La guerre réveille l’or

Illustration accompanying La guerre réveille l’or

Cette semaine, la tendance haussière de l’or s’est poursuivie, les marchés prenant la mesure de la gravité de la détérioration de la situation au Moyen-Orient. Dans les échanges européens de ce matin, l’or s’échangeait à 1 979 $, en hausse de 46 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier et de 160 $ par rapport au point bas du 6 octobre. L’argent a réagi plus faiblement, à 22,95 $, soit une modeste hausse de 25 cents par rapport à la clôture de vendredi dernier.

L’intérêt ouvert sur l’or demeure remarquablement faible, comme le montre notre prochain graphique.

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Il s’agit sans doute du graphique le plus favorable à la hausse que nous puissions présenter. Il illustre le très faible niveau d’intérêt spéculatif et de couverture sur l’or, deux composantes qui devraient augmenter sensiblement à mesure que le conflit en Israël évolue. Le pétrole est naturellement au cœur du problème. Toute tentative d’intervention des États-Unis et de leurs alliés de l’OTAN accroît la probabilité que l’Iran ferme le détroit d’Ormuz, à un moment où les réserves pétrolières occidentales sont appauvries. Et selon StanChart, la demande de pétrole dépasse désormais les niveaux d’avant la pandémie de covid.

La hausse des prix du pétrole et des distillats est également encouragée par l’OPEP+, menée par la Russie, l’Arabie saoudite et l’Iran. Pour les marchés de capitaux occidentaux et leurs monnaies, cela signifie que l’inflation, les taux d’intérêt et les rendements obligataires resteront élevés plus longtemps. Cette réalité commence à faire monter les rendements obligataires mondiaux, le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans testant déjà le seuil de 5 %. 

Fait intéressant, les gérants de fonds institutionnels et les spéculateurs constatent désormais que la hausse des taux d’intérêt et des rendements obligataires ne pèse pas sur l’or, dont le prix progresse en même temps que les rendements obligataires. Cela explique probablement le faible niveau de l’intérêt ouvert au Comex, les spéculateurs étant dissuadés de prendre des positions en raison de ce phénomène. Mais le moment viendra forcément où ils réintégreront des positions longues, en raison des effets déstabilisateurs de la hausse des rendements obligataires et de la baisse de la valeur des actifs sur le système bancaire et les finances publiques.

Ces conditions sont particulièrement néfastes pour les déficits du gouvernement américain. Celui-ci devra financer un déficit budgétaire croissant alors que la Chine et le Japon vendent leurs avoirs en bons du Trésor américain, et qu’environ 7 600 milliards de dollars de bons du Trésor devront être refinancés l’an prochain, avant même que ne doive être financé un déficit dépassant probablement 3 000 milliards de dollars pour l’exercice en cours. Ce déficit intègre vraisemblablement une charge d’intérêts de la dette d’environ 1 500 milliards de dollars, soit une hausse de 60 % par rapport à l’exercice qui vient de s’achever.

En bref, le Trésor américain est pris au piège de la dette, ce qui ne peut conduire qu’au rejet des bons du Trésor américain et du dollar lui-même par les investisseurs étrangers. La seule raison pour laquelle le dollar n’a pas reculé sur le marché des changes est l’absence d’alternative monétaire attrayante. Le système de l’euro est en faillite : la quasi-totalité des banques centrales nationales affichent des capitaux propres négatifs et les grandes banques commerciales sont valorisées avec de fortes décotes par rapport à leur valeur comptable. L’Italie entre elle aussi dans sa propre crise de la dette, avec des déficits budgétaires atteignant 8 % l’an dernier et un ratio dette publique/PIB supérieur à 140 %. Parallèlement, la Banque du Japon, gravement en faillite, éprouve de plus en plus de difficultés à contenir les rendements obligataires et à soutenir le yen.

Les problèmes sont mondiaux. Et l’or en est la preuve. Le graphique est assurément favorable à la hausse.

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