Une erreur importante de l’analyse statistique tient au fait que les économistes mathématiciens ont perdu de vue ce que représentent leurs chères statistiques — et cela vaut plus que jamais pour le PIB.
J’explique pourquoi le PIB n’est que le total cumulé de la monnaie et du crédit, à tort considéré comme le reflet du progrès économique — il n’existe pas de croissance économique, seulement une croissance du crédit. Une fois ce point compris, la portée de cette erreur fondamentale apparaît clairement, et le paradigme de la monnaie fiduciaire se révèle pour ce qu’il est : un jeu de fausse monnaie qui tournera très mal.
Il n’existe qu’une seule échappatoire : détenir la seule forme de monnaie qui ne constitue le risque de contrepartie de personne ; la seule forme de monnaie qui vient toujours au secours de l’humanité lorsque la monnaie fiduciaire échoue.
Cette monnaie, c’est l’or. Presque tout le monde le néglige, car il est l’anti-bulle. Plus les gens croient aux actifs libellés en monnaie fiduciaire, moins ils croient à l’or. Et cela dure jusqu’à ce que leurs jeux de fausse monnaie s’effondrent, inévitablement déclenchés par une forte hausse des taux d’intérêt.
Introduction
Commençons par une expérience de pensée. L’an dernier, une personne a acheté une voiture. Cette année, le concessionnaire l’a appelée et lui a dit : « Je peux vous proposer une voiture d’une autre marque exactement au même prix que celle que je vous ai vendue l’an dernier, avec une meilleure électronique, une meilleure accélération et une consommation de carburant plus faible. » Il a acheté la nouvelle voiture et vendu son ancien modèle.
De toute évidence, cette transaction représentait un progrès pour l’acheteur. Mais quelle a été la contribution à la croissance du PIB ? Manifestement nulle, car la réalisation d’un achat par un consommateur dépend de ce que celui-ci décide personnellement être une valeur. Que cette valeur tienne au prix, à la qualité ou à tout autre facteur, pour le consommateur, la décision subjective d’acheter quoi que ce soit est un progrès dans sa situation.
Les statisticiens du gouvernement ne peuvent pas saisir l’idée de progrès propre à chaque individu. Ils ne peuvent pas davantage saisir des notions telles que le rapport qualité-prix, les améliorations de produits que les consommateurs souhaitent réellement, ni rien de ce qui est subjectif pour chaque consommateur. Poursuivre des statistiques comme mesure de la situation économique est donc fondamentalement erroné. Et la justification de la politique monétaire comme moyen par lequel l’État gère une économie est un mensonge qu’il faut dénoncer. Ce devrait être un bienfait de l’échec ultime de l’économie étatiste.
Ceux d’entre nous qui ont acquis des cheveux gris sur les marchés financiers peuvent, ou devraient, reconnaître qu’après cinquante ans, le jeu de la monnaie fiduciaire touche à sa fin. En particulier depuis que les confinements liés au covid ont accéléré la création monétaire, celle-ci a conduit les prix à dépasser les objectifs fixés. Il ne s’agit pas, comme le prétendent les économistes de l’establishment, de hausses de prix : elles sont simplement la conséquence de l’expansion du crédit, qui était la définition originelle de l’inflation et en demeure la définition correcte. De plus, il est impossible de distinguer, dans un prix plus élevé, ce qui correspond à une amélioration de la valeur du produit et ce qui correspond à une baisse de la valeur du crédit. Et dans notre régime de monnaie fiduciaire, cette expansion du crédit n’a aucun ancrage dans la valeur.
Cependant, la hausse des prix en général, par opposition à celle de prix particuliers, n’est rien d’autre qu’une dépréciation de la monnaie. Et la dépréciation monétaire mène, aussi sûrement que la nuit suit le jour, à des taux d’intérêt plus élevés. Et des taux d’intérêt plus élevés entraînent une baisse de la valeur des actifs. Mais cela ne tient pas compte de la psychologie des foules, qui pousse les investisseurs à préférer ne rien voir ni entendre de mal plutôt que de raisonner — et à accepter sans réserve des statistiques étatistes comme étant significatives. Pourtant, comprendre les relations entre la politique, l’économie et la catallactique importe plus que jamais aujourd’hui. Guidées par des statistiques imparfaites et sans pertinence, les banques centrales s’efforcent désormais d’éliminer les incertitudes du choix personnel exprimé sur les marchés libres et contrôlent les taux d’intérêt avec une sévérité digne de Staline. Croyant à leur propre propagande, les banquiers centraux eux-mêmes se sont égarés dans cette crise de la monnaie fiduciaire.
Bien que le mot « monétaire » figure dans son intitulé, le FOMC de la Fed ne mentionne presque jamais la monnaie dans ses communications habituelles sur la politique de taux d’intérêt. Et la plupart des institutions d’investissement adoptent volontiers la fiction selon laquelle l’inflation concerne les prix et non la monnaie. En adhérant pleinement à la pensée de groupe des banques centrales, chacun s’est aveuglé sur les conséquences de leur mauvaise gestion. Nous nous rassurons en pensant que nos banques centrales maîtrisent la situation, parce que la propagande nous amène à croire qu’elles ont contrôlé les marchés pendant presque toute notre vie professionnelle.
Toutes les grandes banques centrales, prisonnières de la pensée de groupe, sont gagnées par des illusions similaires, ou plutôt par celles qui concernent leurs monnaies, et n’ont plus pour simple objectif d’en contrôler le pouvoir d’achat. La monnaie et le crédit sont devenus les instruments essentiels du financement des dépenses publiques excessives. Et même si les dirigeants occidentaux se convertissaient soudainement aux vertus d’une monnaie saine, ils devraient endiguer la montée rapide des engagements sociaux, tels que les retraites et la santé.
Non, l’establishment est entièrement tributaire de la dépréciation monétaire comme moyen de financer le besoin croissant de recettes de l’État. Cela exige de se bercer d’illusions ou de dissimuler la situation réelle, ce qui explique pourquoi les banquiers centraux sont encouragés à ignorer tout lien entre l’expansion de la monnaie en circulation, le crédit bancaire et les prix.
Par ailleurs, la quasi-totalité des investissements est confiée à de prétendus gestionnaires experts, au sein des fonds de pension, des compagnies d’assurance, des banques, des gérants de portefeuille et des conseillers financiers (dont les avis sont généralement suivis sans le moindre examen critique), de sorte que la responsabilité de nos investissements est toujours déléguée à ceux qui prolongent le passé dans l’avenir. Il en résulte une approche incapable et peu désireuse d’examiner et d’évaluer les véritables facteurs de changement.
Cela relève d’une illusion de pensée de groupe, qui place tous les aspects de la politique économique au service de la survie de la redistribution socialiste. Mais le présent article se concentre sur un aspect central de ce phénomène : l’erreur qui consiste à s’en remettre aux statistiques, et ce à quoi cela risque de conduire. Il démonte une statistique au cœur de toute cette mascarade : le concept de croissance économique.
L’économie à rotation uniforme de Mises
L’économiste autrichien Ludwig von Mises a souligné qu’il existe une différence fondamentale entre une économie et les statistiques utilisées pour la représenter. Dans le monde réel, il faut du temps pour agir : pour anticiper, planifier, mettre en œuvre. Les désirs de demain et des jours suivants évoluent dans le temps, tout comme les moyens de les satisfaire. Et en économie, le temps est la ressource la plus précieuse de l’homme. Or les statistiques ne peuvent saisir le temps. Elles ne font qu’enregistrer ce qui est passé.
Par conséquent, on ne peut saisir le progrès humain, ou son absence, au moyen de statistiques. Les statistiques ne sont rien de plus qu’un mécanisme comptable servant à quantifier les transactions économiques après qu’elles ont eu lieu. Et si, demain, chacun faisait exactement ce qu’il a fait hier, tel un robot mécanique dépourvu de motivations et de désirs humains, les statistiques d’hier représenteraient de manière raisonnable ce qui se produira demain. En d’autres termes, nous aurions une économie qui, conformément aux mathématiques, tourne de façon uniforme.
C’est bien sûr une impossibilité. Comme l’a résumé de façon concise von Mises :
« Agir, c’est changer, et le changement s’inscrit dans la séquence temporelle. Mais dans l’économie à rotation uniforme, le changement et la succession des événements sont supprimés. Agir, c’est faire des choix et affronter un avenir incertain. Or, dans une économie à rotation uniforme, il n’y a pas de choix, et l’avenir n’est pas incertain, puisqu’il ne diffère pas de l’état présent connu. Un tel système rigide n’est pas peuplé d’hommes vivants qui font des choix et sont sujets à l’erreur. C’est un monde d’automates sans âme et sans pensée. Ce n’est pas une société humaine ; c’est une fourmilière. »[i]
Avec le recul, les statisticiens ajustent leurs modèles, passant des attentes antérieures à ce qui s’est réellement produit, pour fonder leurs prévisions futures. Il est vrai que ce qui s’est passé hier nous renseigne sur ce qui pourrait se passer demain, car nous sommes tous conditionnés par l’expérience, mais rien de plus. Le fait que nous établissions continuellement des plans changeants pour améliorer notre condition prouve sans équivoque qu’aucune économie ne tourne de façon uniforme. Mais le concept est utile, car il permet aux gouvernements d’estimer leurs recettes et aux entreprises disposées à examiner les détails d’utiliser des estimations des marchés actuels pour leurs plans d’investissement et de production. Cela dit, ces estimations sont complétées par des informations non statistiques et par une intuition fondée sur l’expérience.
Prendre le concept d’économie à rotation uniforme comme fondement de la prévision économique est une erreur que commet aujourd’hui presque tout le monde. Presque tout le monde parle désormais de croissance économique représentée par le produit intérieur brut. Mais, dans le PIB, on décrit inconsciemment une économie à rotation uniforme, que l’on suppose capable de croître numériquement, confondant ainsi la croissance avec le progrès que l’on croit décrire. L’habitude de substituer le PIB au progrès économique est si ancrée que cette tromperie inconsciente est devenue essentielle au maintien de la crédibilité de la politique monétaire.
Définir le PIB
Jusqu’ici, j’ai décrit ce que le PIB n’est pas, en soulignant la différence entre un modèle économique statique, dépourvu de la dimension temporelle, et la réalité dynamique d’une économie en activité. Nous devons maintenant examiner ce que le PIB représente et pourquoi il varie d’une année à l’autre.
Le PIB peut être estimé selon trois approches différentes : les revenus, les dépenses et la production. En théorie, elles devraient aboutir au même résultat. En pratique, des écarts importants apparaissent, car elles reposent sur des sources administratives et des données dissemblables, sujettes à des erreurs et à des omissions. Par ailleurs, toutes les informations ne sont pas disponibles en même temps. Le résultat fait donc l’objet de révisions et combine généralement ces approches pour aboutir à une estimation finale des dépenses totales.
Quelle que soit l’approche retenue, le PIB correspond pour l’essentiel à la somme des dépenses des ménages, de l’investissement productif, des dépenses publiques et des exportations nettes. De nombreux éléments en sont exclus, tels que les transactions financières, les transactions de seconde main et l’économie fondée sur les paiements en espèces. En outre, les différentes étapes de la production, ou production brute, sont ignorées.
Dans le prolongement de l’expérience de pensée présentée au début de cet article, nous devons nous demander pourquoi le PIB augmente. Supposons que, dans une économie fermée, où le commerce et les flux de capitaux transfrontaliers n’existent pas, le PIB de l’année 1 s’élevait à 100 milliards de dollars. Supposons à présent que la quantité de monnaie et de crédit ne varie pas lors de l’année 2, et que les soldes de liquidités des particuliers ne changent pas non plus[ii]. Le PIB de l’année 2 doit donc être identique à celui de l’année 1. En d’autres termes, l’activité économique évoluera naturellement, les prix de chaque bien comme le nombre de transactions varieront. Mais ces variations resteront contenues dans le total inchangé du PIB, qui demeurera à 100 milliards de dollars, car aucune monnaie ni aucun crédit bancaire supplémentaire n’intervient. Il doit en aller de même pour les années suivantes dans les mêmes conditions. La répartition de la monnaie et du crédit entre les dépenses des ménages, l’investissement productif et les dépenses publiques différera presque certainement. Mais le total doit toujours s’élever à 100 milliards de dollars.
Le PIB restant inchangé, rien n’empêche l’économie de progresser, mais cela relève de l’arbitrage entre consommateurs et producteurs. Les dépenses publiques, dès lors qu’elles sont entièrement financées par l’impôt, influeront sur la vitesse de la progression économique, mais ne modifieront pas le total du PIB. Il en va de même pour les variations de la répartition entre consommation et épargne.
On peut aussi l’exprimer à l’aide de la loi de Say, qui définit le rôle de la monnaie dans le contexte de la division du travail. Au cours d’une année, nous réalisons des bénéfices ou des pertes et percevons des revenus. Nous répartissons le produit entre dépenses, épargne et impôts, ces derniers étant recyclés par l’État.
Si la quantité de monnaie et de crédit n’augmente pas, ceux qui améliorent leurs revenus et leurs bénéfices pourraient sembler le faire aux dépens des autres. Mais s’il y aura toujours des perdants, cette impression est inexacte. Dans notre exemple d’économie fermée sans variation de la quantité de crédit, les excédents sont toujours recyclés, soit en dépenses, soit en investissements. Un progrès incommensurable accroît le pouvoir d’achat du crédit, de sorte que, si statistiquement l’économie ne progresse pas, elle progresse en réalité.
Globalement, l’amélioration de la situation économique générale provient d’une hausse du pouvoir d’achat de la monnaie, chaque unité permettant d’acheter davantage, les biens et services s’améliorant avec le temps. Même ceux dont les revenus diminuent légèrement bénéficient de cette amélioration des conditions économiques, qui sort davantage de personnes de la pauvreté que les gouvernements ne pourront jamais le faire en alourdissant la fiscalité pour financer l’aide sociale. La crainte de la déflation, terme moderne désignant la baisse des prix, est totalement infondée. Toutes choses égales par ailleurs, si le niveau général des prix baisse avec le temps, cela traduit un progrès économique et un avantage pour les consommateurs.
Le commerce transfrontalier et les flux de capitaux ont été exclus de notre exemple théorique par souci de simplification, et nous devons les commenter séparément. Dans un marché libre, un déséquilibre commercial s’accompagne de flux de capitaux en sens inverse. Si les importateurs et les exportateurs cèdent les devises étrangères acquises par le commerce, le modèle reste valable, car ni monnaie ni dépôts bancaires ne sont détruits.
En l’absence d’interventions sur la monnaie et le crédit, même un déficit commercial global ne modifiera pas la quantité de monnaie en circulation, seule sa détention change. L’ajustement se reflétera dans le taux de change et non dans des variations du montant de monnaie et de crédit.
Si, lors de l’année 2, le PIB augmente par rapport à l’année 1 de, disons, dix pour cent pour atteindre 110 milliards de dollars, cela ne peut s’expliquer que par une hausse de la quantité de monnaie et de crédit en circulation dans l’économie, et non nécessairement de l’activité économique sous-jacente. En outre, dans la pratique, le crédit bancaire fluctue et connaît des cycles d’expansion et de contraction. Et les banques centrales tentent de stimuler la demande de monnaie en gérant les taux d’intérêt. Elles interviennent directement par l’assouplissement quantitatif et par des opérations de pension livrée et de pension livrée inversée sur le marché. Il n’en demeure pas moins que la hausse du PIB ne peut refléter qu’un accroissement de la quantité de monnaie et de crédit appliquée aux éléments éligibles. Le graphique ci-dessous montre la relation entre les variations annuelles de la masse monétaire au sens large (M$) et le PIB aux États-Unis au fil du temps.

Entre 1960 et 1990, les deux agrégats ont progressé de concert, ce qui confirme que le PIB n’est rien de plus qu’une mesure de la quantité de monnaie et de crédit dans l’économie. Par la suite, les statistiques ont divergé, mais sans grand écart jusqu’à la crise financière de 2008, lorsque M4 a progressé à un rythme bien plus rapide que le PIB. Cela reflétait l’orientation du crédit vers les activités financières, à mesure qu’une bulle spéculative se formait sur fond de taux d’intérêt fortement réprimés. Il s’agit d’un excédent de crédit, que les banques commerciales résorbent aujourd’hui en cherchant à réduire leur exposition au risque, ce qui ne remet nullement en cause la relation fondamentale entre le PIB et le crédit.
Nous pouvons donc conclure que ce que l’on décrit communément comme la croissance économique n’est qu’une augmentation de la quantité de monnaie et de crédit dans l’économie et ne reflète pas l’évolution de la situation économique sous-jacente.
L’inadéquation d’un déflateur fondé sur l’IPC
Étant donné que le PIB ne reflète que la quantité de monnaie et de crédit pour les éléments admissibles, la pratique consistant à corriger sa progression par un indice des prix n’a aucune utilité. En outre, en appliquant un ajustement tenant compte des conséquences sur les prix d’une expansion monétaire antérieure, on légitime à tort l’utilisation du PIB comme indicateur de l’état de l’économie. De plus, l’expression « PIB réel », appliquée au PIB ainsi modifié, contribue à l’ancrer dans l’esprit du public comme l’indicateur suprême de l’activité économique, et son augmentation comme un objectif louable de la politique monétaire. Cette erreur s’inscrit dans une histoire mouvementée.
En recourant à l’indexation comme moyen de compenser l’inflation des prix pour le public il y a quarante ans, les économistes étatistes ont pris conscience de son incidence considérable sur les finances publiques. L’indexation de quantités croissantes d’obligations et d’un éventail de prestations sociales, après les années 1970 marquées par l’inflation, s’est révélée trop coûteuse pour des gouvernements expansionnistes ; en conséquence, les statisticiens n’ont cessé de modifier leurs calculs de l’inflation des prix afin d’alléger la charge pesant sur les finances publiques.
Le niveau général des prix n’est qu’un concept, qui ne peut être mesuré. Cela a permis que les statistiques de prix agrégés et leur construction deviennent à peu près une simple question de politique. Un statisticien peut ainsi recourir à des outils et méthodes mathématiques sophistiqués pour affirmer presque tout ce que lui-même, ou son employeur étatiste, souhaite. Malgré une inflation de la monnaie et du crédit en forte accélération, les statisticiens du gouvernement avaient réussi à maintenir les hausses annuelles des prix à la consommation à environ deux pour cent pendant une période considérable, jusqu’à il y a seulement dix-huit mois.
Une analyse statistique indépendante de Shadowstats.com a mis en évidence la tromperie statistique que constitue la méthode de l’IPC, en produisant pour les États-Unis un indice concurrent débarrassé de toutes les modifications statistiques introduites depuis 1980 pour réduire les chiffres. Ses données jusqu’en mai, les dernières accessibles publiquement sans abonnement, font apparaître un taux annualisé de hausse des prix non ajusté d’environ 12 %, contre un taux officiel de 4,9 %. L’écart entre la base de calcul de 1980 et les recalculs officiels de l’IPC est clairement illustré dans le graphique de Shadowstats ci-dessous.

Tout en soulignant le caractère intéressé des statistiques de prix, nous ne devons pas oublier qu’elles ne répondent à aucune finalité économique crédible. En tout état de cause, un indice des prix est un ensemble de prix passés n’ayant que très peu de lien avec l’avenir. Et l’utiliser comme fondement de la politique monétaire revient à commettre la même erreur que de supposer que la croissance du PIB atteste d’un progrès économique. Cela méconnaît que la catallactique est une science humaine évolutive du choix, qui ne peut être définie par les mathématiques applicables aux sciences naturelles.
Les conséquences de la politique monétaire sur les prix
Deux forces fondamentales interviennent dans la relation entre la quantité de monnaie et les prix. La première est la variation de la quantité de monnaie et de crédit, dont l’augmentation tend à réduire le pouvoir d’achat. La seconde est la variation de la perception qu’ont les détenteurs de monnaie du rapport entre le crédit et les biens, qui se traduit par des variations des liquidités disponibles. En supposant pour l’instant que cette perception ne change pas, nous voyons qu’une hausse de la masse monétaire au sens large entraîne nécessairement une hausse du chiffre du PIB, celui-ci étant la somme des transactions qu’il recense. Que l’activité économique augmente ou diminue, les prix de ces transactions ne peuvent que monter, reflétant l’augmentation du crédit dans l’économie.
Compte tenu de la relation entre la masse monétaire au sens large et le PIB illustrée dans le graphique ci-dessus de la masse monétaire M3 américaine et du PIB, les forces qui poussent les prix à la hausse en raison de la dépréciation de la monnaie sont considérablement plus importantes qu’on ne le pense généralement.
La première force à l’œuvre dans la relation monétaire décrite ci-dessus est conforme à l’équation des échanges, l’expression mathématique du rapport entre la quantité de monnaie et les prix dans leur ensemble. Mais si cet article comporte un thème, c’est de souligner l’erreur qui consiste à appliquer des relations mathématiques à l’action humaine. La seconde des deux forces mentionnées ci-dessus tient aux variations de la psychologie des foules, qui détermineront également la valeur d’une monnaie par rapport aux biens.
On peut l’illustrer en considérant les variations du niveau moyen de liquidités monétaires détenues par ses utilisateurs. À la différence de l’épargne, la monnaie immédiatement disponible représente une production non dépensée, conservée en réserve pour faire face aux changements imprévus des besoins et des envies d’une personne.
Mais si, dans l’ensemble, les détenteurs de liquidités monétaires soupçonnent que les prix des biens et services qu’ils pourraient désirer sans en avoir un besoin immédiat vont commencer à augmenter plus rapidement, ils réduiront leurs avoirs en monnaie pour acheter ces biens. C’est une description fidèle des conditions actuelles : un large éventail de prix à la consommation est désormais en hausse, ce qui incite quiconque dispose de liquidités excédentaires à s’en défaire, aggravant ainsi la tendance des prix. Et la quantité excessive de monnaie et de crédit qui reste à déverser dans l’économie mesurée par le PIB laisse penser que cette tendance aura probablement un effet venant s’ajouter à la relation mathématique, faisant possiblement baisser le pouvoir d’achat du dollar plus rapidement que ne le laisserait supposer la progression de la masse monétaire M3 depuis 2007.
La situation au Royaume-Uni reflète celle des États-Unis, mais avec la mesure la plus large de la monnaie (M4 en l’occurrence) qui dépasse le PIB dans des proportions alarmantes. Cela est illustré ci-après, sur une base 1993, à la suite du « big bang » du milieu des années 1980, lorsque la financiarisation de la banque aura commencé à influer sur la relation entre les prêts bancaires et le PIB.

Le décrochage entre le PIB, qui mesure les biens et services hors activités financières, et un agrégat M4 en hausse plus rapide reflète le développement des services financiers à Londres après le « big bang » du milieu des années 1980. L’excédent correspond à du crédit employé dans des activités non productives, constitutif d’une bulle spéculative qui ne manquera pas de se dégonfler.
Les conséquences pour les taux d’intérêt et les marchés financiers
L’examen des véritables relations entre la monnaie, le crédit et l’économie laisse fortement penser qu’un choc d’inflation des prix n’en est encore qu’à ses débuts. Nous avons établi que la croissance du PIB n’est guère plus que la croissance de la masse monétaire au sens large, et nous avons expliqué les écarts entre leurs rythmes de croissance. Outre l’effet mathématique de la théorie des échanges, nous avons relevé que la tendance à la hausse des prix est susceptible de s’accélérer, les consommateurs réduisant leurs liquidités en achetant des biens avant que les prix n’augmentent davantage encore. Ensemble, ces facteurs devraient entraîner une baisse généralement inattendue du pouvoir d’achat du dollar et de la livre sterling. Il faut ajouter que les grandes banques centrales (à l’exception possible de celle de Chine) ont mené des politiques monétaires similaires, qui auront des conséquences similaires.
Pour refléter la baisse du pouvoir d’achat du crédit dans presque toutes les monnaies, les taux d’intérêt doivent augmenter, et la hausse des taux en dollars et en livres sterling doit être suffisamment importante pour stabiliser ces monnaies si l’on veut éviter leur effondrement complet. Mais à ce stade, l’avenir ultime des monnaies fiduciaires nous intéresse moins que l’effet sur la valeur des actifs financiers.
Les rendements des obligations à taux fixe augmenteront sensiblement, ce qui signifie que leurs prix baisseront. Nous le constatons déjà. La hausse des taux d’intérêt et des rendements obligataires fragilisera à son tour la valeur des actions, ce qui, globalement, ne s’est pas encore produit. Dans la mesure où la valeur des actifs financiers est en situation de bulle, on peut s’attendre à une forte dévalorisation de ces actifs.
La réponse monétaire des banques centrales tentera d’empêcher une baisse significative des marchés, pour trois raisons : les banques centrales se sont engagées à financer les déficits publics, et la hausse des rendements des obligations d’État entrave cet objectif ; elles estiment qu’une bonne tenue des marchés financiers est essentielle pour préserver la confiance du public dans les perspectives économiques ; et elles ont parfaitement conscience qu’une baisse des prix des actifs risque de provoquer une accélération de la liquidation des garanties par les banques, selon la théorie d’Irving Fisher après la crise des années 1930.
Or
Le graphique ci-dessous montre la relation entre le cours de l’or en dollars et la masse monétaire américaine M3. La ligne grise représente l’écart entre les deux, qui indique actuellement que l’or se situe à une décote de 35 % par rapport à son niveau au moment de la crise Lehman.

Il est erroné de supposer que le cours de l’or devrait suivre la croissance de la masse monétaire au sens large, ce que confirment des périodes de surévaluation et de sous-évaluation relatives marquées. Mais, en règle générale, on peut s’attendre à ce qu’une accélération du rythme de l’expansion monétaire entraîne une hausse du cours de l’or.
Alors que M3 a considérablement augmenté avant de commencer à se contracter, l’or est resté à la traîne. En un sens, cela n’a rien de surprenant, car l’héritage de taux d’intérêt maintenus à la limite du zéro n’a pas encore été résorbé. Autrement dit, lorsqu’il existe une bulle financière, l’or peut être considéré comme l’anti-bulle et se trouve donc nécessairement délaissé — mais cela est en train de changer.
Après la crise Lehman, le cours de l’or s’est élevé à 1 925 $ dans un contexte de préoccupation croissante pour le système bancaire mondial. Par rapport à M3, l’or affichait alors une prime de 40 %, ce qui, on peut le dire aujourd’hui, escomptait l’inflation monétaire trop longtemps à l’avance, faute de survenue d’une crise financière ingérable. Aujourd’hui, après être tombé à une décote de 54 %, il se situe à une décote de 35 %, ce qui laisse penser que l’optimisme à l’égard du système des monnaies fiduciaires se trouve à un extrême comparable, mais opposé, à celui de 2011.
Il ne fait guère de doute que la bulle des actifs financiers est en train d’éclater sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt, laquelle échappera au contrôle de la Fed pour les raisons exposées dans cet article. Dans ces conditions, il y a de bonnes raisons de laisser le jeu de la fausse monnaie à la folie des foules et à celle des institutions réglementées. La seule façon crédible de s’en prémunir totalement consiste à se réfugier dans le seul actif exempt de risque de contrepartie — l’or physique, et peut-être un peu d’argent physique, dont la détention présente l’avantage supplémentaire d’être moins susceptible d’être interdite par des gouvernements pris de panique.
[i] Von Mises : L’Action humaine, chapitre 14 : « Le champ et la méthode de la catallactique »
[ii] Les variations du niveau de liquidité personnelle ont un impact important sur les prix ; pour les besoins de notre propos, nous devons donc éliminer ce facteur.