Rapport de marché : deux cavaliers de l'Apocalypse

Or et argent, États-Unis

Si l'on peut modifier le sens attribué aux quatre cavaliers de l'Apocalypse biblique par rapport à l'original, on peut dire que les marchés financiers en ont vu deux cette semaine.

Le premier nous a apporté la crise grecque, passée de très grave à impossible à résoudre, et le second a été l'effondrement du marché boursier en Chine. À eux deux, ces événements ont provoqué une nouvelle ruée vers le dollar américain, qui aurait été bien plus forte sans l'intervention des banques centrales. Avec la hausse du dollar face à l'euro, les cours des matières premières, en particulier de l'énergie et du pétrole, ont fortement reculé : le brut américain a perdu plus de 15 % au cours du dernier mois.

Au regard de baisses de cette ampleur, les reculs de l'or (3 %) et de l'argent (7 %) sur la même période auraient pu être pires. Très peu d'acteurs des marchés de capitaux occidentaux utilisent l'or comme valeur refuge en période de turbulences financières, car ils le considèrent avant tout comme une matière première et voient dans le dollar et les bons du Trésor américain des actifs sans risque ; il n'est donc pas surprenant que le dollar ait progressé et que les rendements des bons du Trésor aient baissé.

Le marché boursier chinois sortira peut-être de sa léthargie grâce à l'intervention du gouvernement, ou peut-être pas. La crise grecque semble représenter le danger le plus grand pour les monnaies, la Grèce n'étant qu'une partie du problème. En tant que principal créancier de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal, l'Allemagne est au cœur du problème : elle ne peut, sur les plans économique et politique, se permettre d'annuler ces créances. Il en va de même pour la BCE, dont les fonds propres sont négatifs sur la seule Grèce. Et si cette réalité devient de plus en plus évidente dans les semaines à venir, la confiance dans la zone euro et dans l'euro lui-même devrait s'éroder.

Un troisième Cavalier pourrait bientôt apparaître à l'horizon. Une implosion du crédit en Chine, conjuguée à un effondrement de la confiance et de l'activité économique dans la zone euro, serait très défavorable à l'économie américaine et pourrait amener la Réserve fédérale à prendre de nouvelles mesures extraordinaires. La Fed ne restera sans doute pas les bras croisés à observer de loin l'effondrement de l'économie de la zone euro, qui pèse 11 000 milliards de dollars, ni à regarder les cours des actions américaines glisser si le pessimisme chinois gagne d'autres marchés. C'est à ce moment-là que les détenteurs de métal précieux physique devraient dormir mieux que ceux qui n'en possèdent pas.

Argent
La configuration du marché est désormais extrême : la baisse des prix sur les marchés à terme suscite des achats de métaux précieux physiques, une dichotomie qui devrait finir par conduire à une ruée plus générale vers le métal physique. C'est déjà visible sur l'argent : l'US Mint n'a plus aucune pièce Silver Eagle en stock et ne pourra pas en fournir avant août au plus tôt.

L'argent illustre bien le caractère extrême qu'ont pris les positions de marché. Le graphique ci-dessous présente les positions vendeuses des fonds gérés (Managed Money) sur le Comex.

Graphique Managed Money sur l'argent

Cette catégorie de positions vendeuses spéculatives est la plus élevée jamais enregistrée et représente 273 millions d'onces, soit plus de 30 % de la production minière mondiale. Ces positions vendeuses s'inscrivent dans un marché illiquide et ont permis aux négociants professionnels d'équilibrer leurs positions. Cela se reflète dans les positions acheteuses record des opérateurs de swaps.

Graphique des swaps

Certes, il s'agit d'une vision partielle, qui exclut les positions acheteuses des fonds gérés et les positions vendeuses sur swaps ; mais l'objectif est de montrer à quel point le marché à terme de l'argent est devenu déséquilibré.

La semaine prochaine

Lundi

Japon : taux d'utilisation des capacités de production, production industrielle.
États-Unis : déficit budgétaire.
Royaume-Uni : baromètre des ventes au détail du BRC.

Mardi

Royaume-Uni : IPC, prix des intrants, prix de l'immobilier de l'ONS, prix de production.
Zone euro : production industrielle.
États-Unis : indice des prix à l'importation, ventes au détail, stocks des entreprises.

Mercredi

Royaume-Uni : gains moyens, variation du nombre de demandeurs d'emploi, taux de chômage selon l'OIT.
États-Unis : enquête Empire State, indice des prix à la production, taux d'utilisation des capacités de production, production industrielle.

Jeudi

Zone euro : IPCH, balance commerciale, taux de dépôt de la BCE, taux de refinancement.
États-Unis : demandes initiales d'allocations chômage, enquête NAHB auprès des constructeurs, flux nets de capitaux à long terme (TICS).

Vendredi

États-Unis : permis de construire, IPC, mises en chantier.

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