Le chômage est la statistique que l'on aurait cru facile à définir : il suffirait de totaliser le nombre de personnes percevant une allocation chômage, et l'on obtiendrait la réponse.
Le sujet est toutefois beaucoup plus complexe, en particulier dans un grand pays comme les États-Unis, dont la population active potentielle est estimée à 250 080 000 personnes pour les 50 États et le district de Columbia. Sur ce total, 101 479 000 personnes n'ont pas d'emploi actuellement, soit un ratio supérieur à 40 %, et parmi elles, seules 8 575 000 sont considérées comme réellement au chômage. Les chiffres correspondants figurent ici.
Cela importe parce que le chômage est l'une des trois variables clés que les macroéconomistes utilisent pour élaborer la politique économique, les deux autres étant le PIB et le taux d'inflation des prix. Le Comité fédéral de l'open market de la Fed a d'ailleurs retenu le taux de chômage comme l'un de ses deux objectifs de politique monétaire. Cela devient au mieux discutable lorsque les chômeurs officiels représentent moins de 10 % de ceux qui pourraient travailler mais ne le font pas.
L'examen de la répartition des allocations n'aide pas davantage. Les allocations étant distribuées selon un système fondé sur des règles, de nombreux chômeurs n'en perçoivent pas. Par exemple, aux États-Unis, on compte 2 472 547 « chômeurs indemnisés » au niveau des États, contre 8 575 000 chômeurs officiels, de sorte que moins d'un sur trois perçoit réellement des allocations, et moins d'un sur quarante parmi ceux de la catégorie des personnes hors de la population active, ce qui rend ce chiffre inutile, lui aussi, pour orienter l'action publique.
Le nombre de chômeurs indemnisés est publié chaque semaine avec l'annonce des demandes initiales d'allocations par le ministère du Travail, tandis que le nombre de chômeurs officiels est annoncé séparément par le Bureau of Labor Statistics (BLS), chaque mois, le premier vendredi du mois suivant. Le BLS travaille à partir d'estimations très provisoires, tandis que le chiffre des chômeurs indemnisés, qui est une donnée ferme, ne représente qu'une petite partie du tableau d'ensemble.
Les estimations de croissance démographique ajoutent à la confusion. Selon le BLS, le nombre total de personnes hors de la population active a en fait augmenté de 279 000 sur l'année écoulée jusqu'en mars, alors que le nombre de personnes classées comme chômeurs a baissé de 1 804 000. Même ces chiffres seront révisés bien après avoir cessé d'être pertinents, à la lumière du prochain recensement ; mais à première vue, la hausse du nombre d'emplois ne suit pas l'augmentation estimée de la population active.
La création d'emplois est un processus continu, certes freiné par la réticence des banques à prêter aux petites entreprises, qui constituent l'essentiel de l'activité de toute économie. Quoi que disent les chiffres du PIB sur la croissance ou son absence, le progrès économique se poursuit, les gens achetant de meilleurs moyens de communication mobile, des voitures neuves et des téléviseurs à écran plat. Le drame du chômage est que ces avantages sont hors de portée de la plupart des chômeurs. Ce n'est pas qu'ils rechignent au travail : le problème tient en grande partie à ce que, dans une économie zombie, les ressources rares en capital ne sont pas redéployées de façon productive alors que la dette s'accumule, si bien que la création d'emplois est inutilement lente.
On aurait pu penser que des chiffres du chômage décevants viendraient renforcer les signes d'un affaiblissement de l'économie américaine, déjà annoncé par la baisse des prix des matières premières et la chute spectaculaire des taux de fret maritime. Un tel épisode s'est produit à Pâques, lorsque le BLS a annoncé que les créations d'emplois non agricoles étaient inférieures de 120 000 aux attentes, et que les chiffres des deux mois précédents étaient eux aussi révisés à la baisse, de 69 000 supplémentaires.
Est-ce la confirmation d'une économie sur le point de décrocher ? Peut-être, mais les statistiques du chômage sont trop peu fiables comme indicateur et n'auraient jamais dû être adoptées comme outil de politique économique.
Avertissement : les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de GoldMoney, sauf mention expresse. Veuillez noter que ni GoldMoney ni aucun de ses représentants ne fournissent de conseils financiers, juridiques, fiscaux, d'investissement ou autres. Il convient de solliciter de tels conseils auprès d'une personne ou d'un organisme indépendant et réglementé, dûment qualifié pour le faire. Toute information fournie dans cet article l'est uniquement à titre de commentaire général sur le marché et ne constitue pas un conseil. GoldMoney n'acceptera aucune responsabilité pour toute perte ou tout dommage pouvant résulter, directement ou indirectement, de votre utilisation de ces informations ou de la confiance que vous leur accordez.