de notation chinoise, a pu contribuer largement à la forte baisse du dollar, car elle traduit un manque d’enthousiasme de la Chine à accumuler encore davantage de dette du gouvernement américain. Malheureusement, les baisses d’impôts du président Trump accroissent les émissions de dette, au moment même où la Chine, le Japon et tous les autres grands acheteurs sont susceptibles de se retirer, en raison de préoccupations à la fois de crédit et de change.

Les flux de portefeuille pour le reste de l’année semblent donc presque certainement devoir entraîner un dollar plus faible et des rendements obligataires plus élevés sur les bons du Trésor américain. On peut s’attendre à ce que cela fragilise également les actions américaines, et il est notable que, tandis que le Dow Jones Industrial Average atteint de nouveaux sommets, l’indice des transports recule de 3,3 % depuis le 16 janvier. Selon la théorie de Dow originelle, cette divergence annonce le début d’un marché baissier pour les valeurs industrielles.

Il ne fait guère de doute que les menaces pesant sur les actions, et donc sur la manifestation visible de la richesse financière américaine, s’accumulent, et que le décor est planté pour une chute potentiellement spectaculaire des cours boursiers. Cela dit, il ne faut pas oublier que le dollar est très survendu et susceptible de connaître un rebond technique. Si cela se produit (ce qui n’est nullement certain), le dollar pourrait remonter pour tester les points bas de septembre dernier, tout comme les cours des obligations américaines. Et si les cours de l’or en euros, en livres sterling et en yens ne devraient guère évoluer, l’or pourrait facilement retomber pour tester le niveau de 1 300-1 310 $, indiqué par la plus basse des deux lignes pointillées de notre dernier graphique.

Moyenne mobile à 55 jours de l’or


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