Par la bouche des enfants...

Les parents vous diront que les questions les plus difficiles viennent parfois de leurs enfants.

Voici quelques questions en apparence innocentes à poser aux économistes, aux journalistes, aux commentateurs financiers et aux banquiers centraux, conçues pour mettre en évidence les contradictions de leurs convictions économiques. Elles sont plus efficaces lorsqu'elles associent des données empiriques et une logique simple et incontestable. Les références à la théorie économique y sont minimes, mais dans tous les cas, l'interlocuteur est invité à présenter une justification théorique valable de ce qui n'est invariablement guère plus que des hypothèses sans fondement.

Le mieux est que la personne qui interroge feigne l'ignorance en matière d'économie, car c'est ce qui désarme le plus. Évitez de poser des questions formulées autrement qu'en termes logiques très simples. Vous n'en poserez probablement que deux ou trois avant que votre interlocuteur ne vous considère comme un trouble-fête et refuse de coopérer davantage.

Il est préférable de poser les neuf questions qui suivent de manière que les réponses soient données devant témoins, ce qui accroît l'embarras de l'interlocuteur. De même, les journalistes et les commentateurs financiers, qui gagnent leur vie en recyclant sans réfléchir les convictions d'autrui, peuvent offrir un excellent divertissement à qui les interroge. Le jeu est simple : nous savons que la macroéconomie est une fiction de bout en bout, et le défi consiste à la démasquer comme telle. Si cela est approprié, faites précéder la question d'une déclaration antérieure de l'interlocuteur, qu'il ne peut nier, par exemple : « La semaine dernière, vous avez dit que... »

Chaque question, qui est en gras, est suivie d'un commentaire.

1. Comment améliorer les perspectives économiques lorsque la politique monétaire détruit la richesse en dévaluant les revenus et l'épargne ?

Les banquiers centraux et les commentateurs financiers sont toujours prêts à souligner les prétendus mérites de l'expansion monétaire, mais ne sont jamais disposés à en admettre le véritable coût. Si l'interlocuteur tergiverse, vous pouvez ajouter que Lénine, Keynes et Friedman s'accordaient pour dire que la dépréciation de la monnaie détruisait la richesse des masses. Les responsables politiques esquivent souvent la question en prétextant que la politique monétaire est déléguée à la banque centrale.

L'argument en faveur de la dévaluation repose sur l'idée de tromper tout le monde une partie du temps, en l'incitant, par des taux d'intérêt plus bas, à dépenser plutôt qu'à épargner. Or la dépréciation monétaire est aujourd'hui devenue un élément permanent et durable, et non plus un expédient à court terme.

2. Qu'est-ce qui vous fait penser que viser une hausse continue du niveau général des prix permet de renverser la relation normale entre l'offre et la demande en matière de prix ?

La théorie élémentaire des prix postule que des prix plus élevés réduisent la demande, tandis que des prix plus bas la stimulent. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les secteurs de l'électronique et des données. Il suffit aussi de regarder n'importe quel produit qu'un vendeur propose à prix réduit pour le vendre. La confusion qui règne sur la formation des prix apparaît dans la réaction des économistes à la baisse des prix de l'énergie. Loin d'être une mauvaise chose, contrairement à la baisse des prix des autres biens, elle laisserait apparemment davantage d'argent à dépenser pour ces autres biens !

Appréciez la tentative qui suivra de justifier l'impossible. Les « esprits animaux » pourront être invoqués comme porte de sortie, ce qui fait l'objet de la question suivante.

3. Que sont les « esprits animaux », et comment les mesure-t-on ?

La référence aux esprits animaux, qui ne peuvent en réalité être définis, est censée refléter la confiance des consommateurs. Pourtant, une hausse des esprits animaux ne peut signifier qu'un changement de préférence générale en faveur de l'achat de biens et au détriment de la détention de liquidités, généralement motivé par la crainte croissante d'une baisse du pouvoir d’achat de la monnaie, et non par la cupidité des consommateurs. C'est la voie vers une inflation des prix incontrôlable, et si la politique parvient à stimuler ce qu'on appelle les esprits animaux, le résultat est impossible à maîtriser sans relever les taux d'intérêt à un niveau qui fait s'effondrer l'économie. Il est également impossible de quantifier les esprits animaux, car il s'agit d'un mauvais concept.

La référence aux esprits animaux a toujours été une échappatoire pour des effets qui refusent d'être modélisés. C'est, à sa petite façon, un aveu que le traitement mathématique de l'économie est fondamentalement défaillant.

4. On croit communément qu'une monnaie faible stimule la production. Si c'est le cas, comment l'Allemagne et le Japon se sont-ils hissés, dans les années d'après-guerre, au rang des économies les plus solides alors que leurs monnaies s'appréciaient constamment face à celles de leurs partenaires commerciaux ?

Cette question devrait mettre en difficulté tous les macroéconomistes du courant dominant, à l'exception peut-être des quelques partisans d'une monnaie saine qui subsistent en Allemagne. Tandis que les économies allemande et japonaise se développaient avec succès, la Grande-Bretagne affaiblissait activement la livre, les Français le franc et les Italiens la lire, au nom d'une politique de compétitivité, avec des résultats désastreux. De plus, depuis que le Japon a mis en œuvre un keynésianisme agressif à la suite de sa crise financière de 1990, son bilan économique est consternant. Il est temps de réfuter définitivement cette idée reçue.

5. L'expérience de l'intervention de l'État dans l'économie montre clairement qu'elle échoue le plus souvent. Pourquoi continuez-vous à soutenir l'intervention alors que les faits la contredisent aussi nettement ?

Les banquiers centraux et les économistes rémunérés par les gouvernements sont conditionnés à croire que l'État peut remédier aux défauts apparents des marchés libres. De plus, les responsables politiques promouvront toujours un conseiller qui leur apporte une solution positive fondée sur l'intervention, et écarteront celui qui plaide pour les mérites de l'inaction. Ils soutiennent généralement qu'il est injuste d'exposer les gens ordinaires aux incertitudes et à la brutalité des marchés lorsque ceux-ci dysfonctionnent. Dans ce cas, enchaînez avec la question 1, puisqu'ils se soucient manifestement tant des gens ordinaires.

6. La différence entre le national-socialisme et le communisme tenait à ce que le premier contrôlait les individus par la réglementation, tandis que le second s'appropriait leurs biens par la contrainte. Le gouvernement est-il le moins du monde gêné de mener la politique économique des fascistes ?

Cette question est surtout utile pour se moquer des journalistes de gauche. Lorsque Tony Blair cherchait à accéder au pouvoir dans les années 1990, le Parti travailliste britannique a supprimé la clause 4 de ses statuts, qui engageait l'État à s'approprier les moyens de production. Dès lors, le socialisme britannique a adopté la politique, autrefois fasciste, de la réglementation comme moyen de contrôle étatique. Aucun commentateur n'a relevé cet aspect d'un changement présenté comme nécessaire pour rendre le Labour éligible.

7. Vous vous dites socialiste et pourtant vous méprisez le communisme. Le socialisme n'est-il pas simplement une forme atténuée de communisme ? Veuillez expliquer en quoi, autrement que par leur degré, ces doctrines diffèrent dans leurs effets économiques.

L'origine de ce problème a été résumée dans le débat sur le calcul économique socialiste, où il a été démontré sans le moindre doute que l'État ne pourrait jamais organiser efficacement la production et les prix. Les socialistes aiment à penser que l'échec manifeste du contrôle étatique sous le communisme ne s'applique pas au socialisme moderne. Ils soutiennent généralement que le socialisme moderne repose sur l'éthique chrétienne et n'a rien de commun avec l'étatisme athée de Lénine et de Mao. Ils oublient que le problème tient à l'intervention du gouvernement dans l'économie.

8. Les keynésiens estiment que les déficits budgétaires sont nécessaires pour faire fonctionner les marchés libres lorsque ceux-ci échouent. Si les déficits budgétaires sont nécessaires pour compléter les marchés libres lorsque cela semble se produire, pourquoi ne seraient-ils pas appropriés à d'autres moments également ?

Les déficits budgétaires sont presque toujours instaurés pour tenter de traiter les conséquences d'erreurs de politique antérieures, généralement commises par des banques centrales qui ont laissé se développer des booms du crédit. Il peut sembler raisonnable d'empêcher une récession de jeter inutilement des personnes au chômage, mais l'État ne fait alors que laisser s'accumuler les erreurs passées. Cette question vise à montrer l'absence de tout fondement économique des déficits budgétaires et à révéler que cette politique est purement politique.

Enfin, une question royale :

9. Si ces phénomènes [signes de défaillance financière] étaient si importants, comment se fait-il que tout le monde soit passé à côté ?

C'est la question que la reine Elizabeth a posée, de façon fameuse, aux professeurs de la London School of Economics au sujet des symptômes annonciateurs de la crise financière de 2008, lors de l'inauguration du nouveau bâtiment académique de la LSE plus tard cette année-là. Il en est résulté qu'un groupe des plus éminents économistes britanniques s'est réuni sept mois plus tard pour une table ronde afin de répondre à sa question. Vous avez bien lu : il a fallu sept mois pour concocter une réponse.

Voici cette réponse : « Les calculs de risque étaient le plus souvent limités à des pans de l'activité financière, en recourant à certains des meilleurs esprits mathématiques de notre pays et de l'étranger. Mais ils ont fréquemment perdu de vue le tableau d'ensemble. »

C'est un aveu public que les macroéconomistes sont incapables de voir le tableau d'ensemble. Cela contredit le sens même du mot « macro ».

 

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