Erratum
Dans l’article ci-dessous, envoyé vendredi, j’ai indiqué par inadvertance une quantité d’or erronée comme équivalent de 5 % de 3 000 milliards de dollars. Le chiffre correct devrait être d’environ 3 400 tonnes. Le chiffre cité correspond à la totalité des 3 000 milliards de dollars.
Il convient de noter que, compte tenu du manque de liquidité physique sur les marchés occidentaux, ce chiffre inférieur ne modifie pas l’argumentation de fond.
Je m’excuse pour la gêne occasionnée et demande que, partout où l’article a été republié, il soit corrigé en conséquence.
Alasdair Macleod
16 mars 2014
Selon Garet Garrett dans son livre « A Bubble that Broke the World », Khéops a employé 100 000 hommes pendant vingt ans pour bâtir sa grande pyramide, « et tout ce qu’il avait en échange de 600 000 000 de journées de travail humain était un actif gelé ». La distorsion que Khéops a fait subir à l’économie du Nil n’était rien en comparaison de l’économie déformée par le gouvernement chinois aujourd’hui, qui a supervisé la construction de villes vides, d’aéroports inutilisés, d’autoroutes sans voitures et de ponts qui ne mènent nulle part.
Une différence notable entre l’Égypte antique et la Chine moderne réside dans la capacité à orienter l’activité économique par le recours au crédit. Il en résulte aujourd’hui des projets économiquement inutiles à une échelle bien supérieure à ce que les pharaons auraient pu envisager. Les prêts bancaires dirigés par le gouvernement en Chine ont financé une mauvaise allocation des ressources économiques à un degré extraordinaire, gonflant artificiellement l’économie et laissant en héritage des actifs immobiliers et d’infrastructure inutiles, incapables de générer des revenus pour assurer le service de la dette contractée.
L'illusion ne perdure qu'aussi longtemps que des quantités croissantes de monnaie et de crédit restent accessibles à des emprunteurs insolvables. Or cela touche à sa fin, car le gouvernement chinois s'efforce de freiner la croissance du crédit, ce qu'il est impossible de faire sans déclencher une liquidation généralisée des dettes. Plutôt que d'organiser un retour ordonné, tel qu'on l'espère, le durcissement des conditions monétaires fera presque certainement tomber en faillite les propriétaires d'actifs immobiliers improductifs, entraînant une accumulation de créances douteuses dans les banques prêteuses. Contrairement à la crise Lehman, les grandes banques sont cette fois détenues par l'État ; la monnaie chinoise est donc exposée à un risque considérable, et elle montre déjà des premiers signes de faiblesse.
Il serait difficile d'imaginer un signal plus fort que la bulle de crédit chinoise est au bord de l'éclatement. De plus, la Chine compte plus que sa part d'entrepreneurs financiers qui ont imaginé d'innombrables manières d'utiliser des actifs pour lever des fonds plusieurs fois de suite. Dans la version chinoise du système bancaire parallèle, un actif tel que quelques milliers de tonnes de cuivre, associé à des lettres de crédit, sert à obtenir de la trésorerie à plusieurs reprises, afin de la dépenser dans la spéculation immobilière et ailleurs. On peut s'attendre à ce que toutes sortes d'opérations douteuses, dont certaines franchement frauduleuses, s'effondrent, et la Chine semble appelée à offrir un exemple extrême de cette vérité empirique.
Les Chinois fortunés détiennent l'équivalent estimé de 3 000 milliards de dollars d'actifs personnels qu'ils doivent protéger d'un maelström de crédit et de change. Cela entraînera inévitablement d'importants changements dans l'allocation des actifs, et l'or métal précieux sera probablement le principal bénéficiaire. Comme tous les autres Asiatiques, les Chinois considèrent l'or comme la véritable monnaie, un refuge face aux monnaies émises par les gouvernements. Et cinq pour cent seulement de 3 000 milliards de dollars, aux prix actuels, représentent 68 000 tonnes d'or, ce qui donne une idée de l'effet spectaculaire qu'aurait sur le prix même une modeste ruée vers l'or.
Les marchés de capitaux occidentaux risquent d'être pris au dépourvu, compte tenu de l'idée fausse répandue selon laquelle l'or ne serait guère plus qu'une matière première démonétisée. Alors qu'une crise du crédit semble se développer en Chine, ce point de vue pourrait subir son épreuve ultime, à un moment où l'Occident souffre d'un déficit systémique d'or et d'argent physiques, et où ses institutions manquent même d'or papier.
Les difficultés actuelles autour de l'Ukraine peuvent aller et venir, mais pour l'or, la Chine est de loin le sujet le plus important. À tel point que ce pourrait être un très mauvais moment pour détenir des créances sur l'or plutôt que l'or physique lui-même.