Cet article souligne une évidence : le retour à un étalon-or est le seul moyen pour les États de maîtriser le coût des intérêts de leur dette, l'alternative étant des politiques inflationnistes qui ne peuvent conduire qu'à des taux d'intérêt bien plus élevés et à la destruction des monnaies. Le sujet est d'actualité, compte tenu des politiques économiques et géopolitiques américaines qui se nuisent à elles-mêmes et qui entraînent déjà les États-Unis vers un ralentissement cyclique. Parallèlement, les craintes américaines d'une domination asiatique sur les évolutions économiques, monétaires et politiques mondiales se sont réalisées. La prochaine crise du crédit risque de sonner le glas du modèle d'État-providence en Occident en détruisant ses monnaies en papier non adossées, tandis que la Chine, la Russie et leurs alliés asiatiques ont les moyens de prospérer.
La fragilité des finances publiques
Dans mon dernier article pour Goldmoney, j’ai expliqué pourquoi les politiques monétaires des économistes et des décideurs partisans de l’inflation finiraient par détruire les monnaies fiduciaires. Cette destruction viendra des citoyens ordinaires, que la loi contraint à utiliser la monnaie de l’État pour régler leurs transactions quotidiennes. Les gens ordinaires, chacun étant une trinité de production, de consommation et d’épargne, finiront par ouvrir les yeux sur la fraude de l’inflation monétaire et par rejeter le moyen d’échange de leur gouvernement, le jugeant intrinsèquement sans valeur.
Ils l’ont toujours fait, tôt ou tard. L’expérience l’a démontré, et cela ne devrait pas prêter à controverse. Pour l’émetteur d’une monnaie, le risque que cela se produise s’accroît lorsque les marchés du crédit se déstabilisent et que la confiance dans la « pleine foi et crédit », seule garantie d’une monnaie fiduciaire, commence à être remise en question, que ce soit par ses utilisateurs, par les étrangers, ou par les deux. Lorsque cela survient, la monnaie perd rapidement son pouvoir d’achat et l’ensemble de la structure des taux d’intérêt se déplace à la hausse.
Les finances de l’État sont alors ruinées, car, à ce stade, celui-ci aura accumulé une combinaison mortelle de dettes existantes impossibles à rembourser et d’engagements sociaux en forte hausse. Aujourd’hui, la plupart des gouvernements, y compris celui des États-Unis, sont déjà pris au piège de cette dette ; seul le public n’en a pas encore mesuré les conséquences, et les planificateurs n’ont pas l’intention de les lui révéler. La difficulté pour presque tous les gouvernements est que la dégradation de leurs finances finira par anéantir leurs monnaies, à moins qu’une solution ne soit trouvée.
Il existe une solution qui, si elle est adoptée, permet à l’État de survivre. Elle pourrait s’inspirer de la solution préférée de Steve Hanke (de l’université John Hopkins), le currency board, ou caisse d’émission, qui, lorsqu’elle est strictement respectée, supprime la capacité de l’État à créer de la monnaie à partir de rien. Il recommande cette solution contre la dépréciation monétaire et les maux qui l’accompagnent pour le Venezuela et les pays comparables, en liant au dollar la monnaie d’un marché émergent en difficulté. Mais nous envisageons ici de stabiliser le dollar lui-même et toutes les autres monnaies qui lui sont liées. Dans ce cas, la caisse d’émission ne peut être liée qu’à l’or, qui a toujours été la monnaie des peuples, exempte de risque d’émetteur. Autrefois, c’était le fondement d’un étalon de change-or.
La caisse d’émission du professeur Hanke est un système fondé sur des règles, conçu pour atteindre le même objectif. Une fois le système en place, chaque unité monétaire mise ensuite en circulation par l’autorité monétaire doit être garantie physiquement par un poids défini de métal précieux en or. Telle était la méthode de l’étalon de change-or adoptée par la Banque d’Angleterre aux termes du Bank Charter Act de 1844. Une caisse d’émission moderne, composée de monnaie numérique, fonctionne en pratique de la même manière.
Un système de caisse d’émission n’est pas le meilleur mécanisme pour rendre une monnaie échangeable contre de l’or. Sa faiblesse tient à ce qu’il repose sur le respect de ses obligations par l’État ; il vaudrait donc mieux utiliser directement l’or, sous forme physique ou numérique. Les États-Unis ont renié leur étalon de change-or en 1933-1934, lorsqu’ils ont d’abord interdit la détention d’or, puis dévalué le dollar. Ce fut tout simplement un vol commis par l’État aux dépens de ses citoyens. D’autres garde-fous doivent donc être mis en place pour un étalon de change-or.
Le retour à un étalon de change-or crédible plafonnera alors les taux d’intérêt, et donc les coûts d’emprunt des États. Au lieu de taux nominaux de 10 %, voire de 20 % et au-delà, un étalon de change-or plafonnerait probablement les taux d’emprunt à long terme des États dans une fourchette de deux à cinq pour cent. Il permet aussi aux entreprises dotées de projets d’investissement viables de se développer. Non seulement c’est une solution évidente, mais elle est proche de celle adoptée au Royaume-Uni après les guerres napoléoniennes.
En 1815, la dette publique de la Grande-Bretagne, rapportée à la taille de son économie, dépassait celle de toutes les nations avancées d’aujourd’hui, à la seule exception du Japon. Elle a introduit en 1816 la pièce d’or appelée souverain, contenant 0,2354 once d’or, comme monnaie circulante d’une valeur faciale d’une livre. Au cours des neuf décennies suivantes, non seulement elle a ramené sa dette publique de plus de 200 % du PIB à environ 30 %, mais son économie est devenue la plus avancée et la plus prospère du monde. Cela a été réalisé grâce à une monnaie saine, dont le pouvoir d’achat a considérablement augmenté au cours de ces neuf décennies, tandis que la qualité de vie de chacun s’améliorait. Un souverain valait toujours une livre, mais il permettait d’acheter beaucoup plus.
Les gens ordinaires étaient encouragés à travailler, à dépenser et à épargner. Ils aspiraient à améliorer le sort de leur famille. L’immense majorité y est parvenue, et pour les quelques malheureux restés au bord du chemin, des institutions caritatives furent créées par de riches philanthropes afin de leur offrir à la fois un logement et un emploi. Il n’a jamais été du ressort de l’État de les soutenir. Ce serait trop affirmer que c’était un monde parfait, ou que chacun se comportait en gentleman selon les meilleures valeurs victoriennes, mais la différence entre l’économie libérale prospère de la Grande-Bretagne, avec ses défauts relativement mineurs, et le socialisme bureaucratique qui lui a succédé est frappante.
L’essentiel réside dans la création et la préservation de la richesse personnelle, par opposition à la redistribution socialiste et à la destruction de richesse, qui ont régulièrement sapé des économies jadis prospères. L’avenir converge vers un effondrement inflationniste pour tous les gouvernements occidentaux, dont les modalités sont décrites plus en détail dans la section suivante. Pour les responsables politiques clairvoyants, cela crée l’occasion de sortir du socialisme, car la majorité silencieuse, qui préfère la stabilité économique aux aides de l’État, soutiendra, si elle est bien guidée, un abandon du socialisme destructeur. La tâche n’est pas simple, car tous les conseils que reçoit aujourd’hui un responsable politique reposent sur le credo de l’inflationnisme et sur des impératifs socialistes.
Pourquoi et comment survient un effondrement inflationniste
Les monétaristes savent parfaitement que, si un gouvernement accroît la quantité de monnaie en circulation, le pouvoir d’achat de celle-ci diminue. Leur théorie repose sur l’époque où l’or était la monnaie et décrit l’effet des importations et des exportations d’or monétaire sur le niveau général des prix.
Les monétaristes purs semblent supposer qu’il en va fondamentalement de même pour les monnaies fiduciaires, non adossées à l’or. Or il existe une différence essentielle. Lorsque l’or sert de monnaie au règlement des échanges transfrontaliers, un arbitrage se produit et corrige les écarts de prix. Lorsque les prix sont généralement bas dans un pays, celui-ci réalise des ventes de matières premières et de biens dans les autres pays où les prix sont plus élevés. L’or afflue alors vers le centre où les prix sont les plus bas, ce qui tire ces derniers vers ceux des autres pays. Avec des monnaies nationales non adossées à l’or, cela ne se produit pas.
Les monnaies nationales perçues grâce au commerce transfrontalier sont en effet généralement vendues sur les marchés des changes, et les flux commerciaux ne sont plus déterminés par un arbitrage fondé sur une forme commune de monnaie. Le lien direct entre la monnaie et le commerce a disparu, et le fait que les étrangers conservent ou vendent les devises gagnées par leurs exportations dépend surtout de la confiance qu’ils leur accordent. Il s’agit d’une affaire de spéculation, non de commerce.
Les utilisateurs nationaux d’une monnaie émise par l’État sont à l’écart de ces questions, car les devises étrangères ne circulent pas sur le territoire comme moyen d’échange. Faute d’être une forme de monnaie acceptée au-delà des frontières nationales, comme l’était l’or autrefois, la monnaie n’a plus d’ancrage de valeur pour l’usage intérieur. C’est pourquoi le pouvoir d’achat d’une monnaie nationale devient une question de confiance, et c’est cette confiance qui risque d’être ébranlée lors d’une crise du crédit. Moins un gouvernement est digne de confiance, plus le risque de déclin rapide de sa monnaie est grand.
C’est la raison pour laquelle le monétarisme, qui reposait sur l’or comme monnaie universelle, n’est plus le seul déterminant de la valeur des monnaies. Il est vrai qu’une augmentation de la quantité de monnaie en circulation dévalue le stock existant, mais si la population dans son ensemble accepte de accroître sa préférence pour la monnaie, généralement exprimée par un taux d’épargne, il n’y a pas nécessairement d’effet défavorable sur son pouvoir d’achat.
Avec les monnaies fiduciaires, nous entrons dans un monde où les statistiques reflètent la quantité de monnaie, et jamais la confiance que les gens lui accordent. Nous devons en outre observer que les statistiques peuvent tout dire et ne rien dire, mais jamais la vérité. Une économie peut s’effondrer tout en paraissant statistiquement saine, comme l’illustre l’exemple suivant.
Imaginons un instant que les statisticiens modernes et leurs méthodes aient existé à l’époque de la République de Weimar. Les finances de l’État étaient couvertes à environ dix pour cent par l’impôt et à quatre-vingt-dix pour cent par l’inflation monétaire. C’était un gouvernement dont les finances étaient gérées selon les principes que recommandent aujourd’hui les théoriciens de la monnaie moderne.[i]
Il ne fait aucun doute que le faible niveau de la fiscalité encourageait les entreprises et permettait de réaffecter les revenus à l’investissement. Une baisse du taux de change procure en outre des profits excédentaires aux entreprises exportatrices. Les taux d’intérêt étaient attractifs par rapport au rythme de l’inflation des prix, et l’économie, du moins statistiquement, connaissait une expansion rapide.
C’était assurément vrai en termes de PIB nominal, la mesure de base de l’activité économique aujourd’hui. Les prix officiels, toujours les derniers collectés et indexés, accusent un retard d’au moins un mois, voire de deux ou trois, sur la dépréciation monétaire. Il faut y ajouter que les gouvernements sous-estiment toujours l’inflation des prix, qui est la conséquence naturelle d’une dépréciation antérieure. Par conséquent, même après application d’un déflateur de prix officiel au PIB nominal, la croissance du PIB « réel » de l’Allemagne entre 1918 et le début de 1923 serait jugée florissante par les économistes gouvernementaux d’aujourd’hui.
Il est intéressant de noter que Joseph Stiglitz et une foule d’économistes et de responsables politiques de gauche ont jugé réussies les politiques socialistes de Hugo Chávez en 2007, lorsque les statistiques ont donné une lecture similaire de l’économie vénézuélienne minée par l’inflation. Pourtant, alors que l’Allemagne n’était pas considérée comme en plein essor économique, en 1920 les économistes des traditions classique et autrichienne y voyaient la réalité telle qu’elle était. Keynes lui-même en a parlé dans son Tract on Monetary Reform, publié par coïncidence à la fin de 1923, lorsque le papiermark s’est finalement effondré.
L’inflation allemande a peut-être été un succès statistique, mais elle masquait une destruction considérable de richesse, par le transfert de patrimoine et de salaires des particuliers vers l’État au moyen de la dépréciation monétaire. Comme Lénine l’aurait dit : « Le moyen d’écraser la bourgeoisie est de la broyer entre les meules de l’impôt et de l’inflation. »
En Allemagne, le financement par l’inflation a débuté avant la Première Guerre mondiale afin de financer un renforcement des armements. Au déclenchement de la guerre, la convertibilité en or a été suspendue et le papiermark, non adossé à l’or, a entamé sa dérive inflationniste. Exploiter la faculté d’émettre des bouts de papier sans valeur en guise de monnaie, que la population faisait circuler comme moyen de paiement légal, est devenu la principale source de fonds de l’État.
Ce stratagème a fonctionné jusqu’en mai 1923 environ. À ce moment-là, le pouvoir d’achat du mark avait diminué de façon continue et à un rythme relativement régulier. Il n’a ensuite fallu que sept mois pour qu’il perde tout son pouvoir d’achat, lorsque le public a pris collectivement conscience de ce qui se passait et s’est débarrassé frénétiquement de ses marks contre n’importe quoi. Ce fut la katastrophenhausse, ou boom de l’effondrement, la fin de vie d’une monnaie d’État non adossée à l’or.
C’est le schéma solidement établi dans tous les effondrements de monnaies fiduciaires, lequel s’est produit, hormis pour les monnaies actuellement en circulation, pour toutes celles de toute l’histoire du commerce postérieur au troc, sans aucune exception connue. C’est la voie familière que suivent aujourd’hui le dollar et les autres monnaies papier. Alors que nous entrons dans un ralentissement statistique de la plupart des grandes économies, un financement de type Weimar est appelé à revenir sur le devant de la scène. Le sort des monnaies d’État non adossées à l’or, sauf si on parvient à l’éviter, sera le même.
L’enseignement de Weimar et de l’inflation monétaire actuelle est que la période précédant la prise de conscience du public peut se prolonger. En Allemagne, elle a couvert 1914-1923, suivie d’un effondrement rapide de sept mois. Aujourd’hui, elle court depuis 1971 et n’est pas terminée. Mais l’effondrement final pourrait être aussi rapide que celui de l’Allemagne entre mai et novembre 1923.
Nous verrons sans doute une hausse de l’inflation des prix plus tard cette année, mais cette statistique continuera d’être minorée. Avec l’écart croissant entre l’effet de l’inflation monétaire qui s’accélère et le taux officiel d’inflation des prix, nous pourrions voir, pour une brève période, la reprise statistique du PIB qui a si gravement induit en erreur le professeur Stiglitz et d’autres observateurs de l’économie vénézuélienne il y a douze ans.
Un étalon-or ne suffit pas à lui seul
Lorsque l’inflation des prix commence à s’accélérer, le coût notionnel de l’emprunt pose un problème majeur aux gouvernements : les marchés, conscients du recul du pouvoir d’achat de la monnaie, feront monter les taux d’intérêt, en dépit des tentatives officielles de les contenir. Jusqu’à présent, le problème a été dissimulé avec succès, d’une part par les banques centrales, qui manipulent les marchés de la dette publique, d’autre part par les statisticiens gouvernementaux, qui masquent le véritable taux d’inflation par des artifices statistiques. À l’avenir, les efforts visant à maintenir un couvercle sur la réalité s’intensifieront vraisemblablement et deviendront une caractéristique essentielle de la politique monétaire et économique. Face à une nouvelle vague de dépréciation monétaire, la question se pose alors de savoir si les marchés laisseront cette manipulation se poursuivre. Dans le cas contraire, le pouvoir d’achat des monnaies non adossées à un actif tangible sera visiblement entamé par l’érosion de la confiance du public à leur égard.
Nous ne pouvons connaître avec certitude cette issue avant qu’elle ne soit bien engagée. La crise du crédit consécutive à la faillite de Lehman a entraîné une explosion mondiale de la quantité de monnaie, les banques centrales agissant de concert pour sauver les banques et l’ensemble du monde financier. Cette injection circule encore dans le système sanguin mondial. Une seconde dépréciation monétaire coordonnée à l’échelle mondiale ne fait que commencer, la Chine ouvrant notamment la voie. Il faut raisonnablement supposer que, cette fois, le pouvoir d’achat des monnaies étatiques sera victime d’une grave surdose monétaire.
Dans ce cas, les marchés imposeront inévitablement aux banques centrales un relèvement des taux d’intérêt nominaux. Le financement des États devient ouvertement inflationniste et s’engage sur l’équivalent moderne de la voie du papiermark. Comment qualifier autrement l’assouplissement quantitatif accéléré ?
Une perte de confiance dans les monnaies se reflète toujours dans les cours de l’or et de l’argent, qui devraient alors être orientés nettement à la hausse. Les cryptomonnaies pourraient aggraver le problème en devenant une solution de remplacement pour ceux qui ne souhaitent plus conserver de dépôts bancaires.
Les gouvernements et leurs banques centrales seront à une bifurcation. L’une des voies, celle de la stabilité monétaire, est rude, éprouvante, éreintante pour les suspensions, mais mène à un meilleur endroit. L’autre, celle de la dépréciation monétaire croissante, est plus douce, plus familière, mais conduit, juste hors de vue, au bord d’un précipice : la destruction monétaire.
Quelle route votre gouvernement empruntera-t-il ?
Les gouvernements occidentaux sont mal préparés à prendre cette décision. Quelques personnes au sein de l’establishment politique comprennent peut-être l’enjeu du choix, mais elles devront délibérément faire reculer l’horloge et inverser la politique gouvernementale, en l’éloignant du socialisme et de la réglementation étatique pour la rapprocher du libre marché et d’une monnaie saine. Elles devront affronter l’establishment économique néokeynésien, les partisans de l’inflation, qui constituent la très grande majorité des experts et des conseillers. Ces néokeynésiens peuplent les banques centrales et les services du Trésor, presque à l’exclusion de tous les autres théoriciens de l’économie. Il faudra dire aux ministres dépensiers et aux secrétaires d’État de réduire leurs bases de pouvoir, ce qui va à l’encontre de leurs ambitions personnelles et de leurs instincts politiques.
Il faudra un exploit de leadership extraordinaire pour y parvenir.
Un homme d’État courageux pourra compter sur les instincts libéraux de la majorité silencieuse. Ce n’est qu’en temps de crise qu’un homme d’État peut rassembler ce soutien. Dans un autre contexte, on pense à Churchill en 1940. Le public ne connaîtra pas la solution, mais, avec le bon leadership, il pourra être conduit sur le chemin du salut économique et monétaire. La monnaie devra être stabilisée en la rendant convertible en métal précieux, et les dépenses publiques devront être drastiquement réduites, d’un quart, voire d’un tiers, dans la plupart des économies avancées. Cela suppose d’adopter une législation supprimant des responsabilités de l’État, ce qui pourrait exiger l’état d’urgence. Le message adressé à l’électorat doit être que l’État ne vous doit rien. Et pour que chacun puisse subvenir à ses besoins, l’État doit encourager les individus à accumuler un patrimoine personnel en supprimant l’imposition de l’épargne.
Il est évident que les États-providence les plus socialistes seront confrontés au défi le plus grand. Il y aura une tension extrême entre la réalité financière et les intérêts établis. Il ne fait aucun doute que leurs monnaies sont les plus susceptibles de faillir.
La zone euro pose un défi particulier, avec une monnaie unique circulant entre dix-neuf États membres. L’opinion dominante est que toutes les difficultés des PIGS (Portugal, Italie, Grèce et Espagne) tiennent à une monnaie inflexible. Il est probable qu’une scission se produise ici : l’Allemagne, et peut-être un groupe de pays du Nord, se rapprocherait de la protection d’un étalon-or, tandis que les PIGS réclameraient une répression accrue des taux d’intérêt et des approvisionnements illimités en argent facile de la part de la BCE.
Les États-Unis, pivot du désastre
Les États-Unis connaissent un problème différent, mais plus inquiétant. Ils refusent d’accepter leur déclin en tant que superpuissance dominante et se replient sur le protectionnisme commercial et l’autarcie. En conséquence, le gouvernement américain prend des décisions destructrices. Depuis l’élection du président Trump, celui-ci a accéléré le financement inflationniste en fin de cycle du crédit, convaincu qu’il en résulterait à terme des recettes fiscales accrues. Il a également rejoué le Smoot-Hawley Tariff Act de 1930, persuadé que le protectionnisme commercial permettrait d’une manière ou d’une autre de rendre à l’Amérique sa grandeur (MAGA). Au lieu de cela, il a fait s’effondrer le commerce mondial, exactement comme dans les années 1930. MAGA est une combinaison fatale de baisses d’impôts et de protectionnisme commercial. C’est une curieuse forme d’autodestruction, qui se retourne violemment contre les consommateurs et les entreprises américains. Et elle ne favorise pas de bonnes relations avec les créanciers de l’Amérique, qui lui ont permis de vivre au-dessus de ses moyens pendant des décennies.
Les étrangers détiennent désormais des dollars en quantités énormes, ce qui signifie qu’ils sont les banquiers réticents de l’Amérique. Ils commencent maintenant à devenir vendeurs nets, en raison d’un excédent de dollars entre leurs mains, combiné aux manœuvres géopolitiques maladroites de l’Amérique. Les données TIC de décembre ont montré que les étrangers avaient vendu un net de 91,4 milliards de dollars[ii], soit la plus forte sortie mensuelle durant la présidence Trump, et ce quelques mois seulement après que tout le monde avait cru que les étrangers achetaient encore davantage de dollars pour assurer le service de leur propre dette.
Tout en ignorant sa dépendance à l’égard du financement étranger, l’Amérique tente d’étrangler le développement économique et technique de la Chine, mais il est déjà trop tard. Washington sait sûrement que la partie est perdue et que les États-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne ne sont que des îles à la périphérie d’une puissance eurasiatique revitalisée. Halford Mackinder nous avait tous avertis, il y a plus de cent ans, que cela se produirait sous une forme ou une autre.[iii] L’Amérique, semble-t-il, est prête à se détruire plutôt que de voir la prophétie de Mackinder se réaliser.
En conséquence, le monde entier est précipité dans un ralentissement provoqué par le commerce, et le gouvernement américain est au cœur du problème. Nous pouvons nous attendre à ce que son économie, comme toutes les autres, décline sensiblement dans les mois à venir. Ce sera un encouragement à encore plus d’inflationnisme. L’expansion monétaire qui s’ensuivra à coup sûr devrait accélérer le déclin du pouvoir d’achat du dollar, à mesure que les étrangers passeront du rôle de banquiers du dollar à celui de vendeurs de dollars. Cela entraînera une hausse de la valeur de la préférence pour le présent fixée par les marchés et, à moins que la Fed ne compense suffisamment cette hausse en relevant ses taux, le dollar glissera tout simplement.
Dans les circonstances actuelles, la solution de Volcker de 1980-1981, qui consistait à porter les taux d’intérêt à 20 % pour stabiliser la monnaie, ne semble pas envisageable. Par ailleurs, revenir sur le choc Nixon de 1971 et rétablir l’adossement du dollar à l’or afin de limiter la hausse des taux d’intérêt n’est tout simplement pas dans l’ADN de l’establishment. L’Amérique, qui est très largement la partie coupable de la destruction de son propre système monétaire de Bretton Woods, aura beaucoup de mal à changer de cap avec une telle ignorance économique au sommet.
Le bloc de l’OCS[iv]
En Asie, la situation est très différente. Les huit membres de l’Organisation de coopération de Shanghai, ainsi que les pays qui souhaitent la rejoindre, représentent environ la moitié de la population mondiale. Elle est dirigée par la Chine et la Russie, deux pays favorables à l’or. Deux milliards de personnes supplémentaires peuvent être considérées comme directement concernées par l’évolution de l’OCS, notamment les pays très peuplés d’Asie du Sud-Est, du Moyen-Orient et d’Afrique subsaharienne. La sphère d’influence, désormais discutable, des États-Unis se trouve ainsi réduite à environ un milliard et demi d’âmes sur une population mondiale de sept milliards. C’est la preuve de la clairvoyance de Halford Mackinder.
La Chine et la Russie ont encore d’importants projets d’infrastructures, qui stimuleront l’activité économique eurasienne pendant au moins la prochaine décennie, voire deux. Si les économies nationales jadis avancées s’effondrent, l’Asie en subira naturellement les conséquences, mais pas autant que même les observateurs de la Chine le redoutent. La prochaine crise du crédit touchera probablement surtout les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Europe occidentale ainsi que leurs alliés militaires et économiques. Le bloc de l’OCS pourrait s’en tirer à relativement bon compte, s’il prend les mesures d’évitement appropriées.
La menace qui pèse sur l’avenir de l’OCS tient principalement à ses politiques monétaires actuelles, la Chine en particulier recourant à l’expansion du crédit pour piloter son économie. Elle a cherché à maîtriser les conséquences de sa politique monétaire intérieure par un contrôle strict des changes, stratégie qui a globalement réussi jusqu’ici.
La possibilité croissante d’un effondrement du dollar exigera un changement radical de la politique monétaire de la Chine. Les actions de la Russie, de la Chine et, de plus en plus, d’autres membres de l’OCS nous indiquent la direction que prendra cette nouvelle politique : intégrer d’une manière ou d’une autre l’or à leurs monnaies papier. De plus, ces pays ont les moyens d’y parvenir et de faire en sorte que cela tienne.
S’il nous paraît évident que la Chine et la Russie comprennent l’importance de l’or comme véritable monnaie, il n’est pas certain qu’elles disposent d’un plan crédible pour l’introduire dans leurs systèmes monétaires. Les Russes semblent bien maîtriser les enjeux. La Chine les maîtrisait bien, mais nombre de ses conseillers économiques ont désormais été formés en Occident aux thèses inflationnistes néo-keynésiennes. La Chine n’est donc pas totalement à l’abri des défauts susceptibles de détruire le dollar et les autres monnaies occidentales. Mais le message essentiel de la réussite de la Chine dans l’accaparement du marché de l’or physique est qu’un basculement vers une monnaie saine aura lieu lorsqu’il sera stratégiquement judicieux, malgré les néo-keynésiens présents dans ses rangs.
Presque aucun pays de l’OCS n’a d’engagements sociaux importants envers sa population. Il leur est donc possible de contenir les dépenses publiques en cas de ralentissement économique. Non seulement la Russie et la Chine peuvent instaurer un étalon de change-or et le faire tenir, mais les autres membres de l’OCS et les pays qui lui sont liés peuvent soit instaurer leur propre étalon de change-or, soit utiliser des roubles et des yuans adossés à l’or pour ancrer leurs monnaies.
L’orientation économique et monétaire adoptée par l’OCS dans les années à venir pourrait se révéler relativement fructueuse, du moins comparée aux difficultés que connaissent les États-providence. Un tel résultat serait extrêmement positif pour l’humanité tout entière et serait une bouée de sauvetage pour ceux d’entre nous qui se sont laissé abuser par un socialisme financé par l’inflation. On ne sait jamais, il pourrait même contraindre les gouvernements occidentaux dépensiers à changer leurs habitudes et à revenir à des politiques de monnaie saine.
L’effet sur le prix de l’or devrait être évident. On dit qu’en 1923, à Berlin, des étudiants étrangers pouvaient acheter des maisons avec la monnaie qui leur restait de leurs allocations, envoyées par leurs parents, généralement en dollars ou en livres. À l’époque, le dollar valait de l’or. Aujourd’hui, un système de caisse d’émission ou un étalon de change-or devrait être fixé à un taux nettement supérieur aux prix actuels des monnaies fiduciaires. L’or est la protection ultime contre le vol par la dépréciation monétaire.
[i] La MMT reprend la théorie étatique de la monnaie des chartalistes, qui est devenue le point d’aboutissement du socialisme allemand du XIXe siècle.
[ii] Voir le tableau, ligne 3, à l’adresse https://home.treasury.gov/news/press-releases/sm613
[iii] The Geographical pivot of History, article publié par Mackinder en 1904
[iv] Chine, Inde, Kazakhstan, Kirghizistan, Pakistan, Russie et Ouzbékistan. Le statut d’observateur est accordé ou en cours d’attribution à l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bangladesh, le Népal, le Sri Lanka, l’Égypte et la Syrie. Le statut de partenaire de dialogue est accordé ou en cours d’attribution à Israël, aux Maldives, à l’Ukraine, à l’Irak, à Bahreïn et au Qatar (Wikipédia).
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