Sur l’argent en particulier, des conditions de short squeeze étaient manifestes cette semaine. La probabilité d’un retour du marché haussier s’en trouve désormais renforcée, d’autant que les perspectives de l’or s’améliorent.
Les conditions classiques d’un short squeeze sont la conjonction d’un consensus baissier parmi les opérateurs et d’une hausse inattendue du cours, qui contraint les vendeurs à découvert à racheter leurs positions. C’est une description raisonnable de l’évolution du marché cette semaine. Le graphique ci-dessous, qui présente le cours de l’argent et l’intérêt ouvert sur le Comex, illustre le fondement de ces conditions.

L’intérêt ouvert est tombé à des niveaux inédits depuis des décennies. Quel que soit le bruit que fait le très petit groupe, très bruyant, des haussiers de l’argent, cela montre que l’intérêt spéculatif est aussi négatif qu’il peut l’être. Dans ce cas, tous ceux qui voulaient vendre ont déjà vendu, et les seuls intervenants potentiels sont des acheteurs. Ces acheteurs sont des vendeurs à découvert qui sécurisent leurs gains ou, lorsque le cours commence à monter simplement parce qu’il a cessé de baisser, qui sont victimes d’appels de marge.
Dans le cas de l’argent, le cours a progressé brusquement et nettement cette semaine, passant de son plus bas de lundi, à 72,21 $, à un plus haut hier de 82,12 $, soit une hausse de 13,7 %. Les volumes d’échange ont augmenté, tandis que l’intérêt ouvert a moins progressé, ce qui a accentué le squeeze :

Nous reviendrons sur l’argent plus loin. L’or est un marché bien plus liquide, et son cours a fait l’objet d’un bras de fer entre, d’une part, des gérants de portefeuille qui privilégient les liquidités pour se protéger du risque et, d’autre part, des banques centrales, des fonds souverains et une clientèle fortunée essentiellement asiatique qui recherchent dans l’or une protection contre la baisse du dollar. Néanmoins, la marée semble tourner en défaveur des liquidités en monnaie fiduciaire et en faveur de l’or.
Bien que plus liquide que l’argent, le contrat or du Comex présente des conditions similaires. L’intérêt ouvert est exceptionnellement faible, les opérateurs haussiers ayant quitté l’arène. Mais malgré l’effondrement de l’intérêt ouvert, le cours a résisté de façon exceptionnelle :

L’incertitude à court terme tient désormais entièrement au brouillard de la guerre. Ce matin, des informations font état d’attaques iraniennes contre des navires de la marine américaine transitant par Ormuz. Les marchés abordent un week-end d’incertitude accrue, avec la perspective d’une escalade qui entraînerait une forte hausse des cours du pétrole. Mais plus nous observons l’or et l’argent, plus ils résistent à une baisse significative :

Ce matin, l’or valait 4 720 $, en hausse de 113 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier, et l’argent, à 80,45 $, progresse de 5,15 $ sur la période. Comme indiqué plus haut, ces marchés montrent une tendance sous-jacente plus ferme et semblent prêts à reprendre leurs tendances haussières intermédiaires.
Pour l’or, tout tient à la dépréciation des monnaies papier, confirmée par la vigueur d’autres matières premières essentielles, notamment le cuivre, qui atteint des sommets historiques. Cela vaut aussi pour l’argent, mais d’autres facteurs haussiers sont à prendre en compte dans son cas.
La demande industrielle non cyclique d’argent continue de croître fortement, tirée par le photovoltaïque, suivi des applications dans les véhicules électriques et le domaine militaire. La demande indienne est particulièrement soutenue. En outre, il existe une demande indienne refoulée, car des cargaisons sont bloquées en douane depuis six semaines en raison de goulets d’étranglement administratifs et d’un manque de clarté sur les taxes.
Par ailleurs, les importations nettes d’argent de la Chine ont bondi ces derniers mois, ce qui accentue la tension sur la liquidité mondiale à un moment où les déficits d’offre mondiaux persistent. Deuxième source mondiale d’argent extrait et transformé, la Chine semble avoir adopté une politique de restriction de ses exportations, devenant acheteur net. Et il n’a pas été utile que, l’an dernier, les États-Unis aient tardivement décidé de classer l’argent parmi les minerais critiques, signalant qu’ils seraient présents sur le marché pour constituer un stock stratégique. La Chine ne voudra pas faire cadeau d’argent aux Américains, ce qui est une raison supplémentaire pour elle de restreindre ses exportations.
La crise naissante de la valeur du dollar, signalée par les cours de l’or et des matières premières en général, entraînera inévitablement une demande supplémentaire de la part des investisseurs, en particulier dans les pays asiatiques très peuplés, qui voient dans l’argent une alternative abordable à l’or. La combinaison d’une demande industrielle croissante et d’une demande d’investissement en hausse laisse présager des prix nettement plus élevés, l’argent surperformant l’or à la hausse.
Les incertitudes actuelles du brouillard de la guerre sembleront dérisoires comparées aux conséquences des forces tectoniques issues de la crise du golfe Persique, qui détermineront tous les niveaux de prix dans les mois à venir, et en particulier ceux de l’argent.