Évaluer l'or

La GoldMoney Foundation a récemment publié un article proposant une nouvelle mesure de la masse monétaire, la Fiat Money Quantity (FMQ), afin de permettre une comparaison directe entre l'or et les monnaies, principalement le dollar américain.

Cette mesure remplit deux fonctions importantes : elle permet aux économistes de comparer une monnaie saine à une monnaie fiduciaire à des fins d'analyse monétaire, et elle permet d'ajuster le cours de l'or en dollars afin de tenir compte à la fois de l'augmentation de la FMQ et de l'accumulation de l'or nouvellement extrait.

L'article initial montre à quel point la monnaie est devenue fragile depuis la crise bancaire, la FMQ semblant connaître une hyperinflation depuis cette période. Le présent article en examine les conséquences pour le cours de l'or.

Examinons tout d'abord le graphique 1, celui de la FMQ.

Graphique 1 FMQ 041013

Il diffère légèrement du graphique de mon article initial, car j'ai recalculé la courbe de croissance exponentielle à 5,859 %, soit le taux de croissance annuel moyen de la FMQ entre 1960 et 2008, avant la crise bancaire. Cela fait apparaître un écart plus important, de 4 500 milliards de dollars, entre cette tendance de long terme et la FMQ actuelle. La FMQ se situe donc aujourd'hui 62 % au-dessus de sa tendance.

Il s'agit d'un phénomène considérable, potentiellement destructeur pour les monnaies, et qui passe inaperçu. Pourtant, depuis juillet 2008, le mois précédant la faillite de Lehman Brothers, l'or est passé de 918 $ à environ 1 270 $ aujourd'hui, soit une hausse de 38 %. Cela montre-t-il que l'or anticipe globalement les évolutions monétaires ?

La réponse est non, car cette question ignore l'accumulation de l'or disponible en surface et, surtout, l'expansion de la FMQ. Si les deux ont augmenté au cours des cinq dernières années, la FMQ s'est étendue bien plus rapidement que le stock d'or. L'effet net est illustré par le graphique 2, où l'or à 918 $ a été indexé sur une base 100 en juillet 2008.

GOLDFMQ 041013

Ce graphique montre qu'au cours nominal de vendredi, soit 1 270 $, l'or, ajusté de l'augmentation des stocks d'or et de la FMQ, est en réalité retombé à 68, soit 32 % en dessous de son niveau d'avant la crise Lehman.

Bien sûr, toute valeur que nous attribuons à l'or est entièrement subjective ; mais pour y parvenir, nous supposons naturellement que les quantités en jeu ne changent pas. Il est plus judicieux, pour se forger un jugement, de tenir compte de l'évolution des quantités, en particulier lorsque l'expansion monétaire est sans précédent et semble hors de contrôle.

Avant l'effondrement de Lehman, on ne percevait guère le risque qui pesait sur l'ensemble du système financier. Dans ce contexte, un cours de l'or inférieur à 918 $ pouvait se justifier. Après l'événement, tandis que la Fed s'efforçait de stabiliser le système bancaire, le cours de l'or a d'abord chuté à 656 $, soit 71 sur notre indice, reflétant la crainte d'un effondrement déflationniste. Lorsque la Fed a montré des signes de réussite dans sa politique d'expansion monétaire, l'or a commencé à remonter et, en janvier 2009, a retrouvé pour la première fois son niveau d'avant la crise Lehman en termes nominaux. Ce n'est qu'en septembre 2010 que l'or a retrouvé ses niveaux d'avant Lehman en termes réels, déflatés à la fois par la FMQ et par l'augmentation du stock d'or.

La conclusion est simple : logiquement, l'or devrait se négocier avec une prime par rapport aux niveaux d'avant la crise, afin de refléter le caractère de plus en plus inévitable d'une future hyperinflation monétaire. Ce chiffre se situerait aujourd'hui quelque part au-dessus de 1 860 $, ce qui équivaut au cours de juillet 2008. Or il affiche une décote de 32 % par rapport à son niveau d'avant Lehman et semble donc largement sous-évalué.

 

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