Les Allemands ont – comme toujours – un mot pour cela : Rohrkrepierer. Littéralement, il désigne un « [projectile] qui explose dans le canon avant de sortir de l’arme ». C’est une analogie parfaite de ce qui s’est produit lorsque la Fed a sorti ce qu’elle considérait comme la bazooka financière, pour voir les actions s’effondrer à la clôture (voir Graphique 1). Plus précisément, la Fed de New York a annoncé aujourd’hui une extension massive de son dispositif de pension livrée (repo) de 1 500 milliards de dollars sur 2 jours, un montant stupéfiant. La Fed a également annoncé qu’elle commencerait à acheter des obligations du Trésor à coupon dans le cadre de ses opérations POMO.

À ce jour, le S&P500 affiche un recul de 26,7 % par rapport à son pic, franchissant le seuil de -20 % habituellement associé à un marché baissier. Ce qui est stupéfiant, toutefois, c’est la vitesse à laquelle cela s’est produit. Il a suffi de 16 séances de bourse au S&P500 pour y parvenir. Le précédent record avait été établi par nul autre que le krach de 1929, avec 30 séances. En d’autres termes, le krach actuel des marchés actions a été deux fois plus rapide que la mère de tous les krachs, celui de 1929.
Le graphique ci-dessous présente la performance du S&P500 lors de chaque marché baissier depuis 1929. Trois événements se détachent : 1929, 1987 (le tristement célèbre lundi noir du 19 octobre 1987) et maintenant 2020.
Ce graphique n’est pas propre aux marchés actions américains : les indices boursiers du monde entier présentent un tableau similaire. Les marchés asiatiques ont enregistré des baisses comparables au cours des 3 dernières semaines, mais comme ils étaient déjà en repli depuis un certain temps, la durée entre le pic et le point bas s’en est trouvée sensiblement allongée.

Pourquoi observe-t-on un recul aussi rapide des cours des actions ? On pourrait aisément invoquer l’épidémie de coronavirus et en conclure qu’elle entraîne un impact économique sans précédent sur une économie mondiale fortement interconnectée. Cela peut se révéler vrai à terme. Nous ne le savons pas encore.
Nous estimons toutefois que les marchés actions étaient mûrs pour une correction significative depuis longtemps et que le coronavirus n’en est que l’élément déclencheur. Nous nous attendons à ce que les marchés continuent de corriger, même si la menace du coronavirus devait se dissiper dans les semaines à venir, que ce soit parce que les mesures de confinement produisent des résultats à l’échelle mondiale, ou parce que les températures estivales plus chaudes ralentissent considérablement la propagation du virus.
La cause profonde du krach actuel est bien plus ancienne. Les interventions des banques centrales ont porté les marchés d’actifs à des valorisations record, selon presque tous les critères. Dans le même temps, elles ont vidé l’économie réelle de sa substance. Des taux d’intérêt artificiellement bas ont conduit à une mauvaise allocation massive du capital. L’industrie américaine du pétrole de schiste en est un exemple : des producteurs aux coûts d’exploitation très élevés et sans moyen de dégager des profits durables ont été arrosés d’argent par les investisseurs et les banques, ce qui leur a permis de tenir bien plus longtemps que cela n’aurait dû être possible dans un environnement d’investissement normal. Avec l’effondrement du marché pétrolier, cela prend brusquement fin. Les investisseurs et les créanciers devront passer en perte des centaines de milliards de dollars dans les mois à venir. Nous nous attendons à ce que d’autres secteurs suivent. De graves conséquences se profilent pour les marchés du crédit.
Une chose nous semble certaine : malgré le raté d’aujourd’hui, les banques centrales continueront d’essayer de résoudre le problème en inondant le marché de liquidités. Les taux d’intérêt seront abaissés en territoire encore plus négatif. L’assouplissement quantitatif va s’accélérer et les banques centrales trouveront probablement de nouvelles idées pour empêcher un effondrement du crédit et stimuler la demande. Tout cela sera favorable au cours de l’or.
Heureusement, le cours de l’or a été freiné par la chute rapide des prix de l’énergie,…

…la chute rapide des anticipations d’inflation…

...et, selon nous, par des liquidations destinées à couvrir des appels de marge sur des positions longues. Nous disons « heureusement », car cela permet aux épargnants du monde entier d’acheter encore de l’or malgré l’effondrement des actifs de la semaine écoulée. Nous nous attendons à des cours de l’or nettement plus élevés à moyen terme et en parlerons dans un prochain rapport.
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