
Cette semaine, les cours de l’or et de l’argent ont été fragilisés par la hausse des rendements obligataires, ce qui a permis aux banques de métaux précieux de faire baisser les prix et de couvrir leurs positions vendeuses. En Europe ce matin, l’or s’échangeait à 1 934 $, en baisse de 32 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier, et l’argent, à 23,46 $, perdait 83 cents sur la semaine.
Le volume sur le contrat à terme sur l’or du Comex était exceptionnellement faible, comme l’illustre la capture d’écran du site Internet du CME :

Et si l’on observe l’intérêt ouvert, il confirme que la participation à ce contrat ne peut guère être plus faible.

La capacité des Swaps (les opérateurs des banques de métaux précieux) à évincer les positions acheteuses des catégories Managed Money et Other Reported devient strictement limitée. Le rapport Commitment of Traders du 25 juillet indique que la catégorie Managed Money est acheteuse nette de 95 287 contrats et la catégorie Other Reported de 78 352. Mais depuis lors, l’intérêt ouvert a diminué de 40 690 contrats, de sorte que les positions acheteuses nettes de ces deux catégories entrent en territoire de survente.
Le problème pour les acheteurs, et à la satisfaction des vendeurs, est que les taux d’intérêt et les rendements obligataires continuent de monter. La semaine dernière, la Fed a relevé son taux directeur de 0,25 % pour le porter à 5,5 %. Et cette semaine, la Banque d’Angleterre a relevé son taux d’intérêt à 5,25 %. Mais le pire est que les graphiques des rendements des obligations d’État à 10 ans sont très mauvais.

Après avoir consolidé pendant environ un an les fortes hausses de 2019-2020, ces rendements obligataires semblent sur le point de sortir de configurations en drapeau, ce qui laisse présager de nouvelles hausses, avec des objectifs égaux à la progression précédente. Pour les bons du Trésor américain, cela donne près de 8 %, pour les gilts plus de 8 %, et pour les Bunds plus de 6 %. Les rendements des JGB sont tellement faussés par la monétisation de la dette par la Banque du Japon qu’on ne peut savoir jusqu’où ils monteront : ils ont déjà pris la tête du mouvement à la hausse.
Tel est le contexte des cours des métaux précieux. Depuis quarante ans, c’est le coût du financement des positions papier acheteuses sur l’or et l’argent qui a exercé la principale influence sur les prix. Cette réalité reste présente à l’esprit des gérants de fonds spéculatifs lorsqu’ils arbitrent entre l’or et les produits dérivés en dollars. Mais lorsque l’incertitude quant à la valeur future d’une monnaie commence à déterminer les valeurs, l’argument de l’écart de taux d’intérêt perd sa pertinence.
Les risques systémiques et monétaires commenceront alors à influencer les marchés davantage que les facteurs de coût liés au papier, tels que les écarts de taux d’intérêt. Imaginez simplement l’impact sur l’économie américaine d’une combinaison du coût du programme de financement en expansion rapide du gouvernement, de la flambée des charges d’intérêts des emprunteurs du secteur privé surendettés, de l’effondrement de la valeur des actifs financiers, et d’étrangers cherchant désespérément à liquider leurs placements financiers à long terme en dollars, actuellement évalués à environ 24 500 milliards de dollars, et à sortir des dollars fiduciaires.
Et imaginez les conséquences pour la Grande-Bretagne, la zone euro et le Japon, ce dernier affichant un ratio dette publique/PIB de 263 %. Bienvenue dans la machine à remonter le temps qui nous ramène aux années 1970, lorsque l’or est passé de 35 $ à 850 $.
Sans aucun doute, tant que l’environnement actuel, relativement stable, perdure, l’or est raisonnablement valorisé. Mais pour ce qui nous attend, même sans la perturbation d’une nouvelle monnaie des BRICS adossée à l’or, c’est une tout autre affaire.