Les métaux précieux en 2014

« Now the New Year reviving old desires
The thoughtful Soul to Solitude retires »

Rubaiyat d'Omar Khayyam

Oui, chers lecteurs, voici revenue cette période de l'année ; mais contrairement au vieux Khayyam, qui songeait avec sérénité à la disponibilité continue du vin, nous devons tourner nos pensées vers les dangers et les opportunités de l'année à venir. Ils sont considérables et multiples, mais plutôt que de me laisser entraîner dans la futilité des prévisions, je me limiterai à offrir aux lecteurs l'essentiel et me concentrerai sur la corruption des monnaies. Ma conclusion est que le danger prépondérant est la destruction des monnaies, et que l'or est au cœur de leur chute.

À l'entrée de 2014, les économistes dominants, qui s'appuient sur des statistiques inexactes, dont beaucoup ne sont même pas pertinentes pour comprendre réellement notre situation économique, semblent convaincus que les crises de ces dernières années sont désormais derrière nous. Ils acceptent sans réserve l'idée que le chômage retombe à six ou sept pour cent et que l'inflation des prix est contenue ; mais un examen plus approfondi, mis crûment en évidence par les travaux de John Williams de Shadowstats.com, montre que ces statistiques sont fausses.

Si l'on évalue objectivement l'état des marchés du travail dans la plupart des économies à forte protection sociale, la réalité correspond à un marasme persistant ; et si l'on adopte une vision réaliste de la hausse des prix, y compris celle des actifs en capital, l'inflation des prix pourrait même atteindre deux chiffres. La corruption des statistiques d'inflation des prix tourne à son tour en dérision les chiffres du PIB qui, une fois ajustés de manière réaliste de l'inflation, sont en contraction.

Cette conclusion sombre ne devrait surprendre aucun esprit réfléchi, quelle que soit l’époque. Ces conditions sont la conséquence logique de la corruption des monnaies. Je ne doute pas que, si la République de Weimar avait utilisé en 1920-1923 la méthodologie statistique actuelle, les économistes gouvernementaux de l’époque auraient colporté les mêmes conclusions que ceux d’aujourd’hui. L’erreur consiste à croire que l’expansion des quantités de monnaie est un remède universel aux maux économiques, et à ignorer qu’elle constitue en réalité un impôt pesant sur l’immense majorité de la population, qui réduit à la fois ses revenus et son épargne.

Tel est l’effet d’une monnaie dépourvue de solidité. Dans cette optique, j’ai conçu en 2013 une nouvelle statistique monétaire destinée à mesurer l’éloignement d’une monnaie saine et la probabilité croissante d’un effondrement monétaire. La quantité de monnaie fiduciaire (Fiat Money Quantity, FMQ) est établie en tenant compte de toutes les étapes par lesquelles l’or, considéré comme substitut d’une monnaie saine, a été absorbé au cours des 170 dernières années, d’abord par les banques commerciales puis par les banques centrales, tous les droits de propriété sur l’or ayant été remplacés par des billets et des dépôts. Le résultat pour le dollar américain, qui, en tant que monnaie de réserve mondiale, remplace aujourd’hui l’or, est présenté dans le graphique 1.

Chart1FMQ 311213

Les similitudes graphiques avec les expansions passées des quantités de monnaie, qui ont fini par entraîner la destruction monétaire et financière, sont frappantes. Depuis la crise Lehman, les autorités américaines ont recouru à leur remède monétaire universel dans des proportions extraordinaires. On nous incite à penser que la Fed a sauvé le monde en 2008 grâce à l’assouplissement quantitatif, alors que la crise n’a été que masquée par une hyperinflation monétaire.

Allons-nous collectivement reconnaître cette erreur et la corriger avant qu’il ne soit trop tard ? Tant que la fonction première des banques centrales sera de préserver le système financier actuel, la réponse ne peut être que négative. Une tentative de ralentir la croissance de la FMQ par une réduction minime des achats d’actifs a déjà fait nettement monter les rendements obligataires, menaçant de faire dérailler les objectifs de politique monétaire. L’effet de la hausse des rendements obligataires et des taux à terme sur les montants considérables de dettes publiques et privées ne peut qu’accroître le risque de faillites à des taux plus bas que lors des cycles de crédit passés, en commençant par les pays où le problème de la dette est le plus aigu.

Les banques étant naturellement réticentes à prendre davantage de risques de crédit dans ce contexte, on peut s’attendre à ce que la hausse des taux d’intérêt et des rendements obligataires entraîne une contraction du crédit bancaire. La Fed reste-t-elle en retrait et laisse-t-elle la nature suivre son cours ? Là encore, la réponse ne peut être que négative. Elle doit accélérer ses injections de monnaie brute et accroître les dépôts inscrits à son propre bilan pour compenser. La réalité sous-jacente, qui n’est généralement pas comprise, est en fait la suivante :

L’idée selon laquelle la Fed injecterait un excédent de monnaie dans l’économie pour la stimuler est erronée.
Les particuliers, les entreprises et les banques ont besoin de quantités croissantes de monnaie simplement pour rester à flot et éviter une seconde crise de la dette.

J’ai exposé les raisons théoriques pour lesquelles il en est ainsi, en montrant que les économies fondées sur l’État-providence, entièrement grevées de dettes, dissimulent une récession dépressive au moyen de statistiques erronées de l’emploi et de l’inflation des prix. Une analyse impartiale et informée de presque tous les effondrements monétaires montre que, loin d’être le produit d’une politique gouvernementale délibérée, ils résultent d’une perte de contrôle des événements, ou d’une inflation monétaire échappant au contrôle des gouvernements. Je m’attends à ce que cela devienne plus évident pour les marchés dans les mois à venir.

Le rôle important de l’or

L’or est devenu sous-évalué par rapport aux monnaies fiduciaires telles que le dollar américain, comme le montre le graphique ci-dessous, qui rebase l’or à 100, après ajustement de l’augmentation des stocks d’or hors sol et de la FMQ du dollar américain depuis le mois précédant la crise Lehman.

gold adjusted 311213

Compte tenu de la poursuite de la récession masquée par les statistiques, de l’augmentation du volume de la dette libellée en dollars et, par conséquent, de la probabilité croissante d’un effondrement monétaire depuis la crise Lehman, il existe des arguments de plus en plus solides pour affirmer que l’or devrait aujourd’hui se situer nettement plus haut en termes corrigés. Il affiche au contraire une décote de 36 %.

Cette sous-évaluation est susceptible d’avoir deux conséquences importantes. Premièrement, lorsque la marée se retournera en faveur de l’or, elle devrait le faire très fortement, avec des conséquences potentiellement catastrophiques pour les marchés papier non couverts. À ma connaissance, la dernière fois que cela s’est produit remonte à septembre 1999, lorsque des banques centrales, menées par la Banque d’Angleterre et la Fed, ont secouru le marché de l’or de Londres, vraisemblablement en mettant du métal précieux à la disposition de banques en difficulté. L’ampleur de la sous-évaluation actuelle de l’or et le degré d’épuisement de l’or monétaire disponible laissent penser qu’un sauvetage similaire du marché de l’or ne pourrait pas être organisé aujourd’hui.

À ma connaissance, la seconde conséquence n’est pas encore envisagée du tout. La rapidité avec laquelle les monnaies fiduciaires pourraient perdre leur pouvoir d’achat pourrait être considérablement plus grande que, par exemple, lors de l’effondrement du mark allemand en 1920-1923. La raison en est qu’une fois la perte de confiance amorcée, peu d’éléments peuvent en ralentir le rythme.

Dans son traité « Stabilisation de l’unité monétaire – Du point de vue de la théorie monétaire », rédigé en janvier 1923, Ludwig von Mises indiquait clairement que « les spéculateurs apportent en réalité le soutien le plus solide à la position des billets (marks) en tant que monnaie ». Il soutenait que des quantités considérables de marks avaient été acquises à l’étranger pendant les années d’après-guerre « précisément parce qu’un redressement futur du taux de change du mark était attendu. Si ces sommes n’avaient pas été attirées à l’étranger, elles auraient nécessairement entraîné une hausse encore plus forte des prix sur le marché intérieur ».

À cette époque, les autres monnaies, en particulier le dollar américain, étaient librement convertibles en or ; les spéculateurs étrangers vendaient donc en pratique de l’or pour acheter des marks qu’ils jugeaient sous-évalués. Aujourd’hui, la situation est radicalement différente, car les spéculateurs occidentaux ont vendu la quasi-totalité de l’or qu’ils détenaient et, si l’on inclut la liquidation de l’or papier non adossé à du métal physique, ils seront, en cas de crise, acheteurs nets d’or et vendeurs de devises. Il est donc logique que l’or occupe une place centrale dans une future crise monétaire et que celle-ci, lorsqu’elle surviendra, soit vraisemblablement bien plus rapide que l’épisode de Weimar.

J’en arrive donc à deux conclusions pour 2014 : nous nous dirigeons vers une seconde crise financière et monétaire inattendue, qui peut survenir à tout moment, et l’absence de détention d’or dans les économies fondées sur l’État-providence risque d’accélérer le rythme auquel peut se produire un effondrement du pouvoir d’achat.

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