La géopolitique après la COVID-19

Avant que le coronavirus ne conduise les gouvernements à imposer des confinements, des économies entières, des marchés et même des monnaies étaient déjà en passe d'être détruits par un violent recul du crédit bancaire, dans un contexte de contraction des échanges et d'endettement record. Les tensions supplémentaires liées au virus ont encore aggravé la crise et accéléré tous les aspects de la destruction monétaire.

Le coronavirus a permis à l'Amérique et à d'autres nations occidentales d'adopter une logique de guerre en restreignant les libertés individuelles dans l'intérêt de l'État. À mesure que les tensions avec la Chine s'accroissent et que la crise économique mondiale s'aggrave, ces libertés ne seront pas rétablies, car elles seront jugées contraires à l'intérêt national.

Nous sommes dans une année électorale aux États-Unis, et le système politique rejette déjà sur la Chine la responsabilité du virus et de ses déboires économiques. Nous entrons en terrain dangereux lorsque la politique mobilise la haine contre un prétendu ennemi au moyen de techniques de propagande destinées à attiser la colère xénophobe.

La réaction de la Chine sera déterminante. Ses dirigeants peuvent désamorcer la situation par quelques modifications simples de leur politique étrangère, isolant ainsi l'Amérique de ses alliés. Mais une direction communiste hautement bureaucratique a-t-elle l'imagination nécessaire pour le faire ?

Introduction

Une chose est sûre : le monde sera différent lorsqu'il sortira de la crise du coronavirus. Sans doute, sous peine de risquer la mort, les personnes de plus de soixante-dix ans doivent-elles rester prisonnières de leur domicile, tandis que les jeunes générations sont chargées du retour à la normale. Le tout, bien entendu, sous la direction des gouvernements. Dans les mois à venir, les gouvernements entendent sauver de vastes pans de l'économie, tels que les banques, la production d'énergie, les services publics et le reste, d'abord en prêtant l'argent nécessaire pour payer les factures, puis en renflouant les entreprises défaillantes, qu'ils nationaliseront dans de nombreux cas. 

Tel est le paysage que l'on peut attendre de l'après-coronavirus si, comme les gouvernements l'espèrent, la reprise se fait en V. Sinon, des interventions plus poussées seront imposées à la population pour la protéger d'elle-même.

Sans que ce soit nécessairement voulu, un transfert spectaculaire de liberté des individus vers l'État a eu lieu et se poursuivra, et l'État est toujours réticent à y renoncer une fois la crise passée. L'évocation d'une guerre contre le virus vise à faciliter le transfert des libertés des citoyens à l'État, car c'est ce que requiert la conduite d'une guerre. Mais une fois celle-ci terminée, l'instinct des bureaucrates n'est jamais de rendre les libertés. 

Dans l'immense majorité des cas, qu'elle gagne ou qu'elle perde, une nation conserve habituellement après une guerre les mesures adoptées, sans en abandonner aucune. On pourrait parler d'économie de transition, maintenue avec toutes les restrictions du temps de guerre jusqu'à ce qu'une sortie, inévitablement vers davantage de socialisme, puisse être élaborée. Et l'Amérique a encore à mener une guerre contre la Chine pour la domination mondiale, ce qui justifie un contrôle accru.

Quand l'État nounou rencontre le socialisme fasciste

Bienvenue dans le nouveau socialisme renforcé de l’après-coronavirus. En tant qu’individus, nous avons donné à l’État un pouvoir considérable sur nos vies, et ce pouvoir sera presque certainement consolidé. La direction prise est claire. Non seulement Big Brother peut nous censurer, mais il peut désormais suivre nos déplacements plus efficacement que l’ancien KGB. Si vous quittez votre domicile, laissez votre smartphone chez vous. Portez un chapeau à larges bords et modifiez votre démarche afin d’éviter les caméras. L’argent que vous avez en banque, ou plus exactement la monnaie de votre banque, sur le point d’être nationalisée, créditée sur votre compte, ne peut être dépensé que pour des produits réglementés par l’État, au moyen de transactions traçables et non plus en espèces, comme autrefois.

À la place du soviet, nous avons l’État-nounou. Nounou sait mieux que quiconque. Telle est la réalité des années 2020. Elle est contre nature et finira donc par échouer. Dans des articles précédents, j’ai évoqué un aspect de cet échec : l’effondrement imminent des monnaies d’État sans couverture. J’ai souligné que les banques centrales, et en particulier la Fed, responsable de la monnaie de réserve mondiale, se lancent dans une opération d’inflation conçue avant tout pour soutenir l’État en maintenant la valeur de sa dette et, par conséquent, celle de tous les autres actifs financiers. Si elles échouent, et elles échoueront car la tâche est trop immense, les monnaies échoueront également, et de manière remarquablement rapide. D’ici là, les marchés libres constituent une menace primaire pour le système et ne doivent pas l’emporter.

Il ne fait aucun doute que les agents de l’État profond, partout, croient pouvoir contenir les menaces venant de leurs propres peuples. Cela étant acquis, ils s’emploient désormais à contenir les menaces venant d’autres États qui ne se conforment pas au modèle démocratique occidental. L’Amérique et le Royaume-Uni diffusent aujourd’hui beaucoup plus de propagande sur la perfidie des Chinois que les Chinois n’en diffusent sur l’Amérique et la Grande-Bretagne. 

L’histoire que l’on met en scène est celle d’un État fourbe qui, d’une manière ou d’une autre, nous volerait notre âme en nous vendant sa technologie. La 5G mobile introduirait la Chine dans nos foyers et contrôlerait notre internet de tous les objets. Elle permettrait aux Chinois de nous contrôler. Ce que l’on n’explique pas, c’est pourquoi la Chine aurait intérêt à abuser ainsi de ses clients. Ce que l’on n’explique pas non plus, c’est pourquoi, en tant qu’individus, nous serions mieux lotis sans produits ni technologies chinois. Et lorsque le GCHQ, le service britannique de renseignement et de sécurité, a démonté les équipements de Huawei, il n’a de toute façon trouvé aucune preuve de logiciel espion de l’État chinois. 

L’ironie de tout cela est que notre modèle démocratique, l’État-nounou, sert de couverture à des politiques intérieures semblables à celles que déploient les Chinois, quoique moins brutales, certes ; mais cela est en train de changer. Plutôt que communistes-socialistes, le communisme chinois comme les démocraties occidentales sont, à proprement parler, fascistes-socialistes. Avec le communisme, l’État possède votre vache et vous dit ce que vous devez en faire. Avec le fascisme, vous possédez la vache et l’État vous dit ce que vous devez en faire. Dans ces termes simplistes, mais non inexacts, nos gouvernements suivent de plus en plus le credo fasciste adopté par le Parti communiste chinois après la mort de Mao. Avec le temps, la répression intense de la liberté d’expression à la chinoise pourrait devenir aussi le trait distinctif du mode de gestion de Nounou.

Il faut ici rappeler une vérité fondamentale. Les socialistes, qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre extrême, ne voient pas dans les marchés libres un rival, car ils estiment qu’ils sont utiles pour faire progresser le socialisme vers les fins souhaitées. Le véritable rival de votre socialisme, c’est le socialisme de quelqu’un d’autre. Le socialisme d’État occidental, nouvellement revigoré, va être opposé au socialisme d’État chinois. Le monde est sur le point de devenir plus dangereux.

Les États-Unis font monter les enchères de la propagande

La semaine dernière, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré que la Chine avait causé énormément de souffrances et qu’elle paierait le prix de ce qu’elle avait fait avec la pandémie de coronavirus. Mardi, le président Trump a menacé de demander des réparations à la Chine pour avoir infecté des Américains. Cela fait suite à un mémorandum de 57 pages intitulé Main Messages, daté du 17 avril, destiné à informer les sénateurs républicains et placé sous les points suivants :

Il est clair que la guerre de propagande menée par l’Amérique contre la Chine connaît un nouveau souffle. Et il ne s’agit pas seulement de l’Amérique : la belligérance anti-chinoise est attisée par d’autres services de renseignement nationaux. Même des parlementaires de haut rang du Parti conservateur britannique et des « idiots utiles » des médias répètent à présent une propagande anti-chinoise renouvelée. 

À un premier niveau, la propagande américaine peut être interprétée comme une défense du président Trump, selon la logique simpliste consistant à trouver un autre responsable de la situation économique de plus en plus désespérée de son administration. Le danger, toutefois, est que le train de la Maison-Blanche a quitté la gare en direction d’une escalade politique, sans moyen de l’arrêter. En cette année électorale, il faut désigner un coupable. Pour améliorer sa cote de popularité et suivant une tradition politique bien établie consistant à détourner l’attention de la scène intérieure, Trump doit accuser des étrangers, et la Chine est la cible la plus facile. Nous nous dirigeons rapidement vers des conséquences imprévues.

Entre-temps, il faut espérer que le président Xi ne mordra pas à l’hameçon américain et n’aggravera pas les tensions de son côté. Le sang-froid de Xi a jusqu’ici donné le ton. Il a commis des erreurs, et en commettra presque certainement d’autres, mais sa stratégie inspirée de Sun Tzu complique la tâche des Américains : « Si [l’ennemi] est supérieur en force, évite-le ». 

Une chose est raisonnablement certaine : dans toute nouvelle attaque, l’administration Trump renforcera le protectionnisme commercial à l’encontre de la Chine. Cette politique se retournera contre l’Amérique. À supposer que les habitudes d’épargne des Américains ne changent pas, le déficit budgétaire conduit presque directement à un déficit commercial, c’est le syndrome des déficits jumeaux. Le déficit commercial n’est pas causé par une concurrence étrangère déloyale ; il est lié, selon une simple logique de comptabilité nationale, au financement inflationniste des dépenses publiques. Le contrepoids temporaire à l’effet inflationniste sur les prix est l’expansion de la production étrangère, qui se retrouve sous forme d’importations à des prix moins inflationnistes. Entre-temps, le déficit budgétaire des États-Unis devrait augmenter sensiblement à partir de son niveau de référence de mille milliards de dollars et, à la lumière des évolutions économiques récentes, il pourrait aisément plus que doubler.

Si l’on veut contenir le déficit commercial, des mesures doivent être introduites pour empêcher la substitution des importations. Cela s’inscrit dans un nationalisme renforcé, symbolisé par le slogan de Trump « Make America Great Again ». Par conséquent, la probabilité que l’Amérique étende son protectionnisme commercial au-delà de la Chine à mesure que la crise économique progresse est plus grande qu’elle ne paraît actuellement. 

Sans baisse des prix des biens importés et avec une consommation généralement restreinte à la production nationale, les prix de tous les produits augmenteront inévitablement plus vite. Ainsi, à un moment où les prix alimentaires augmenteront presque certainement fortement et poseront des difficultés politiques à Trump, l’inflation des prix touchant tous les aspects de la consommation échappera au contrôle maîtrisé des statisticiens du gouvernement. 

Sur le plan intérieur, la combinaison d’un déficit budgétaire croissant et de prix à la consommation en hausse entraînera une hausse des taux d’intérêt et donc un alourdissement des coûts d’emprunt du Trésor américain. La Fed sera alors incapable de contrôler les prix des actifs financiers, le dollar glissera, et cela pourrait s’avérer un suicide électoral. Trump ne s’en rend peut-être pas compte, mais en cette année électorale, il confond deux objectifs contradictoires : un objectif géopolitique contre la Chine pour améliorer sa cote politique, et un objectif économique qui, selon toute attente, la détruira. 

Par le passé, les responsables politiques placés dans cette situation ont réagi en resserrant encore davantage l’étau sur les marchés libres et les libertés individuelles, ce qui rappelle la prophétie de Hayek sur l’appel à un pouvoir plus fort dans son ouvrage La Route de la servitude. Et en matière de politique étrangère, la motivation impérialiste s’intensifie, ce que nous observons déjà.

Entre-temps, nous devons espérer que le président Xi reste calme face à l’autodestruction américaine.

Le plan à long terme de la Chine

La Chine savait que son excédent commercial persistant avec l’Amérique ne serait toléré qu’un temps. Ce réalisme a nourri une stratégie de plus long terme, centrée sur un avenir avec l’Asie et l’Europe, consistant à obtenir de l’Afrique des ressources supplémentaires pour ces objectifs et à mettre en place des infrastructures ainsi que des liaisons de transport et de communication pour relier l’ensemble. Ce faisant, l’Amérique se retrouvera isolée ou, mieux encore, comme pourrait en conclure l’esprit éthéré de Sun Tzu, l’ennemi se sera isolé lui-même.

Afin de se prémunir contre les sanctions américaines, la Chine a cherché ces dernières années à se protéger d’un dollar transformé en arme. Avec la Russie, elle a bâti un bloc de sécurité et d’économie asiatique, l’Organisation de coopération de Shanghai, au sein duquel les échanges transfrontaliers ne nécessitent pas de règlements en dollars.

La part des transactions financières chinoises hors d’Asie qui transitent par le système bancaire américain est aussi réduite que possible, la Chine ayant établi un double pôle Hong Kong-Londres pour développer des marchés offshore du yuan. La Chine a également créé des solutions de remplacement aux institutions internationales de développement contrôlées par les Américains, et mis en place Shanghai Connect, par lequel les capitaux étrangers peuvent investir dans des projets d’infrastructures chinois et transasiatiques sans contrôle des changes ni impôts chinois. Et, habilement, alors que les États-Unis contrôlaient de fait la suppression du cours de l’or par le biais de l’or papier, la Chine a délibérément commencé à dominer les échanges de métal précieux physique.

Dans toute guerre financière, le contrôle des marchés de l’or physique équivaut à une dissuasion nucléaire. En définitive, l’or papier ne compte pour rien. La détention par la Chine d’environ mille milliards de dollars de dette du Trésor américain constitue une arme tactique supplémentaire qui, si elle était employée, pourrait détruire le dollar en s’attaquant au financement du Trésor américain en son point le plus faible. Les commentateurs américains qui affirment que le Trésor pourrait toujours bloquer les ventes chinoises de dette publique américaine ignorent le préjudice plus large qui serait porté au dollar en tant que monnaie de réserve. Pour les Chinois, l’abandon de leurs actifs du Trésor américain reviendrait à sacrifier un pion pour prendre une dame.

Après la crise virale, l’Amérique risque de découvrir trop tard que la Chine a abandonné le champ de bataille financier où l’on se battait jusqu’ici sur le terrain du dollar. Cela signifie que la Chine cesse une politique d’apaisement dans l’intérêt du commerce et renonce à une politique consistant à ne rien faire qui puisse fragiliser la monnaie de réserve. Ce serait un développement important, car l’État profond américain a toujours su qu’il est dans l’intérêt de la Chine de ne pas attaquer le dollar. Mais lorsque le commerce de la Chine avec l’Amérique sera sévèrement restreint, la Chine n’aura plus besoin du dollar et l’utilisera le moins possible pour acheter de l’énergie et d’autres matières premières.

Dans une large mesure, la Chine suit déjà cette politique. Mais le coronavirus a profondément modifié le rythme des évolutions et les positions stratégiques relatives. Désormais, chaque camp évaluera non seulement dans quelle mesure l’adversaire est affaibli, mais aussi dans quelle mesure il l’est lui-même. Le gouvernement central chinois dispose de finances plus saines que celles de l’Amérique : sa dette représente environ 50 % du PIB, contre plus de 110 % pour les États-Unis, ce qui apporte un certain équilibre face à l’hégémonie du dollar.[ii] En outre, la Chine exerce une emprise plus autoritaire sur sa population et se trouve donc politiquement plus forte, face à une Amérique paralysée par le coronavirus en pleine année électorale.

Les événements monétaires seront déterminants

Par défaut, dans les cercles du gouvernement américain, on part du principe que l’Amérique peut et va continuer à dépenser tout ce dont la nation a besoin pour sa défense militaire et son renseignement. Le complexe militaro-renseignement a réussi à repousser les tentatives de restriction de ses financements et considère presque certainement que les ressources dont il a besoin continueront d’être disponibles. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les entreprises à l’étranger sont financées par l’expansion d’une monnaie non adossée, et toutes les limites à ce mode de financement ont été levées en 1971, lorsque le simulacre d’étalon-or a finalement été abandonné. L’armée s’est habituée à ne rendre de comptes à personne, ni sur le plan financier ni sur un autre.

Les demandes de financement en monnaie fiduciaire adressées au gouvernement américain augmentent désormais rapidement pour répondre à des priorités économiques, ce qui menace d’évincer les financements militaires et de faire pencher le champ de bataille en défaveur de l’État profond dans sa guerre financière contre la Chine. 

Langley obtiendra peut-être l’argent dont il a nominalement besoin, mais cela suffira-t-il ? En intégrant la politique commerciale du président Trump à sa stratégie géopolitique contre la Chine, le complexe militaro-renseignement a déjà contribué à affaiblir l’économie, avant même l’arrivée du coronavirus. Le coronavirus n’a fait qu’avancer et amplifier les conséquences économiques du retournement du cycle du commerce et du crédit. Personne au sein de l’administration ne semble conscient que la stratégie de droits de douane contre la Chine cause déjà un tort considérable à l’économie américaine, qui finance en dernier ressort le complexe militaro-renseignement. 

La création monétaire illimitée de la Fed, destinée à soutenir l’économie affaiblie pendant la crise du coronavirus et à garantir le maintien de la valeur des actifs financiers, menace de faire s’effondrer le pouvoir d’achat du dollar. Le Trésor américain ne pourra financer l’ensemble des activités gouvernementales qu’à des taux d’intérêt bien plus élevés, ce qui précipitera le gouvernement dans un piège de la dette, dont les seules issues sont de fortes coupes budgétaires ou un financement encore plus inflationniste.

Face à une dépression économique, les coupes budgétaires seront impossibles. L’Amérique sera donc entravée dans sa guerre financière contre la Chine, à moins que le yuan ne s’effondre au même rythme. Cela paraît peu probable. Le taux d’épargne élevé de la population chinoise offre à la Chine une protection que le dollar n’a pas. Lorsqu’une part importante des revenus des consommateurs est affectée à l’épargne plutôt qu’à la consommation courante, le pouvoir d’achat de la monnaie gagne en stabilité. C’est cette différence qui se reflète dans la stabilité du yen japonais : la Banque du Japon crée de la monnaie et Mme Watanabe ne la dépense pas ; elle la dépose en banque. On peut en dire autant de la Chine, où l’épargne représenterait environ 40 % du revenu après impôts.

Dans la bataille des monnaies, on peut s’attendre à ce que le dollar perde du pouvoir d’achat plus rapidement que le yuan. La préoccupation de tous devrait alors porter sur les actions de l’État profond à mesure que l’échec du dollar deviendra plus manifeste. Les Dr Folamour de Langley n’ont pas pour habitude de reculer, et la Chine le sait. La seule réponse possible est que la Chine devienne moins militariste et plus mercantiliste. Sun Tzu encore : [Un bon combattant] remporte ses batailles en ne commettant aucune erreur. Ne commettre aucune erreur est ce qui établit la certitude de la victoire, car cela revient à vaincre un ennemi déjà défait.

Pour éviter ces erreurs, la Chine devrait remédier à sa faiblesse sur le front de la propagande. Les Américains sont en passe de convaincre leurs partenaires du renseignement des Five Eyes des intentions malveillantes de la Chine. Comme mentionné plus haut, les Britanniques semblent se ranger du côté des Américains, après avoir accordé à Huawei un rôle réduit dans leur réseau mobile 5G. L’Australie semble très favorable, d’autant qu’elle a eu l’honneur d’accueillir la réunion des Five Eyes sur la Gold Coast en août 2018. Le Canada dépend fortement des États-Unis et, malgré la relation positive avec la Chine entretenue par Trudeau père, Trudeau fils n’ose pas prendre le parti de la Chine. Seule la Nouvelle-Zélande n’a pas adhéré sans réserve à la propagande américaine, malgré les menaces d’exclusion du groupe.

Pour la Chine, il faut renouer les liens afin de désarmer et d’isoler les Américains, notamment parce que l’Amérique continue de fragiliser les relations de la Chine avec l’Europe occidentale, et que la Chine devra conserver le soutien des autres pays d’Asie du Sud-Est.  Le signal le plus fort serait un changement de politique à l’égard de Taïwan. En reconnaissant son statut national, la Chine signalerait à tous ses partenaires commerciaux de la région qu’elle respectera la souveraineté nationale. Renoncer à modifier le traité d’extradition de Hong Kong et chercher à renforcer l’approche « un pays, deux systèmes » constituerait un autre signal fort. 

En matière de commerce, la Chine devrait se faire le champion du libre-échange et abandonner tous les droits de douane, y compris ceux visant les importations américaines. Les droits de douane ne sont qu’une taxe sur sa propre population et, puisque le moment est venu d’abandonner l’Amérique comme marché d’exportation, il y a peu d’intérêt à les utiliser comme outil de négociation.

Si la Chine prenait ces trois mesures, elle pourrait, dans l’ensemble, résister aux critiques visant ses politiques intérieures, comme la répression des Ouïghours.

Les politiques de libre-échange de la Grande-Bretagne

Ayant quitté l’UE alors qu’il ne restait globalement que les conditions commerciales à négocier, la Grande-Bretagne, en tant qu’entrepôt, a un intérêt primordial au libre-échange. Sa meilleure politique serait d’abandonner tous les accords commerciaux et tous les droits de douane, mais les considérations politiques font de ce choix une hypothèse improbable, et des accords commerciaux seront négociés à la place.

Avec les pays membres du Commonwealth qui y sont disposés, les accords commerciaux devraient être relativement simples. En principe, l’Amérique est prête à accélérer la conclusion d’un accord commercial, mais avec l’autarcie commerciale croissante du côté américain, cette perspective s’éloignera. De plus en plus, la Grande-Bretagne se trouvera tiraillée entre le soutien à l’impérialisme américain, au travers de l’accord de renseignement des « Five Eyes », qui sera probablement une condition d’un futur accord commercial entre les États-Unis et le Royaume-Uni, et les avantages économiques qui découlent d’un accord de libre-échange sans restriction avec la Chine.

Il convient de noter que Boris Johnson, en tant que maire de Londres, a joué un rôle important dans la promotion de Londres auprès de la Chine comme centre financier international alternatif à New York, lorsqu’il a conduit une délégation commerciale de la City de Londres en octobre 2013. Il a convoqué George Osborne, alors chancelier de l’Échiquier, et, sous couvert d’une seconde délégation commerciale rapidement organisée, Osborne a rencontré de hauts dirigeants chinois et convenu avec eux que Londres jouerait ce rôle.

Cela explique également l’approche actuelle de M. Johnson envers la Chine. Il ne peut pas la soutenir publiquement par crainte de détériorer les relations avec les États-Unis, mais il comprend tout autant l’importance économique d’une relation de travail avec la Chine. Sa décision de permettre à Huawei de jouer un rôle dans le réseau 5G britannique était soigneusement équilibrée. Publiquement, les Américains ont été très contrariés, mais cette clameur s’est apaisée, pour être remplacée par de nouveaux appels, venant de ses propres backbenchers, à revenir sur la décision concernant Huawei. Ces initiatives ne peuvent avoir été suscitées que par des sources du renseignement américain, avec la complicité de leurs homologues britanniques.

Du point de vue de la Chine, il existe un écart potentiel à exploiter. Si elle parvient à améliorer son effort de propagande dans le sens recommandé dans cet article, un gouvernement britannique pragmatique s’éloignerait d’une Amérique isolationniste pour se rapprocher du libre-échange avec la Chine et les autres membres de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui, avec les nations qui doivent encore la rejoindre, représentent plus de 40 % de la population mondiale. Et là où va la Grande-Bretagne, le reste de l’Europe est susceptible de suivre.

Mais cela exigera de la Chine qu’elle repense sa position sur Taïwan et Hong Kong, au minimum. Abandonner tous les droits de douane, même à l’encontre de l’Amérique, serait encore préférable.






[i] Voir https://static.politico.com/80/54/2f3219384e01833b0a0ddf95181c/corona-virus-big-book-4.17.20.pdf

[ii] Les commentateurs américains se rangent généralement du côté de leur gouvernement, affirmant que les banques et les industries chinoises sont plus endettées que les américaines. À environ 300 % du PIB, c’est exact, contre environ 250 % pour les États-Unis. Mais les grandes banques chinoises auxquelles cette dette est due appartiennent à l’État. De plus, en cas de profonde récession, la dette publique américaine s’accroît rapidement, sans parler de l’alourdissement supplémentaire des engagements futurs. Le gouvernement chinois est nettement moins touché par ces facteurs.

 

 

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