
Au cours de cette semaine raccourcie par les fêtes de Pâques, l’or a atteint de nouveaux sommets, tandis que l’argent n’a pas encore rattrapé son retard. À la clôture hier soir à New York, l’or s’établissait à 2 233 $, en hausse de 70 $, et l’argent s’échangeait à 24,94 $, en hausse nette de 28 cents. Les volumes sur le Comex étaient soutenus, sans être spectaculaires :

Fait intéressant, l’intérêt ouvert sur l’or a diminué lors de ce mouvement haussier, alors que l’on se serait attendu à une ruée vers l’achat. Depuis son pic du 21 mars, il a reculé de près de 38 000 contrats en cinq séances de bourse. De toute évidence, la catégorie des Swaps, composée pour l’essentiel de desks de négociation de banques de métaux précieux, cherche à se mettre à l’abri au lieu de laisser courir la hausse dans l’idée d’évincer les spéculateurs fragiles dès les premières prises de bénéfices.
Les Swaps doivent savoir quelque chose pour expliquer ce comportement, et cela ne peut concerner que l’offre et la demande physiques. De nouveaux éléments sont apparus cette semaine à Londres, où les sauts du cours du métal précieux ont coïncidé avec le fixing du matin, alors que le reste du temps le cours a à peine bougé.
Ce comportement indique que, pendant la nuit et tôt le matin à l’heure de Londres, les banques de métaux précieux ont constaté une demande asiatique substantielle, demande qui est dénouée lors du fixing et fait nettement grimper les prix. Faute de liquidité physique suffisante, ces banques n’osent pas se livrer à leurs manœuvres habituelles de hausse puis de vente massive sur le Comex. Peut-être lundi, alors que Londres sera fermée, les Swaps auront-ils l’occasion de faire baisser fortement les prix.
Le premier jour de livraison du contrat d’avril du Comex était hier (28 mars), et pas moins de 5 236 contrats ont été livrés, soit 523 600 onces (16,29 tonnes), pour un total de 602 400 onces sur la semaine. Cela porte le total du premier trimestre 2024 à 37 201 contrats (115,71 tonnes). Les livraisons d’argent ont également été élevées cette semaine, avec 389 contrats représentant 60,5 tonnes.
Dans mes précédents rapports de marché, j’ai souligné la situation extraordinaire dans laquelle l’or atteint avec force de nouveaux sommets, alors que le niveau de participation et d’intérêt du public est celui d’un marché de l’or encore baissier. La configuration haussière apparaît clairement dans le graphique technique ci-dessous.

Le cours et les moyennes mobiles sont en configuration haussière, et nous assistons à une cassure à la suite d’une longue consolidation de 43 mois, de sorte qu’il reste beaucoup de terrain à rattraper. En outre, l’ampleur du mouvement ayant mené à la consolidation sert de repère pour celle du mouvement de sortie, ce qui donne un objectif de cours proche de 3 000 $.
Comme je l’ai également souligné, ce n’est pas tant l’or qui monte que le dollar, et toutes les monnaies qui en dépendent, qui perdent en pouvoir d’achat. C’est ce qui pousse les banques centrales et les fonds souverains à accumuler des métaux précieux comme valeur refuge dans leurs réserves. Cela nous amène à nous demander pourquoi ce mouvement vers les valeurs refuges semble s’accélérer, alors que le consensus sur les marchés occidentaux est que l’inflation est un problème du passé et que les baisses de taux d’intérêt devraient commencer plus tard cette année.
Il semblerait que cette opinion ne soit pas partagée au sein de l’« establishment financier profond », en particulier en Asie, qui chaque matin cette semaine a vidé Londres de ses métaux précieux lors du fixing du matin. Il ne peut avoir conclu qu’à l’imminence d’une crise monétaire, ce qui l’incite à vendre des dollars et à acheter de l’or, quel qu’en soit le prix.