La progression de l’argent, qui s’envole, devrait se poursuivre en raison de la contrainte systémique actuelle. De plus, l’or menace d’atteindre de nouveaux sommets, ce qui aggraverait la crise de la formation des prix de l’argent.
La hausse des prix des métaux précieux est le signe d’une crise de liquidité en train de se développer sur le marché des produits dérivés. Elle résulte de la combinaison d’une libération après une longue période de manipulation à la baisse des cours (argent, platine, palladium, cuivre) et d’une détérioration rapide des perspectives d’inflation, que signale l’or.
Les banquiers centraux ont toujours mal géré leurs monnaies ; leur affirmation actuelle selon laquelle l’inflation serait un problème en recul ne pourrait donc être plus erronée.

L’or et l’argent ont continué de progresser cette semaine, mais à un rythme plus modéré. Lors des échanges européens ce matin, l’or s’établissait à 4 331 $, en hausse de 31 $ par rapport à vendredi dernier, et l’argent à 66,05 $, en hausse de 4,10 $ sur la semaine. Les volumes ont été modérés au Comex, mais l’intérêt ouvert sur l’argent est resté pratiquement inchangé, tandis qu’il a augmenté d’environ 30 000 contrats sur l’or, selon les chiffres préliminaires.
Le graphique suivant présente l’intérêt ouvert sur l’or par rapport au prix :

Le niveau de l’intérêt ouvert nous indique que, quoi qu’en disent les analystes graphiques, l’or est loin d’être suracheté. Certes, l’intérêt spéculatif a récemment augmenté, reflétant peut-être l’espoir déclinant d’une correction plus prolongée et plus profonde après les sommets historiques de fin octobre. Mais le principal moteur des prix est la prise de conscience, chez les banques de métaux précieux, que les perspectives sont à la hausse des prix et qu’elles ne doivent pas être vendeuses à découvert.
Si l’or dispose d’une certaine liquidité physique, ce n’est pas le cas de l’argent, comme le montre notre graphique suivant :

Bien que le prix s’envole et ait même atteint un record de 66,85 $ mercredi, tout en s’échangeant à plus de 68 $ à Shanghai, l’intérêt ouvert au Comex reste faible. Autrement dit, les records successifs suscitent très peu de demande spéculative. L’intérêt ouvert a commencé à diminuer à la mi-juin, lorsque le prix était de 36 $. Pourquoi les spéculateurs passent à côté de la dynamique évidente des prix de l’argent reste un mystère, alors même qu’il est manifeste qu’il n’existe nulle part de liquidité physique.
En pratique, l’argent n’a que des acheteurs, ce qui signifie qu’aucun prix n’est proposé aux acquéreurs. Les vendeurs à découvert refusent tout simplement de vendre et ont atteint leurs limites de crédit. Les conséquences sur le ratio or/argent ont été spectaculaires :

Passera-t-il sous le plus bas de 64 atteint en janvier 2021 ? La réponse est presque certainement oui. Les taux de location à Londres atteignent 7 % et le Comex est proche de la backwardation. Et avec la restriction par la Chine des exportations d’argent physique au nouvel an, au moyen d’un nouveau régime de licences, ce short squeeze est loin d’être terminé.
Des témoignages anecdotiques faisant état de longues files d’acheteurs particuliers dans des endroits comme Singapour montrent que les épargnants asiatiques exercent une pression supplémentaire sur la demande industrielle mondiale. Et l’on observe une tendance nette à la hausse des prix de l’argent pendant les heures de négociation asiatiques, par rapport aux horaires européens et américains.
Pour ce qui est de l’or, le marché semble plus ordonné, les prix augmentant désormais en même temps que l’intérêt ouvert au Comex. De plus en plus, les opérateurs suivant la tendance semblent acheter dans le sens de la hausse et paraissent de plus en plus confiants quant à de nouveaux sommets dans les semaines à venir. Il restera important pour les banques de métaux précieux de maintenir des positions équilibrées, vendeuses au Comex et acheteuses à Londres. La demande d’ETF devrait également repartir. Ces facteurs expliquent que les prix de l’or augmentent de façon peut-être plus ordonnée que ceux de l’argent, qui est rare.
Du moins, telle est la théorie et l’explication conventionnelle. Mais la réalité tient moins à la question de savoir si l’or est dans un marché haussier qu’à la baisse du pouvoir d’achat des monnaies. Les principales banques centrales, à l’exception possible de la Banque du Japon, nous disent que l’inflation sera un problème moindre en 2026, invoquant la perspective d’une récession économique qu’il faut éviter à tout prix. Mais ce sont ces « experts » dont l’expérience nous montre qu’ils se trompent toujours.
Cela n’a rien de surprenant, puisque le FOMC de la Fed et le MPC de la BoE citent presque jamais la masse monétaire comme un facteur majeur déterminant les prix à un horizon de six à neuf mois. L’or, qui est une véritable monnaie, alors que les monnaies fiduciaires tirent leur valeur principalement de la confiance, raconte une tout autre histoire :

L’effondrement du pouvoir d’achat de ces grandes devises depuis le début du siècle est alarmant. Il ne s’agit pas seulement du dollar. Sur 25 ans, la devise la moins performante est le yen japonais : 100 ¥ en 2000 ne valent plus aujourd’hui que 4,70 ¥. Viennent ensuite la livre sterling, où 100 £ ne valent plus que 5,60 £, le dollar, où 100 $ deviennent 6,95 $, et l’euro, où 100 € deviennent 7,95 €.
Fait préoccupant, la tendance baissière de toutes ces devises s’accélère, ce qui laisse présager une crise imminente. Tel est le contexte d’une année 2026 très difficile, les prévisions d’inflation actuelles étant largement trop optimistes. Il ne faudrait pas s’étonner de voir l’inflation terminer l’année 2026 nettement au-dessus du pic inflationniste de l’après-covid, que nul gouverneur de banque centrale n’avait anticipé.
Mais tant que les banquiers centraux de ces devises considéreront l’or comme un « caillou de compagnie » et une simple curiosité historique, il ne faut pas s’étonner qu’ils se trompent systématiquement dans leurs prévisions d’inflation.