
Le chiffre remarquable d'une semaine sans relief est que le ratio entre l'or livrable et les contrats d'or en cours au Comex est tombé à moins d'un pour deux cents. Tant que le détenteur d'un contrat arrivant à échéance a le droit d'exiger la livraison, cela pourrait devenir un problème.
Les coffres du Comex classent l'or physique soit comme « registered » (enregistré), auquel cas le propriétaire est prêt à le livrer sur le marché si on le lui demande, soit comme « eligible » (éligible), c'est-à-dire de l'or conservé en dépôt pour le compte d'un propriétaire qui n'est pas disposé à ce qu'il soit livré sur le marché. Il ne suffit donc pas de faire passer de l'or de la catégorie éligible à la catégorie enregistrée pour couvrir les défauts de livraison. Pour cela, soit les propriétaires d'or éligible doivent être incités à renoncer temporairement à leur propriété, soit l'or est réaffecté à leur insu. La fongibilité de l'or et l'opacité du système alimentent des soupçons non fondés selon lesquels la seconde hypothèse serait en cours. (Voir cet article de ZeroHedge)
Hormis quelques pics ponctuels, le ratio entre l'or enregistré dans les coffres du Comex et les contrats en cours s'est établi en moyenne à un pour vingt ou trente. L'absence actuelle d'or livrable (enregistré) témoigne donc d'un marché physique extrêmement tendu et, par conséquent, d'un risque accru de défaillance du marché.
L'article de ZeroHedge mentionné ci-dessus confirme, à tout le moins, que le marché de l'or est miné par la désinformation, qui ne se limite pas au Comex. Outre l'opposition entre les vendeurs à découvert du marché à terme et les acheteurs du marché physique, on nous annonce un jour des importations indiennes d'or et d'argent à des niveaux records, de 126 et 1 400 tonnes respectivement pour le mois d'août (Koos Jansen), et un autre jour que la demande indienne d'or « reste faible » (HSBC). Le premier est un chiffre établi, le second une opinion, mais ce sont les opinions qui sont le plus souvent citées dans les commentaires des grands médias sur le marché.
Toujours en août, la demande du public chinois enregistrée sur le Shanghai Gold Exchange s'est élevée à 265 tonnes. L'Inde et la Chine réunies ont donc généré une demande identifiée supérieure d'environ 56 % à la production minière mensuelle mondiale. Compte tenu des signes, certes anecdotiques, d'une demande physique croissante du public dans le reste de l'Asie et sur les marchés occidentaux, l'épuisement de l'or physique auparavant disponible pour couvrir les contrats à terme (futures et forwards), ainsi que les comptes de métal précieux non alloué des banques de métaux précieux, atteint des niveaux très élevés. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait si peu d'or enregistré dans les coffres du Comex.
Cette semaine, les cours des métaux précieux se sont stabilisés et ont peu varié, à l'exception de mercredi, où l'or et l'argent ont été revus à la baisse après la publication des offres d'emploi aux États-Unis, dont la hausse a été plus forte que prévu. La Fed accorderait apparemment une importance particulière à cet indicateur pour définir sa politique de taux d'intérêt ; le marché à terme a donc intégré une probabilité accrue de hausse des taux la semaine prochaine. Toutefois, hier, Jon Hilsenrath, du Wall Street Journal, que beaucoup considèrent comme le « porte-parole officieux » de la Fed, a minimisé la perspective d'une hausse, ce qui a permis aux métaux précieux de regagner une partie du terrain perdu mercredi. Sur la semaine, l'or termine en baisse de un pour cent et l'argent en hausse du même montant.
Dans les premiers échanges en Europe ce matin, les cours ont légèrement reculé.
La semaine prochaine
Lundi.
Japon : indice d'activité du secteur tertiaire du METI. Zone euro : production industrielle.
Mardi.
Royaume-Uni : IPC, prix des intrants, prix de l'immobilier de l'ONS, prix à la production. Zone euro : indice ZEW du climat économique, balance commerciale. États-Unis : enquête Empire State, ventes au détail, taux d'utilisation des capacités de production, production industrielle, stocks des entreprises.
Mercredi.
Japon : rapport mensuel de la BoJ. Royaume-Uni : salaires moyens, taux de demandeurs d'emploi. Zone euro : IPCH, indice du coût de la main-d'œuvre. États-Unis : IPC, enquête NAHB auprès des constructeurs, flux nets de capitaux à long terme (TICS).
Jeudi.
Royaume-Uni : ventes au détail. États-Unis : permis de construire, balance des paiements courants, mises en chantier, inscriptions initiales au chômage, décision de taux d'intérêt du FOMC, taux des fonds fédéraux.
Vendredi.
Zone euro : balance des paiements courants. États-Unis : indicateur avancé.
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