Le nouveau livre de James Turk sur la monnaie

Money and Liberty — In the Pursuit of Happiness & The Theory of Natural Money — de James Turk, publié par Wood Lane Books, ISBN (broché, 19,99 $) : 978-1-7398511-1-8. Disponible en version Kindle sur Amazon (9,99 $).

Ce livre arrive à point nommé : à temps pour Noël, certes, mais surtout pour une raison plus importante. Il paraît au moment où les banques centrales accélèrent leur création monétaire à des niveaux sans précédent. Ou faudrait-il plutôt parler de création de monnaie fiduciaire (« currency ») et non de monnaie (« money ») ?

Précisons d’emblée que Turk a fondé Goldmoney au tournant du millénaire, lorsque l’or valait moins de 300 $ l’once, contre près de 1 800 $ aujourd’hui. J’écris pour Goldmoney et j’ai la chance de connaître l’auteur en tant que collègue et ami. Goldmoney a été fondée dans le but d’offrir au public un moyen d’échapper à la dépréciation des monnaies. Turk considère l’or physique comme de la monnaie, comparable à une police d’assurance (bien qu’il ne le dise pas ainsi), et non comme un investissement. Il existe des investissements liés à l’or, tels que les mines et les produits dérivés. Ce livre s’adresse aux investisseurs afin d’expliquer la nature essentielle de la monnaie, en soulignant que, si le pire advenait sur le plan monétaire, l’or physique serait dépensé, et non vendu pour réaliser un profit. Que l’or vaille aujourd’hui 1 800 $ n’est pas la mesure d’une réussite d’investissement, mais plutôt celle de la perte de pouvoir d’achat subie par les monnaies d’État non adossées à un actif.

Hélas, ce processus se poursuit. Le livre de Turk établit une distinction nette entre la monnaie et la monnaie fiduciaire, et insiste sur l’importance d’en comprendre la différence. Il définit la monnaie comme « tout actif tangible pouvant servir à stocker, mesurer et exprimer efficacement des unités de pouvoir d’achat dans l’espace et dans le temps, mais l’or, élément naturel unique, répond le mieux aux quatre exigences de la monnaie ». Oui, quatre : Turk explique que la quatrième est la fonction de paiement, aujourd’hui oubliée, mais qui était bien comprise jusqu’à la fin de l’étalon-or classique avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

On pourrait ajouter que, dans l’histoire, la monnaie a été choisie comme moyen d’échange par des individus entre des individus qui effectuent des transactions. Et depuis l’abandon du troc comme moyen d’échanger sa production contre les produits dont l’homo economicus avait besoin et envie, la forme de monnaie la plus couramment choisie a évolué vers l’or. La fonction monétaire de l’or s’est donc établie naturellement au fil des millénaires.

La monnaie fiduciaire, en revanche, est un substitut de la monnaie, fourni par les gouvernements et les banques en contrepartie du crédit. On pourrait penser que la distinction importe peu, mais Turk explique pourquoi elle est extrêmement importante. Il retrace l’évolution de la monnaie et de la monnaie fiduciaire dans les deux pays dont dépendent les lois modernes sur la monnaie et la banque : le Royaume-Uni et les États-Unis.

Si les responsables politiques et les banquiers centraux ne trouvaient pas impossible de résister à la tentation d’utiliser la monnaie fiduciaire comme outil de gestion économique ou simplement comme source de financement des dépenses publiques, la distinction entre la monnaie, qui a évolué vers l’or sous l’effet des forces du marché, et la monnaie fiduciaire, toujours création de l’État, pourrait n’avoir aucune importance. Mais l’économiste britannique John Maynard Keynes, citant Lénine, a déclaré : « Il n’existe pas de moyen plus subtil ni plus sûr de bouleverser les fondements de la société existante que de corrompre la monnaie. Ce processus mobilise toutes les forces cachées des lois économiques du côté de la destruction, et le fait d’une manière que pas un homme sur un million n’est capable de diagnostiquer. »

C’était au début de la carrière de Keynes. À l’époque de sa Théorie générale, il avait rejoint les rangs des corrupteurs, estimant justifié de recourir à l’expansion monétaire pour créer l’illusion que les récessions, les marasmes et les dépressions étaient bannis. Aujourd’hui, les déficits publics délibérés que Keynes préconisait pour soutenir l’économie en période difficile se sont enchaînés en déficits budgétaires continus pour le dollar, monnaie de réserve de tous. En théorie, les déficits sont financés par la dette publique, mais en pratique cette dette est surtout financée par l’inflation de la monnaie fiduciaire et du crédit. Pour les personnes ordinaires, qui ne se soucient généralement pas de la monnaie, de la monnaie fiduciaire et du crédit, et qui n’en connaissent pas les différences, comprendre les conséquences de la bulle monétaire devient soudain très important, dès lors que l’on reconnaît, comme l’explique Turk, que la liberté exige une monnaie politiquement honnête, que seule la monnaie naturelle peut offrir. L’or est la monnaie de la nature.

Le livre de Turk est une lecture facile et instructive pour ceux qui sont assez curieux pour s’extraire des 999 999 personnes sur un million qui ne comprennent pas la monnaie. Il pourrait se révéler le meilleur cadeau de Noël à faire à ses proches, pour qui la monnaie, à mesure que les devises continuent de perdre du pouvoir d’achat, resterait sinon un mystère.
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