Le plafond de la dette américaine et la Fed

Nous entrons dans la deuxième semaine de paralysie partielle de l’administration fédérale, ce qui suscite une inquiétude considérable quant à la capacité de l’État à financer sa dette et à payer les intérêts sans budget adopté pour le nouvel exercice. Si cette situation se prolonge la semaine prochaine et au-delà, la Fed devra passer en mode de limitation des dégâts si le Trésor ne peut plus émettre d’obligations en raison du problème distinct du plafond de la dette.

Il est très probable que l’assouplissement quantitatif devra passer du financement de l’État à l’achat de titres du Trésor déjà détenus par le secteur privé. Toute tentative de réduire l’ajout mensuel de monnaie brute entraînera simplement une hausse des rendements obligataires, puis des taux d’intérêt. D’ailleurs, cette semaine, nous avons déjà vu les rendements des bons du Trésor à court terme augmenter dans l’anticipation d’un éventuel défaut. Le marché commence naturellement à intégrer la possibilité que la Fed ne soit pas en mesure de maîtriser la situation.

La question des bons du Trésor est très grave, car ils constituent la garantie la plus liquide du système bancaire parallèle, évalué à 70 000 milliards de dollars. Et sans la liquidité qu’ils apportent aux marchés de titres et de produits dérivés, on peut dire qu’une seconde phase de la crise bancaire ferait paraître Lehman comme une promenade de santé.

Voilà le type d'événement que les déflationnistes attendent depuis longtemps. Selon leur analyse, il arrive un moment où la liquidation de la dette se déclenche et où l'on se rue sur les liquidités tandis que les actifs s'effondrent. Mais ils oublient que les dépôts ne peuvent être convertis en espèces qu'à la marge ; sinon, ils sont simplement transférés, et ne sont détruits que lorsque les banques font faillite. C'est le risque que la Fed anticipe, et nous pouvons être certains qu'elle remuera ciel et terre pour éviter les faillites bancaires.

En outre, les déflationnistes n'ont pas d'argument satisfaisant concernant l'effet sur les taux de change. L'Islande a connu un épisode déflationniste semblable à celui que les États-Unis risquent aujourd'hui lorsque son système bancaire s'est effondré et que sa monnaie a perdu la moitié de sa valeur du jour au lendemain. Aujourd'hui, un effondrement du dollar à la suite d'une crise bancaire perturberait également toutes les autres monnaies fiduciaires, obligeant les banques centrales à coordonner leurs interventions pour dissimuler l'effet sur les changes. L'or demeure ainsi le seul véritable révélateur de la perte de confiance dans le dollar, et donc dans toutes les autres monnaies fiduciaires.

Ceux qui s'inquiètent de la déflation oublient que c'est la monnaie fiduciaire qui encaisse le choc tandis que l'or monte, et ce sans exception. Ce fut même l'expérience des années 1930, lorsque Roosevelt a suspendu la convertibilité, relevé le prix de l'or de 40 % à 35 $ l'once, et que la crise bancaire a été contenue.

Il est bien sûr probable qu'une certaine incertitude à court terme subsiste ; mais par rapport à la quantité de monnaie fiduciaire (FMQ), l'or est en baisse de 30 % par rapport à son cours d'avant la crise Lehman. Le graphique ci-dessous l'illustre.

Or ajusté 

L'or se trouvant à un niveau extrêmement bas en termes de valorisation, les événements actuels, quelle que soit leur issue, semblent peu susceptibles de le faire baisser beaucoup plus. Un homme avisé ferait peut-être bien d'imiter les Asiatiques, qui s'y connaissent en monnaies papier et achètent de l'or en quantités toujours croissantes.

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