La chronologie des événements de 2013 constitue la toile de fond de l'or en 2014. Ce fut une année marquante, qui devrait garantir une hausse du cours de l'or en 2014.
Avant 2013, la demande d'ETF physiques était élevée. Parallèlement, la demande asiatique, venue de Chine, d'Inde, de Turquie et d'ailleurs, s'accélérait, laissant les marchés occidentaux de métal précieux de plus en plus à court de liquidité physique. En 2012, Hong Kong et la Chine avaient absorbé à elles deux, selon les chiffres officiels, 1 458 tonnes, et l'Inde 988 tonnes supplémentaires, ce qui garantissait que 2013 débuterait avec une demande mondiale supérieure à l'offre disponible issue des mines et du recyclage.
Voici la liste des principaux développements survenus par la suite en 2013.
1. La Bundesbank allemande a annoncé en janvier qu'elle rapatrierait d'ici 2020 300 tonnes de l'or qu'elle détient auprès de la Fed de New York. Cette décision a été critiquée : l'or conservé à New York représentait 1 536 tonnes, alors pourquoi mettre sept ans à rapatrier moins de 20 % de ce montant ? En définitive, à la fin de l'année, seules cinq tonnes avaient été rapatriées, ce qui a alimenté des rumeurs selon lesquelles cet or n'existerait en fait que sous forme d'écriture comptable.
2. Le fiasco du bail-in chypriote, en février, a alerté tout le monde sur les nouvelles procédures de renflouement interne (bail-in) adoptées par tous les États membres du G20. Les déposants fortunés de la zone euro ont soudain compris que leurs dépôts risquaient d'être confisqués. Les gouvernements ne renfloueraient plus les gros déposants en euros, et encore moins les titulaires de comptes de métaux précieux.
3. Ce nouveau régime de bail-in a été suivi du refus d'ABN-AMRO et de Rabobank de livrer de l'or physique à leurs clients titulaires de comptes, qui se sont vu proposer à la place un règlement en numéraire. Beaucoup y ont vu la preuve que des détenteurs de long terme tentaient de retirer des métaux précieux physiques.
4. Fin mars, il devenait évident que la demande croissante de métaux précieux physiques constituait un problème systémique potentiel. En avril, une attaque coordonnée a alors visé le cours de l'or afin de persuader le public investisseur que l'or était entré dans un marché baissier.
5. Il en a résulté la liquidation de positions par des détenteurs fragiles dans les fonds d'or de type ETF. Toutefois, la baisse des prix a également déclenché une demande physique sans précédent, notamment de la part de la Chine et de l'Inde, mais aussi dans l'ensemble du continent asiatique. Les ventes de pièces d'or ont battu des records. Rien n'indique que les banques centrales occidentales aient anticipé cette demande croissante ; par élimination, elles devaient être la principale source de la liquidité maintenue.
6. En juillet, j'ai constaté que, durant les quatre mois suivant la clôture de son exercice le 28 février, la Banque d'Angleterre semblait avoir livré jusqu'à 1 300 tonnes d'or issues de ses coffres. Ce volume correspondait à la demande asiatique record qui a suivi la baisse des prix d'avril, bien supérieure à ce que pouvaient satisfaire d'autres sources connues, comme la liquidation des ETF.
7. Le nouveau gouverneur de la Reserve Bank of India, Raghuram Rajan, ancien économiste en chef du FMI, a instauré des restrictions sur les importations d'or de l'Inde, qu'il tenait pour responsables du déficit commercial. Cette mesure est revenue sur les politiques officielles qui avaient conduit à la libéralisation du marché de l'or au début des années 1990, ce qui a nourri les soupçons selon lesquels elle aurait été orchestrée par les banques centrales occidentales.
8. Les primes ont flambé en Inde et la contrebande s'est intensifiée pour répondre à la demande.
9. Dans son témoignage devant le Congrès à la mi-juillet, Ben Bernanke a déclaré : « Personne ne comprend vraiment les prix de l'or, et moi non plus. » Reconnaissait-il un échec de la politique de gestion de l'or ?
10. En octobre, les banques centrales de Suède et de Finlande ont toutes deux annoncé l'emplacement de leurs réserves d'or. En outre, le responsable de la communication de la banque centrale finlandaise a ajouté des informations en finnois dans un blog hébergé sur le site de la banque, indiquant que la totalité des 25 tonnes détenues auprès de la Banque d'Angleterre était « investie » (c'est-à-dire prêtée ou échangée), et que « les activités d'investissement en or sont courantes pour les banques centrales ». Cela semble reconnaître que des quantités importantes d'or monétaire ont été vendues sur le marché. Question : comment le récupérer, alors que la seule demande asiatique absorbe l'équivalent de toute l'offre mondiale issue des mines et du recyclage ?
11. La demande du public chinois, via le Shanghai Gold Exchange et Hong Kong, a atteint 2 668 tonnes sur l'ensemble de l'année. En y ajoutant 50 tonnes de pièces, on obtient 2 718 tonnes au total. Nous le savons, car il s'agit de chiffres fermes publiés par le SGE et le gouvernement de Hong Kong, et non du résultat d'enquêtes visant à identifier les utilisateurs finaux.
12. On peut supposer que la production minière chinoise, soit 430 tonnes, ne figure pas dans ces chiffres, puisque le gouvernement achète toute la production minière nationale et ne fera vraisemblablement pas passer l'or de mines qu'il contrôle par des courtiers commerciaux sur le SGE. Dans ce cas, la production minière chinoise doit être ajoutée aux chiffres de la demande totale, ce qui porte celle-ci à 3 148 tonnes. De plus, les statistiques disponibles n'incluent pas l'or acheté hors de Chine par le gouvernement et par des citoyens fortunés, puis importé ou conservé dans des coffres à l'étranger ; on peut donc probablement considérer ce chiffre comme un minimum, même si les livraisons du SGE comprennent quelques centaines de tonnes de métal recyclé.
13. Parallèlement, la China Gold Association indique une « consommation » d'or de 1 100 tonnes, et le WGC fait état d'une demande chinoise identifiée de 1 066 tonnes. Ces chiffres sont communément retenus par les analystes occidentaux comme représentant la demande totale.
En conclusion
Les événements de 2013 ont convaincu les investisseurs des marchés de capitaux occidentaux que le marché haussier de l'or était définitivement brisé, et que l'or baisserait probablement encore ou, au mieux, évoluerait latéralement en 2014. La réalité sous-jacente est très différente : la Chine, en particulier, est parvenue à accaparer le marché physique, prenant au dépourvu les analystes occidentaux qui suivent les tendances.
Jusqu'à présent, au lieu de poursuivre sa baisse, le cours de l'or a en réalité atteint son point bas le 31 décembre à 1 182 $, et il a depuis progressé de plus de 13 % pour atteindre 1 340 $. La situation actuelle est la suivante : certains fonds spéculatifs qui étaient vendeurs ont clôturé leurs positions, et d'autres doivent encore le faire. Les suiveurs de tendance disposent de plus en plus d'indices selon lesquels le cours entre dans une nouvelle phase haussière, les moyennes mobiles à 50 jours et à 200 jours étant toutes deux en hausse et sur le point de former une « golden cross ».
Les banques centrales semblent confrontées à un problème dont elles sont elles-mêmes à l'origine. L'enseignement tiré de la tentative de l'Allemagne de rapatrier son or semble constituer une preuve à première vue que les banques centrales disposent de peu ou pas de liquidité physique. Les banques centrales de moindre taille, comme celle de la Finlande, doivent désormais se demander si l'or qu'elles ont prêté leur sera un jour restitué ; elles pourraient donc être de plus en plus réticentes à mettre leur or à disposition pour de nouveaux prêts. Il est plus probable qu'elles mettent fin aux accords de prêt en cours à leur échéance plutôt que de les prolonger.
En 2014, on prendra probablement de plus en plus conscience que les coffres en Occident disposent de très peu de stocks.
L'année 2014 devrait être intéressante.