Avant même que la Réserve fédérale n’annonce, le 13 septembre, sa nouvelle offensive de rachats d’obligations, les indicateurs de masse monétaire américaine progressaient déjà à un rythme soutenu. Les calculs non officiels de M3 ont atteint 14 700 milliards de dollars en août.
La Fed ayant désormais approuvé une création monétaire supplémentaire de 80 milliards de dollars par mois (40 milliards en titres adossés à des créances hypothécaires et 40 milliards en dette du Trésor), nous pouvons être très confiants quant à l’atteinte de notre précédente projection de 15 000 milliards de dollars cette année. Au-delà, les prévisions deviendront très difficiles, car la création monétaire s’accélère au-delà des modèles linéaires.
À mesure que de plus en plus de personnes en prendront conscience, et réaliseront que dans notre monde interconnecté, très peu de lieux et de classes d’actifs sont à l’abri de l’imprudence de nos planificateurs centraux, les métaux précieux gagneront progressivement la faveur des investisseurs ordinaires : d’abord comme investissements refuges, puis comme métaux monétaires.

Le Fear Index est une mesure parfaite de la confiance dans le dollar, puisqu’il le compare à son seul véritable rival dans notre monde moderne. Dans notre système post-Bretton Woods, toutes les grandes monnaies fiduciaires sont étroitement liées au dollar ; évoquer l’euro, le yen ou le RMB comme des alternatives au dollar dans le système actuel est donc une erreur. Toutes les grandes banques centrales se livrent une course à la planche à billets ; toutes tentent de suivre le rythme du dollar dans une série de dévaluations compétitives qui s’apparente à une course aux armements. À long terme, toutes subiront le même sort.
Il est toutefois intéressant, du moins pour ceux qui se concentrent davantage sur le court terme, d’examiner la situation relative. Nous pouvons le faire en comparant le Fear Index du dollar à notre tout nouveau Fear Index de l’euro.

Comme le montre le graphique ci-dessus, la monnaie européenne souffre d’un manque de confiance par rapport au dollar. Cela n’a rien de surprenant, puisque l’union monétaire de la zone euro n’en est qu’à ses débuts, alors que le dollar règne en monnaie de réserve mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi, en période d’incertitude, la fuite vers la sécurité implique toujours un renforcement du dollar (par rapport à l’euro et à la livre sterling du moins).
Un petit avertissement concernant le Fear Index de l’euro : les réserves d’or officielles de la zone euro ne sont pas très équitablement réparties. Sur 10 787 tonnes (347 millions d’onces) d’or détenues par les États de la zone euro (selon les données du World Gold Council et du FMI), plus de 80 % sont détenues par seulement trois pays : l’Allemagne (3 395), l’Italie (2 452) et la France (2 435). On peut soutenir que cela incite les pays riches en or à abandonner l’euro, compte tenu des coûts écrasants que pourraient leur imposer les projets d’« union budgétaire » de Bruxelles. Un second point à ne pas négliger : une quantité non précisée mais substantielle de cet or européen, en particulier allemand, se trouve en réalité de l’autre côté de l’Atlantique, dans les coffres de la Fed de New York. Les Européens auront-ils un jour lieu de le regretter ? Comme le dit le vieil adage : « possession vaut titre ».
Cependant, ce que le graphique ci-dessus montre clairement, c’est que la confiance diminue à la fois envers le dollar et envers l’euro. La M3 de la zone euro (heureusement, la Banque centrale européenne publie toujours ces données, contrairement à la Fed, qui a cessé de publier la M3 il y a six ans) a elle aussi progressé à un rythme soutenu : elle a atteint 10 000 milliards d’euros au troisième trimestre 2012, soit le double de son niveau de 2001. Quiconque pense que la BCE ressemble, même de loin, à sa prétendue héritière spirituelle, la Bundesbank, devrait jeter un œil aux près de 500 milliards d’euros créés depuis 2011. Et ce, avant même que le mot « illimité » ne fasse son entrée dans les discours de Mario Draghi.
Les monnaies continueront de fluctuer les unes par rapport aux autres, mais une chose est certaine : face à l’or et à l’argent, elles continueront toutes de perdre de la valeur.
James Turk écrit sur le Fear Index depuis des années, comme vous pouvez le constater sur son site Free Gold Money Report.

L’Euro Fear Index repose sur la même équation, mais utilise l’agrégat M3 de l’euro (tel que publié par la BCE) et la somme des réserves d’or de l’Eurosystème.