Le Brexit et une Ligue hanséatique

David Cameron, Premier ministre britannique, a négocié avec les autres États membres de l'UE des conditions qu'il se sent en droit de soumettre aux électeurs lors d'un référendum sur le maintien ou la sortie, convoqué le 23 juin.

À ce stade précoce de la campagne, ces conditions ne suffisent pas à donner une nette avance au vote en faveur du maintien, ce qui contribue à un recul de la livre sterling sur le marché des changes. Cependant, si les électeurs votent pour la sortie de l'UE, la livre sterling ne sera pas seule à en souffrir : l'euro devra lui aussi faire face à des défis considérables.

On pense que l'organisation du référendum à la date la plus proche possible limitera le désenchantement à l'égard de l'UE. Dans ce calendrier, la stratégie consiste à insister sur les dangers du Brexit, à souligner les avantages de pouvoir influencer les politiques de l'UE de l'intérieur et à mettre en avant les bénéfices de l'appartenance en matière de sécurité. Il s'agit pour l'essentiel d'une stratégie de campagne faible et négative, conçue pour effrayer l'électorat face au changement. Les campagnes négatives sont une stratégie fragile, qui tend à s'essouffler à force de répétition.

Il y a un éléphant dans la pièce qui pourrait aussi faire échouer le résultat prévu : le risque réel et croissant d'instabilité financière dans la zone euro. S'il est probable qu'aucun problème majeur n'apparaîtra avant juin, il existe une possibilité significative qu'il en apparaisse. Le système bancaire de la zone euro se situe quelque part entre l'insolvabilité et la faillite, les banques italiennes, grecques et portugaises étant en soins intensifs. Les cours des obligations d'État de la zone euro, dont beaucoup sont si surévalués qu'ils affichent des rendements négatifs, sont certains de baisser sensiblement à un moment ou à un autre, ce qui conduira inévitablement à une crise de la dette dans la zone euro.

Ajoutons à cela le problème des réfugiés, et nous avons les ingrédients d'une rupture de la zone euro aussi prévisible que manifeste. Par ailleurs, il est rapporté que le Premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, a averti que si la Grande-Bretagne décidait de quitter l'UE, la République tchèque pourrait suivre. De plus, des pressions s'exercent en faveur d'un référendum similaire aux Pays-Bas. Le désenchantement à l'égard de Bruxelles est répandu, et ce ne sera pas seulement un rat britannique qui quittera le navire européen en train de sombrer.

Jusqu'à présent, ces propos ont été qualifiés d'alarmistes, mais il est intéressant de constater que le problème financier auquel l'UE est confrontée devient déjà un sujet de préoccupation. George Osborne, à Shanghai pour la réunion du G20 le week-end dernier, a déclaré que « les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales avaient conclu à l'unanimité qu'un vote de la Grande-Bretagne en faveur d'une sortie de l'UE constituerait l'un des plus grands dangers économiques de l'année ». Le projet de communiqué du G20 évoquait « le choc d'une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ». Ces déclarations reviennent sûrement à admettre que c'est l'UE, plutôt que le Royaume-Uni, qui suscite l'inquiétude, et que le départ de la Grande-Bretagne pourrait bien la faire basculer. C'est aussi un appel à la Grande-Bretagne pour qu'elle sacrifie ses propres intérêts au profit du bien commun.

Le spectre de l'UE n'est plus seulement une figure née de l'imagination des prophètes de malheur et des théoriciens du complot. Ses difficultés sont désormais officiellement inquiétantes. Avec ses problèmes de dette insolubles, la zone euro et l'euro pourraient aisément être parmi les premières victimes de la détérioration de la situation économique et financière mondiale, et le risque est suffisamment réel pour que l'électorat britannique s'écarte du discours officiel. Il est donc temps que les autorités souscrivent une assurance contre le Brexit et élaborent un plan B. J'ai récemment évoqué cette possibilité avec une personne proche qui connaît concrètement les rouages de l'appareil gouvernemental, et nous avons conclu qu'il est presque certain qu'une équipe travaille déjà à Downing Street sur un plan d'urgence. Elle réunirait de hauts fonctionnaires du Trésor, du Foreign Office et peut-être du ministère des Entreprises.

L'équipe ne manquera pas de contacter ses homologues des autres grands États européens afin d'explorer les questions soulevées par le Brexit, de sorte que, si le pire survient et que le référendum tourne dans le mauvais sens, la transition vers l'indépendance britannique soit gérée avec le moins de retombées possible. Outre les problèmes que cela poserait au Royaume-Uni lui-même, une question importante qui découlerait naturellement de cet exercice est celle des conséquences pour les membres restants de l'UE, et des intérêts qui détermineraient leurs réactions.

Le fossé entre les États du Nord, relativement responsables, et le Sud prodigue réapparaîtrait presque certainement, les réponses politiques des pays du Nord différant nettement de celles des pays méditerranéens, dont la France. On voit mal ces derniers apporter une contribution positive face à ce qui serait probablement, pour eux tous, un premier pas vers la désintégration rapide de l'union politique dont ils ont su tirer un si grand profit jusqu'à présent. Le groupe du Nord est plus intéressant et adoptera vraisemblablement une approche constructive.

À l'approche de la crise grecque, de fortes pressions politiques s'exerçaient en Allemagne pour qu'elle abandonne l'euro et limite ses pertes. Par conséquent, si la Grande-Bretagne bouleverse l'ordre européen avec un Brexit, l'Allemagne pourrait se montrer ouverte à la négociation. Et avec l'Allemagne, on peut probablement ajouter les Pays-Bas, la Finlande et, semble-t-il, la République tchèque.

C'est ici que la remarque de M. Sobotka nous donne une indication. La République tchèque fabrique des biens d'équipement de très haute qualité, et de nombreux Allemands la jugent même meilleure que l'Allemagne en matière d'ingénierie. Son expérience de l'UE n'a pas été si heureuse. Son gouvernement a dû renoncer à son projet d'adhésion à l'euro, en raison de la forte opposition de l'opinion publique. Sa politique de frontières ouvertes, découlant de l'accord de Schengen, a exposé le pays à l'arrivée de réfugiés indésirables venus de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan. Les sanctions de l'UE contre la Russie ont restreint les échanges avec un marché naturel au potentiel à long terme supérieur à celui de l'UE elle-même. Enfin, sa sécurité énergétique a été menacée, non par la Russie, mais par Bruxelles.

La République tchèque se trouve dans une position semblable à celle de l'Allemagne sur la question des immigrants et des sanctions contre la Russie. L'Allemagne a subi en outre le revers d'avoir sacrifié sa propre monnaie et de s'être engagée, par l'euro, à financer des États dépensiers. Le souhait, dans certains milieux, de quitter la zone euro et de former une zone distincte à monnaie forte demeure, même s'il a pour l'instant disparu de l'actualité. Le dilemme de l'Allemagne est politique : elle expie encore les deux guerres mondiales du siècle dernier et n'ose pas être responsable de la fin de l'expérience européenne.

Toutefois, si le Royaume-Uni vote en faveur de la sortie, la position de l'Allemagne change sensiblement. Elle pourrait fort bien être séduite par la liberté de réémettre sa propre monnaie et de conclure elle-même ses accords commerciaux. Il ne fait guère de doute qu'une séparation d'avec l'Italie, l'Espagne, la France et les autres impliquerait d'avoir à passer par pertes et profits tout ou partie des dettes massives qu'ils ont envers l'Allemagne. À l'inverse, le maintien dans la zone euro, et donc dans l'UE, la conduira à terme à la faillite, pour la troisième fois en cent ans.

Le choix est difficile, mais le niveau de crainte est déjà élevé, comme en témoignent les inquiétudes du G20 ; les membres de l'équipe du « plan B » à Whitehall trouveront donc une base de discussion toute prête avec leurs homologues de Berlin. À mesure que la planification d'un scénario de repli en cas de Brexit progressera, la fragilité de l'ensemble de l'UE et de la zone euro apparaîtra de plus en plus clairement à tous les intéressés. Si le Brexit se produit, les planificateurs seront probablement d'accord pour y voir le début de la fin de l'expérience européenne et de l'euro en tant que monnaie viable. La stabilité relative de l'Allemagne, de la République tchèque, de la Slovaquie, de l'Autriche, des Pays-Bas, de la Finlande, de la Pologne et des États baltes serait mieux garantie par de nouveaux arrangements, conformes aux réalités géopolitiques actuelles. La solution logique, à supposer que ces États considèrent qu'il n'est pas envisageable de sombrer avec le navire de l'euro, consisterait à négocier avec le Royaume-Uni une nouvelle alliance commerciale, une version du XXIe siècle de la Hanse, fondée sur le commerce plutôt que sur la politique.

Cette solution perturberait aussi les relations au sein de l'OTAN, car le libre-échange avec la Russie et l'Asie en deviendrait l'objectif final. La Grande-Bretagne a déjà montré que le commerce prime sur les partenariats de défense, lorsqu'elle est devenue le premier membre de l'OTAN à soutenir la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures, une institution dont les principaux moteurs sont la Chine et la Russie. C'était un signal important, car il marquait un changement dans les relations britanniques avec la Russie, au détriment de la relation privilégiée entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Ainsi, non seulement la Grande-Bretagne s'est positionnée pour tirer parti des évolutions futures en Asie, mais elle a déjà très légèrement tourné le dos aux traités de défense établis.

Par conséquent, si l'électorat britannique vote en faveur du Brexit, il existe pour la Grande-Bretagne une option viable en dehors de l'UE. Le coût en sera presque certainement la désintégration de l'UE elle-même, ce que le gouvernement britannique ne souhaitera pas précipiter. On voit mal comment les banques de la zone euro y survivraient. C'est pourquoi David Cameron s'emploie activement à éviter le Brexit, après avoir pourtant manifesté auparavant un certain soutien à cette idée. Après tout, c'est lui qui a engagé le gouvernement à organiser un référendum.

Les eurocrates de Bruxelles sont eux aussi conscients du danger. Dans un signe de panique, ils vont jusqu'à différer des réglementations mineures susceptibles de contrarier les électeurs britanniques, comme la limitation de la consommation électrique des bouilloires et des grille-pain (Daily Telegraph, 28 février). On peut aussi se demander si le régulateur bancaire allemand a abandonné trois enquêtes majeures sur les activités de la Deutsche Bank en raison de l'effet potentiel d'une publicité défavorable pendant la campagne référendaire. Ce dont Bruxelles et David Cameron ont désespérément besoin, c'est de quelque chose de positif et de crédible à dire en faveur du maintien, mais on voit mal ce que cela pourrait être.

En conclusion, les ministres des Finances et les gouverneurs de banque centrale du G20 ont de bonnes raisons de s'inquiéter du Brexit. La campagne visant à l'empêcher comportera un considérable effort de propagande, qui n'a jusqu'ici pas été déployé en position de force. Les campagnes référendaires réussies consistent généralement à convaincre l'électorat par un récit positif, et non à le menacer des conséquences d'un vote contre le statu quo. Dans ce cas, nous ne pouvons qu'espérer qu'un plan B est en cours d'élaboration et qu'il constitue une alternative viable à un super-État en déclin.

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de GoldMoney, sauf indication expresse contraire. Veuillez noter que ni GoldMoney ni aucun de ses représentants ne fournit de conseils financiers, juridiques, fiscaux, d'investissement ou autres. Ces conseils doivent être demandés à une personne ou à un organisme indépendant et réglementé, dûment qualifié pour les dispenser. Toute information fournie dans cet article l'est uniquement à titre de commentaire général sur le marché et ne constitue pas un conseil. GoldMoney n'accepte aucune responsabilité pour toute perte ou tout dommage pouvant résulter, directement ou indirectement, de votre utilisation de ces informations ou de la confiance que vous leur accordez.

 

Retour aux analyses Goldmoney