J’ai récemment publié pour GoldMoney un article montrant que la véritable masse monétaire américaine (TMS, True Money Supply) semblait croître à un rythme hyperbolique, et que l’or suivait lui aussi une trajectoire hyperbolique.
La différence entre croissance hyperbolique et croissance exponentielle tient à ce que le taux de croissance d’une hyperbole augmente avec le temps, ce qui n’est pas le cas de la croissance exponentielle. Une croissance hyperbolique de la quantité de monnaie se termine par l’hyperinflation, alors qu’une croissance exponentielle peut se poursuivre indéfiniment. La TMS comme le cours de l’or en dollars laissent présager une issue hyperinflationniste. Cet article explique pourquoi il pourrait en être ainsi.
Cinq moteurs apocalyptiques poussent la croissance de la masse monétaire américaine : le déficit budgétaire du gouvernement, son piège de la dette, la situation financière des banques, l’illusion des solutions keynésiennes et, enfin, la simple arithmétique des intérêts composés.
-
Le gouvernement américain ne perçoit que 55 cents d’impôts pour chaque dollar dépensé. Il compte sur la reprise économique pour réduire les prestations sociales et augmenter les recettes fiscales afin de combler l’écart. Cette perspective s’éloigne, et les économistes de l’establishment déconseillent de réduire les dépenses publiques.
-
Le piège de la dette du gouvernement américain est masqué par le coût de financement exceptionnellement bas. La seule raison pour laquelle ce coût n’est pas plus élevé est que la Fed maintient une politique de taux d’intérêt nuls. Pourtant, aussi sûrement que la nuit succède au jour, l’inflation des prix va commencer à augmenter à mesure que l’inflation monétaire se diffusera, obligeant la Fed à laisser les taux d’intérêt monter bien avant toute reprise économique. La hausse des charges d’intérêts aggravera le déficit budgétaire, qui sera financé, directement ou indirectement, par une nouvelle expansion monétaire.
-
Les bilans des banques sont nettement plus fragiles qu’indiqué, en raison des pertes latentes sur actifs, sur garanties de prêts et des dépréciations de leur propre dette. Les seules dépréciations des garanties immobilières dépassent probablement les fonds propres des banques, soit 1 400 milliards de dollars. Selon une analyse honnête, les banques commerciales américaines sont collectivement en faillite. Pour simplement survivre, les banques n’ont d’autre choix que de réduire leur exposition en matière de prêts tout en ayant besoin d’un soutien monétaire continu de la Fed.
-
Les économistes keynésiens, conscients des difficultés des banques, redoutent par-dessus tout une contraction du crédit bancaire. C’est pourquoi l’establishment macroéconomique prône fermement l’expansion de la monnaie au sens étroit afin d’éviter une dépression déflationniste.
-
À mesure que le pouvoir d’achat du dollar diminue, conséquence de l’expansion monétaire passée, il faut émettre encore plus de dollars pour couvrir l’augmentation des dépenses publiques. L’inflation passée devient un facteur d’amplification cumulative de la hausse des prix.
Pour l'essentiel, la création monétaire va s'accélérer afin de gagner du temps plutôt que d'affronter les trois réalités que sont la défaillance des États, le surendettement du secteur privé et la faillite du système bancaire. Les keynésiens, conscients des dangers avec retard, ne voient pas d'autre solution que d'imprimer toute la monnaie nécessaire pour différer ces problèmes. Les monétaristes des banques centrales hésitent, partagés entre la crainte keynésienne d'une déflation pure et simple et les inquiétudes que suscite le rythme d'expansion monétaire observé jusqu'ici.
Cependant, l'histoire de l'inflation monétaire confirme qu'une fois entrée dans une phase hyperbolique, elle est presque impossible à arrêter. Des critiques en chambre ont tourné en dérision la bêtise des banques centrales et des économistes lors d'hyperinflations passées, comme dans l'Allemagne de Weimar, en Argentine et au Zimbabwe. En réalité, lorsque l'hyperinflation devient visible dans le niveau des prix, elle a déjà dépassé, sur le plan monétaire, le point de non-retour.