Alors que la résilience des cours de l'or et de l'argent déconcerte les marchés de capitaux occidentaux, les hégémons asiatiques ont une tout autre lecture et continuent de se défaire des monnaies fiduciaires au profit de l'or. La Russie investit désormais ses excédents de recettes pétrolières

Bien que l'or et l'argent n'aient pas encore atteint de nouveaux sommets, la résilience de l'or cette semaine est remarquable par sa tonalité ferme, juste en dessous de son plus haut historique. Quant à l'argent, il montre des signes de stabilisation après une correction notable. Dans les échanges européens ce matin, l'or s'établissait à 2 518 $, en hausse de 15 $ par rapport à vendredi dernier. À 28,80 $, l'argent n'affichait qu'un recul de 5 cents. Les volumes sur les deux contrats du Comex étaient modérés.
L'intérêt ouvert du Comex sur l'or a reculé jusqu'à un niveau à peine supérieur à sa moyenne de long terme, ce qui est une évolution saine. Sur l'argent, l'intérêt ouvert est nettement inférieur à la moyenne de long terme. Voici nos prochains graphiques.

Dans les deux cas, lorsque l'intérêt ouvert diminue, les prix ne reculent guère avec lui. De toute évidence, les tentatives des vendeurs à découvert pour réduire leurs engagements échouent, comme le montre le graphique suivant, consacré à la position financière de la catégorie Swap sur le contrat or :

Malgré la baisse de l'intérêt ouvert depuis son récent sommet de 598 013 contrats le 18 juillet, les Swaps (principalement les salles de marché des banques de métaux précieux) affichent des engagements bruts et nets record, répartis entre 19 acheteurs et 26 vendeurs. Cela représente une perte cumulée du côté vendeur de 77,4 milliards de dollars en moyenne entre 26 opérateurs, soit près de 3 milliards chacun. C'est pourquoi je pense qu'un cours de l'or plus élevé pourrait conduire un ou plusieurs opérateurs à devoir être secourus.
La demande des investisseurs asiatiques et des banques centrales se poursuit à un rythme soutenu, ce qui maintient Londres et le Comex à court de liquidité physique. Le Comex n'a jamais été conçu comme un marché de livraison ; pourtant, selon mes relevés, depuis fin novembre 2020, date à laquelle les demandes de livraison, auparavant rares, sont devenues courantes, quelque 2 136 tonnes d'or et 24 072 tonnes d'argent ont fait l'objet d'une demande de livraison. Ces chiffres sont stupéfiants et n'incluent pas les échanges contre physique, dont une part significative mais inconnue a été échangée contre des contrats à terme londoniens, puis livrée.
La prime sur l'or à Shanghai est aujourd'hui minime. Mais ce n'est pas là qu'opèrent les gros acheteurs que sont les banques, qui n'achètent à Shanghai que lorsqu'il y a une décote. Les banques couvrent leurs engagements sur les comptes or en achetant de l'or physique sur les marchés occidentaux, ou en ne retirant pas le métal précieux acheté de la Bourse de l'or de Shanghai.
Pour les banques et les investisseurs chinois, la vigueur du yuan a contenu le cours de l'or, et la baisse des taux d'intérêt en yuan rend l'or encore plus attractif. Le graphique du yuan (échelle inversée) figure ci-dessous :

Il semble que la Russie accroisse elle aussi ses avoirs en or. Selon l'agence de presse russe Interfax, la Russie porte ses achats d'or à 8,2 milliards de roubles par jour, soit l'équivalent de plus de 36 000 onces, financés par un excédent de recettes pétrolières. C'est un signal clair que la Russie préfère détenir de l'or plutôt que des monnaies fiduciaires, un point de vue partagé par la Chine à l'égard du dollar.
Enfin, voici une mise à jour du graphique technique, qui montre l'or en consolidation sur la ligne de tendance supérieure d'un drapeau haussier :
