La vie dans l’univers de l’or physique est pleine de mystères. Chacun d’eux est comme un fétu de paille dans le vent : pris isolément, il signifie peu, mais il nous tente de supposer qu’un sens plus grand se cache derrière l’ensemble. Oui, un jeu bien plus vaste est en cours, qui porte l’aphorisme de Kipling à un niveau supérieur.
L’un de ces fétus de paille est l’accumulation continue de réserves d’or par la Russie. Les commentateurs financiers nous disent que c’est pour ne pas dépendre du dollar américain, et il y a sans doute du vrai là-dedans. Mais pourquoi l’or ? Sur ce point, les commentateurs restent muets. Il existe une réponse : la Russie comprend, sur le principe, les vertus d’une monnaie saine par rapport à la détention des promesses papier d’un autre pays. Elle vend donc des dollars et achète de l’or.
Mais la Russie va désormais plus loin. Izvestia a rapporté que le ministère russe des Finances envisageait de supprimer la TVA sur les achats d’or en métal précieux par les particuliers.[i] On lit que cela pourrait générer une demande annuelle de particuliers russes comprise entre cinquante et cent tonnes. Plus important encore, cela ouvre la voie à une circulation de l’or comme monnaie en Russie.
Mettons-nous à la place de la Russie pour comprendre pourquoi cela peut être important. La Russie est le premier exportateur d’énergie, gaz compris, reléguant l’Arabie saoudite à la deuxième place. Cela signifie qu’elle est aussi le premier récipiendaire de monnaies fiduciaires en paiement de l’énergie. C’est acceptable si l’on apprécie les monnaies fiduciaires, mais si l’on s’en méfie, on les convertit soit en actifs physiques, tels que des infrastructures et du matériel militaire, soit en or. La Russie fait les deux.
Il y a ensuite la Chine. Elle a commencé à annoncer chaque mois des ajouts à ses réserves d’or. La Chine est submergée de dollars, et ces ajouts mensuels relativement modestes ne changent pas grand-chose. Toutefois, le lien entre les places aurifères de Moscou et de Shanghai laisse fortement penser que la Russie et la Chine coordonnent leurs opérations sur l’or.
Quoi qu’il en soit, la Chine domine désormais les marchés du métal précieux physique. Les livraisons (retraits) des chambres fortes de la Bourse de l’or de Shanghai vers le public représentent environ les deux tiers de la production minière mondiale annuelle. Avec 426 tonnes en 2017, la Chine est de loin le premier pays producteur d’or, et l’État détient toute la capacité de raffinage chinoise, y compris pour le doré importé. Aucun or ne quitte cette version de l’Hotel California.
L’explication souvent avancée pour leurs politiques en matière d’or est que la Russie et la Chine sont engagées dans une guerre financière avec leur plus important débiteur. Ce n’est pas la raison profonde pour laquelle ces nations ont choisi l’or pour exprimer leur rejet de l’instrumentalisation de la politique monétaire américaine. Elles connaissent la différence entre les monnaies fiduciaires non adossées et la monnaie saine, que les hommes choisissent depuis qu’ils ont commencé à utiliser une marchandise distincte comme intermédiaire dans les transactions.
Il est toutefois vrai que les Américains ont fait du dollar une arme, ce qui confère un caractère d’urgence au recours de la Chine et de la Russie à l’or. Le dollar américain est la monnaie de réserve mondiale depuis quarante-huit ans, et l’Amérique, qui paie tout avec des dollars nouvellement émis et sans coût, affirme à présent vouloir un meilleur accord commercial. Elle suppose manifestement que la suprématie du dollar est inattaquable et que, par besoin de dollars, la Chine et les autres exportateurs vers l’Amérique seront contraints de s’y plier.
Examinons cela de près. Le gouvernement américain paie tout dans une monnaie qu’il émet à volonté. Les nouveaux dollars ne prennent de la valeur qu’une fois en circulation, mais leur coût de production est nul : ils dérobent leur valeur de circulation à la monnaie préexistante. Or le gouvernement américain ne parvient pas à équilibrer ses comptes sans recycler une partie de ces dollars sans valeur en ses propres reconnaissances de dettes (les bons du Trésor). Puisqu’ils doivent être rapatriés pour équilibrer les comptes du Trésor américain, celui-ci les emprunte de nouveau à des étrangers qui pourraient sinon s’interroger sur la vraie valeur du dollar. Les étrangers obtiennent donc une reconnaissance de dette du Trésor, finalement réglée par une reconnaissance de dette en monnaie. C’est vraiment un pléonasme financier.
Jusqu’à présent, les étrangers ont été dupés avec succès, même si des questions commencent à se poser.
La logique voudrait que, pour le gouvernement américain, obtenir quelque chose pour rien soit ce qu’il y a de mieux. Mais le président Trump juge cela injuste, non pas envers les Chinois et les autres étrangers qui échangent des biens contre du papier au fond sans valeur, mais envers l’Amérique elle-même ! Il en espère un accord encore meilleur. Il exige que les Chinois et d’autres cessent de fournir de vrais biens à son peuple en échange de son papier douteux et sans coût. En d’autres termes, parlant au nom du peuple américain, il dissuade à présent les Chinois de donner aux Américains quelque chose en échange de ce qui revient à rien.
On pourrait pardonner à ceux de la planète Asie de voir les choses assez différemment. Après la mort de Mao et une brève période d’acceptation de l’escroquerie du dollar, au motif que la demande de dollars garantirait toujours qu’ils puissent être échangés contre de la valeur, les Chinois flairent depuis longtemps quelque chose de louche. C’est pourquoi, en 1983, ils ont chargé la Banque populaire de convertir les dollars en or et en argent. Ils ont depuis joué le jeu avec prudence, ne voulant pas être celui qui la dévoile pour ce qu’elle est.
C’est maintenant Trump lui-même qui a sonné l’alerte sur le dollar. La Chine et la Russie ont sans aucun doute reçu le message de ce nouvel art du deal. Mais au cœur de tout cela se trouve un malaise profond et plus large dans le monde des monnaies fiduciaires. Comprenons-le, et nous saisissons la vraie raison pour laquelle la Russie et la Chine se méfient de l’accumulation des monnaies fiduciaires occidentales. Jusqu’ici, elles ont ménagé la chèvre et le chou. La Chine, en particulier, utilise le renminbi fiduciaire pour alimenter son expansion. Mais si elle ne l’avait pas fait, l’ordre mondial actuel se serait probablement effondré dans le sillage de la crise Lehman, les failles et les faiblesses des monnaies fiduciaires ayant alors été exposées.
La prochaine crise du crédit pourrait tout changer
Jusqu’à présent, la Chine et la Russie ont résisté à la tentation d’agir de manière précipitée. Leurs économies dépendent de la coopération occidentale. La Russie exporte de l’énergie vers l’Occident, et la Chine dégage un excédent commercial sur les biens et services. Pour se passer du commerce avec l’Occident, elles ont besoin d’un marché autonome à l’échelle de l’Asie. Elles le construisent, avec les projets chinois de route de la soie et en consolidant la composition de l’Organisation de coopération de Shanghai. Mais tout le travail préparatoire n’a pas été accompli, et certainement pas suffisamment pour « partir à l’aventure ».
Le passage d’un monde centré sur le dollar à des roubles et des renminbis adossés à l’or se poursuivra à un rythme dicté par les erreurs monétaires des États-Unis. C’est pourquoi le prochain ralentissement économique est si important pour les évolutions géopolitiques. Et il ne s’agira pas d’une simple répétition de Lehman, caractérisée par une crise soudaine, la création monétaire et un soupir de soulagement lorsque le système bancaire ne s’effondre pas.
Le coup d’envoi de la prochaine crise du crédit a déjà été donné. Le recul du commerce transfrontalier, jusque-là en expansion, est en plein essor. Les ventes de dollars par des étrangers ont commencé. Il est peu douteux qu’une récession se profile ; la seule question est celle de son ampleur probable. L’accumulation massive d’une dette mondiale insoutenable depuis la crise Lehman laisse attendre une liquidation considérable. La conjonction du sommet du cycle du crédit et du protectionnisme commercial annonce quelque chose de bien pire qu’une récession ordinaire : une possible répétition de 1929-1932, mais cette fois avec une monnaie non fiable, au lieu de monnaies librement convertibles en or.
C’est l’ampleur même du problème qui risque de causer la perte des monnaies fiduciaires. Une récession profonde infligera des dégâts catastrophiques aux finances publiques, qui ne pourront être couvertes que par une expansion monétaire massive. Parallèlement, la politique monétaire vise à garantir que le niveau général des prix ne baisse pas. Or c’est ce qui se produit lorsqu’une crise du crédit anéantit la demande, et que les prix exprimés en monnaie saine chutent sensiblement. Nous le savons, car en 1929-1932, mesurés en dollars adossés à l’or, les prix ont précisément évolué ainsi.
Il pourrait s’écouler quelques mois avant que le pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires ne recommence à baisser. La vigueur récente des prix de l’énergie et des matières premières est préoccupante dans ce contexte, mais il est probablement trop tôt pour y voir le début d’une tendance nette de baisse du pouvoir d’achat du dollar et des autres monnaies, mesuré par rapport à l’ensemble des matières premières.
Les difficultés commenceront vraisemblablement par le dollar ou l’euro. Dans une récession qui s’approfondit, l’euro devra faire face à des problèmes croissants dans les PIGS[ii], au Brexit, au protectionnisme commercial américain et aux risques systémiques pesant sur le système bancaire de la zone euro. La zone euro pourrait aisément se désintégrer. Un dollar en baisse, surdétenu dans un contexte de recul du commerce international, est lui aussi une quasi-certitude. Une course vers le bas pour les deux monnaies devient l’issue de plus en plus évidente d’un effondrement du commerce mondial.
Les responsables politiques sont mal préparés à une crise monétaire
Inévitablement, la corruption qui découle de l'émission à volonté d'une monnaie fiduciaire sans coût conduit à une dégradation de la moralité politique. En dépréciant la monnaie, on peut spolier les gens de leur richesse et de leurs revenus à leur insu et sans leur accord. Si l'on s'en tire ainsi, la classe politique est sur la voie royale de la corruption suprême.
Dans les démocraties modernes, c'est la raison pour laquelle la source du pouvoir politique réside de plus en plus dans la tromperie du public, et pour laquelle le contrôle et la dépréciation d'une monnaie en sont l'expression ultime. Le véritable objet de la dépréciation monétaire est très rarement compris d'un public confiant. L'existence d'une monnaie émise par l'État est acceptée sans réserve comme la preuve de sa valeur, et plus aucune question n'est posée. Le déclin à long terme de sa valeur gagne en crédibilité du fait qu'il est présenté comme la politique monétaire officielle, si bien que chacun y voit une bonne chose. Mais le public ignore totalement le transfert de richesse qui s'opère à son détriment au profit de l'État et de ses affidés, conséquence inévitable de la dépréciation monétaire.
Elle est anticapitaliste par sa destruction à la fois du capital et des valeurs. La classe politique vit de plus en plus en parasite du secteur productif de l'économie, pour financer ses programmes de socialisation et pour le simple plaisir du pouvoir. Si le rythme de la dépréciation monétaire est lent et régulier, elle peut se poursuivre longtemps. En tant que processus destructeur, elle est en définitive limitée. Mais le rythme s'est accéléré. La crise Lehman a entraîné une accélération rapide du rythme de dépréciation monétaire, qui n'a jamais vraiment cessé. La dépréciation est sur le point de s'accélérer à nouveau. Non seulement l'émission de monnaie de banque centrale augmentera sensiblement pour compenser le ralentissement de l'expansion du crédit bancaire, mais elle devient aussi indispensable au financement des dépenses publiques.
L'ampleur probable d'une nouvelle dépréciation de la monnaie risque d'alerter le public sur l'instabilité de la situation et de saper la confiance dans les monnaies non adossées à un actif. Malgré les intentions affichées de la politique monétaire, son véritable objet deviendra de plus en plus évident lorsque les recettes publiques s'effondreront et que les dépenses sociales augmenteront. Il sera bien commode que l'assouplissement quantitatif à plus grande échelle, c'est-à-dire la création monétaire destinée à payer la dette publique, soit servilement soutenu par tous les conseillers et commentateurs qui se font passer pour des économistes. Des avis plus sages, s'ils sont écoutés, mettront en garde contre le piège consistant à faire de la destruction de la valeur des monnaies le socle des finances publiques futures.
Qu'en sera-t-il alors de nos responsables politiques, qui en sont venus à compter sur la dépréciation monétaire pour financer leurs ambitions ? Prendront-ils conscience de la situation dans laquelle ils nous ont tous placés, et comprendront-ils soudain qu'ils doivent s'incliner humblement devant l'autel de la contrition et de la monnaie saine, confesser leurs péchés et s'exposer à l'opprobre public ?
Rêvez, mes amis ! Ils s'efforceront de s'en sortir avec le seul moyen dont ils disposent : plus de monnaie, plus de socialisme, et davantage de pillage de l'économie productive en accélérant le transfert de richesse par la dépréciation monétaire. Ils ne connaissent rien d'autre. Ils n'ont pas seulement trompé les électeurs, ils se sont aussi trompés eux-mêmes. Si le monde ne s'engage qu'à moitié sur la voie d'une dépression comparable à celle des années 1930, le rythme d'expansion monétaire nécessaire pour combler le gouffre grandissant entre les recettes fiscales et les obligations sociales sera si élevé qu'il conduira probablement à la fin du dollar, à la fin de l'euro et à celle des autres monnaies qui les imitent. Même le yen, jusqu'ici insensible à tout comme le Téflon, sera menacé d'immolation.
Les sages dirigeants chinois l'avaient anticipé au siècle dernier, c'est pourquoi ils ont chargé la Banque populaire de Chine de gérer les achats d'or et d'argent de l'État sur instruction du gouvernement. C'est pourquoi ils ont créé la Bourse de l'or de Shanghai en 2002, afin de permettre et d'encourager la population à accumuler de l'or physique. Ils savaient qu'un jour l'or et l'argent redeviendraient l'ossature des monnaies, et ils ont veillé à ce qu'ils soient largement répartis. Ils savaient que le talon d'Achille de l'Occident était l'équivalent moderne du papier de feuilles de mûrier de Gengis Khan, mais sans l'autorité despotique du grand homme. Au cours de sa longue histoire, la Chine a déjà tout vu, tout fait, et elle en a rapporté le changshan.
La Russie est arrivée tard à cette fête, mais l'évolution de sa compréhension des affaires monétaires de l'Occident a été rapide. L'Amérique a tenté d'utiliser le dollar comme une arme pour paralyser la Russie, mais le président Poutine ne s'est pas laissé gagner par la panique. Il a nommé une brillante jeune femme, Elvira Nabioullina, à la tête de la Banque centrale de Russie. Elle a réformé le système bancaire, renforcé les banques commerciales et remplacé le système de messagerie interbancaire SWIFT, basé à Bruxelles, par le sien, qui sera relié aux pays d'Asie centrale en « -stan », à la Chine, à l'Iran et même à la Turquie. Cela mettra la Russie à l'abri des crises bancaires occidentales, un point que manquent les commentateurs occidentaux, qui n'y voient que de l'isolationnisme. Et c'est Nabioullina qui a supervisé la vente des réserves en dollars contre du métal précieux.
La Russie et la Chine se sont éloignées du système financier occidental, de sorte qu'il peut s'effondrer sans les entraîner dans sa chute. Il y aura évidemment des dommages collatéraux, mais rien d'imprévu. Elles auront conscience des conséquences politiques et ne voudront donc rien précipiter par leurs actes. Il s'agit de laisser l'Occident se détruire lui-même, sans que la Chine et la Russie soient désignées comme les boucs émissaires.
L'Amérique ne peut échapper aux conséquences de la fin de Bretton Woods
L'Amérique s'est tendu un piège à elle-même en mettant fin aux accords de Bretton Woods en 1971. Depuis, elle a consacré tout son pouvoir de persuasion à faire croire au monde libre que l'or n'avait plus de rôle à jouer comme monnaie. Elle a commencé par vendre de l'or en grandes quantités dans les années 1970, mais y a vite renoncé lorsqu'il est apparu que les Arabes en étaient insatiables. S'est ensuivi un pacte faustien avec l'Arabie saoudite, et donc avec l'OPEP, afin de ne vendre le pétrole qu'en dollars, pacte qui a tenu jusqu'à la semaine dernière.
Reuters a rapporté que l'Arabie saoudite envisageait d'abandonner ce pacte en réponse à la menace américaine d'exposer l'OPEP à des poursuites au titre de la législation antitrust. Cette information a ensuite été démentie, vraisemblablement sous la pression de Washington. Mais il est clair que ce sujet est jugé très sensible et qu'il est essentiel à la crédibilité du dollar.
Le rôle du dollar dans la fixation et le règlement de tous les prix des matières premières et de l'énergie donne aux États-Unis une forte emprise sur les affaires internationales et les flux de capitaux. En conséquence, en janvier dernier, les étrangers avaient accumulé des dépôts en dollars et des titres à court terme pour 5 247 milliards de dollars, en plus de titres à plus long terme et d'actifs industriels évalués à 19 434 milliards de dollars (au 30 juin de l'année dernière). Le total, de près de 25 000 milliards de dollars, représente plus de 120 % du PIB américain.
Les investisseurs obligataires nous disent que tout pays qui dépend des étrangers pour financer sa dette publique va au-devant de difficultés. Cela s'entend généralement d'un financement en devises étrangères, où les coûts de remboursement s'envolent si la monnaie du pays se déprécie. C'est incontestablement vrai, mais le même risque existe lorsque des investisseurs étrangers financent un État dans sa propre monnaie. L'erreur consiste à ne raisonner qu'en termes de remboursement de la dette existante, qui peut être dévaluée, alors que ce sont les besoins futurs de crédit qui comptent réellement.
Les étrangers ont déjà commencé à vendre des dollars, comme le montrent les données récentes du Trésor américain. En décembre et en janvier, les données TIC (Treasury International Capital) sont devenues négatives, avec des sorties nettes de 257 milliards de dollars. Le grand renversement provient des flux du secteur privé, qui étaient fortement positifs jusqu'alors. Les gouvernements étrangers, en revanche, sont vendeurs nets depuis avril 2017, à hauteur de 224 milliards de dollars.[iii]
L'avantage dont les États-Unis bénéficiaient aux dépens des étrangers semble révolu, et les investisseurs américains devront désormais acheter la dette américaine et en fixer le prix de façon réaliste face au désengagement étranger. À moins que la Fed ne se livre à un nouvel épisode d'assouplissement quantitatif, l'inversion des achats de dollars et de bons du Trésor américain par les étrangers fera inévitablement monter les coûts de financement à des niveaux insoutenables (pour le gouvernement américain) et exercera une pression sur le dollar lui-même. Tout laisse penser à un effondrement de l'arithmétique de la monnaie fiduciaire, à la fin de l'illusion de la monnaie fiduciaire, lorsque le rejet de l'or au profit d'un dollar sans contrepartie prendra enfin fin.
Une meule d'or n'est plus très loin
Nous avons relevé quelques brins de paille dorés dans le vent qui, en raison d'une crise grandissante des monnaies fiduciaires, devraient conduire à la restitution officielle de l'or comme monnaie en Asie, et par conséquent à des cours de l'or bien plus élevés. Il ne fait guère de doute que la fin du cycle de crédit actuel, coïncidant avec le protectionnisme commercial américain, fait peser des menaces sur toutes les monnaies fiduciaires, et en particulier sur le dollar. Les données TIC du Trésor américain montrent un renversement soudain des flux de capitaux, ce qui est cohérent avec l'effondrement des échanges transfrontaliers. L'effet sur les finances du gouvernement américain risque d'être catastrophique et de nuire encore davantage à la confiance mondiale dans le dollar.
La situation difficile du dollar rappelle les événements qui ont conduit à l'effondrement du pool de l'or de Londres dans les années 1960. Trop de dollars se trouvaient entre des mains étrangères, ce qui poussait les gouvernements étrangers (notamment la France, mais aussi l'Allemagne) à convertir leurs excédents de dollars en or en vertu des accords de Bretton Woods. La valorisation relative de l'or en dollars est aujourd'hui remarquablement similaire, comme l'illustre le graphique ci-dessous.

Dans ce graphique, le prix de l'or est déflaté à partir de sa cotation de 1934 à 35 dollars, en fonction de l'augmentation de la quantité de monnaie fiduciaire, qui comprend la monnaie en circulation telle que définie par l'indicateur de masse monétaire autrichien, ainsi que la monnaie qui n'est pas en circulation dans le public mais détenue auprès de la Fed, principalement sous forme de réserves bancaires. Ajusté selon ces critères, le cours de l'or est proche du niveau observé en août 1971 (représenté par la ligne en pointillés), lorsque l'Amérique a été contrainte d'abandonner les accords de Bretton Woods. Les tensions du point de vue de la valorisation confirment donc qu'un cours de l'or nettement plus élevé est très probable.
Il ne manque qu'un élément déclencheur. La Chine a accaparé le marché du métal précieux. La Russie vend des dollars pour acheter de l'or et semble préparer le terrain pour que l'or circule sur son territoire. Une récession profonde, qui pourrait reproduire la dépression des années 1930, devient plus probable de jour en jour. Une inflation monétaire massive sera nécessaire pour soutenir les gouvernements occidentaux. Les étrangers détiennent trop de dollars au regard de ces conditions en train de se mettre en place. L'échec économique imminent du monde tient entièrement à la dépréciation continue des monnaies fiduciaires, une pratique que la fin du cycle de crédit actuel poussera à son paroxysme.
Des brins de paille dorés dans le vent ? Ils semblent s'envoler d'une meule qui en regorge, tout près d'ici.
[i] https://www.rt.com/business/450967-russia-eliminating-gold-tax/
[ii] Portugal, Italie, Grèce, Espagne.
[iii] Voir les publications à l'adresse https://www.treasury.gov/resource-center/data-chart-center/tic/Pages/ticpress.aspx, lignes 30 à 32.
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