Ne négligez pas l’or et l’argent…

Des signes inquiétants laissent penser que 2021 verra la fin des monnaies fiduciaires, menée par le dollar américain. La masse monétaire en dollars s’est accélérée à un rythme extraordinaire, et ce processus se poursuivra.

Parmi les signaux venant des marchés qui indiquent qu’un effondrement monétaire est de plus en plus probable figurent l’affaiblissement du dollar sur les marchés des changes, un prix du bitcoin qui reflète un écart croissant entre le rythme de son émission et celui des monnaies fiduciaires, la hausse rapide des prix des matières premières et une bulle sur les actifs financiers autres qu’à revenu fixe.

La réflexion dominante n’a pas encore relié ces événements à un effondrement en cours des monnaies fiduciaires, mais il ne faudra qu’un laps de temps relativement court, peut-être accéléré par une crise bancaire, pour que l’on comprenne qu’un effondrement des actifs financiers et des monnaies, à la manière de celui de John Law, est à prévoir.

Si l’or a progressé de 25 % en dollars l’an dernier, il ne reflète pas encore la probabilité croissante d’un effondrement des monnaies fiduciaires, qui, selon la conclusion de cet article, devrait survenir cette année.

Introduction

Nous entrons dans la nouvelle année avec la conscience croissante que la dépréciation des monnaies fiduciaires s’accélère. Il n’est guère surprenant que les partisans du bitcoin, qui ont appris à comparer les rythmes d’émission des monnaies, soient à l’avant-garde de ceux qui se protègent contre cette dépréciation croissante. Ils sont encouragés par des statistiques présentées dans des graphiques tels que celui de la figure 1.



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Les investisseurs institutionnels, toujours plus nombreux, se pressent désormais pour acquérir ce qui leur semble être le seul actif offrant une protection contre l’assouplissement quantitatif et les déficits budgétaires publics sans cesse croissants. Ils continuent de bouder les protections traditionnelles, les métaux précieux, parce qu’ils ne voient qu’un seul côté de la situation. Si le bitcoin s’envole, c’est en raison de son rythme d’émission très limité par rapport à celui des monnaies fiduciaires. Mais les gestionnaires d’investissements raisonnent encore en termes de profits mesurés dans la monnaie fiduciaire de leur propre gouvernement. Pour eux, le bitcoin est un investissement ou une spéculation, et malgré l’inflation monétaire, ils considèrent toujours que la monnaie, ce sont les dollars, les euros ou autres, destinés à être revendus contre de la monnaie fiduciaire. Leur mandat est de gérer de l’argent, toujours comptabilisé en monnaie fiduciaire, et ils sont chargés d’obtenir une performance mesurée en conséquence.

S’agissant des monnaies fiduciaires, ils constatent l’expansion de la quantité de monnaie, mais, dans leur appréciation confuse de l’avenir, ils pensent encore qu’à un moment donné les banques centrales parviendront à sauver leurs économies du désastre par la politique monétaire. Si les perspectives à court terme restent incertaines, ils voient dans la hausse des prix des matières premières l’anticipation d’une production future accrue. Et la performance étonnante des marchés d’actions, supposés anticiper l’avenir, envoie le même message. Une fois la covid terminée, peut-être à la fin du printemps, l’opinion commune semble être que l’activité des entreprises reprendra et que l’économie continuera de croître.

Pendant que les gestionnaires de portefeuille de l’establishment font leurs rêves, l’or n’a clôturé l’année qu’en hausse de 25 %, très largement devancé par la plupart des matières premières — une performance honorable pour un actif d’investissement, mais à peine remarquée des partisans des actions et des cryptomonnaies.

La situation de fond est la dépréciation accélérée des monnaies fiduciaires. Le graphique de la figure 1 n’est pas seulement une réaction à la covid. Le rythme de l’inflation monétaire de M1 augmente depuis des années, mais ce n’est que maintenant que ce rythme devient hyperinflationniste — il n’y a pas d’autre mot. Jusqu’ici, la réponse inflationniste de la Fed n’a concerné que le premier round de la lutte contre la covid ; le second round n’est pas encore reflété dans le rythme de l’hyperinflation, retardé par les querelles des responsables politiques. Et la Fed n’a pas encore pleinement déployé son arsenal flexible pour empêcher que l’économie américaine soit déstabilisée par la crise de septembre 2019 sur le marché américain des pensions livrées (repo), ainsi que par les guerres commerciale et financière entre les États-Unis et la Chine, entamées pour de bon à la fin de 2018.

Le système bancaire mondial retire désormais du crédit aux emprunteurs industriels, car l’appétit des banquiers pour les prêts a fait place à la crainte des créances douteuses. Les banques commerciales doivent réduire rapidement leurs bilans face à l’effondrement des entreprises et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, faute de quoi elles connaîtront leur propre crise.

Ce n’est pas un environnement de prêt propice au soutien par l’expansion du crédit bancaire que la Fed ou toute autre banque centrale souhaiterait. Même sans crise bancaire ouverte, la Fed et le Trésor américain devront œuvrer ensemble pour tenter de sauver l’économie américaine d’un effondrement inévitable. Ils ne peuvent y parvenir, mais ils doivent essayer, en sacrifiant le dollar par un acte délibéré de politique économique.

Par conséquent, le dollar et toutes les monnaies fiduciaires qui lui sont liées perdront toute valeur, car dans tous les pays à forte vocation sociale, il existe un mandat ferme de recourir continuellement à l’inflation monétaire, à un rythme qui s’accélère désormais rapidement.


La valeur des monnaies est finalement déterminée par les marchés

Nous savons, grâce aux théories de l’échange et à des exemples historiques, que la monnaie fiduciaire n’est de la monnaie que si la population l’accepte comme telle, et que, quelle que soit la quantité en circulation, le public peut la rejeter totalement. Le rejet du moyen d’échange ne se fait pas à la légère. Il ne survient que lorsque l’État en accroît la quantité de manière si imprudente que le public, d’abord lent à comprendre que le pouvoir d’achat de sa monnaie est dilapidé, comprend collectivement ce que son gouvernement fait de la monnaie, et qu’il n’y a plus aucun espoir pour elle.

Pour le dollar d’aujourd’hui, le fait que ce processus puisse se dérouler rapidement s’explique par le caractère particulier de la situation actuelle, comparée aux hyperinflations passées, pour les raisons suivantes :

• La hausse rapide du prix du bitcoin et des autres grandes cryptomonnaies a averti une minorité importante et croissante de personnes des conséquences d’une inflation de la quantité de monnaie fiduciaire émise par les États. Alertés par le bitcoin, dont le prix augmente rapidement, un nombre croissant de personnes dans l’ensemble de la population comprennent le message. Il n’y a qu’un petit pas pour que les partisans du bitcoin comprennent que la hausse de son prix annonce un effondrement monétaire, et n’est pas seulement l’argument de l’offre relative, au cœur de la plupart des analyses actuelles.

• Lorsqu’on comprendra plus largement que l’économie défaillante n’est pas seulement un problème lié à la covid, mais qu’une crise comparable à celle des années 1930 se profilait déjà auparavant, les gérants d’investissement comprendront que l’hyperinflation de la masse monétaire est non seulement arrivée, mais qu’elle se poursuivra et finira par détruire la monnaie.

• Les détenteurs étrangers de dollars et d’actifs en dollars commencent à se défaire de leur stock de 27 000 milliards de dollars, faisant peser sur les seules épaules de la Fed tout le financement du déficit galopant du gouvernement américain. Le financement par la Fed du déficit budgétaire et de la dette des agences par l’assouplissement quantitatif se heurtera aux vents contraires de la hausse des taux d’intérêt, qui reflète une préférence pour le présent de plus en plus marquée, qui lui est imposée par les marchés des changes.

• Lorsqu’il deviendra évident que la Fed a perdu le contrôle du prix des obligations du Trésor américain, et donc de la valorisation des marchés d’actions, le dollar s’effondrera de concert avec le prix des actifs. Le précédent le plus proche est la bulle du Mississippi de John Law, qui a échoué en France en 1720. On peut s’attendre à ce que ce processus de destruction de richesse soit plus soudain que les hyperinflations européennes du début des années 1920.

• Lorsqu’une forme de monnaie circulante plus saine est disponible, une certaine activité économique peut se poursuivre et, ce faisant, prolonger l’effondrement final de la monnaie fiduciaire. En Allemagne, entre 1920 et 1923, des dollars américains adossés à l’or circulaient, et les contrats commerciaux étaient de plus en plus souvent conclus en dollars ou ajustés selon le taux de change. Il n’existe aujourd’hui aucune forme compensatoire de monnaie saine en circulation pour prolonger la vie des monnaies fiduciaires.

L’effondrement monétaire est le sort que l’Amérique et les autres nations qui considèrent le dollar comme leur monnaie de réserve sont de plus en plus certaines de connaître. De plus, les économies modernes étant très financiarisées, le message selon lequel une défaillance monétaire est imminente se diffusera beaucoup plus rapidement que dans les exemples du passé. Il est donc possible que les monnaies fiduciaires ne survivent pas jusqu’à la fin de 2021 ; elles pourraient même ne pas survivre jusqu’au milieu de l’année si, comme cela paraît très probable, une crise bancaire mondiale survient prochainement.

L’effondrement de la monnaie fiduciaire anéantit les services financiers

Notre analyse laisse fermement entrevoir un effondrement conjoint des actifs financiers et des monnaies, qui serait probablement d’une soudaineté inattendue et serait assurément dévastateur. Si l’on suppose un instant un effondrement total des monnaies fiduciaires, tous les contrats financiers existants, étant libellés en monnaies fiduciaires, deviendront sans valeur. L’accumulation de produits dérivés de gré à gré, d’environ 606 000 milliards de dollars en valeur nominale, deviendra caduque, de même que 30 000 milliards de dollars supplémentaires de produits dérivés négociés en bourse, car l’une des parties est toujours une monnaie fiduciaire ou le taux d’intérêt d’une monnaie fiduciaire[i]. Les marchés obligataires mondiaux, soit 128 000 milliards de dollars supplémentaires, seraient eux aussi anéantis.[ii] Les actions perdraient l’essentiel ou la totalité de leur valeur, jusqu’à ce qu’elles puissent être évaluées dans la monnaie qui succédera à la monnaie fiduciaire.  Et, le crédit bancaire étant un actif financier libellé en monnaie fiduciaire, nous pouvons lui dire adieu sous sa forme fiduciaire. Adieu également aux retraites et aux fonds d’assurance.

L’élimination des produits dérivés touche notamment le marché de gré à gré londonien du règlement à terme de l’or ainsi que les contrats sur l’or cotés au Comex. Selon la Banque des règlements internationaux, la valeur notionnelle de ces contrats de gré à gré s’élevait à 867 milliards de dollars à fin juin 2020. Aujourd’hui, le principal contrat à terme sur l’or du Comex est capitalisé à hauteur de 111 milliards de dollars, ce qui, avec les contrats sur l’or d’autres places boursières, donne un total global d’environ mille milliards de dollars. Ceux qui pensent être exposés à l’or sur ces marchés découvriront qu’ils ne le sont pas, et cette découverte provoquera inévitablement une ruée vers l’or physique.

En dollars actuels, nous parlons de la destruction d’environ un million de milliards de dollars de contrats financiers et bancaires. Mais, comme nous le décrirons plus loin dans cet article, il existe une solution : mobiliser l’or détenu par les banques centrales et les gouvernements pour enrayer la glissade. Lorsque les gouvernements ont l’audace de le faire, leurs monnaies peuvent devenir des substituts de l’or. Dans la mesure où les marchés financiers passent de la pure monnaie fiduciaire à un fonctionnement fondé sur ces substituts de l’or, ils ont un avenir. Mais dans la mesure où ils dépendent actuellement du carburant de l’inflation monétaire, cet avenir sera fortement restreint, voire supprimé. Et une fois un certain retour à la normale obtenu sous des étalons-or propres à différentes monnaies, le taux d’intérêt originaire de l’or, relativement bas et stable, limitera probablement encore davantage la demande future de produits dérivés.


Le bitcoin n’est pas adapté pour remplacer la monnaie fiduciaire

Au grand dam des adeptes des cryptomonnaies, le bitcoin est à la fois peu susceptible et peu apte à succéder à la monnaie fiduciaire comme moyen d’échange commun, pour deux raisons importantes. La première est que les banques centrales n’en détiennent pas et n’ont aucun intérêt à adopter une forme de cryptomonnaie autre que celles dont elles contrôlent les registres. Nous savons qu’elles se hâtent de mettre en service des monnaies numériques de banque centrale, en partie pour devancer les alternatives du secteur privé. Mais ces MNBC projetées ne sont qu’une autre forme de monnaie fiduciaire et échoueront aussi sûrement que les mandats territoriaux de la France révolutionnaire, après le rejet par le public des assignats, gonflés et détestés.

Cependant, les banques centrales et les ministères du Trésor détiennent bien de l’or, certainement moins que les 35 171,3 tonnes déclarées par le World Gold Council, une fois pris en compte les prêts, les locations et les doubles comptages. Mais la majorité d’entre eux en possède au moins un peu. Même si ce sera probablement un dernier recours, transformer leurs monnaies fiduciaires en substituts de l’or est la seule option d’une banque centrale pour éviter un effondrement monétaire complet, et avec lui celui de l’ensemble des dépenses publiques.

La seconde raison pour laquelle le bitcoin et les alternatives similaires ne conviennent pas est celle qu’a identifiée Ludwig von Mises dans un autre contexte, celui du débat sur le calcul économique socialiste. Mises soulignait que, pour qu’une économie fonctionne, les prix de marché devaient être libres de toute entrave afin que les entrepreneurs et les entreprises puissent calculer les rendements de leurs investissements. L’autre face des prix est leur mesure en termes monétaires. Lorsque les monnaies émises par les États fonctionnaient comme des substituts de l’or, ce qui était la situation des économies capitalistes à l’époque du débat, leur pouvoir d’achat était globalement stable sur un cycle d’investissement typique, ce qui permettait aux entreprises et aux entrepreneurs d’anticiper les rendements d’un investissement projeté. Si une cryptomonnaie rigide et à émission limitée comme le bitcoin devenait le moyen de circulation remplaçant la monnaie fiduciaire, aucun investissement pour un projet pluriannuel ne pourrait raisonnablement être envisagé, en raison de l’effet sur les prix futurs. Mesurés en bitcoins rares, avec un plafond ferme sur l’émission totale, les prix des produits finis à l’issue de l’investissement seraient nettement inférieurs à leurs coûts de production, ce qui exclurait le projet lui-même.

Cela n’empêchera pas des cryptomonnaies comme le bitcoin de continuer à s’envoler, alors qu’un nombre croissant d’investisseurs les considèrent comme une protection indispensable de leur patrimoine à l’heure où la dépréciation des monnaies fiduciaires s’accélère. Mais c’est une fonction différente de celle de moyen d’échange pratique.


Le retour à une monnaie saine

L’or est une monnaie saine en raison de sa flexibilité intrinsèque. Si le marché l’exige, il peut puiser dans les stocks d’or hors sol actuellement affectés à d’autres usages, notamment la joaillerie, qui représente probablement environ la moitié de tout l’or jamais extrait.  Par ailleurs, l’offre annuelle des mines a, tout au long de l’histoire, accru les stocks hors sol à un rythme comparable à celui de la croissance de la population mondiale. Telles sont les conditions nécessaires pour qu’une forme de monnaie soit choisie par les marchés libres, ce qui explique que, chaque fois que la monnaie d’État imposée à une population échoue, la monnaie vers laquelle tout le monde revient, depuis des millénaires, est toujours une monnaie métallique.

Nous savons que l’inflation toujours croissante du dollar s’est transformée, ou est en train de se transformer, en hyperinflation, ce qui signifie qu’il est désormais pratiquement impossible à la Fed de résister aux demandes d’une accélération exponentielle continue de la masse monétaire, qui s’achèvera par la destruction du dollar. Dans ces conditions, la seule chose qui pourra stopper un effondrement rapide et définitif du pouvoir d’achat du dollar sera d’en faire un substitut crédible de l’or, accepté par un public qui regarde dans l’abîme d’un effondrement monétaire et économique total.

À supposer que les 8 133,5 tonnes d’or du Trésor américain existent toujours et n’aient été ni vendues, ni prêtées, ni louées, il est relativement simple de transformer les dollars fiduciaires en substituts de l’or pleinement échangeables et de réintroduire des pièces d’or en circulation. Cela ne se discute pas ; même si, il est vrai, les fortes réductions des dépenses publiques qui doivent accompagner une monnaie saine constituent un sujet plus délicat, qu’il faudra traiter en même temps.

Les problèmes les plus importants à surmonter sont à la fois intellectuels et politiques. Intellectuels, parce que l’establishment monétaire et économique a passé les cinquante dernières années à nier que l’or ait un rôle monétaire ; politiques, parce qu’en imposant le dollar, et avec l’aide du complexe militaire, l’État américain se considère comme le protecteur du monde face aux ambitions de la Chine et de la Russie, une hégémonie qu’il sera réticent à perdre.

La géostratégie actuelle de l’Amérique est d’autant plus difficile à abandonner que la Russie s’est, par la force des choses, déjà préparée à un étalon-or en se sevrant du dollar. Avec ses citoyens, et par un choix délibéré de politique depuis 1983, la Chine a progressivement accaparé le marché de l’or physique.[iii] Il ne fait aucun doute que, depuis cette date, la Chine a accumulé un tonnage substantiel de métal précieux non déclaré dans les réserves monétaires, avec lequel elle peut adosser le yuan. On peut soutenir que, pour la Chine, les avantages économiques d’un étalon-or pour le yuan et de l’abandon par le gouvernement du financement inflationniste entraîneraient moins de douleur dans le processus d’ajustement que pour toute autre nation. Contrairement aux Russes, les particuliers chinois, qui détiennent quelque 17 000 tonnes, bénéficieront d’un dividende de richesse lors de l’introduction d’un étalon-or. Par conséquent, le rétablissement d’un étalon-or américain serait perçu par l’establishment permanent de l’Amérique comme un transfert de niveaux inacceptables de richesse et de puissance économique à ses ennemis.

Plus l’Amérique tardera à arrimer à l’or un dollar en train de s’effondrer, plus il lui en coûtera. Et à supposer qu’elle détienne réellement 8 133,5 tonnes d’or monétaire libre de toute charge, il s’agit non seulement du plus faible ratio entre l’or détenu par la nation et les stocks hors sol depuis plus de cent ans, mais aussi du plus faible ratio entre son or et l’ensemble de l’or monétaire détenu par toutes les banques centrales.

Avant une crise du dollar, il est difficile d’évaluer à quelle vitesse la Fed et le gouvernement américain jugeront correctement leur seule option et l’adopteront. Un inconvénient majeur sera la nécessité de revenir à des budgets équilibrés, ce qui implique de fortes réductions de dépenses, non seulement dans la protection sociale, mais aussi dans un budget de la défense pléthorique. Si l’on se trompe, 8 000 tonnes d’or monétaire pourraient disparaître remarquablement vite.

À titre d’hypothèse de travail, à ce stade précoce, nous devons supposer qu’un effondrement rapide du pouvoir d’achat du dollar en éliminera entre 95 % et 100 % ; toute valeur résiduelle conservée résultant de la transformation des dollars fiduciaires en substituts crédibles de l’or.

La confiance dans ce scénario repose sur les forces psychologiques à l’œuvre, mises en évidence lors des précédents effondrements de monnaies fiduciaires, tant du côté du gouvernement que de celui du grand public. En particulier, les leçons de l’effondrement du système du Mississippi de John Law présentent des parallèles préoccupants avec la situation actuelle. Law a utilisé l’inflation de sa livre sans contrepartie pour faire monter le cours des actions de sa compagnie du Mississippi et de sa Banque Royale, aboutissant à la destruction de la livre et, par conséquent, de la valeur résiduelle des actifs de l’ensemble lorsque la bulle a éclaté. De la même manière, les banques centrales d’aujourd’hui, avec leur assouplissement quantitatif, alimentent en inflation monétaire le secteur de la gestion d’investissements, qui finit par gonfler les actifs investissables pour le compte des banques centrales.

Si c’est ce modèle qu’il nous faut surveiller, l’effondrement du pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires ne suivra pas le schéma de l’inflation allemande de 1919-1923, en particulier de sa phase finale, de mai à novembre 1923. Il sera dicté par la vitesse de l’effondrement des actifs financiers, en particulier des obligations, dont les prix sont remarquablement élevés et les rendements comprimés. La fuite hors des monnaies fiduciaires en déroute continuera de se mesurer par rapport aux matières premières. Au niveau du consommateur, la destruction de la valeur de l’épargne et des liquidités monétaires pourrait devenir trop rapide pour un « crack-up boom » tel que décrit dans les manuels. Le temps dont on disposera pour se défaire des monnaies en perdition serait considérablement raccourci et, naturellement, une partie de la fuite hors des monnaies défaillantes se portera vers l’offre limitée de pièces et de métal précieux en lingots.


Les perspectives du pouvoir d’achat de l’or

L’introduction de cet article décrit le contexte d’un déplacement du pouvoir d’achat qui s’éloigne des monnaies fiduciaires défaillantes. Elle conclut également qu’à un moment donné, les banques centrales n’auront d’autre option que de transformer les monnaies fiduciaires en substituts de l’or. Elle a souligné que les tentatives de réinitialisation monétaire sans l’adossement à de l’or monétaire échoueront, mais aussi que, si le déclin des monnaies fiduciaires actuelles est aussi rapide que cette analyse le laisse penser, le temps manquera pour mettre en place des alternatives fiduciaires telles que les monnaies numériques de banque centrale, qui échoueraient de toute façon rapidement.

Tandis que l’effondrement du pouvoir d’achat d’une monnaie fiduciaire deviendra de plus en plus manifeste, la demande d’or physique accroîtra son pouvoir d’achat, mesuré par les biens et les actifs qu’il permet d’acquérir. Le désir de thésauriser des quantités d’or relativement limitées augmentera au moment même où l’on cherchera à se défaire de la monnaie fiduciaire.

De nombreuses personnes qui pensent s’être protégées grâce à l’or papier le verront s’évaporer, faute d’être adossé à du métal précieux physique aisément disponible. Elles viendront probablement grossir la demande générale d’or physique.

Il ne s’agit donc pas seulement de la perte de, disons, 98 % du pouvoir d’achat du dollar par rapport à aujourd’hui. À cela, il faut ajouter une évaluation tenant compte de la rareté de l’or, résultant d’une thésaurisation de plus en plus résolue du métal. C’est la combinaison de ces facteurs qui fait monter les prix en monnaie papier, tout en les faisant chuter de façon catastrophique lorsqu’ils sont mesurés en or. Des exemples de cet effet étaient courants en Allemagne et en Autriche en 1922-1923, lorsque des domaines ruraux et des biens résidentiels pouvaient être acquis pour de très faibles quantités d’or : 100 $ permettaient d’acheter une maison de six chambres dans une rue prisée de Berlin, à l’époque où le dollar américain était un substitut de l’or fiable, à 20,67 $ l’once.[iv]

Il découle de l’histoire documentée et de la théorie raisonnée que l’hyperinflation appauvrit les classes moyennes aisées et professionnelles, et apporte des privations et la famine à l’ensemble de la population. À l’aube de la nouvelle année, telle semble être la perspective pour quiconque ne prend pas la précaution de thésauriser de l’or. Au vu de ces facteurs, il y a peu d’intérêt à discuter de questions moins importantes, comme le fonctionnement des marchés de l’or papier, et encore moins à suivre la pratique trompeuse consistant à établir des prévisions de prix.


Argent

Les perspectives de l’argent semblent moins tranchées que celles de l’or, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas détenu par les banques centrales dans leurs réserves monétaires. Démonétisé dans les années 1870 lorsque l’Allemagne est passée à l’étalon-or, l’argent a vu son prix mesuré en or entamer un long déclin, d’environ 15 pour 1 à un record de 125 pour 1 en mars dernier. Depuis, l’argent s’est redressé et se situe actuellement à 71 pour 1.

Il y a assurément peu de doute que, à mesure que le caractère monétaire relatif de l’or par rapport aux monnaies fiduciaires s’accroît en raison des politiques hyperinflationnistes des banques centrales, l’argent retrouvera une relation avec l’or proche de celle qui existait à l’époque des étalons métalliques. À ces époques, la monnaie était frappée en or, en argent et en cuivre. Même si l’abandon des étalons monétaires argent en Europe a entraîné une baisse du prix de l’argent par rapport à l’or, l’argent a continué de circuler comme monnaie. En fait, en veillant à ce que le rapport argent-or dans les monnaies frappées dépasse d’une marge raisonnable le rapport de 15 ½ pour un d’Isaac Newton, les problèmes inhérents au maintien d’un étalon bimétallique ne se posent pas. Mais dans l’ordre des événements, un étalon de change-or avec une monnaie fiduciaire par ailleurs sans valeur doit d’abord être établi.

Il apparaît donc qu’un retour à des substituts de l’or crédibles conduira finalement à un rapport argent-or plus faible ; mais, à ce stade de son évolution, il est difficile d’imaginer qu’il tombe très en dessous de 20 pour 1. Cela implique que, durant l’effondrement de la monnaie fiduciaire, le pouvoir d’achat de l’argent dépassera nettement celui de l’or, plus que doublant en termes relatifs.






[i] Estimations de la Banque des règlements internationaux, juin 2020 pour les dérivés de gré à gré et décembre 2020 pour les dérivés négociés en bourse.

[ii] Estimation de l’International Capital Market Association, août 2020

[iii] En 1983, le gouvernement chinois a confié à la Banque populaire de Chine le monopole de toutes les opérations sur l’or et l’argent.

[iv] Rapporté dans l’autobiographie contemporaine de Stefan Zweig, Le Monde d’hier.


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