
La FOMC et la Banque d’Angleterre ont surpris les marchés en ne relevant pas leurs taux d’intérêt cette semaine, contrairement aux attentes. Après la décision de la FOMC, l’or et l’argent ont reculé en raison de son communiqué à tonalité restrictive, avant de se redresser légèrement. En Europe ce matin, l’or s’établissait à 1 926 $, en hausse nette de 2 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier. L’argent a fait bien mieux, à 23,68 $, en hausse de 65 cents. L’argent subit manifestement un short squeeze en marché baissier, tandis que les fonds spéculatifs se sont désintéressés de l’or.
L’argent ouvre souvent la voie à la hausse, et ce pourrait être le cas aujourd’hui. Le graphique suivant montre que l’intérêt ouvert au Comex reste faible sur les deux contrats, ce qui indique que le potentiel de baisse est limité.

Ce type de marasme peut soutenir une phase haussière substantielle ; tout bien considéré, le risque se trouve donc davantage du côté de la vente à découvert que de l’achat. Mais il reste un obstacle majeur à surmonter : un dollar ferme et la hausse des rendements des obligations du Trésor américain. Les voici :

Ce problème ne concerne pas uniquement les marchés en dollars. Les deux graphiques suivants présentent les rendements du Bund à 10 ans et des JGB.

Ces deux rendements ne font que commencer à refléter le passage de taux d’intérêt négatifs à des taux positifs, et leurs graphiques montrent qu’ils sont en passe de monter considérablement. Pourtant, nous sommes clairement confrontés à une économie mondiale qui ne croît plus, et la contraction du crédit bancaire exerce une pression sur les emprunteurs, qui ne peuvent assumer leur dette à ces taux d’intérêt plus élevés.
Jusqu’à présent, les fonds spéculatifs ont considéré que des taux d’intérêt et des rendements obligataires élevés étaient défavorables au cours de l’or, et c’est ce qui a déterminé la relation entre le dollar et l’or. Il est plus probable que nous traversions une transition vers une crainte quant aux perspectives économiques et monétaires des monnaies fiduciaires.
Il ne fait aucun doute que ces craintes ont entraîné la vigueur du dollar ces derniers mois, car dans un monde de monnaies fiduciaires, le dollar représente la sécurité. Nous avons observé ce raisonnement lors de la crise Lehman, et le graphique suivant montre l’évolution de l’or durant cette période.

Dans la période précédant la crise, le cours de l’or est monté à 1 023 $ en mars 2008. La crise a ensuite commencé à se développer, conduisant à la faillite de Lehman le 15 septembre 2008. La semaine précédant l’événement, l’or s’échangeait à 742 $, soit une baisse de 27 % par rapport au plus haut de mars. Après un bref rebond à l’annonce de la nouvelle, il est ensuite retombé à 692 $ le 24 octobre, avant de remonter vers de nouveaux sommets face au dollar.
Il existe de nombreux autres exemples d’une ruée initiale vers la prétendue sécurité du dollar en temps de crise, au point que nous devrions nous y attendre à mesure que progresse la phase de contraction du cycle du crédit bancaire. Cette fois, il est peut-être trop tôt pour écarter une nouvelle baisse du cours de l’or, mais les investisseurs devraient clairement regarder au-delà de la faiblesse actuelle et se concentrer sur les évolutions ultérieures.
Celles-ci pourraient être très spectaculaires, et il incombe au lecteur de bien comprendre le tableau suivant.

Il regroupe l’ensemble des investissements et créances en dollars détenus par des étrangers, à la fois sur le territoire américain et en eurodollars offshore, pour un total considérable de 137 000 milliards de dollars. Parallèlement, les Américains ne détiennent que 748 milliards de dollars (milliards, avec un « m » !) en devises étrangères pour absorber une liquidation de dollars. Et ce sera un miracle si la hausse des taux d’intérêt et des rendements obligataires ne provoque pas une liquidation initiale de 26 000 milliards de dollars d’actifs à long terme aux États-Unis, entraînant une liquidation plus large du crédit en dollars. Il n’y a tout simplement presque rien pour l’absorber.
Conclusion : la hausse des taux d’intérêt finira par faire s’effondrer le dollar. Et cela pourrait survenir de façon soudaine et inattendue.
Vous avez de l’or ?