Économie 101 : qui fixe les prix ?

Depuis l'avènement du socialisme au XIXe siècle, les responsables politiques et les économistes du centre plaident pour une approche équilibrée, dans laquelle les services essentiels sont assurés par l'État, tandis que le capitalisme fournit le reste. Dans une économie moderne, les services essentiels comprennent notamment les retraites, les allocations de chômage et d'invalidité, la santé et l'éducation. La plupart des États fournissent également les infrastructures de communication, telles que les réseaux ferroviaire et routier, les réseaux électriques et parfois les télécommunications. Ils possèdent et exploitent souvent, au nom de la population, des services d'utilité publique, tels que les chemins de fer, les ports, l'électricité et l'eau.

Le reste, ils le réglementent. Il n'existe pratiquement aucun produit ni service du secteur privé qui ne soit encadré par le gouvernement. Le public, pour sa part, voit l'avantage d'un État qui agit en son nom, le protège des aléas de la vie et des hommes d'affaires sans scrupules en quête de profit. On ne s'arrête guère à considérer que l'État et la bureaucratie qu'il implique sont moins efficaces pour protéger les individus que ne le sont les individus eux-mêmes. On ne comprend pas non plus l'énorme fardeau que représente pour eux un État investi d'un rôle économique.

La question centrale, à savoir pourquoi l'État est moins efficace que les marchés libres, trouve sa réponse dans la compréhension des prix. Doivent-ils être fixés par l'État ou par le consommateur ? Le consommateur exerce un choix. L'État intervient pour restreindre ce choix. Cet article cherche à démontrer pourquoi les services publics coûtent toujours plus cher que les mêmes services fournis par des marchés libres.

La position des économistes de l'école autrichienne

La semaine dernière, l’Institut Mises a publié un article de Robert Murphy expliquant pourquoi Ludwig von Mises décrivait le consommateur comme souverain, et pourquoi Murray Rothbard a contredit Mises et exhorté ses disciples à « rejeter la notion de souveraineté du consommateur comme métaphore politique inexacte ».[i]

La critique de Rothbard semble d’ordre sémantique, fondée sur un argument puriste selon lequel l’expression confond une affirmation politique avec une affirmation économique. Ce que von Mises entendait réellement, c’est que, dans une économie capitaliste, toute la production de biens et de services vise à satisfaire la demande des consommateurs, et que c’est le consommateur qui décide en définitive de ce qui est acheté et à quel prix. Et il ne s’agit pas seulement du commerce de détail. Par leur demande d’approvisionnement auprès des grossistes, des importateurs et des fabricants, les détaillants font remonter les signaux des consommateurs tout au long de la chaîne, ce qui confère des valeurs au processus de production et à la fixation du prix des matières premières.

Rothbard était entièrement d’accord sur ce point. Sa critique de la souveraineté du consommateur semble n’être qu’une très légère pique adressée à son mentor, mais elle révèle aussi une approche de la théorie des prix, dans son ouvrage Man, Economy, and State, différente de celle de Human Action de von Mises. Il faut garder à l’esprit que Rothbard s’adressait à un public principalement néo-keynésien lorsque la première édition de son livre a été publiée en 1962. Dans la première partie de son ouvrage, Rothbard recourt à des graphiques et à des exemples pour montrer les relations entre le prix et la quantité des biens, et aborde les courbes d’offre et de demande. On ne trouve aucun graphique dans Human Action, publié plus tôt par von Mises, bien que, pris dans son ensemble, le message soit le même.

Il est facile de confondre l’approche des prix de Rothbard avec l’approche mathématique enseignée par l’establishment économique. Or les économistes mathématiciens nous conduisent vers un marché statique, dépourvu d’évolution et privé de la dynamique du temps. C’est là que Rothbard se distingue du courant dominant actuel.

Le courant dominant part du principe que les mathématiques d’équations, illustrées par des graphiques, constituent la bonne méthode. Si tel était le cas, un ordinateur reproduisant le calcul qui sous-tend les courbes d’offre et de demande pourrait modéliser les prix avec exactitude, ce qui n’a pas encore été réalisé, même en tenant compte des progrès de l’intelligence artificielle. Ceux qui pensent que la demande des consommateurs peut être reproduite par des algorithmes ne distinguent pas un modèle économique statique du monde dynamique, en perpétuel changement. Rothbard reconnaît pleinement ce point dans son approche. Il comprend en outre, comme von Mises, que l’école classique britannique, avec sa théorie selon laquelle les prix sont déterminés par les coûts de production, ne correspondait pas à la réalité.

On trouve une approche différente dans la théorie européenne de la valeur subjective, élaborée à l’origine par les scolastiques au Moyen Âge, puis reprise par des auteurs tels que Cantillon, Turgot et Say. C’est Carl Menger, fondateur de l’école autrichienne, qui a fait le lien entre les deux approches en expliquant que c’est l’offre marginale, satisfaisant l’usage le moins important pour un consommateur, qui fixe le prix d’un bien. Ainsi, un niveau d’offre plus élevé, en satisfaisant des usages moins importants, entraîne une baisse du prix, tandis qu’une réduction de l’offre ne satisfait que les usages les plus importants, ce qui conduit à un prix plus élevé.[ii]

Si c’est la valeur d’usage qui fixe les prix, il est clair que ce sont les besoins et les désirs des consommateurs qui les déterminent. D’où la métaphore de von Mises : le client est souverain.

Nous traitons ici d’actifs non financiers. L’achat et la vente d’actifs financiers doivent être considérés comme un sujet distinct, où les rôles des participants à un échange ne sont pas aussi nettement délimités. Il existe toutefois un point de recoupement qu’il faut mentionner : depuis que Rothbard a écrit Man, Economy, and State, les prix des matières premières ont été de plus en plus faussés par les produits dérivés, qui ne servent plus simplement à lisser la saisonnalité de la production agricole. Ils constituent une source supplémentaire d’offre « papier » qui n’est jamais consommée, mais comme on ne fait guère ou pas de distinction entre les matières premières physiques et les produits dérivés financiers, l’augmentation de l’offre de ces derniers fait baisser, en termes relatifs, les prix des biens réels.

Même en mettant de côté les produits dérivés, il est clair que la question de savoir qui mène la détermination des prix est devenue un sujet plus vaste qu’à l’époque où Menger a établi le concept d’utilité marginale en 1871.[iii] Le sujet est, bien sûr, presque sans limites. Cet article se limitera à quelques brefs commentaires destinés à replacer la subjectivité du consommateur dans un contexte moderne.

L’importance de la subjectivité des prix

Il est supposé, aux fins du présent article, que toutes les variations de prix dans les transactions de consommation proviennent du produit, et non de variations du pouvoir d’achat de la monnaie. Autrement dit, dans les échanges individuels, la valeur d’échange de la monnaie est considérée comme entièrement objective, et la valeur des biens et des services comme entièrement subjective. Pour que la monnaie remplisse sa fonction de monnaie, il faut qu’il en soit ainsi, malgré les variations du pouvoir d’achat de la monnaie qui se produisent en permanence, comme en témoignent les marchés des changes et les fluctuations continuelles du prix de l’or.

Cela signifie que toute la subjectivité de la valeur doit être circonscrite aux biens et services concernés par les achats individuels. Dans le cadre objectif/subjectif, le vendeur désire davantage la monnaie que les biens ou services qu’il vend, qu’il soit un simple négociant cherchant à réaliser un profit ou un détaillant. Et si l’acheteur accepte d’acheter, il désire à ce moment-là davantage le produit que la monnaie échangée au prix convenu.

Aujourd’hui encore, la confusion persiste quant au critère qui détermine un prix. Est-ce le coût du travail exploité, comme l’a proclamé Marx et comme les socialistes modernes continuent de l’admettre, ou est-ce le coût de production, comme l’ont affirmé Adam Smith et l’école classique britannique ? Keynes a esquivé la question. Comme indiqué plus haut, Menger a démontré que ce n’était ni l’un ni l’autre. Hors monopoles (j’y viendrai dans un instant), les prix sont fixés par ce qu’un acheteur est prêt à payer, ce qui dépend de la valeur que le produit a à ses yeux. La raison en est que l’acheteur peut toujours refuser de payer un prix qu’il juge trop élevé, alors qu’un producteur doit vendre son produit sous peine de cesser son activité. Et pour vérifier que cela correspond à la réalité, on notera que les fabricants raisonnent généralement en termes de niveaux de prix : un constructeur automobile vise un prix que, selon son jugement, le marché acceptera de payer pour une voiture présentant des caractéristiques données, compte tenu des offres concurrentes. Les coûts sont ensuite ajustés afin que la proposition soit rentable, au lieu que le prix soit déterminé selon une méthode de coût majoré d’une marge.

Le consommateur dispose normalement d’un choix de produits similaires auprès de plusieurs sources. De plus, ses revenus et son épargne, sauf pour les très fortunés, sont nécessairement limités, et il doit choisir à quoi consacrer ses ressources limitées. Il n’achètera donc que les biens et services qui répondent le mieux à ses besoins, reléguant les achats suivants à des articles d’importance décroissante. Tous les consommateurs, à l’exception des quelques très riches, doivent choisir, établir des priorités. Et les très riches épargnent simplement ce qu’ils ne dépensent pas.

C’est pour ces raisons que les fabricants et les prestataires de services adaptent leurs coûts à ce que les consommateurs sont disposés à payer. Et le niveau des prix d’un bien donné dépend du rapport entre l’offre et la demande, lui-même déterminé par l’utilité de l’article pour ceux qui souhaitent l’acquérir.

Un changement d’usage peut modifier considérablement les prix

Si l’usage pour lequel un bien est demandé change, le prix change lui aussi, conformément à la théorie de l’utilité marginale de Menger. Une autre valeur d’usage peut avoir un effet considérable sur les prix, comme le montre l’historique du prix de l’argent.

L’argent avait une valeur monétaire ; lorsque les gouvernements l’ont abandonné au profit de l’or, il en est résulté un ajustement de prix reflétant les nouveaux niveaux de demande pour ses autres usages. Sir Isaac Newton, alors directeur de la Monnaie royale, avait fixé la valeur monétaire de l’argent à quinze onces et demie pour une once d’or, niveau qui s’est globalement maintenu jusque dans les années 1870. Les marchés de matières premières fixent aujourd’hui ce rapport à environ quatre-vingts pour un. Le rapport de Newton était sa meilleure estimation de la valeur de l’argent à l’époque, où il jouait un rôle monétaire dans un système bimétallique avec l’or. Lorsque le monde de la monnaie saine est passé exclusivement à l’or, à partir de la fin du XIXe siècle, l’usage monétaire de l’argent s’est limité aux pièces, en tant que substitut de monnaie. Son prix, mesuré en or, a baissé.

Depuis, cependant, l’argent a trouvé de nombreux usages. La baisse de son prix par rapport à l’or a permis l’expansion du marché de la bijouterie, l’apparition puis la disparition du marché de la photographie, et l’essor des piles voltaïques. Ses propriétés antiseptiques au niveau ionique ont suscité bien d’autres usages. Mais son prix, parce qu’il n’est plus largement utilisé comme monnaie, reste d’environ quatre-vingts onces pour une once d’or.

Il est inexact de dire que la disparition de l’argent comme monnaie résulte d’un changement imposé aux consommateurs par les gouvernements. Ce sont les marchés, composés collectivement de consommateurs échangeant des biens et services contre de la monnaie, qui ont imposé le passage d’un bimétallisme intenable à un étalon métallique unique. Si la monnaie papier non adossée à un actif venait à disparaître, l’argent pourrait retrouver un rôle monétaire, mais cela relève pour l’instant de la spéculation. En attendant, il constitue l’exemple le plus clair de la raison et de la manière dont les prix dépendent de l’usage qu’en font les consommateurs.

Cela vaut également pour les biens intermédiaires, c’est-à-dire les biens utilisés pour produire des biens de consommation. Si la fabrication d’un produit de consommation devient non rentable et qu’une machine employée à sa production peut être adaptée à un autre usage, elle acquiert une nouvelle valeur, fondée sur sa capacité de production dans ce nouveau rôle. Sinon, sa seule valeur est celle de la ferraille.

Les façons dont les consommateurs sont influencés et contrôlés

Les prix sont déterminés par la valeur que les consommateurs accordent à un produit ou à un service ; il est donc naturel de s’attendre à ce qu’un détaillant s’efforce de convaincre les consommateurs d’acheter ses produits. Au niveau le plus simple, cela revient à s’assurer que le consommateur comprend tous les avantages que lui procure un achat. C’est de la communication élémentaire. En outre, un fabricant mettra en avant sa réputation en matière de qualité, de fiabilité, de design, et même d’exclusivité. C’est ce qu’on appelle le branding.

Une montre suisse mécanique de la plus haute qualité coûtera plusieurs milliers d’unités dans n’importe quelle devise. Une montre à quartz, qui donne parfaitement l’heure, peut s’acheter pour une fraction du prix. L’utilité fonctionnelle est la même, mais la nature humaine étant ce qu’elle est, les fabricants suisses parviennent toujours à vendre leurs montres coûteuses. Le fait qu’ils y parviennent témoigne de leur talent pour gérer les attentes de leurs consommateurs.

La publicité et le branding sont des pratiques légitimes, car le consommateur conserve la maîtrise de son choix, y compris la possibilité de ne pas acheter. D’autres moyens de vendre des produits sont moins légitimes, car ils reposent sur la restriction de l’offre de biens et de services concurrents. L’artifice le plus évident, que peu de gens remettent en question et jugent tout à fait raisonnable, est la protection par brevet. Un brevet permet à un fabricant de tirer profit d’une découverte commerciale pendant un certain temps, tout en écartant la concurrence. Les fabricants ont convaincu les législateurs que cela était nécessaire, faute de quoi, affirment-ils, les investissements dans la recherche et le développement seraient faibles, voire inexistants. Mais les brevets ne sont rien d’autre qu’une forme de protectionnisme, qui permet à un producteur de maintenir ses prix grâce à un monopole temporaire.

Les marchés les plus libres sont ceux qui ne bénéficient d’aucune protection par brevet. Par exemple, aucun brevet ne couvre l’industrie de la mode. Les tendances de la saison actuelle et de la suivante sont déterminées par les acteurs influents du secteur, qui anticipent la demande des consommateurs et l’influencent. Il est facile d’imaginer le tort que des brevets causeraient aux volumes de ventes. À l’autre extrême, les produits pharmaceutiques sont fortement protégés, ce qui augmente les coûts de santé bien au-delà de ce qu’ils seraient autrement.

L’intervention des gouvernements dans la fixation des prix est généralement passive lorsqu’ils accordent des brevets, mais elle est envahissante lorsqu’ils attribuent des contrats et des autorisations, par exemple à une entreprise comme fournisseur unique d’un nouveau médicament. Au lieu que le consommateur fixe le prix en exprimant ses préférences, c’est l’entreprise, de concert avec le gouvernement, qui le fixe. Autrement dit, le prix devient lié au coût de production, ce qui bouleverse la formation normale des prix sur un marché libre.

Il en va globalement de même pour toute entreprise détenue, codétenue ou réglementée par les gouvernements. Les chemins de fer et les services publics en Grande-Bretagne et en Europe en sont de bons exemples. Les prix y sont fixés par référence aux coûts d’exploitation. Lorsque le gouvernement a attribué le contrat à une entité du secteur privé, il limite les marges à ce qui peut être jugé comme un rendement nécessaire sur l’investissement, après consultation du prestataire de services. Ainsi, ce sont les coûts qui déterminent les prix.

Presque toutes les grandes entreprises exercent des pressions sur les gouvernements pour obtenir une préférence de marché, et donc une certaine visibilité sur les prix. Elles n’aiment tout simplement pas la concurrence sans entraves. Lorsque, par exemple, l’Union européenne introduit de nouvelles règles de sécurité pour l’industrie automobile, il ne faut pas croire que les bureaucrates de Bruxelles élaborent ces règles seuls. Ce sont les grands constructeurs automobiles qui font pression, qui sont consultés et qui ont la possibilité de définir les spécifications des futurs véhicules. Ces sociétés savent désormais ce que les consommateurs de demain seront contraints d’acheter, car ce sont elles qui définissent les spécifications, que les gouvernements font ensuite appliquer.

Le gouvernement est le monopole ultime

Le système d'octroi de brevets, évoqué plus haut, est une forme de comportement monopolistique que le grand public ne remet pas en question. Les accusations de comportement monopolistique visent plutôt, le plus souvent, les grandes entreprises, c'est-à-dire les sociétés disposant d'une présence significative sur le marché. Or, une entreprise qui tente d'augmenter ses prix sans le soutien d'un cartel à toute épreuve ou de réglementations gouvernementales échouera toujours. Dans certains cas, cet échec peut prendre du temps, comme c'est le cas des services publics, où le déploiement d'une solution de remplacement est un processus long et coûteux. Mais, comme l'a montré l'essor de la télévision par câble, le coût de construction d'un nouveau réseau de distribution peut être surmonté s'il existe une véritable demande des consommateurs.

Certes, cela ne réfute pas complètement l'existence d'un comportement monopolistique de la part des entreprises de services publics. Mais même celles-ci reconnaissent l'existence de pressions concurrentielles, comme en témoigne leur recherche d'une protection contre la concurrence en sollicitant le soutien des pouvoirs publics locaux et des États pour la fixation des prix.

Les monopoles ne peuvent pas durer longtemps sans le soutien de l'État ; c'est donc toujours l'État qui est le monopoleur. En outre, lorsque l'État fournit lui-même un service, il le fait généralement sur une base monopolistique. Si la libre concurrence est autorisée, la santé et l'éducation en étant les meilleurs exemples, elle se fait à un coût bien plus élevé pour le consommateur, qui choisit un service du secteur privé plutôt qu'un service public gratuit au moment de son utilisation, mais financé par l'impôt.

Même si l'État tolère parfois la concurrence du secteur privé à l'égard de ses propres services, il montre peu de sympathie pour la notion de choix du consommateur et demeure le monopoleur par excellence. Lorsque l'État socialise des services, le consommateur perd son droit de choisir et de fixer les prix selon ses besoins et ses souhaits, comme il le ferait sur des marchés libres. Faute de se voir imposer ce choix, l'État agit invariablement comme si Karl Marx ou Adam Smith avait raison, c'est-à-dire comme si les coûts déterminaient les prix. Or, sans la discipline du choix du consommateur, rien ne limite ces coûts, et le coût de fourniture d'un service public est toujours bien supérieur à celui de l'alternative offerte par le marché libre, pour cette raison.

Conclusion

Dans un marché libre, les prix sont manifestement déterminés par le consommateur, du fait de sa liberté de choisir, de ses ressources limitées et de sa faculté de ne pas acheter. Ce faisant, le consommateur donne la priorité aux biens et services qui le satisfont le plus dans la limite de ses ressources personnelles. À l'inverse, un fournisseur de biens ou de services doit trouver des acheteurs à des prix que décide le consommateur, faute de quoi il risque de cesser son activité.

La conception populaire du comportement monopolistique, selon laquelle les grandes entreprises exerceraient d'elles-mêmes un pouvoir sur les prix au détriment des consommateurs, est erronée. Certes, elles recourent à la publicité et à la construction de marque pour séduire les clients, mais ce n'est pas un comportement monopolistique, car le consommateur reste toujours libre de choisir, ou de ne pas acheter du tout. En réalité, les entreprises qui recherchent un avantage monopolistique enrôlent l'État pour réglementer, afin de restreindre la concurrence et le choix et de maintenir ainsi les prix.

L'État utilise sa position de législateur pour restreindre la concurrence par le biais des licences, de la réglementation et de l'octroi de brevets. Alors qu'il offre une protection des prix de nature monopolistique, la théorie de l'utilité marginale de Menger nous apprend que cela ne peut signifier qu'une demande potentielle n'est pas réalisée efficacement. Dans ce cas, le progrès économique lui-même ne peut qu'être compromis, ce qui est la cause profonde de la supériorité des performances des marchés libres par rapport aux économies planifiées.

De plus, lorsque l'État fournit des services gratuits ou fortement subventionnés au moment de leur utilisation, ceux-ci sont financés par l'impôt. Par ces moyens, les gouvernements contraignent l'ensemble des consommateurs à accepter des services dont le prix est déterminé selon le coût, qui ne sont pas nécessairement payés par l'utilisateur, mais subventionnés par d'autres au moyen de l'impôt.

Une tarification fondée sur les coûts est une création de l'État et constitue la différence fondamentale entre le socialisme et les marchés libres, où le consommateur est souverain


[i] Voir https://mises.org/library/rothbardian-critique-consumer-sovereignty

[ii] Pour une description plus complète du marginalisme mengérien, voir la courte biographie de Joseph Salerno à l'adresse https://mises.org/library/biography-carl-menger-founder-austrian-school-1840-1921

[iii] Carl Menger, dans ses Principes d'économie politique.

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