L’or en temps de guerre

Les monnaies se déprécient pendant et après les guerres, car les dépenses publiques explosent, non seulement en raison des dépenses de défense, mais aussi en raison des conséquences économiques.

Les marchés financiers, en particulier en Amérique du Nord et en Europe, ignorent les leçons de l’histoire. Par leurs actions, les intervenants considèrent que c’est le coût marginal de la détention d’or, au regard des taux d’intérêt attendus, qui détermine la valeur de ce dernier. L’hypothèse est que l’inflation risque de plus en plus de surprendre à la hausse en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz, ce qui supprime la baisse des taux espérée plus tard cette année et lui substitue la probabilité d’une hausse.

C’est un non-sens irréfléchi, qui suppose que les dépôts en monnaie auprès d’une banque constituent la sécurité ultime. Cette illusion tient principalement au fait que les rendements des investissements sont comptabilisés dans ces monnaies, ce qui ignore les facteurs qui modifient leur pouvoir d’achat. La semaine dernière en a fourni un parfait exemple, les valeurs des monnaies ayant progressé face à celles de l’or et de l’argent.

Le trading à court terme est particulièrement hasardeux. Mais les « stackers » disposés à tirer parti d’un arbitrage entre les idées fausses actuelles des investisseurs sur le rôle de l’or et de l’argent, et la réalité qui sape toujours la valeur des monnaies après une guerre, disposent d’un avantage majeur.

Illustration accompanying L’or en temps de guerre

En début de séance européenne ce matin (vendredi), l’or valait 4 225 $, après avoir rebondi depuis un plus bas de 4 029 $ hier matin, sur l’annonce par la Maison-Blanche qu’un accord est en cours de conclusion avec l’Iran, qui conduirait à la réouverture d’Ormuz ce week-end ou peut-être lundi. Il convient toutefois de noter que l’Iran a déclaré qu’il n’y avait aucun accord et a réaffirmé ses lignes rouges. À 67,30 $, l’argent a rebondi ce matin depuis son plus bas d’hier, à 61,50 $.

La difficulté que nous rencontrons pour évaluer les perspectives immédiates des cours de l’or et de l’argent peut se résumer dans les points suivants :

Nous ne pouvons que conclure que ce règlement soudain annoncé hier par le président Trump doit être accueilli avec prudence, et que les incertitudes qui pèsent sur l’or et l’argent sont loin d’être levées. Les opérateurs font face à des incertitudes persistantes sur un marché dominé principalement par les intérêts particuliers des teneurs de marché et des desks de négociation des banques de métaux précieux, qui sont vendeurs à découvert de contrats à terme sur l’or et l’argent. À la marge, ils pousseront les prix à la baisse.

L’intérêt ouvert sur l’or au Comex reste très faible :

Illustration accompanying L’or en temps de guerre

Cela indique que l’intérêt spéculatif a diminué lorsque le prix a dépassé 3 000 $ début 2025. La hausse du prix « papier » de l’or a été portée par la demande physique sous-jacente des banques centrales et des acteurs asiatiques, en particulier chinois et, dans une moindre mesure peut-être, indiens. Les liquidations de positions ont dû être mineures, bien qu’en mai les flux des ETF soient devenus légèrement négatifs, selon le World Gold Council :

Illustration accompanying L’or en temps de guerre

Les creux de mars et de mai confirment ce que savent les cyniques : les investisseurs ont tendance à vendre quand le prix baisse et à acheter quand il monte. Les liquidations nettes d’ETF ne sont peut-être pas terminées, mais nous pouvons être certains que, sur un marché aussi massivement survendu, toute vente d’ETF sera facilement absorbée.

Alors que le sentiment des investisseurs sur l’argent est au plus bas, la situation est ici potentiellement explosive. Examinons d’abord l’intérêt ouvert au Comex :

Illustration accompanying L’or en temps de guerre

L’intérêt ouvert est inférieur à celui d’octobre 2013, et plus encore à celui d’avril 2020, lorsque l’argent a entamé son marché haussier actuel à partir de moins de 12 $. Ce seul graphique suggère que le potentiel de baisse de l’argent est extrêmement limité. Nous savons que la demande industrielle dépasse la somme de l’offre minière et du recyclage pour la septième année consécutive, que la Chine est passée du statut d’exportateur important à celui d’importateur net au premier trimestre 2025, et que l’intérêt des investisseurs ne s’est pas encore manifesté.

En conclusion, à très court terme, les incertitudes autour de l'Iran et la manière dont elles sont interprétées sur les marchés papier semblent devoir persister. Les investisseurs croient à tort que la sécurité se trouve dans les dépôts en devises. Cette illusion se dissipera lorsque l'on comprendra que les conséquences d'une guerre sapent presque toujours la valeur des devises cotées en or. La possibilité d'un short squeeze sur l'argent, alors que la demande industrielle vide les marchés papier de leur couverture physique, conjuguée au retour de l'intérêt des investisseurs, pourrait entraîner des prix bien plus élevés, et ce rapidement.

Notre dernier graphique du dollar coté en or rend la direction très claire. Le dollar fiduciaire se dirige vers la fin de sa vie :

Illustration accompanying L’or en temps de guerre

Retour aux analyses Goldmoney