Rapport de marché : déséquilibres sur l’argent

L’or et l’argent ont consolidé leurs récentes hausses au lendemain de la réunion du G20 du week-end dernier, qui a abouti à un recul partiel des Américains sur le dossier Huawei. Ce sommet a aussi été l’occasion pour les présidents Modi, Poutine et Xi de discuter de la future coopération entre leurs pays, ce qui a à peine fait les gros titres. Si les puissances asiatiques préparent leur émancipation de l’ingérence américaine, il s’agit d’un jeu de plus longue haleine.

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Cette semaine, le jour de la fête de l’Indépendance américaine était hier, et avec la fermeture du Comex, le calme était inévitable, les volumes du Comex s’étant modérés. En début de séance en Europe, l’or progressait de 5 $ sur la semaine à 1 414 $, et l’argent de seulement 4 cents à 15,20 $. J’ai rebasé notre graphique principal de sorte que l’or et l’argent soient désormais indexés à 100 au dernier jour de bourse de 2018, ce qui rend l’écart de performance entre l’or et l’argent plus visible. Alors que l’or gagne 11 % depuis le début de l’année, l’argent recule de 1 %.

Cette divergence est des plus inhabituelles. La règle empirique veut que l’argent soit près de deux fois plus volatil ; avec un or en hausse de 11 %, l’argent devrait progresser d’environ 20 %. Le graphique le plus remarquable sur l’argent est peut-être celui du positionnement des quatre plus grands opérateurs du Comex, présenté ci-après.

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Normalement, les quatre plus gros opérateurs détiennent ensemble une position nette vendeuse. Depuis 2006, la position nette vendeuse moyenne est d’environ 48 000 contrats ; or ils affichent aujourd’hui une position acheteuse record de 28 855 contrats. Les quatre opérateurs suivants sont vendeurs nets de 40 305 contrats, contre une moyenne de 8 600 contrats vendeurs nets. Les quatre seconds opérateurs sont très proches d’un record vendeur, tandis que les quatre premiers sont proches d’un record acheteur.

Un ou plusieurs des plus gros opérateurs semblent tenter d’accaparer le marché des contrats à terme. Il peut s’agir d’une banque, d’un producteur (peu probable), d’un utilisateur industriel ou d’un nouveau Bunker Hunt. Ce n’est pas une banque, car le dernier rapport sur la participation des banques (4 juin) indique que les quatre banques américaines sont vendeuses nettes de 7 600 contrats, et les 21 banques non américaines vendeuses nettes de 27 600. À cette date, les chiffres du COT confirmaient que les quatre plus gros opérateurs étaient déjà acheteurs nets de 9 943 contrats. Il doit donc s’agir soit d’un utilisateur industriel ou d’un État couvrant ses achats futurs, soit d’un gros opérateur. Le seul pays dont la demande industrielle est suffisante est la Chine.

Il faut également garder à l’esprit que le Comex est plus petit que les marchés de produits dérivés de gré à gré (OTC), qui incluent les contrats à terme londoniens. Mais quelle que soit la manière dont on l’envisage, il semble qu’un affrontement de grande ampleur soit en cours.

En outre, si un seul gros opérateur est acheteur, les trois autres seront vendeurs. S’ils sont, comme les quatre seconds, proches d’un record vendeur, cela implique que la position nette acheteuse de cet opérateur est de l’ordre de 100 000 contrats, soit 500 000 000 onces, environ 15 550 tonnes, près de 60 % de la production minière annuelle.

S’il s’agit d’une seule entité, elle s’attaque à l’ensemble du marché. Il n’y a que trois issues possibles : l’un ou l’autre camp capitule (cela fait deux), ou notre franc-tireur demande la livraison, exactement comme les frères Bunker Hunt ont tenté de le faire dans les années 1970.

 

 

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