L’or et les taux d’intérêt

Une idée fausse répandue sur les marchés à propos du prix de l’or est que la hausse des taux d’intérêt d’une monnaie fera toujours baisser le prix de l’or par rapport à celle-ci. J’aborderai dans un instant les relations de marché, mais nous devons d’abord examiner la relation économique entre l’or et la monnaie.

Le principal moteur est l’évolution des quantités relatives d’or et de monnaie, à laquelle s’ajoutent les variations de la confiance dans la monnaie elle-même. Cette relation de quantité est simple à comprendre et appelle peu de développements ; mais elle ne signifie pas qu’un doublement de la quantité de monnaie papier entraîne automatiquement un doublement du prix de l’or. La raison en est que le pouvoir d’achat d’une monnaie peut varier, et varie effectivement, indépendamment des variations de sa quantité. L’or, en revanche, est considéré par la majorité de la population mondiale comme une meilleure réserve de valeur que la monnaie locale ; son attrait est donc mondial au lieu d’être lié à la juridiction d’une seule monnaie.

Cela signifie qu’à long terme, la relation la plus importante entre l’or et la monnaie ne peut pas être celle des taux d’intérêt. Toutefois, en supposant une période de stabilité générale d’une grande monnaie telle que le dollar américain, les taux d’intérêt entrent alors en jeu. Nous devons tenir compte de l’opinion des opérateurs, qui se limite normalement aux transactions sur les marchés papier. Deux situations différentes sont à considérer : celle où les changements de politique de taux anticipent un resserrement monétaire, et celle où la politique monétaire réagit aux événements et ne les anticipe donc pas.

Si une banque centrale resserre sa politique monétaire de manière à anticiper pleinement la hausse attendue des taux d’intérêt, les opérateurs vendront de l’or, au motif que la banque centrale penche vers une politique de monnaie forte, ce qui réduit l’attrait de l’or comme protection contre l’inflation. Ils feront également valoir que le coût du renoncement à des taux d’intérêt plus élevés sur les dépôts en monnaie rend la détention d’or moins attrayante. Ce sont les conditions qu’ont instaurées la Fed et la Banque d’Angleterre au début des années 1980, et qui ont contribué à la baisse du prix de l’or pendant le reste de la décennie.

La seconde relation, qui a contribué à la hausse du prix de l’or dans les années 1970, est l’inverse. Dans ce cas, la banque centrale hésite à relever les taux d’intérêt jusqu’à ce qu’elle y soit contrainte. Ce biais va dans le sens d’une politique monétaire laxiste, favorable à l’or, et dans ce cas la hausse des taux d’intérêt ne réduit pas son attrait.

Aujourd’hui, le marché peut au mieux être décrit comme confus. Les perspectives de croissance économique et d’inflation des prix sont loin d’être claires pour le consensus du marché, si bien que les discussions sur la réduction progressive des achats par la Fed sont perçues comme introduisant un biais déflationniste. Pour cette raison, lorsque les rendements obligataires augmentent, l’or s’affaiblit.

Les opérateurs des marchés papier ne s’intéressent qu’aux relations à court terme et n’accordent donc que peu, voire aucune, attention aux fondamentaux à long terme. Si l’on considère les hausses relatives de la quantité d’or et de celle d’une monnaie fiduciaire telle que le dollar, l’or est aujourd’hui manifestement sous-évalué par rapport à son niveau d’avant la crise Lehman.

Le retrait du métal physique de la circulation sur le marché le confirme. Tôt ou tard, les opérateurs qui ignorent la loi de Gresham et qui croient que les taux d’intérêt sont l’unique facteur déterminant de l’évolution des prix recevront un réveil brutal.

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