L’or face à la masse monétaire

Dans un article récent, j’ai présenté l’idée de tenir compte, pour évaluer l’or, de l’augmentation de la quantité d’or hors sol et de l’expansion de la quantité de dollars en circulation au fil du temps. Cet article vise à expliquer pourquoi un ajustement aussi évident est rarement envisagé et pourquoi il devrait être appliqué.

Personne n’ajuste la quantité de dollars parce que nous voulons considérer le dollar comme ayant une valeur constante lorsque nous achetons des actifs ou des biens. Nous disons que les prix des biens montent ou baissent, jamais que c’est la monnaie qui baisse ou monte. Lorsque nous construisons un indice des prix de l’immobilier ou des actions, nous ne tenons pas compte de la dépréciation de la monnaie.

Hors période d’hyperinflation des prix, nous n’avons généralement pas conscience de la déformation du calcul économique causée par les variations de la masse monétaire. Le problème de l’évaluation de l’or est toutefois différent, car l’or reste le principal rival de la monnaie fiduciaire. Il est donc logique d’ajuster le taux de change or/dollar à la fois par une mesure appropriée de dollars et par la quantité cumulée d’or hors sol lorsque l’on compare des prix dans le temps.

Le dollar, en tant que monnaie fiduciaire acceptée à l’échelle internationale, constitue un bon indicateur pour toutes les autres, et la nécessité d’intégrer les variations de la masse monétaire est devenue pressante depuis la crise bancaire, car la quantité de dollars a augmenté rapidement.

Si l’on accepte cet argument, il faut décider quelle mesure monétaire est la plus appropriée. J’ai choisi d’additionner les composantes de la masse monétaire qui seraient convertibles en or si la convertibilité intégrale était en vigueur. Cela correspond aux espèces, aux comptes courants et aux comptes d’épargne, ainsi qu’aux réserves excédentaires détenues auprès de la Fed. Il s’agit de la masse monétaire autrichienne, ou True Money Supply, plus les réserves excédentaires. Le graphique ci-dessous montre que, selon cette mesure, le dollar américain est déjà en hyperinflation, car sa quantité augmente nettement plus vite que sa tendance exponentielle, représentée par la ligne en pointillés.

True Money Supply, en milliards de $

Le fait que le dollar américain soit en hyperinflation rend encore plus pressante la nécessité d’ajuster le prix de l’or en dollars pour refléter l’inflation monétaire. Cela nous amène au second graphique, qui présente le prix de l’or rebasé sur janvier 2000, date à laquelle il s’établissait à 283 $.

Or en dollars US depuis 2000, ajusté de l’expansion de l’or et de la masse monétaire

Depuis 2000, la quantité d’or détenue en surface est passée d’environ 126 000 tonnes à 159 000 tonnes aujourd’hui, et sa composante en dollars de 2 920 milliards à 11 300 milliards de dollars. En conséquence, exprimé en dollars de janvier 2000, le cours actuel de l’or est inférieur à 400 dollars, pour un cours effectif de 1 200 dollars. Ainsi, au lieu d’une hausse nominale du taux de change or/dollar de 324 %, la hausse n’a été que de 39 % en termes réels en treize ans.

Pour quiconque cherche à évaluer l’or comme protection contre les risques bancaires et monétaires, cette donnée est essentielle. En termes réels, l’or se situe au niveau d’avril 2006, et en dessous des niveaux observés pendant la crise bancaire, alors même que, selon notre mesure, le dollar connaît une hyperinflation.

Presque personne ne tient compte de l’inflation monétaire lorsqu’il évalue le cours or/dollar, malgré des conditions monétaires de plus en plus instables. C’est une erreur que la plupart des gens ne reconnaîtront que lorsque les prix reflèteront enfin l’inflation monétaire actuelle ; mais elle offre une occasion exceptionnelle à ceux qui comprennent la véritable relation entre l’or et les monnaies fiduciaires.

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