
L’or et l’argent ont reculé cette semaine : l’or a perdu 28 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier et s’échangeait à 1 873 $ ce matin lors de la séance européenne. L’argent a cédé 1,25 $ sur la même période et s’échangeait à 23,34 $. Les cours ont subi la pression d’un mouvement de fuite des actifs risqués vers la sécurité perçue du dollar. L’euro a par ailleurs reculé après que Mme Lagarde, présidente de la BCE, a reconnu hier que l’économie de la zone euro risquait de s’affaiblir davantage et que la BCE prévoyait de nouvelles mesures de relance.
Pendant ce temps, le plan de relance américain, dont chacun sait qu’il viendra, est reporté après l’élection présidentielle américaine de mardi prochain. La vigueur du dollar s’est encore renforcée à la suite de la publication d’une hausse de 33,1 % du PIB américain au troisième trimestre. Notre prochain graphique présente l’indice pondéré par les échanges commerciaux, fortement influencé par la faiblesse de l’euro.

Un analyste technique estimerait qu’un rebond dans un marché baissier pourrait encore se prolonger, peut-être jusqu’à tester la ligne de tendance rompue en juillet dernier, qui se situe actuellement à 97. La volatilité de cet indice en cette période singulière a été illustrée en mars dernier, lorsqu’il est passé de 95 à 103 en quelques semaines, avant de s’effondrer à 92 le 31 août.
Les fonds spéculatifs et les opérateurs algorithmiques se contentent de négocier la parité dollar-or, sans jamais prendre livraison, ce qui accroît la volatilité. Avant que la Fed n’intervienne en ramenant son taux directeur à zéro le 16 mars, puis en publiant une déclaration d’urgence le lundi suivant, l’indice pondéré du dollar est passé, comme indiqué ci-dessus, de 95 à 103. Dans le même temps, l’or est tombé de 1 700 $ à 1 450 $. Les analystes techniques et ceux qui suivent la dynamique des cours sont attentifs à une configuration similaire aujourd’hui, qui pourrait devenir le facteur déterminant si, en cas de victoire de Biden ou de résultat contesté, le plan de relance américain était encore retardé.
La leçon de la chute de mars est que ceux qui négocient l’or s’exposent à un risque élevé d’être lourdement sanctionnés, tandis que ceux qui considèrent l’or physique comme de la monnaie et traversent ces turbulences en sortent gagnants. À condition, bien entendu, que la tendance de fond reste à la perte de pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires par rapport à l’or.
Si, et il s’agit d’une condition importante, une seconde chute se produisait, les observateurs de l’inflation y verraient une occasion bienvenue de renforcer leurs positions en métal physique. C’est ce qui s’est produit fin mars, comme l’ont montré les données de l’engagement des opérateurs ci-après.

La catégorie « Other Reported » (autres déclarants) a atteint un niveau record de positions longues au plus bas du marché et a pris livraison. Loin d’être un ensemble hétéroclite de participants non classés, cette catégorie s’est révélée constituer une demande authentique, saisissant l’occasion de vendre de la monnaie fiduciaire contre de l’or physique. Les primes ont explosé, l’establishment ayant été pris à contre-pied avec de lourdes positions vendeuses.
L’establishment reste très fortement vendeur, comme le montrent les chiffres COT du 20 octobre.

Les banques de métaux précieux étaient vendeuses nettes de 192 516 contrats (37 Md$), tandis que la catégorie « Other Reported » est à un niveau record de positions acheteuses nettes. Dès à présent, sans nouvelle chute de l’or, les similitudes avec le 23 mars, lorsque le cours de l’or est passé vigoureusement de 1 450 $ à plus de 2 000 $, sont frappantes. Et une répétition du scénario pourrait faire dérailler le système.
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