En coulisses, la guerre financière entre l’Amérique et la Chine dégénère dangereusement en une guerre pour s’assurer les ressources financières mondiales.
Alors que les étrangers liquident de plus en plus leurs actifs en dollars, l’analyse interne du Trésor américain mettra en évidence les futurs problèmes de financement de l’État, à la lumière d’une récession naissante aux États-Unis. Il en résultera une dépendance excessive à l’égard d’un financement inflationniste, qui menace de déstabiliser le pouvoir d’achat du dollar. Pour ces raisons, l’Amérique a besoin que les portefeuilles étrangers investissent dans les bons du Trésor américain, au moment même où la Chine en a également besoin pour contribuer à financer ses projets d’infrastructures et son développement futur. Nous sommes face à une bataille pour ces fonds, et son issue déterminera l’avenir de chacun d’entre nous.
Introduction
Lorsque l’on constate une éruption cutanée, il faut chercher la cause au-delà de la peau. Il en va ainsi de Hong Kong depuis quelques semaines. En surface, nous voyons des manifestations remarquablement organisées, visant à empêcher l’exécutif d’introduire des lois d’extradition vers la Chine. Nous constatons que des étudiants et d’autres personnes à peine plus âgées dirigent ces manifestations avec une précision militaire. Les Chinois du continent devraient en être impressionnés.
Il est peu probable qu’ils le voient ainsi. La montée des émeutes contre le projet de traité d’extradition entre Hong Kong et le continent a commencé il y a des mois, soutenue et alimentée par des commentaires émanant du « pays de la liberté ». L’Amérique se révèle désormais ouvertement comme l’adversaire de la Chine, et non plus seulement comme un partenaire commercial préoccupé par les déséquilibres des échanges. Et Hong Kong est le point de pression.
Cela s’est déjà produit en 2014. Les dirigeants chinois étaient convaincus que les troubles à Hong Kong étaient l’œuvre d’agences américaines. Voici un extrait, traduit, d’un discours du général de division Qiao Liang, l’un des principaux stratèges de l’Armée populaire de libération, prononcé devant le Comité central du Parti communiste chinois en 2015 :
« Depuis le conflit des îles Diaoyu et celui de l’île de Huangyan, des incidents ne cessent de surgir autour de la Chine, notamment la confrontation avec le Vietnam au sujet des plateformes pétrolières chinoises 981 et l’événement « Occupy Central » à Hong Kong. Peut-on encore y voir de simples accidents ?
J’ai accompagné le général Liu Yazhou, commissaire politique de l’Université de la défense nationale, lors d’une visite à Hong Kong en mai 2014. À cette époque, nous avons appris que le mouvement « Occupy Central » était en préparation et pourrait avoir lieu avant la fin du mois. Pourtant, il n’a eu lieu ni en mai, ni en juin, ni en juillet, ni en août.
Que s’est-il passé ? Qu’attendaient-ils ?
Examinons un autre calendrier : la sortie de la Réserve fédérale américaine de sa politique d’assouplissement quantitatif (QE). Les États-Unis avaient déclaré qu’ils y mettraient fin début 2014. Mais ils ont maintenu cette politique en avril, mai, juin, juillet et août. Tant qu’ils étaient en QE, ils imprimaient des dollars en excès et le cours du dollar ne pouvait pas monter. Ainsi, « Occupy Central » à Hong Kong ne devait pas non plus avoir lieu.
Fin septembre, la Réserve fédérale a annoncé que les États-Unis sortiraient du QE. Le dollar a commencé à monter. Puis « Occupy Central » a éclaté à Hong Kong début octobre.
En réalité, les îles Diaoyu, l’île de Huangyan, les plateformes 981 et le mouvement « Occupy Central » de Hong Kong étaient tous des bombes. L’explosion réussie de n’importe laquelle d’entre elles aurait entraîné une crise régionale ou une dégradation du climat d’investissement autour de la Chine. Cela aurait forcé le retrait d’une grande quantité d’investissements de cette région, qui seraient alors revenus aux États-Unis. »[i]
Que l’Amérique attise et organise de nouveau le mécontentement à Hong Kong reste probablement le point de vue de la Chine aujourd’hui. De toute évidence, les Chinois croyaient que l’Amérique avait dirigé en sous-main « Occupy Central » et qu’elle recommence donc. Outre ce que leur disent leurs espions, les manifestations sont trop bien organisées et planifiées pour être spontanées. Cette fois, l’attaque semble avoir de meilleures chances de réussir. Le plan est coordonné avec la pression américaine sur l’ancrage du dollar de Hong Kong, dans le but de le déstabiliser, principalement par la menace d’étendre à Hong Kong les droits de douane visant la Chine. Cette seconde tentative de faire s’effondrer Hong Kong est donc plus sérieuse.
Hong Kong est essentielle, car, via Shanghai Connect, elle constitue le seul canal légal pour les flux d’investissements étrangers vers la Chine. Cela importe aux Américains, car le Trésor américain ne peut pas se permettre de voir les flux de portefeuille mondiaux attirés vers la Chine à un moment où ils seront nécessaires pour investir dans des quantités croissantes de titres du Trésor américain. Comprenez cela, et vous aurez saisi une grande partie de l’urgence qui sous-tend la tentative américaine de déstabiliser Hong Kong.
Qiao Liang développe ce point ailleurs dans son discours précité, affirmant que les tactiques américaines découlent de la fin de Bretton Woods :
« Sans la contrainte de l’or, les États-Unis peuvent imprimer des dollars à volonté. S’ils conservent une grande quantité de dollars sur leur territoire, cela créera certainement de l’inflation. S’ils exportent des dollars vers le monde, le monde entier aide les États-Unis à gérer leur inflation. C’est pourquoi l’inflation n’est pas élevée aux États-Unis. »
On peut contester son analyse simpliste, mais là n’est pas la question. Ce qui compte, c’est ce que croient les Chinois. Qiao conclut :
« En émettant de la dette, les États-Unis font revenir une grande quantité de dollars de l’étranger vers leurs trois grands marchés : le marché des matières premières, le marché des bons du Trésor et le marché boursier. Les États-Unis répètent ce cycle pour gagner de l’argent : imprimer de la monnaie, l’exporter à l’étranger, puis la faire revenir. Les États-Unis sont devenus un empire financier. »
Sur le plan conceptuel, Qiao avait globalement raison. Son erreur, dans ces deux déclarations, a été de ne pas expliquer que la détention de dollars signifie qu’ils sont employés exclusivement en Amérique, mais peut-être simplifiait-il son argumentation pour un public non spécialiste. Tous les dollars, bien qu’appartenant à des étrangers, demeurent dans l’économie américaine sous la forme d’une combinaison de titres du Trésor et de bons du Trésor, d’investissements dans des valeurs américaines cotées et non cotées, d’actifs physiques tels que l’immobilier, ainsi que de dépôts effectués par l’intermédiaire de banques correspondantes à New York.
Ce ne sont pas les dollars qui circulent, mais leur propriété qui change. Les dollars sont achetés et vendus contre des devises étrangères par des banques centrales, des fonds souverains, des banques commerciales, des compagnies d’assurance et des fonds de pension. Les devises dans lesquelles ces entités investissent comptent, et les décisions d’investissement sont évidemment influencées par les perspectives monétaires. Cela permet au Trésor américain d’attirer ces flux vers le dollar en rendant simplement les autres devises moins attrayantes. Les détenteurs étrangers de devises étrangères peuvent facilement être effrayés et se réfugier dans les valeurs refuges que sont le dollar et les titres du Trésor américain. C’est ainsi que les étrangers sont poussés à financer le déficit budgétaire.
Un affaiblissement du taux de change yuan-dollar dissuadera les portefeuilles internationaux d’investir dans les projets de la Chine, pour lesquels la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures a été créée. La Chine devrait répondre aux tentatives de fragiliser sa monnaie en cherchant à renforcer l’attrait de ses opportunités d’investissement auprès des fonds d’investissement internationaux, par des mesures de soutien au yuan. Sinon, les fonds d’investissement mondiaux ne se tourneront tout simplement pas vers la Chine.
Outre l’attraction des flux de portefeuille vers les États-Unis, un dollar en hausse constitue également une menace pour les gouvernements et les entreprises étrangers qui ont emprunté des dollars et doivent ensuite les rembourser. C’est ce qui a durement frappé les économies d’Asie du Sud-Est lors de la crise financière de 1997. En tant qu’État, la Chine n’est pas dans cette situation, bien que certains de ses partenaires commerciaux régionaux soient probablement retombés dans ce piège.
Il ressort d’autres passages du discours de Qiao que les Chinois comprennent les motivations et les méthodes de l’Amérique. Ils anticiperont donc les actions américaines visant à fragiliser le yuan. Si les Américains réussissent et que le yuan devient peu attrayant, les capitaux de portefeuille internationaux déjà investis en Chine seront aspirés vers l’extérieur, ce qui pourrait provoquer l’effondrement des marchés de capitaux chinois.
Avec l’inscription du Hong Kong Human Rights and Democracy Act dans le droit américain, le président Trump pourra, grâce au lien avec l’Emergency Economic Powers Act, imposer des sanctions dans les domaines du commerce, de la finance et de la technologie. La crainte à Hong Kong est que les patrimoines personnels ne s’en aillent désormais et que les prix de l’immobilier à Hong Kong ne s’effondrent.
L’implication britannique
La stratégie des États-Unis a consisté notamment à faire pression sur leurs alliés pour qu’ils s’alignent sur leurs intérêts face à la Chine. Tous les membres de l’OTAN ont reçu pour consigne de ne pas acheter d’équipements Huawei. Soucieux de préserver la relation privilégiée, les Britanniques s’y sont conformés. Mais le GCHQ de Cheltenham (l’agence britannique de surveillance cybernétique) a au moins donné à Huawei la possibilité de répondre aux problèmes de sécurité qui ont été soulevés.
Un problème plus grave ne manquera pas de se poser : celui du rôle de la City de Londres. En 2014, George Osborne, alors chancelier de l’Échiquier, a convenu avec les dirigeants chinois d’un plan visant à faire travailler la City avec Hong Kong pour internationaliser le yuan. Les Chinois voulaient contourner New York, pour des raisons évidentes.
La demande de rencontre avec Osborne est passée par Boris Johnson, alors maire de Londres, qui dirigeait une délégation commerciale en Chine au nom de la City. Johnson est aujourd’hui le grand favori pour devenir le prochain Premier ministre et, s’il est nommé, il se trouvera sans aucun doute dans une position délicate. Il devra suivre une ligne très étroite entre les intérêts chinois croissants de la Grande-Bretagne, sa relation privilégiée avec l’Amérique, sa nouvelle amitié avec Trump, ainsi que l’accord commercial avec les États-Unis, que Trump et Johnson feront probablement passer en priorité après le Brexit.
Selon l’attitude de Johnson, la Chine pourrait devoir suspendre ses projets d’internationalisation du yuan. Le risque pour la Chine est que, ses plans financiers internationaux étant menacés et les Américains étant résolus à renforcer le dollar afin de fragiliser le yuan, elle n’ait pas accès aux flux de portefeuille internationaux dont elle a besoin pour financer ses projets d’infrastructures et son programme Made in China 2025.
En d’autres termes, nous assistons à rien de moins qu’une dangereuse escalade de la guerre financière entre l’Amérique et la Chine, l’Amérique cherchant à fermer à la Chine l’accès à la finance internationale.
Le dilemme de la politique chinoise
Dans un repli tactique, Hong Kong a suspendu son projet de nouvelle loi sur l’extradition. Cela n’a eu pour seul effet que de réorienter les revendications des manifestants vers la démission du chef de l’exécutif de Hong Kong, et les manifestations se sont poursuivies.
La question se pose désormais de savoir comment les Chinois vont procéder. Jusqu’à présent, ils ont joué de manière défensive dans la guerre financière contre l’Amérique, mais la situation arrive à un point critique. Ils protégeront évidemment Hong Kong, mais surtout ils doivent faire face à la fuite des capitaux via le Shanghai Connect. Une option consisterait à le suspendre, mais cela ébranlerait la confiance, essentielle aux futurs flux entrants de portefeuille. Ce serait aussi un revers considérable pour le yuan international. Dans tous les cas, des mesures doivent être prises pour soutenir le taux de change du yuan.
Une option serait de relever les taux d’intérêt, mais cela risquerait d’être interprété comme une mesure de panique. Dans ce contexte, une hausse rapide et nette des taux serait préférable à un délai ou à un ajustement moindre de la politique monétaire. Pour l’économie intérieure, cela favoriserait les épargnants dans une économie déjà portée par l’épargne, mais pénaliserait les exportateurs et de nombreuses petites et moyennes entreprises. Cela reviendrait à inverser les politiques économiques et monétaires récentes, qui visent à accroître la consommation intérieure et à réduire les excédents d’exportation.
Les théories économiques auxquelles les planificateurs centraux de Pékin croient réellement vont passer au premier plan. La Chine a adopté la norme néo-keynésienne mondiale de planification économique et d’expansion du crédit. Lorsque le pays est sorti rapidement d’une économie paysanne, le crédit a pu se développer sans que les écueils habituels d’un cycle du crédit, observés dans une économie avancée, ne soient perceptibles. C’est parce que le progrès économique a éclipsé les conséquences de l’inflation monétaire.
Mais la Chine n’est plus une terre économique vierge, car elle est devenue pour l’essentiel une économie moderne. Par conséquent, elle est passée d’une gestion de l’économie purement mercantiliste à un style de planification centrale plus financier et monétaire.
En déployant des politiques monétaires semblables à celles des Américains, les planificateurs centraux de Pékin pourraient maintenant se rendre compte qu’ils sont gravement désavantagés dans ce jeu. Le dollar et le yuan sont tous deux des monnaies de crédit non adossées, accablées par la dette. Mais si le dollar affronte directement le yuan, le dollar finira toujours par déstabiliser le yuan.
Boire à la coupe keynésienne est la principale faiblesse de la Chine. Elle ne peut se permettre de tenir tête au dollar, et les Américains le savent. Pour les Chinois, la voie la moins risquée semble être celle que la Chine a suivie avec succès jusqu’ici : faire le moins possible pour ne pas troubler l’équilibre, et laisser l’Amérique commettre les erreurs. Toutefois, comme je l’exposerai plus loin, le moment approche où la Chine devra passer à l’offensive.
En attendant, l’inaction chinoise risque d’être encouragée par un autre facteur : l’aggravation des embargos américains sur le pétrole iranien et la possibilité croissante d’un nouveau conflit au Moyen-Orient avec l’Iran. Cela aura inévitablement une incidence sur les relations sino-américaines.
Fausses bannières et Iran
La semaine dernière, deux pétroliers ont été attaqués par des auteurs inconnus après avoir quitté le détroit d'Ormuz en direction du large. Comme on pouvait s'y attendre, les Américains et les Saoudiens ont accusé l'Iran, qui a nié toute implication. Les Américains, soutenus par les Britanniques, se sont empressés de souligner que l'Iran avait un motif pour attaquer et qu'il était donc coupable. En raison des sanctions américaines, son économie est en plein effondrement et l'Iran a besoin de prix du pétrole plus élevés. Les États-Unis renforcent de manière provocatrice leur flotte dans le Golfe, ce qui accroît les tensions. Selon Al-Jazeera, le président iranien Hassan Rouhani avertissait en décembre dernier : « Si un jour ils (les États-Unis) veulent empêcher l'exportation du pétrole iranien, alors aucun pétrole ne sera exporté du golfe Persique. »
Ce jour est peut-être proche. Téhéran doit être aux abois, et l'Iran accuse les Américains et les Israéliens d'avoir mené une attaque sous fausse bannière, une accusation dont la crédibilité repose sur des incidents antérieurs dans la région et sur le soupçon qu'Israël, soutenu par l'Amérique, cherche un prétexte pour attaquer l'Iran. Le pont syrien vers le Hezbollah menace Israël au nord ; son implication est donc logique, et l'opération semble être celle du Mossad. En acculant l'Iran, il est difficile d'entrevoir une autre issue qu'une nouvelle escalade.
Si l'Amérique s'engage dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, elle combattra sur deux fronts asiatiques : sur le plan militaire contre l'Iran et sur le plan financier contre la Chine. La situation pourrait rapidement dégénérer en crise mondiale, ce qui ne servirait ni les intérêts de la Chine ni ceux de quiconque. Cependant, une attaque américaine contre l'Iran pourrait provoquer une fuite généralisée des capitaux d'investissement vers la sécurité du dollar et des bons du Trésor américain.
Si l'Amérique atteint cet objectif avant d'envoyer des troupes, elle pourrait ensuite transiger à la fois sur l'Iran et sur les droits de douane visant la Chine. À supposer que l'analyse de Qiao Liang conserve une influence à Pékin, c'est ainsi que la stratégie américaine pourrait être lue par les stratèges militaires chinois.
Entre-temps, la Chine renforce ses défenses. Outre son alignement sur la Russie, les deux pays devant voter à l'ONU contre les tentatives israélo-américaines d'accroître les tensions dans le Golfe, la Russie devrait aider l'Iran de façon discrète. PékinConsolide également un partenariat visant à protéger la Corée du Nord, Xi se rendant cette semaine à Pyongyang afin de prévenir toute action américaine dans cette direction. L'ensemble du continent asiatique, de l'Ukraine à la mer de Béring, est désormais sur la défensive.
Comment la situation sera-t-elle résolue ?
Si le financement du déficit américain est le problème sous-jacent, la poursuite de la politique de longue date de la Chine, qui consiste à ne pas réagir à l'agression financière de l'Amérique, n'est plus envisageable. Il en résultera un yuan plus faible, et une seconde crise financière asiatique impliquant la Chine serait à prévoir. Cela signifie aussi que la progression de l'économie chinoise dépendrait davantage d'un financement inflationniste intérieur, par l'expansion du crédit bancaire, à un moment où les prix alimentaires augmentent également, en partie à cause de l'épidémie de peste porcine africaine.
Un débat intense au sein du Politburo chinois est inévitable : faut-il abandonner le financement néo-keynésien et revenir à l'idée antérieure selon laquelle la dépréciation de la monnaie et l'inflation des prix alimentaires appauvrissent la population et conduisent inévitablement à une déstabilisation politique ? La logique qui sous-tendait la constitution par l'État d'une réserve d'or, l'encouragement des citoyens à en thésauriser eux aussi et la domination des marchés internationaux du métal précieux était de protéger la population d'une crise de la monnaie papier. Cette crise de la monnaie papier menace désormais davantage le yuan que le dollar.
Les Chinois, qui sont loin d'être des novices en matière de stratégie politique, doivent comprendre clairement pourquoi l'Amérique adopte une posture bien plus agressive dans leur guerre financière. L'absence d'acheteurs étrangers sur le marché des bons du Trésor américain pourrait s'avérer la crise la plus grave pour l'Amérique depuis la fin de Bretton Woods. L'État profond, mû en l'occurrence par le Trésor américain, ne la laissera pas se produire. Pour la Chine comme pour l'Amérique, ce sont des temps désespérés.
Il devait forcément arriver un moment où des coups d'échecs ordinaires finiraient par menacer d'un échec, puis d'un échec et mat, l'un ou l'autre des rois. La Chine voit désormais son roi sérieusement menacé et doit riposter. Elle ne peut se permettre un renversement des flux de portefeuille. Le financement de son plan Made in China 2025 et l'achèvement des routes de la soie sont vitaux pour sa stabilité politique à long terme.
La Chine doit donc contrer la vigueur du dollar par d'autres moyens que la simple hausse des taux d'intérêt. Inévitablement, la solution conduit à l'or. Chacun sait, ou du moins soupçonne, que la Chine a accumulé d'importantes réserves d'or non déclarées sous forme de métal précieux. Le moment est probablement venu pour la Chine de dévoiler son jeu et de déclarer ses véritables réserves d'or, ou du moins une part suffisante pour dépasser les réserves d'or officielles des États-Unis.
Une telle déclaration ferait probablement monter nettement le cours de l'or, ce qui équivaudrait à une dévaluation du dollar. En niant que l'or soit de la monnaie, l'Amérique s'est exposée au risque de voir le statut de monnaie de réserve du dollar remis en question sur les marchés mondiaux, et c'est l'atout maître de la Chine.
Si Xi assiste au G20 d'Osaka à la fin de ce mois, ce serait moins pour s'entretenir avec Trump que pour parler aux autres dirigeants, afin de leur expliquer clairement les desseins des Américains et de s'assurer qu'ils sont conscients des conséquences pour le système monétaire mondial lorsque la Chine prendra des mesures concrètes pour protéger sa propre monnaie et ses marchés de capitaux nationaux.
[i] Voir http://chinascope.org/archives/6458/76
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