
Après le bref rebond de la semaine dernière, l'or et l'argent ont reculé cette semaine. En Europe ce matin, l'or s'échangeait à 2 028 $, en baisse de 20 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier. L'argent valait 22,78 $, soit 30 cents de moins sur la même période. Les volumes du Comex ont été modérés, quoiqu'en diminution au fil de la semaine, ce qui laisse peut-être penser que la pression vendeuse s'atténue.
De fait, on observe un désintérêt général pour l'or et l'argent, que le jour férié en l'honneur de Martin Luther King, lundi, n'a pas arrangé. Sur l'or, l'intérêt ouvert du Comex a baissé de plus de 23 000 contrats. Il s'agit sans doute d'une modeste réduction des positions longues nettes des fonds spéculatifs par rapport au 9 janvier, date du dernier rapport Commitment of Traders. Voici notre prochain graphique.

Cet indicateur est loin de signaler un marché suracheté (la moyenne à long terme des positions longues nettes est de 110 000 contrats), mais, toutes choses égales par ailleurs, les liquidations peuvent se poursuivre avant que le contrat sur l'or ne soit survendu.
Sur le plan macroéconomique, on doute de plus en plus que la Fed baisse ses taux aussi tôt que le marché ne l'anticipe actuellement, et la fermeture de la mer Rouge au trafic maritime n'arrange rien. Les économistes mettent en garde contre des pénuries de stocks et des perturbations des chaînes d'approvisionnement, susceptibles d'exercer une pression haussière sur les prix à la consommation. En conséquence, les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans et du Bund allemand à 10 ans ont fortement augmenté depuis le début du mois. Voici nos prochains graphiques.

Reflétant la hausse des rendements du Trésor, l'indice du dollar pondéré par les échanges a regagné 2,5 %, effaçant environ un tiers de sa baisse depuis début novembre. Sur un plan purement technique, la remontée des rendements obligataires et la correction du dollar ont clairement un potentiel supplémentaire, ce qui pourrait faire passer l'or sous le seuil psychologique des 2 000 $. Nous abordons à présent la situation technique de l'or.

Si l'or devait reculer dans ces conditions, un support se situerait probablement au niveau de la moyenne mobile à 12 mois, actuellement à 1 951 $. Un repli jusqu'à ce niveau évincerait assurément les positions longues spéculatives, et l'or serait alors bien placé pour progresser avec succès vers de nouveaux sommets.
Pour l'instant, les acteurs du marché adhèrent à l'idée erronée selon laquelle la hausse des taux d'intérêt américains est défavorable à l'or, en raison de la pénalité de rendement croissante. Lorsque le dollar est stable et que la nécessité de se couvrir contre cette devise est minime, cela peut être vrai. De fait, dans les années 1980, on vendait l'or à découvert au profit de bons du Trésor à long terme, lorsqu'il était clair que l'or ne progressait plus face au dollar. Mais aujourd'hui, ce carry trade n'existe guère, une position vendeuse sur le yen ou l'euro et acheteuse sur le dollar étant une proposition bien plus intéressante. En outre, les banques centrales et, vraisemblablement, les fonds souverains accumulant également du métal précieux, nous nous trouvons dans la situation extraordinaire où l'or se situe à un cheveu de ses plus hauts historiques dans toutes les grandes devises, où l'offre libre disponible en volume est insuffisante, et où le grand public se désintéresse de l'or et n'en détient pas.
La semaine dernière, le World Gold Council a annoncé qu'en décembre, les ETF mondiaux adossés à l'or physique avaient cédé net 10 tonnes d'or, achevant ainsi une septième perte mensuelle consécutive. En somme, les banques centrales ont conscience de la nécessité de détenir des réserves d'or et absorbent l'offre, tandis que l'establishment de l'investissement, comme le grand public, est baissier. Le bon sens nous dit que les banques centrales en savent plus que nous.