Un silence inquiet s’est abattu sur l’or et l’argent, mais les forces qui les porteront à la hausse s’accumulent. Les deux métaux sont rapidement drainés des marchés papier.

Le cycle mensuel d’expiration des contrats du Comex est de nouveau là : pour les vendeurs à découvert, c’est une incitation à faire baisser les cours afin que les options d’achat expirent sans valeur, à écarter les détenteurs fragiles et à obtenir une valorisation favorable de leurs positions en fin de mois.
Ce matin en Europe, l’or s’échangeait à 4 690 $, en baisse de 145 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier, et l’argent à 74,85 $, en recul de 5,90 $. Les volumes du Comex sur l’or ont été très faibles ce mois-ci, tandis que ceux sur l’argent ont été meilleurs. Ce contraste est illustré ci-dessous :

Le Comex or reflète probablement la difficulté des spéculateurs à évaluer l’impact et les conséquences de la guerre du Golfe. L’intérêt ouvert, extrêmement bas, en témoigne (ligne noire du graphique ci-dessous) :

Ce désintérêt des opérateurs s’inscrit dans un contexte d’exportations persistantes d’or par les États-Unis, que reflètent les niveaux des stocks des entrepôts du Comex :

Par ailleurs, la production des mines d’or américaines n’est pas comptabilisée dans les statistiques du Comex, mais part en majeure partie vers la Suisse pour être affinée en lingots aux standards chinois, qui seront ensuite expédiés vers… devinez où ? Le graphique suivant, publié par Forbes le 7 avril, illustre de manière encore plus parlante l’accélération de cette fuite de l’or :

Pendant que nous scrutons les cours de l’or en nous demandant s’il faut acheter ou vendre, les Asiatiques, et en particulier les Chinois, drainent toute la liquidité physique de l’Amérique, la laissant à l’état de coquille vide de papier, un peu comme un nid de guêpes abandonné. C’est déjà préoccupant, mais la situation de l’argent est plus nette encore.
Le graphique ci-dessous montre que l’intérêt ouvert du Comex reste à son plus bas niveau depuis 20 ans :

On pourrait dire que cela n’a rien de surprenant compte tenu de la purge des cours. Et, pour revenir à notre deuxième graphique ci-dessus sur les volumes échangés au Comex, l’activité accrue sur l’argent peut s’expliquer par l’expiration du contrat actif de mai. En effet, face à l’absence de défi spéculatif sur l’or comme sur l’argent, il ne faudrait pas s’étonner de nouvelles baisses, en particulier avant lundi, dernier jour de négociation des options de mai.
Le graphique de Bloomberg ci-dessous a retenu l’attention de nombreux observateurs de l’argent cette semaine : il montre comment la Chine a fortement accru ses importations d’argent. Notez qu’il n’inclut pas les exportations chinoises d’argent :

Ce n’est qu’une partie du tableau. La Chine est le deuxième producteur d’argent après le Mexique. Non seulement elle extrait de l’argent, mais on estime que 70 % de sa production est un sous-produit de minerais non ferreux, importés et nationaux. Au fil des décennies, il est clair que la Chine a constitué d’importantes réserves stratégiques. Toutefois, ces dernières années, elle a été un exportateur majeur d’argent, y compris en quantités supérieures à sa propre production, en puisant dans ses réserves, et en quantités nettement supérieures à ses importations. Ce commerce à double sens, qui se traduit par des exportations nettes, explique comment le déficit d’offre mondial des six dernières années a pu être comblé sans hausse sensible du cours de l’argent.
Jusqu’en 2025, où elle a soudainement cessé ses exportations. D’après le portail commercial WITS de la Banque mondiale, il semble que les exportations, qui atteignaient 3 000 à 4 000 tonnes, se soient brusquement arrêtées, prenant au dépourvu les utilisateurs industriels occidentaux. Cela a provoqué une crise sur le marché au comptant de Londres en octobre dernier, puis le pic des cours à 120 $ le 29e janvier.
Pour revenir au graphique de Bloomberg ci-dessus, et d’après les données de la Banque mondiale, les importations chinoises de 320,51 tonnes en 2025 constituent le premier chiffre d’importations nettes positif, tout comme les 836 tonnes des trois premiers mois de cette année, soit un rythme dix fois supérieur aux importations de l’an dernier.
Pourquoi, alors, ce changement de politique d’exportation ? On peut penser que les exportations de 2025 ont été suspendues en raison des incertitudes commerciales liées à la nouvelle administration américaine (le président Trump a prêté serment le 20e janvier), suivies de droits de douane américains fortement relevés le 2e avril. Et dès le début de 2026, il était clair que l’Amérique et Israël se préparaient à attaquer l’Iran, ce qu’ils ont fini par faire le 28e février.
Un conflit fondamental est apparu entre une demande industrielle et une demande de consommateurs-investisseurs en plein essor, aggravé par la thésaurisation d’argent par la Chine à un rythme croissant, qui le draine hors des marchés papier occidentaux. Les conséquences pour les stocks du Comex sont claires :

Si l’on songe que le Mexique voisin est de loin le premier producteur d’argent, cette baisse des stocks d’argent est remarquable. Vraisemblablement, une grande partie des 836 tonnes importées par la Chine au premier trimestre 2026 proviendrait du Mexique ; dans ce cas, ce que nous observons au Comex n’est que la partie émergée d’un iceberg d’argent.
Il semble bien que nous soyons véritablement dans l'œil d'une tempête des métaux précieux.