En tant que garantie adossée au crédit, la valeur des biens tangibles constitue le fondement du crédit dont dépend une économie moderne. Lorsque le secteur privé connaît de sérieux problèmes de crédit, ceux-ci partent généralement de l'immobilier. L'immobilier garantit le crédit non seulement pour lui-même, mais influence directement ou indirectement la quasi-totalité des autres financements. Comme nous l'avons constaté en 2008, lorsque les excès de crédit liés à la titrisation de prêts frauduleux (« liar loans ») se sont dénoués aux États-Unis, le risque qu'un effondrement immobilier sectoriel, dans une seule juridiction, et a fortiori à l'échelle mondiale, déclenche une grande crise financière ne doit pas être sous-estimé.
Nous sommes aujourd'hui confrontés à une telle crise. Voici un bref résumé de ses éléments :
- L'immobilier commercial est en crise, non seulement aux États-Unis, mais aussi dans toutes les autres économies avancées, où la surabondance de l'offre a été aggravée par la hausse des taux d'intérêt.
- Lorsque la part des prêts hypothécaires à taux fixe est élevée, l'immobilier résidentiel dispose d'une mèche plus longue. Mais ce marché stagne déjà et l'on peut raisonnablement s'attendre à une nouvelle baisse, ne serait-ce que parce que le crédit hypothécaire abordable devient inaccessible aux acheteurs potentiels.
- L'immobilier constitue la base des garanties des activités de l'économie réelle, avec des conséquences pour le crédit bancaire en général. Savills estimait la valeur de l'immobilier mondial à 326,5 billions de dollars en 2020, soit plus du double des évaluations actuelles des actifs financiers mondiaux.
- Pour éviter une crise, les taux d'intérêt doivent baisser. Malheureusement, ils sont appelés à monter, comme je l'expliquerai plus loin dans cet article. Lorsque les marchés en prendront conscience, l'anticipation de la hausse des taux d'intérêt et des rendements obligataires fera baisser la valeur de tous les actifs.
- L'inflation américaine progresse, son taux mensuel ayant augmenté cinq mois de suite, ce qui explique pourquoi les taux d'intérêt ne peuvent pas baisser.
- Les défauts de paiement, dans toutes les activités économiques, augmenteront cette année du fait du retrait du crédit bancaire à mesure que les risques de prêt s'accroissent.
- Sous la conduite des États-Unis, les économies du G7 font face non seulement à une récession, mais à un marasme qui s'aggrave sous l'effet d'une crise de la dette. Cela alourdira les besoins de financement des États et poussera les rendements obligataires encore plus haut.
Face à ces faits vérifiables et aux projections raisonnables qui en découlent, il paraît extraordinaire que des investisseurs par ailleurs rationnels ferment les yeux. Les voici, créant joyeusement de la richesse, indifférents aux dangers croissants qui pèsent sur la dette, et donc sur l'existence de toutes les formes de crédit :

C'est véritablement le cas de ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire. On y trouve peut-être tous les ingrédients d'une étude de cas de pensée magique rétrospective.
Cet article a pour but d'avertir ceux qui sont disposés à entendre la raison des dangers considérables auxquels le monde de la monnaie fiduciaire et du crédit bancaire est exposé. Cette compréhension doit reposer sur une pleine appréciation du rôle des garanties, du lien entre leur valeur et les taux d'intérêt, ainsi que de la manière et des raisons pour lesquelles cette valeur déclinera presque certainement.
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