Tout épargnant raisonnable ayant perçu l'intérêt d'accumuler de l'or devrait se poser la question essentielle de savoir quand se séparer de son or, ou du moins quand réduire sa part de métaux précieux. Comme pour tout autre actif, la réponse est simple : lorsqu'il devient surévalué.
Évaluer l'or n'est cependant pas chose aisée. La plupart des gérants de portefeuille et des investisseurs n'essaient même pas, ou tentent à tort d'appliquer à l'or les modèles utilisés pour les matières premières, en ignorant le ratio stock/flux de 65 pour 1 qui distingue l'or de la plupart des matières premières, du moins en ce qui concerne l'effet de la production annuelle sur l'offre. L'or n'a ni rendement, ni notation de crédit, ni ratio cours/bénéfice. La bonne façon d'évaluer l'or, comme nous l'avons déjà soutenu, consiste à le comparer aux autres monnaies.
C'est précisément ce que fait l'indice Gold Money de James Turk. Il repère avec exactitude les moments historiques où l'or était en situation de bulle et nettement surévalué, constituant ainsi l'outil idéal pour répondre à cette question pressante : quand vendre mon or ?
L'indice Gold Money a parfaitement identifié les surchauffes du cours de l'or et averti les investisseurs prudents de sortir de l'or. Il se révélera un outil extrêmement utile pour les épargnants actuels en or, leur permettant de déterminer quand l'or est en bulle, non pas sur la base d'éléments anecdotiques ou de titres et d'articles d'opinion sans cesse changeants, mais sur la base de chiffres. Lorsque le cours de l'or atteindra le double du juste prix de l'or déterminé par l'indice Gold Money, comme en 1980, il sera temps de vendre (ou de dépenser) votre or et de le convertir en investissements productifs sous-évalués.

Toutefois, comme vous pouvez le constater sur le graphique ci-dessus (notez l'échelle logarithmique), le message que nous envoie actuellement l'indice Gold Money est exactement inverse : l'or est considérablement sous-évalué, alors que les banques centrales et les gouvernements continuent d'accumuler d'énormes quantités de dollars, d'euros et de yens, ce qui fait gonfler leurs réserves de change à des niveaux inédits. Rappelons que l'indice Gold Money est le ratio entre les réserves de change des banques centrales et leurs réserves d'or. Autrement dit : la quantité de papier dont elles disposent par rapport à l'or qu'elles détiennent. Ces dernières années, ce dernier n'a cessé de diminuer tandis que le premier a explosé. Il n'est donc pas surprenant que certains pays, comme le Venezuela ou l'Allemagne, demandent que cet or soit conservé plus près de chez eux, là où ils peuvent le surveiller.

Le graphique ci-dessus montre précisément cet écart colossal par rapport à la moyenne depuis les années 1980, ainsi que l'ampleur de la bulle monétaire qui, aujourd'hui encore, gonfle à un rythme exponentiel avec l'aide généreuse des banquiers centraux du monde entier. Au cours des dix dernières années, le montant de dollars, de yens et d'euros détenus par ces planificateurs centraux a été multiplié par cinq. Il a doublé depuis 2007, alors que l'or de leurs coffres, lui, est resté stable, sous la barre du milliard d'onces (28 065 tonnes, soit 902 millions d'onces troy selon le dernier rapport du WGC), avec un flux net des pays occidentaux vers les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).
Tant que cette création monétaire illimitée des grandes « planches à billets » du monde se poursuivra sans contrôle et que le cours de l'or sera contenu par le recours à l'« or papier », l'écart entre la juste valeur de l'or et son cours actuel continuera de se creuser, entraînant une sous-évaluation considérable.

Certains pourraient naturellement penser que la situation illustrée par le graphique ci-dessus, qui porte sur les 30 dernières années, est « la nouvelle normalité » et que « cette fois, c'est différent » : que le monde a changé de nature depuis que Nixon a fermé la fenêtre de l'or en 1971 et que l'or ne retrouvera jamais sa place au cœur du système monétaire mondial. Ils pourraient soutenir que le retour à la juste valeur, que l'indice Gold Money montre à maintes reprises au cours des siècles passés, n'a pas besoin de se reproduire. Que la création monétaire illimitée ne posera pas de problème cette fois, parce que nos planificateurs centraux ont tiré les leçons de leurs erreurs passées.
Nous pourrions accorder un peu plus de crédit à ces arguments si les planificateurs monétaires centraux ne reproduisaient pas exactement ce qui a conduit au désastre par le passé, et n'employaient pas les mêmes excuses, presque mot pour mot, que leurs prédécesseurs malheureux dans l'art de gonfler les bulles.
Pour ceux qui préfèrent examiner les chiffres et prendre une décision rationnelle, l'indice Gold Money pourrait se révéler un outil précieux.