L'erreur courante qui consiste à confondre croissance et progrès passe largement inaperçue, alors qu'elle imprègne toute l'analyse macroéconomique. Il n'existe pas de meilleur exemple de cette erreur que les contresens qui entourent l'interprétation du produit intérieur brut (PIB).
Le PIB est la valeur de marché de l'ensemble des biens et services finals produits au cours d'une année donnée. À ce titre, il ne constitue qu'une identité comptable reflétant la quantité de monnaie présente dans l'économie.
Les économètres qui élaborent le PIB ont conçu une statistique stérile, qui ne devrait pas servir à définir la politique économique. Elle conduit à l'erreur courante consistant à supposer que toute hausse du PIB est souhaitable. Des statistiques comme le PIB décrivent une économie à partir des prix historiques, mais sans aucune valeur qualitative ; or ce qui importe véritablement, c'est le progrès, c'est-à-dire l'amélioration de la condition humaine.
Les transactions qui reflètent la création de richesse et celles qui correspondent à des dépenses publiques économiquement destructrices sont intégrées au PIB sans distinction. Loin d'isoler la composante publique du total, on l'accueille souvent comme une contribution à la croissance économique. Les macroéconomistes, attentifs à l'effet statistique d'une réduction des dépenses publiques, dissuadent les gouvernements d'y procéder. L'absence de distinction entre création et destruction de richesse est au cœur de leur conviction que l'intervention de l'État est bénéfique.
Un exemple permet de mieux éclairer cette question. Imaginons une économie dont la quantité de monnaie et de crédit est fixe ; supposons en outre que le commerce extérieur soit équilibré et que la population soit stable. Les produits réussiront, stagneront ou échoueront. Les personnes verront leur rémunération augmenter ou diminuer, ou seront incitées par la réalité à quitter les entreprises les moins performantes pour des entreprises plus prospères. Les entreprises d'hier déclinent et celles de demain se développent. Les gagnants redéploient les ressources libérées par les échecs. Le PIB annuel, somme de toute la production payée par les revenus et les profits de chacun, sera donc inchangé par rapport à l'année précédente : il s'agit d'un jeu à somme nulle, à condition que les préférences monétaires de l'ensemble des personnes relativement aux biens ne changent pas. Sans injection de monnaie supplémentaire, les individus sont toujours contraints de choisir entre des biens : ils ne peuvent pas accroître le pouvoir d'achat de leurs revenus grâce à un crédit supplémentaire créé à partir de rien, qui ferait naître une demande qui n'existerait pas autrement.
Le progrès se traduit donc par des produits améliorés et des prix plus bas, car, à mesure que le volume et la qualité de la production augmentent, leur valeur monétaire totale doit rester la même. Cela vaut aussi bien pour les produits finals que pour l'investissement dans les stades supérieurs de la production. Mais, point important, la croissance du PIB est nulle.
Considérons maintenant ce qui se produit dans le cas d'une monnaie non saine, c'est-à-dire d'une monnaie et d'un crédit que l'État et les banques auxquelles il accorde une licence peuvent étendre à leur gré. Au fil du temps, cette monnaie nouvelle est absorbée par l'économie et se traduit par de nouvelles transactions qui n'auraient pas eu lieu autrement. La valeur des transactions attribuables à l'expansion de la monnaie et du crédit est susceptible d'être un multiple de la monnaie nouvelle introduite, à mesure que celle-ci passe des premiers bénéficiaires aux receveurs suivants.
Si l'on suppose qu'il s'agit d'une expansion unique de la quantité de monnaie, ces nouvelles transactions ne seront qu'un phénomène temporaire. Les prix des biens achetés avec la monnaie nouvelle augmentent pour compenser, avec un décalage dans le temps. Après avoir augmenté dans un premier temps, le PIB réel se contracterait ensuite, une fois le décalage entre l'impulsion et l'effet sur les prix entièrement résorbé. Une fois toutes les transactions pleinement prises en compte, le PIB réel reste inchangé, toujours à condition que les préférences des consommateurs entre monnaie et biens n'aient pas varié.
L'avantage douteux qu'offre la stimulation de la demande par l'augmentation de la quantité de monnaie et de crédit n'a été que temporaire. Les variations du PIB décrites ci-dessus ne traduisent pas un progrès économique, mais l'absorption de la quantité supplémentaire de monnaie et de crédit mise en circulation. Si les choses s'arrêtaient là, les dommages causés à une économie fonctionnant normalement seraient limités, mais l'inflation monétaire provoque également un transfert de richesse de la majorité de la population vers une petite minorité aisée. Ce phénomène s'explique par le fait que les hausses de prix se propagent à partir de l'endroit où la monnaie nouvelle est d'abord injectée (généralement par l'intermédiaire des banques et des marchés financiers), de sorte que la majorité des gens doit faire face à des prix plus élevés sans aucune contrepartie monétaire. Il existe donc un effet secondaire : l'avantage apparent de l'augmentation de la quantité de monnaie est suivi d'une baisse de la demande de biens et de services en raison de l'effet de transfert de richesse, soit l'inverse du résultat recherché. L'économie dans son ensemble se retrouve dans une situation plus défavorable que si aucune stimulation monétaire n'avait eu lieu. C'est pourquoi une inflation monétaire extrême s'accompagne toujours d'un effondrement économique.
Dans l'exemple précédent, nous avons considéré l'effet d'une injection unique de monnaie et de crédit supplémentaires, mais une fois cette politique engagée, elle est presque toujours poursuivie à un rythme croissant. Les macroéconomistes ne relèvent que les bénéfices initiaux et, lorsque ceux-ci s'estompent, comme décrit ci-dessus, ils réclament davantage de mesures. Il en résulte, avec le temps, que les politiques de monnaie faible conduisent à la dépréciation continue des devises que nous connaissons aujourd'hui, ainsi qu'à l'accumulation de dette, qui est la contrepartie de l'expansion du crédit bancaire. Plus la monnaie perd en pouvoir d'achat, plus il en faut pour obtenir le même effet initial.
Si les variations de la monnaie et du crédit ne correspondent pas exactement, en pratique, aux variations du PIB, cela tient en partie au fait que les économètres choisissent les activités à inclure dans le PIB. Ils introduisent une distinction artificielle entre les catégories de dépenses afin d'isoler les dépenses consacrées à des biens et services nouveaux considérés comme de la consommation. C'est une erreur, car ces économistes sont contraints de porter un jugement subjectif qui est nécessairement en décalage avec la réalité. En pratique, un consommateur ne peut être décrit qu'en termes très généraux.
Les consommateurs peuvent dépenser de l'argent pour acquérir des actifs tels que de l'immobilier, des œuvres d'art ou des actions : il n'y a aucune différence entre ces dépenses et toute autre, car toutes répondent à un objectif légitime dans l'esprit du consommateur. En outre, certaines transactions ne sont pas enregistrées, qu'il s'agisse du marché noir ou de petites entreprises, et les transactions portant sur des biens d'occasion sont expressément exclues, au motif que le PIB a pour objet d'enregistrer uniquement la production nouvelle. Par conséquent, une grande partie de l'activité économique est exclue du calcul du PIB, avec cette complication que la monnaie circule entre le PIB tel que le conçoivent les économètres et l'univers plus large des transactions, ce qui compromet toutes les tentatives des macroéconomistes d'établir un lien entre la hausse des prix et l'augmentation des quantités de monnaie et de crédit.
En conclusion, le PIB n'a rien à voir avec le progrès économique. C'est une statistique imparfaite qui résume de manière approximative la valeur monétaire de certaines transactions sélectionnées sur une période donnée. Le fait qu'il soit généralement positif reflète le décalage temporel entre l'inflation monétaire et son effet différé sur les prix, et n'a rien à voir avec le progrès économique.
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