Les marchés haussiers de l’or et de l’argent, ou plus exactement le désastre du dollar, reprennent à mesure que la demande se renforce avant la réunion du FOMC de la Fed la semaine prochaine, lors de laquelle une baisse des taux est attendue.

Ce matin, l’or et l’argent ont atteint de nouveaux sommets après une semaine de légère consolidation. Lors des échanges matinaux en Europe, l’or s’établissait à 3 650 $, en hausse de 64 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier et de 39 % depuis le 1er janvier. L’argent cotait 42,15 $, en hausse de 1,17 $, soit une progression de 46 % sur les mêmes périodes respectives.
Dans le détail, les facteurs qui soutiennent l’or et l’argent diffèrent. Dans le cas de l’or, la demande spéculative commence à se renforcer, comme le montre l’intérêt ouvert (la ligne noire) dans le graphique du contrat Comex ci-dessous :

Ce graphique est instructif : depuis mars, l’intérêt ouvert a commencé à reculer fortement alors que le prix continuait de monter, pour culminer à 3 445 $ début avril ; depuis, le prix s’est consolidé latéralement, malgré la liquidation des positions spéculatives qui a ramené l’intérêt ouvert à son plus bas niveau depuis février 2024. Après une période de normalisation autour de 450 000 contrats, les spéculateurs ont enfin recommencé à acheter à la fin août, poussant le prix au-dessus de sa configuration de consolidation et vers de nouveaux sommets.
La relation habituelle entre les achats et la hausse des prix est rétablie, et ce contrat est encore loin d’être techniquement suracheté. Le contexte est important ; j’y reviendrai plus bas, après avoir examiné l’argent.
Sur l’argent, on observe moins des achats spéculatifs qu’un short squeeze systémique, illustré par ce graphique de Bloomberg (publié par Ronnie Stoeferle, d’Incrementum, sur X) :

La flambée des taux de location (lease rates) à leur plus haut niveau depuis de nombreuses années est la preuve la plus claire d’une ruée sur l’argent physique. Elle plante le décor du prochain graphique, celui de l’intérêt ouvert sur le Comex et de sa relation avec le prix :

L’intérêt ouvert a diminué tandis que l’argent s’envolait, preuve manifeste que le prix est tiré par un squeeze systémique alors que les spéculateurs restent en retrait. Parallèlement, les demandes de livraison sont considérables : 58 255 000 onces (1 812 tonnes) depuis le seul 29 août, pour un total de 10 550 tonnes depuis le début de l’année. Cela traduit une disparition de la liquidité physique ; il n’est donc guère étonnant que le squeeze systémique soit en cours.
Il faut s’attendre à ce que les spéculateurs s’en aperçoivent bientôt et poussent encore davantage les cours de l’argent. En outre, la participation croissante du public, de ceux qui estiment avoir manqué la dynamique haussière de l’or, les conduira probablement à voir dans l’argent l’alternative abordable. Cette demande passera presque certainement par des achats d’ETF, dans un contexte de liquidité physique en recul, avec un effet disproportionné sur le prix. Par conséquent, une revalorisation menant à un ratio or/argent inférieur à 50, voire plus bas encore (il est actuellement de 87 et en baisse), n’est pas impossible.
La semaine prochaine, le FOMC de la Fed doit se prononcer sur une probable baisse du taux des fonds fédéraux, largement attendue à 0,25 %, certains tablant sur 0,5 %. Cela laisse penser que l’or pourrait connaître quelques prises de bénéfices à court terme en cas de baisse de 0,25 %, ou progresser en cas de réduction de 0,5 %. Mais dans un contexte plus général, tout tient à l’affaiblissement du dollar. Son indice pondéré par les échanges commerciaux semble devoir chuter nettement, ce que montre notre dernier graphique :

Un dollar plus faible est l’objectif du président Trump et de Stephen Miran, son nouveau fidèle au sein du comité de fixation des taux du FOMC et auteur de l’accord de Mar-a-Lago. Il est surprenant que les marchés des changes n’aient pas encore reflété l’importance de ces évolutions.
Bien sûr, ils le feront, probablement de manière soudaine. L’or anticipe déjà cette probabilité. Mais lorsque l’indice pondéré du dollar passera nettement sous son niveau actuel de 97,5, l’or montera presque certainement beaucoup plus haut, reflétant la dépréciation du dollar.
Nous terminons par le graphique technique actualisé de l’or :

Un or vigoureux, sans aucun doute. Mais en réalité, c’est le désastre du dollar.