Le Premier ministre japonais Shinzo Abe n'est au pouvoir que depuis quelques mois. Mais dans ce laps de temps, il a clairement montré que son programme électoral de relance monétaire sans précédent n'était pas une promesse en l'air.
Malgré l'engagement des pays du G20 d'éviter les guerres des monnaies, M. Abe ne semble pas désireux de jouer le jeu avec les autres. Il continue de parler de réviser les statuts de la Banque du Japon tout en constituant son équipe de partisans de l'argent facile.
Récemment, le président du Government Pension Investment Fund, Takahiro Mitani, a fait quelques déclarations dans un entretien qui soulignent le type de dynamiques de marché que les responsables politiques ne semblent jamais saisir. Le fonds gère 1 160 milliards de dollars d'actifs, dont environ 67 % sont actuellement investis en obligations d'État japonaises (JGB) :
« Les JGB sont ce qui nous a permis de gagner de l'argent ces 10 dernières années. Si l'économie s'améliore, des taux d'intérêt à long terme comme un rendement à 10 ans inférieur à 1 % deviennent improbables. Si l'on pense à l'avenir et à une hausse des taux d'intérêt, alors 67 % en obligations paraît effectivement risqué. »
Il est assez stupéfiant que le rendement de la dette japonaise à 10 ans ne soit que de 66 points de base alors que le Premier ministre cherche à mettre en œuvre un objectif d'inflation de 2 %. Ce n'est pas un profil d'investissement très attrayant. Si l'objectif de M. Abe est de continuer à contenir les rendements obligataires, cela peut être réalisé, au moins à court et moyen terme, grâce à la planche à billets de la Banque du Japon. Le coût en sera toutefois supporté par les consommateurs et les épargnants japonais ordinaires, sous la forme d'une inflation plus élevée.
Depuis que la victoire électorale de M. Abe est apparue clairement aux marchés vers la fin de l'année dernière, le Nikkei comme le yen ont réagi fortement. M. Mitani a également souligné que l'une des principales raisons de détenir des obligations n'existe plus : au cours des 30 dernières années, alors que les banques centrales contenaient les taux d'intérêt, le prix des obligations a continué de monter. Mais comme les rendements semblent déjà aussi proches de 0 % qu'ils peuvent l'être, les investisseurs ne peuvent plus acheter d'obligations dans l'espoir d'une plus-value.
Quel potentiel de hausse y a-t-il à détenir une obligation qui ne rapporte que 0,66 % ? Peut-être cinq ou 10 points de base de plus ? Bien sûr, le risque est que les obligations connaissent soit un défaut pur et simple, soit un défaut implicite, où les investisseurs sont bien remboursés, mais en monnaie sans valeur.
Il était aussi intéressant que M. Mitani mentionne qu'il pourrait réorienter une partie des fonds vers les actions des marchés émergents et d'autres catégories d'actifs alternatifs. C'est un autre exemple de la manière dont la relance des banques centrales engendre une spéculation qui provoque des bulles d'actifs. Pendant la bulle immobilière, les investisseurs ont été poussés hors des bons du Trésor, dits « valeurs refuges », vers des obligations hypothécaires plus risquées, car les épargnants en titres à revenu fixe devaient trouver du rendement. Nous assistons aujourd'hui au même phénomène. Cela pourrait en fait être favorable aux détenteurs de métaux précieux, car une sortie des marchés japonais due à la dépréciation de la monnaie tendrait à conforter la thèse des haussiers sur ces métaux.
Le gouvernement Abe semble déterminé. Il a non seulement promis, mais il agit désormais conformément à son engagement de déclencher un raz-de-marée d'assouplissement quantitatif.