Le tableau d’ensemble, dans sa plus large acception

Mme Macleod m’a demandé d’expliquer en termes simples ce qui se passe réellement dans le monde, et pourquoi je pense que l’or est si important dans ce contexte. Celle à qui l’on ne saurait désobéir ne partage pas pleinement mon intérêt pour le sujet. Une présentation du tableau d’ensemble sera sans doute aussi utile à beaucoup de mes lecteurs et à leurs conjoints, qui ne s’intéressent pas non plus durablement à la géopolitique.

Tel est l’objet de cet article. L’observateur occasionnel peut se sentir perdu lorsqu’il tente de suivre l’actualité mondiale, ce que compliquent les lignes éditoriales des médias et les commentaires de la plupart des analystes, qui sont, franchement, mal informés. Cet article aborde donc le sujet qui domine notre avenir. Les principaux acteurs du grand jeu géopolitique sont l’Amérique et la Chine. Mais avant d’en venir à une mise à jour, j’exposerai les règles de rigueur nécessaires à une analyse éclairée.

Efforcez-vous d’examiner les questions sous tous les angles afin de comprendre à la fois les enjeux stratégiques et les issues possibles. Sachez que les caractéristiques valables pour un camp ne le sont pas nécessairement pour l’autre. Par exemple, l’analyse financière applicable à l’économie américaine ne s’applique pas forcément à celle de la Chine. Efforcez-vous de rester neutre et objectif, analytique et impartial. Rappelez-vous l’adage des courtiers en Bourse : là où il y a un tuyau, il y a un robinet, ce qui signifie que la diffusion de l’information vise généralement à servir des intérêts particuliers.

La liste des choses à ne pas faire est un peu plus longue. Ne croyez pas ce que disent les gouvernements, car ils vous diront ce qu’ils veulent vous faire croire. Ne croyez rien de ce qui émane des services de renseignement : si l’information est bonne, il est très improbable qu’elle parvienne jusqu’à vous, et si une bonne information vous parvient, elle sera indiscernable des théories du complot. Ne croyez pas les théories du complot, car elles ne sont presque jamais vraies. Ne croyez pas les statistiques gouvernementales ; en fait, vous ne devriez pas vous fier aux statistiques du tout, sauf dans les grandes lignes. Ne croyez pas les analystes occidentaux, financiers ou autres, en particulier lorsqu’ils commentent la Chine ou la Russie. Ne croyez pas les médias dominants ; ils suivent généralement la ligne de l’establishment, ce que nous reconnaissons chez les Chinois et les Russes, mais pas dans nos propres organisations. Ne vous laissez pas influencer par le nationalisme ou le patriotisme : rappelez-vous l’aphorisme du Dr Johnson, selon lequel le patriotisme est le dernier refuge des vauriens (il visait ceux qui l’invoquent).

Ces règles à l’esprit, commençons par l’Amérique et sa place dans le monde, car tout le reste découle de son déclin accéléré depuis l’influence qu’elle exerçait après-guerre.

L’Amérique : un repli sur elle-même ?

La domination mondiale des États-Unis, incontestée après la dissolution de l’ancienne URSS, est aujourd’hui remise en cause par la Chine, qui projette d’absorber l’ensemble du continent eurasiatique dans sa sphère d’influence commerciale. Avant l’entrée en fonction du président Trump en janvier 2017, la menace pesant sur l’hégémonie américaine n’était pas largement perçue comme une question d’intérêt public, et la politique du pays consistait à protéger les intérêts américains par la diplomatie, le commerce et la présence militaire. Des opérations clandestines étaient menées pour déstabiliser les régimes jugés contraires aux intérêts américains, en particulier au Moyen-Orient, mais aussi en Ukraine, un important État tampon entre la Russie et les États membres de l’OTAN en Europe. C’était la poursuite de la persuasion par les canons et le beurre, même si, en tant que politique mondiale, elle s’essoufflait quelque peu. L’offre de beurre, au sens figuré, en provenance des États-Unis a diminué, et elle est désormais de plus en plus fournie par la Chine.

Puis vint Trump. Son élection surprise à la présidence a amené à la Maison-Blanche un homme d’affaires plusieurs fois en faillite, doté pour tout bagage d’un ego démesuré. Sa compréhension de l’économie et du processus politique était nulle, mais pour sa base électorale, c’était précisément là son attrait, en particulier face à l’alternative incarnée par Clinton. Trump s’est présenté sur un programme hostile à l’immigration, à la mondialisation, au commerce extérieur et aux guerres à l’étranger. Il était favorable aux entreprises et à l’Amérique. En bref, il a été élu pour renverser les politiques éculées des Clinton, des Bush et d’Obama. L’Amérique devait se replier sur elle-même dans ses relations extérieures, inversant les tendances établies de la mondialisation.

Trump est politiquement en désaccord avec les alliés des États-Unis, en particulier dans une Europe étatiste et majoritairement socialiste. Son insistance pour que les membres européens de l’OTAN assument une plus grande part des coûts de l’Alliance a été interprétée comme le signe que les relations établies ne pouvaient plus être tenues pour acquises et que l’Allemagne, en particulier, devait affirmer une plus grande indépendance. De fait, l’ordre issu de l’après-guerre et toutes ses institutions étaient menacés par la rhétorique de Trump. Toutefois, la perspective d’une meilleure relation avec la Russie, l’un des espoirs de Trump avant son élection, s’est évanouie avec les allégations d’ingérence russe dans l’élection présidentielle. Mais les politiques trumpiennes les plus perturbatrices sont sans doute celles qui touchent au commerce.

Trump est fermement convaincu que les déficits commerciaux résultent d’accords commerciaux inéquitables. Il est soutenu en cela par Peter Navarro, directeur de la politique commerciale et industrielle à la Maison-Blanche, Wilbur Ross, secrétaire au Commerce, et Robert Lighthizer, représentant américain au Commerce. Avec Trump, ces quatre personnes se trouvent d’un côté du débat commercial, tandis que presque tous les autres hauts responsables, en particulier au Trésor, se trouvent de l’autre. Jusqu’à présent, Trump a déchiré l’ALENA, l’accord commercial avec le Canada et le Mexique, qui a été « renégocié », tout comme l’accord KORUS avec la Corée du Sud. Il a retiré les États-Unis du Partenariat transpacifique, qui comprenait le Japon, l’Australie, le Chili et des alliés d’Asie du Sud-Est. Il a engagé un différend commercial avec l’UE, qui est pour l’instant mis en suspens. Il a instauré des droits de douane élevés sur l’acier et l’aluminium importés.

Les actions de Trump en matière commerciale se sont poursuivies malgré les tentatives de l’administration pour l’arrêter, une bataille qui se poursuit.

Le déficit commercial global des États-Unis dépasse actuellement 600 milliards de dollars par an, dont environ les deux tiers avec la Chine. À l’heure actuelle, les États-Unis menacent d’instaurer de nouveaux droits de douane sur des importations chinoises pour un total de 200 milliards de dollars et, à défaut d’accord, de les étendre à la quasi-totalité des 500 milliards de dollars d’exportations chinoises vers les États-Unis. On espère qu’il s’agit d’une posture trumpienne avant les élections de mi-mandat du 6e novembre. Cependant, la question de savoir si les États-Unis étendront les sanctions comme promis semble dépendre de la capacité des pragmatiques de la Maison-Blanche à déjouer Navarro et Ross. S’ils y parviennent, la Chine et l’Amérique pourront vraisemblablement convenir d’un compromis permettant à chacun de sauver la face. Sinon, la guerre tarifaire s’intensifiera.

La politique commerciale américaine connaît donc une transformation radicale par rapport à l’époque où les États-Unis acceptaient volontiers un déficit commercial, pourvu que les dollars excédentaires soient réinvestis en Amérique, finançant entre autres le déficit budgétaire du gouvernement. Toutes les matières premières, et surtout l’énergie, sont cotées en dollars sur les marchés internationaux, ce qui maintient une demande continue de dollars pour régler les échanges hors États-Unis. Le statut du dollar comme monnaie de réserve, associé au contrôle exercé par l’Amérique sur des institutions internationales telles que le FMI, la Banque mondiale et les banques régionales de développement, a fait des États-Unis, en pratique, le banquier central du monde, fournissant la monnaie et, par l’intermédiaire de ses banques commerciales, le bailleur de fonds de fond de toutes les activités transfrontalières. C’était une domination du monde par des moyens monétaires, et le besoin de dollars garantissait toujours son acceptation mondiale et soutenait en grande partie sa valeur.

La Chine manœuvre pour entamer les quasi-monopoles du dollar dans la fixation des prix des matières premières et dans les échanges. Si elle y parvient, il ne fait aucun doute que le pouvoir d’achat du dollar diminuera. Pour évaluer cette probabilité, nous devons maintenant nous tourner vers la Chine.

La Chine

Le redressement de la Chine après la pauvreté du communisme maoïste est remarquable. Elle y est parvenue en adoptant le capitalisme, tout en conservant un contrôle politique strict. On dit que les dirigeants chinois ont observé les succès de Singapour et de Hong Kong, portés principalement par des hommes d’affaires chinois. Ils ont compris qu’en copiant leurs modèles économiques de capitalisme de laissez-faire, associés à un gouvernement autoritaire, ils pouvaient améliorer les conditions de vie et la richesse de la population ordinaire, dont l’État tire en définitive son pouvoir.

L’État chinois planifie l’action de ses entreprises publiques et l’oriente vers des objectifs clairs. Il le fait au moyen d’une série de plans quinquennaux consécutifs, le plan actuel étant le treizième, qui court jusqu’en 2020. Le suivant a déjà été rédigé et surnommé « Made in China 2025 ». Il prévoit des investissements publics dans la robotique, les voitures électriques, l’intelligence artificielle, les biotechnologies et l’aviation. L’équivalent de 300 milliards de dollars de fonds publics sera consacré à ces secteurs, ce qui irrite les Américains, qui se voient exclus de ces secteurs en Chine et craignent que les industries chinoises subventionnées ne bénéficient d’un avantage commercial déloyal sur les marchés d’exportation.

La Chine continue d’améliorer ses propres infrastructures et est en train de faire passer des centaines de millions de citoyens d’emplois agricoles précaires et d’emplois d’usine non qualifiés à une classe moyenne urbaine en pleine croissance. La Chine compte désormais plus d’une centaine de villes de plus d’un million d’habitants, dont certaines sont des mégapoles. Nous avons tous entendu parler de Shanghai, qui compte 34 millions d’habitants. Peu d’entre nous connaissent Canton (Guangzhou), qui en compte 25 millions, autant que Pékin.

Par ailleurs, la diffusion de l’automatisation et de l’innovation technologique est fulgurante, et elle s’accélère. Et comme si cela ne suffisait pas, la Chine construit deux « routes de la soie », l’une terrestre vers l’Europe et l’autre maritime, qui seront reliées entre elles en plusieurs points du parcours. Ce sera un réseau de transport et de communication, qui rapprochera par le commerce l’ensemble du continent asiatique.

Dès à présent, une Mercedes peut être livrée de Stuttgart, en Allemagne, au concessionnaire de Pékin en quinze jours. Ce délai sera ramené à dix jours. Et Zanussi, le fabricant italien d’électroménager, peut acheminer les produits de ses usines chinoises vers ses marchés européens dans le même délai, contre trente jours par voie maritime.

Les projets de la Chine sont si ambitieux qu’elle a un besoin permanent de sécuriser les matières premières industrielles nécessaires au développement de ses infrastructures. Elle est liée à la Russie par une alliance politique et économique ; celle-ci est le premier exportateur d’énergie au monde et dispose de ressources minérales considérables. Ce partenariat est consolidé de plusieurs façons, la plus importante étant l’Organisation de coopération de Shanghai, que l’on peut décrire comme un forum de sécurité et d’économie, englobant la coopération militaire et la construction d’infrastructures. Les membres de l’OCS comprennent la Chine, l’Inde, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Pakistan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Le statut d’observateur, qui constitue un tremplin vers l’adhésion pleine et entière, concerne l’Afghanistan, le Bélarus, l’Iran et la Mongolie. La Turquie, qui est également membre de l’OTAN, est partenaire de dialogue, statut qui se situe un cran plus loin de l’adhésion que celui d’observateur, mais qui traduit une déclaration d’intention.

Les membres, observateurs et partenaires de dialogue de l’OCS représentent au total une population de trois milliards et demi de personnes, soit 45 % de la population mondiale. C’est, en fait, l’arrière-cour de la Chine et son futur marché. Si l’on y ajoute ses liens commerciaux croissants avec l’Europe occidentale et centrale, ainsi qu’avec les pays d’Asie du Sud théoriquement situés dans la sphère d’influence américaine, c’est l’ensemble du continent eurasiatique qu’elle peut dominer par le commerce.

Elle a également investi 140 milliards de dollars en Afrique subsaharienne, afin de faire du continent africain un fournisseur de matières premières. L’Afrique connaît elle-même une croissance rapide à partir d’un niveau très bas et constitue un marché potentiel pour l’avenir. La Chine est aussi le premier partenaire commercial de l’Australie.

Ceux qui pensent que l’Amérique contrôle le commerce mondial grâce au dollar devraient se réveiller. Elle se heurte à la Chine partout. Et, comme nous l’avons vu, la Chine exporte quelque 600 milliards de dollars de biens vers l’Amérique, contre seulement 200 milliards dans l’autre sens. Elle est de loin le premier producteur d’or au monde. À moins qu’un événement ne vienne interrompre sa progression, elle aura la plus grande économie du monde en termes de PIB d’ici quelques années, si ce n’est déjà le cas en parité de pouvoir d’achat. La clé pour comprendre le rythme de ce changement est de ne pas raisonner en projections linéaires, mais en termes exponentiels.

Ériger des barrières commerciales, ce qui semble devoir réduire sa propre influence dans le commerce mondial, est-il la bonne réponse de l’Amérique à cette révolution industrielle chinoise ? Ne vaudrait-il pas mieux l’embrasser, comme l’ont fait tant d’entreprises américaines en intégrant la production chinoise à leurs chaînes d’approvisionnement ? Manifestement pas pour ceux qui croient, avec Trump, que le nationalisme américain prime sur tout.

Au lieu de faire preuve de réalisme, l’approche antagoniste de l’Amérique envers la Chine a de fait entraîné les États-Unis dans une guerre financière avec elle. La Chine suit les préceptes de Sun Tzu. Sun Tzu était un général et stratège militaire chinois qui vivait il y a 2 500 ans et qui est encore cité aujourd’hui. Un de ses aphorismes qui convient ici est le suivant : « Sois extrêmement subtil, jusqu’à l’absence de forme. Sois extrêmement mystérieux, jusqu’à l’absence de bruit. Ainsi, tu pourras être le maître du destin de ton adversaire. » Et en voici un qui convient pour traiter avec Donald Trump : « Feins l’infériorité et encourage son arrogance ». C’est peut-être pourquoi Trump parle sans cesse, tandis que Xi sourit poliment et ne dit rien. Trump se vante de l’excellente relation qu’il entretient avec Xi. Xi sourit poliment et ne dit rien.

Entre-temps, la Chine se détourne autant que possible du dollar, en développant à la place des marchés financiers pour sa propre monnaie. Il est vrai que cette partie de son plan a été mise en suspens pour le moment, car les guerres commerciales de Trump ont affaibli le yuan, et la Banque populaire de Chine (la banque centrale chinoise) a acheté des yuans pour soutenir le taux de change. Mais cette phase sera probablement temporaire.

Il existe une autre façon d’interpréter cette intervention. Le revers de l’achat de sa propre monnaie a été la vente d’une partie de son énorme stock de dollars. Mesurée en yuans, cette opération a été très profitable. Et, à un certain moment, la Chine voudra que le yuan s’apprécie face au dollar, pour d’excellentes raisons. Elle doit importer des matières premières en quantités considérables, ce qui fera monter leurs prix en dollars. L’effet sur l’inflation des prix en Chine dépendra en grande partie du taux de change entre le dollar et le yuan ; elle aura donc intérêt à disposer d’une monnaie plus forte pour atténuer l’impact inflationniste.

La Chine encourage également ses fournisseurs d’énergie et de matières premières à accepter des yuans plutôt que des dollars. Tout cela laisse présager un taux du yuan plus élevé face au dollar, géré par les autorités, afin d’encourager une large acceptation du yuan. Cela nous amène à l’évolution future du yuan par rapport au dollar, et à son effet sur le cours de l’or.

Un yuan plus fort viendra soutenir l’or

Comme nous l’avons indiqué plus haut, la Chine doit assumer les conséquences d’un yuan plus fort si elle veut mener à bien son treizième plan quinquennal actuel et le programme « Made in China 2025 ». Si elle n’y parvient pas, non seulement la hausse des prix des matières premières alimentera l’inflation intérieure, mais elle restera vulnérable à l’usage que font les États-Unis du dollar comme arme stratégique.

Il faudra pour cela que la Chine abandonne la pensée occidentale selon laquelle une baisse des taux de change peut servir à stimuler la demande. De toute façon, elle déplace l’accent de son économie, qui passe de la fabrication de produits bon marché dépendant uniquement de prix bas pour leurs ventes à la valeur ajoutée que procurent la qualité et la technologie. Au lieu d’employer de nombreux ouvriers semi-qualifiés sur des chaînes de production, la fabrication des biens d’exportation s’automatise fortement. L’investissement en capital remplace l’élément salarial dans les coûts. Le temps nécessaire aux processus de fabrication a ainsi diminué, si bien que l’avantage d’un taux de change compétitif pèse moins dans la rentabilité des exportations.

Les inconvénients supposés d’une gestion de la monnaie visant à prolonger sa faiblesse deviennent donc négligeables. Dans ce cas, il faut s’attendre à des mesures confirmant un changement de régime monétaire. Mais avant de les examiner, nous devons nous pencher brièvement sur l’autre côté du taux de change, le dollar.

Pour le moment, le dollar est fort principalement face à l’euro. Malgré le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la zone euro (qui entraîne des achats nets d’euros par les entreprises), les flux de capitaux en sens inverse font baisser l’euro. Comme les banques et leurs clients de fonds spéculatifs ont accès aux euros par les marchés monétaires de gros, ils peuvent emprunter à trois mois à un taux négatif de 0,3 %, vendre les euros contre des dollars et investir dans des bons du Trésor à trois mois offrant un rendement de 2,3 %. En multipliant l’effet de levier par dix (ce que font les banques), on obtient un rendement annualisé de 26 % sur son capital, quasiment garanti. Et comme l’indice du dollar pondéré par les échanges commerciaux est composé à 50 % d’euros, la vente d’euros contre des dollars par ces arbitragistes de taux d’intérêt explique la vigueur de cet indice.

Ce décalage de taux d’intérêt entre l’euro et le dollar engendre d’énormes tensions monétaires, une situation qui ne peut durer. Soit la Fed et la BCE élaborent une solution concertée, soit cela se terminera par une crise monétaire.

Pour le moment, contrairement à ce qu’affirment de nombreux commentaires, la détention étrangère de dépôts en dollars et d’investissements libellés en dollars est à un niveau record. Le gouvernement américain dépend des achats de bons du Trésor par des étrangers pour se financer. Cependant, les droits de douane de Trump contribueront à faire monter les prix à la consommation aux États-Unis, en plus de la stimulation des prix due à un déficit budgétaire sur le point de dépasser mille milliards de dollars. En bref, une situation fortement inflationniste se développe, entraînant une hausse rapide des rendements obligataires (ce qui signifie une baisse des cours des obligations) et une éventuelle crise de financement pour le gouvernement américain. L’inflation croissante et les difficultés de financement conduisent à une baisse du taux de change du dollar, qui s’annonce soudaine et brutale lorsque la marée spéculative se retournera.

Une monnaie en baisse renchérit l’énergie et les matières premières industrielles, ce qui alimente encore davantage l’inflation des prix. La Chine doit-elle suivre le mouvement en maintenant l’ancrage de sa monnaie au dollar ? Comme nous l’avons vu plus haut, la réponse doit être un non catégorique.

Actuellement, le yuan est scindé par des contrôles des capitaux entre marchés intérieur et étranger. Les résidents chinois n’ont pas le droit de détenir de devises étrangères, une situation qui ne peut se prolonger bien longtemps si le yuan doit disposer de la liquidité internationale requise. Il ne fait aucun doute que les contrôles des capitaux ont permis à la Banque populaire de Chine de maîtriser le taux de change sans que la spéculation intérieure ne vienne le fragiliser. Un yuan en hausse découragera l’accumulation de devises étrangères ; si les contrôles des capitaux doivent être levés, ce sera donc dans ce contexte.

Si le prix de l’or n’augmentait que modérément en dollars, il resterait intéressant en Chine, premier marché mondial de consommation et d’épargne en or physique. C’est en train de devenir le scénario le plus défavorable pour le prix. Toutefois, l’accumulation de quantités record de dollars entre des mains étrangères est une condition similaire à celle qui a conduit à la suspension des accords de Bretton Woods en 1971, lorsque les dollars détenus par des étrangers étaient échangés contre de l’or. Après cette crise du dollar, l’or a été multiplié par plus de vingt. Cette fois, cependant, ce sera la Chine, et non le cartel de l’OPEP, qui fera monter les prix de l’énergie et des matières premières. La hausse du prix de l’or en dollars dépendra cette fois de la manière dont les États-Unis géreront leur déclin.

Il s’agit là d’un argument de marché en faveur de la hausse du prix de l’or, et non d’un argument économique. L’argument économique est lui aussi largement présent, mais il serait peut-être plus difficile à expliquer à son épouse ou à son époux.

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux de son ou de ses auteurs et ne reflètent pas ceux de Goldmoney, sauf mention expresse contraire. Cet article est fourni à titre d'information générale uniquement et ne constitue en aucun cas la fourniture, par Goldmoney ou par son ou ses auteurs, d'un conseil juridique, financier, fiscal, d'investissement ou comptable. Vous ne devez pas agir ni vous appuyer sur les informations contenues dans cet article sans avoir préalablement sollicité l'avis d'un professionnel indépendant. Le plus grand soin a été apporté pour s'assurer que les informations de cet article sont fiables ; toutefois, Goldmoney ne garantit pas qu'elles soient exactes, complètes ou à jour, ni qu'elles doivent être considérées comme une indication de résultats futurs, et elles ne doivent pas être utilisées comme telles. Goldmoney ne saurait être tenue responsable de toute réclamation, perte, dommage ou désagrément résultant d'une information ou d'une opinion contenue dans cet article, et toute action entreprise à la suite des opinions et informations qu'il contient l'est à vos propres risques.

Retour aux analyses Goldmoney