Cet article explique le volet monétaire des prix, et pourquoi les monnaies émises par les États, qui ne sont pas adossées à l’or, sont condamnées à s’effondrer. Il explique aussi pourquoi l’or, monnaie saine choisie par les marchés tout au long de l’histoire, conservera ou accroîtra son pouvoir d’achat, mesuré en biens qu’il permet d’acquérir, au cours des années à venir.
Très peu de personnes comprennent pleinement la relation entre la monnaie et les biens. C’est pourtant cette relation qui fixe les prix. Or, sans cette compréhension, les banques centrales échoueront presque certainement dans leurs objectifs de politique économique (comme elles l’ont toujours fait jusqu’à présent), et les particuliers qui ignorent les propriétés monétaires de l’or ne pourront pas protéger leur patrimoine dans des conditions monétaires et financières de plus en plus instables.
La monnaie est le lien entre notre production et notre consommation. En tant qu’individus, nous maximisons la valeur de notre production grâce à la spécialisation. En mettant notre production personnelle à la disposition des autres, nous acquérons les biens et services qu’ils savent produire mieux que nous, et à un coût bien inférieur. C’est pourquoi les économistes classiques s’accordaient à dire que, par l’intermédiaire de la monnaie, nous échangeons des biens contre d’autres biens. La monnaie simplifie infiniment nos échanges de biens, en nous permettant à tous de valoriser notre production dans une unité commune, acceptée par tous les acheteurs et vendeurs de nos communautés comme au-delà. Mais, et c’est important, nous ne détenons de monnaie oisive que dans la mesure de nos besoins.
La qualité essentielle de la monnaie est d’être largement acceptée et stable, de sorte que les variations de prix reflètent uniquement la demande et l’offre de chaque bien. Ces prix sont fixés par les valeurs subjectives que leur attribuent les acheteurs, car la décision d’acheter ou non, et à quel prix, leur appartient toujours. Le producteur, dont le métier est de vendre, n’a pas cette option ; les prix ne sont donc pas déterminés par les coûts de production, contrairement à ce que l’on affirme couramment. Les responsables politiques de toutes tendances comme les fonctionnaires commettent fréquemment l’erreur de supposer que le coût de production détermine les prix. Ils supposent que, si un bien ne peut être fabriqué de façon rentable, l’entrepreneur suspendra sa production. Non : s’il suspend sa production, il fera faillite.
Ce sont ces hypothèses erronées sur les coûts qui fondent le mythe selon lequel l’État, en tant qu’agent économique, serait supérieur aux marchés libres. La réalité est différente. À moins d’y être contraint contre son gré, le consommateur n’achète que les produits qu’il désire, aux prix qu’il est prêt à payer. Les producteurs doivent se plier aux exigences du consommateur, car dans une société capitaliste, il est roi. Pour cette raison, les producteurs s’efforcent de réduire leurs coûts et d’améliorer leurs produits afin de rester compétitifs. Dans l’hypothèse d’une monnaie saine, c’est-à-dire d’une monnaie qui remplit les conditions de la stabilité monétaire, les prix tendront à baisser avec le temps, sous l’effet de l’amélioration des méthodes de production, du progrès technologique et de la concurrence pour attirer l’acheteur.
Le monde réel du commerce le confirme, à la différence de la sphère éthérée de la macroéconomie moderne. La question se complique lorsque l’on considère que le pouvoir d’achat de la monnaie, sa valeur d’échange objective, n’est jamais constant, contrairement à ce que nous supposons tous généralement. Même une monnaie saine voit son pouvoir d’achat varier, sa valeur d’échange objective n’étant jamais fixe. La raison en est que, en tant qu’individus, notre besoin de liquidité monétaire varie nécessairement, sinon d’un jour à l’autre, du moins entre deux paies et d’une saison à l’autre. Chacun de nous contribue aux variations de la relation globale de prix entre les biens et la monnaie.
En pratique, nous avons tendance à ne pas conserver de soldes de trésorerie inutiles, en réservant une liquidité suffisante pour nos besoins prévisibles. Celle-ci peut prendre la forme d’espèces, de soldes de comptes bancaires ou de crédit disponible. Pour le reste, l’argent est soit dépensé, soit épargné pour être réinvesti de manière productive.
Il existe une différence importante entre la monnaie que nous utilisons aujourd’hui et la monnaie saine d’autrefois. Toute monnaie qui n’est pas librement convertible en or à un taux fixe est une monnaie de crédit. Même les billets et les pièces sont du crédit de l’État, tandis que les dépôts de la clientèle dans les banques sont indéniablement du crédit, par leur origine comme dans les faits. Les quantités de monnaie de crédit émise par l’État et de monnaie de crédit bancaire peuvent varier, et varient effectivement, de façon considérable. L’or, en tant que monnaie saine, varie moins, en raison de sa nature inflexible.
L’or est extrait en continu, et la quantité affectée à l’usage monétaire varie également selon la proportion des stocks existants consacrée à d’autres usages, comme la bijouterie et l’ornementation. La frontière entre l’usage monétaire de l’or et son usage en bijouterie est elle-même ténue. La population humaine a augmenté, en particulier au cours des deux derniers siècles ; il y a donc davantage de personnes sur terre qui ont besoin de liquidité monétaire et, à mesure que leur niveau de vie s’améliore, leur demande globale de liquidité monétaire ne peut qu’augmenter elle aussi.
Ensemble, ces facteurs conduisent à une hausse continue du pouvoir d’achat de l’or au fil du temps, lorsqu’il est utilisé comme monnaie. Cela reste vrai aujourd’hui, même s’il ne circule plus comme monnaie. Il circulait au-delà des frontières nationales, avec des conséquences sur son pouvoir d’achat local, mais à l’échelle mondiale, sa disponibilité a toujours été limitée, quoique de façon non rigide.
L’or compte, car, à l’exception de l’argent métal, c’est la seule forme de monnaie qui ait subsisté depuis que les individus ont découvert la commodité de la monnaie par rapport au troc. Il échappe également au contrôle des gouvernements, qui ne peuvent l’émettre sans d’abord l’acquérir. Il est soumis aux contraintes de sa quantité, de sorte qu’en tant que moyen de crédit, il ne peut être dévoyé, seulement faire l’objet d’un défaut de paiement. Sa relative inflexibilité et sa solidité sont les principales raisons pour lesquelles les gouvernements n’aiment pas l’or monétaire et imposent à leurs citoyens les solutions qu’ils lui préfèrent. L’intérêt des gouvernements est donc de décourager, voire d’interdire l’usage de l’or comme monnaie concurrente.
Malgré cela, plus de la moitié de la population mondiale, financièrement ignorante aux yeux de l’Occident, comprend encore, par expérience et par instinct, que l’or conserve son rôle de monnaie supérieure, par comparaison avec le papier des gouvernements et les chiffres électroniques des banques. Les personnes instruites, c’est-à-dire les lecteurs qui cherchent à comprendre les prix en lisant des revues et des articles d’inspiration keynésienne et monétariste, sont celles qui ont complètement perdu leur boussole monétaire. C’est notre cas à tous dans les États-providence : instruits, mais ignorants de la théorie monétaire, lettrés, mais lamentablement mal informés de la véritable relation entre la monnaie et les biens, croyant que la monnaie relève de l’État. C’est nous qui ne comprenons pas les dangers de la monnaie fiduciaire émise en quantités croissantes par le système bancaire.
Comprendre la valeur d’échange objective de la monnaie
Le pouvoir d’achat de la monnaie, au sens général, est considéré comme sa valeur d’échange objective. L’expression « valeur d’échange » n’appelle aucune explication supplémentaire. « Objective » signifie ici présumée, incontestée ou tenue pour acquise. La monnaie est l’ancrage d’une transaction et s’oppose à la valeur subjective attribuée aux biens. En tant qu’utilisateurs de la monnaie, il nous est commode de supposer qu’il n’y a aucune variation de prix du côté de la monnaie, de sorte que toute la subjectivité de la fixation des prix se reflète dans les biens échangés contre elle. Lorsque nous établissons des comptes financiers, cette hypothèse est maintenue, comme elle l’est également en droit. Cependant, nous savons généralement qu’avec le temps, sinon au quotidien, la valeur de la monnaie est loin d’être une constante objective. Cela soulève la question de savoir sur quel fondement nous appuyons notre évaluation de la monnaie.
Logiquement, nous ne pouvons connaître la valeur de la monnaie qu’en nous référant à notre expérience la plus récente de cette valeur, puis, progressivement, en remontant dans le temps, afin de juger de sa solidité. C’est la raison pour laquelle un résident de Suisse a probablement une appréciation de ses francs différente de celle d’un résident d’Argentine à l’égard de ses pesos.
En définitive, cela suppose d’évaluer la valeur d’une monnaie avant qu’elle ne devienne monnaie, ce qui explique pourquoi les gens du monde entier savent que l’or a une valeur ancrée dans d’autres usages, eux-mêmes fondés sur ses propriétés physiques. La monnaie papier et la monnaie numérique n’ont aucune valeur d’usage alternative. Pour acquérir leur crédibilité, les monnaies publiques les plus anciennes d’aujourd’hui ont fondé leur intégrité sur l’or ou l’argent, étant à une époque librement convertibles en l’un ou l’autre de ces métaux monétaires. Ce n’est plus le cas, ce qui, d’un point de vue théorique, expose en permanence les monnaies publiques au risque de perdre totalement leur crédibilité en tant que monnaie.
L’establishment macroéconomique actuel nous persuade que cette préoccupation doit être écartée, et tout économiste qui remet en cause la validité des monnaies fiduciaires en tant que monnaie est condamné comme un marginal, voire un fou. Ce n’est pas une réfutation acceptable du théorème de régression décrit dans les paragraphes ci-dessus, et il est du devoir d’un économiste en quête de vérité de ne pas éluder cette question importante.
Personne n’a proposé d’explication de remplacement crédible à cette valorisation de la monnaie fondée sur la régression, en partie parce que peu d’économistes contemporains comprennent pleinement la relation entre le subjectif et l’objectif dans la fixation du prix des biens en unités monétaires, et en partie parce que ses implications remettent en cause toute l’orientation de la politique monétaire. Cela apparaît de manière flagrante dans la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie de Keynes, qui sert encore aujourd’hui de vade-mecum à une grande partie de la profession économique.i
Les implications de cette absence de théorie solide des prix sont en effet importantes. Faute de comprendre la relation entre la monnaie et les biens, les erreurs de politique monétaire sont inévitables. Et à mesure que ces erreurs se manifestent, les libertés personnelles dont nous jouissons, en échangeant des biens à des prix convenus d’un commun accord, se trouvent restreintes par des interventions gouvernementales de plus en plus déformantes et contre-productives. Il en résulte une répression économique croissante, comme l’ont montré les conséquences de la répression soviétique, finalement révélées lors de l’effondrement de l’économie dirigée de l’URSS.
Si la quantité totale de monnaie et de crédit d’une économie reste constante dans le temps, et si l’on met un instant de côté les avantages de la concurrence sur les prix, l’amélioration des techniques de fabrication et la technologie, le niveau général des prix ne peut rester stable que si la préférence générale pour la détention de monnaie par rapport aux biens demeure elle aussi constante. Autrement, une baisse de la préférence globale pour la détention de monnaie entraînera une baisse du pouvoir d’achat de la monnaie, qui se traduira par une hausse généralisée des prix. De même, une hausse globale de la préférence pour la détention de monnaie entraînera une augmentation du pouvoir d’achat de la monnaie, qui se traduira par une baisse des prix.
Les quantités de monnaie ont fortement augmenté
Depuis la dernière crise financière, les quantités de la plupart des devises ont connu une expansion massive. Le graphique suivant montre l’expansion des dollars fiduciaires depuis 2009, bien supérieure au rythme de progression antérieur à la crise financière, représenté par la ligne en pointillés.
La quantité de monnaie fiduciaire correspond au montant total de la monnaie en circulation et dans le système bancaire, sous forme d’espèces et de dépôts à vue.ii Une partie de la hausse depuis 2008 correspond à des réserves bancaires détenues auprès de la Fed (2 000 milliards de dollars), mais ce n’est qu’une fraction de la hausse de 10 000 milliards.
Sans recourir à des statistiques gouvernementales contestables, il est aisé de constater que ce triplement de la quantité de monnaie en seulement neuf ans n’a pas encore entraîné la hausse attendue du niveau général des prix. Une partie de l’explication tient à ce que l’inflation monétaire a jusqu’ici principalement gonflé les prix des actifs. Mais tout résident des places financières confirmera que les prix augmentent bel et bien plus rapidement que ne l’admettent les statisticiens du gouvernement. Loin d’être un mystère, l’absence de répercussion des prix sur l’expansion rapide de la quantité de monnaie s’explique : les hausses de prix sont bel et bien en route, et une grande partie reste à venir.
Depuis la crise financière, l’expansion monétaire est devenue le facteur dominant de la hausse du niveau général de la préférence monétaire. Les dépôts bancaires ont gonflé à mesure que le crédit bancaire s’est étendu, car il faut du temps aux particuliers pour ajuster leurs encaisses à leurs besoins économiques. Rappelons que la fonction de la monnaie est de servir de pont entre notre production et notre consommation, et non d’être un actif à accumuler.
Le retour des préférences monétaires à la normale dépend d’une combinaison de facteurs, dont l’inflation des prix des actifs, avant de toucher les prix des biens. Le maintien des taux d’intérêt à un bas niveau continue de générer de nouveaux dépôts en favorisant aussi l’expansion du crédit bancaire, comme le montre le graphique ci-dessus. De plus, la détention de toutes ces liquidités commence généralement entre quelques mains, avant de se disperser progressivement entre un plus grand nombre de détenteurs.
Cependant, le déplacement vers une préférence pour les biens, à mesure que les gens cherchent à réduire leurs encaisses croissantes, n’est jamais compensé par une hausse de leur disponibilité, ce qui entraîne des importations, des déficits commerciaux, un affaiblissement de la devise et, par ce biais, des hausses de prix. Cela tient à la règle inflexible selon laquelle nous produisons pour consommer, de sorte que nous ne pouvons pas consommer ce que nous ne produisons pas, sauf en l’important. C’est pourquoi les déficits commerciaux sont une conséquence de l’expansion du crédit bancaire aux mains des consommateurs. En effet, sans un approvisionnement facile en biens étrangers, les prix intérieurs augmenteraient plus rapidement à mesure que l’équilibre des préférences monétaires se rétablit.
Il existe donc deux voies par lesquelles les prix peuvent s’ajuster à l’évolution des préférences monétaires pour une devise donnée : les marchés des changes, qui reflètent des déficits commerciaux croissants pour satisfaire une demande non couverte par la production nationale, et l’offre de biens et de services produits sur le territoire, dans un contexte de contraintes d’approvisionnement. Lorsque les biens sont importés, les hausses de prix sont souvent retardées par ce détour, et par le fait que les goulets d’étranglement de l’offre nationale s’en trouvent temporairement atténués. Pour le reste, les conséquences sont les mêmes. Les prix augmentent pour accompagner le basculement de la préférence pour la monnaie vers une préférence pour les biens, au lieu que la production soit stimulée de manière durable.
Nous devons maintenant aborder le problème à l’échelle mondiale, car l’approvisionnement en biens d’un État-nation qui accroît sa masse monétaire repose en grande partie sur les importations. Cela ne peut plus être le cas lorsque les banques centrales suivent, de manière coordonnée, les mêmes politiques expansionnistes, en faisant abstraction, pour les besoins de notre argumentation, des différences de taux d’épargne.iii
Imaginons un monde où les préférences des consommateurs pour la monnaie, partout, sont d’abord gonflées par l’ensemble des banques centrales et par les banques commerciales qui développent le crédit, avant de refluer ensuite vers la normale. La pénurie de biens qui accompagne ce recul des préférences monétaires ne peut être comblée depuis une autre planète ; en moyenne, les prix doivent donc augmenter rapidement partout pour absorber l’ajustement des préférences relatives. Nul besoin de l’imaginer, car ce sont précisément les conditions auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés, du fait de la coordination des politiques monétaires à l’échelle mondiale.
Le rythme auquel le niveau général des prix augmente est globalement déterminé par le rythme auquel la préférence pour la monnaie se détériore au profit d’une préférence pour les biens. Il en résulte que la masse monétaire totale, rapportée à la valeur totale de l’ensemble des biens, revient à son niveau antérieur à l’expansion monétaire, mais chaque unité monétaire achète nettement moins. Si, avant l’expansion monétaire, il nous convenait de détenir un solde de 5 000 $ sur nos comptes bancaires pour nos besoins de liquidité, nous en détiendrons désormais 15 000, qui permettront d’acheter les mêmes quantités initiales de biens à un prix environ trois fois plus élevé. Bien entendu, si l’individu ordinaire voit le pouvoir d’achat de la monnaie se dégrader de façon significative, il tentera de réduire encore davantage ses encaisses, jusqu’à faire s’effondrer complètement le pouvoir d’achat de la monnaie. C’est ce que l’on appelle couramment l’hyperinflation, ainsi qu’un « crack-up boom », lorsque les gens se ruent sur les biens pour se débarrasser de la monnaie à tout prix.
Il serait peut-être plus facile de visualiser cet effet si l’on écartait entièrement la validité de valeurs d’échange objectives pour les monnaies. La preuve devient alors évidente. Aujourd’hui, elle échappe à la quasi-totalité des commentaires de la presse financière, qui se concentre sur l’expansion rapide de la dette en ignorant l’augmentation simultanée de la masse monétaire. Insister sur la dette à l’exclusion de sa contrepartie, les dépôts, est tout à fait cohérent avec une méconnaissance des problèmes que dissimule l’hypothèse par défaut relative à la valeur d’échange objective de la monnaie.
Inflation et déflation
Les termes d’inflation et de déflation sont trop grossiers pour bien comprendre la monnaie et les prix, en particulier dans le contexte où on les emploie couramment. La hausse des prix est associée à une amélioration de la conjoncture économique, et la déflation à une baisse des prix, tenue pour le signe d’une conjoncture qui se dégrade. Ces deux hypothèses sont erronées, ce qui devrait apparaître clairement dès lors que l’on comprend les effets sur les prix des variations des préférences pour la détention de monnaie par rapport aux biens. Les variations des préférences relatives sont indépendantes de la performance économique, qui se poursuit quoi qu’il arrive, sauf dans la mesure où elle est perturbée par l’expansion et la contraction d’une monnaie non fiable, comme décrit ci-dessus.
Les hypothèses des banques centrales sont différentes, comme nous l’avons vu. Les évolutions monétaires aux États-Unis se retrouvent globalement dans des hausses similaires des préférences monétaires dans les autres devises, gonflées par l’expansion du crédit. Les banques centrales suivent des politiques monétaires communes fondées sur des conceptions erronées communes, car, en vérité, comme Lord Keynes, les banquiers centraux d’aujourd’hui n’ont qu’une compréhension limitée de la relation de prix entre la monnaie et les biens. Aussi, l’un des mandats communs est de cibler une inflation des prix modérée, généralement de 2 %. Les banquiers centraux croient, sans fondement, que la hausse des prix stimule l’activité des entreprises, alors qu’elle ne stimule que les statistiques.
La valeur d’échange objective de la monnaie est profondément ancrée dans l’esprit des banquiers ; ainsi, malgré tous les éléments contraires, les banquiers centraux pensent pouvoir accroître sans limite la masse monétaire, jusqu’à ce que les prix officiels se rapprochent de l’objectif d’inflation. Ils ne comprennent pas les conséquences de leurs actes. Tel un réservoir plein à déborder, la sphère non financière dispose déjà d’un niveau de liquidité financière bien supérieur à la normale, et la conséquence de son retour à la normale est une hausse des prix que personne ne pourra maîtriser.
Pour les mêmes raisons, l’establishment éprouve une crainte irrationnelle de la baisse des prix, qui est pourtant la situation typique d’une monnaie saine.
Les déflationnistes voient un système bancaire fragile, incapable d’absorber les pertes d’un ralentissement économique qui les préoccupe sans cesse. Ils soutiennent qu’une crise financière anéantira les garanties des banques à mesure que les prix des actifs chuteront, entraînant une ruée vers les liquidités pour honorer les obligations de dette. Selon eux, cela provoquera une baisse des prix, reproduisant l’expérience de la dépression des années 1930.
Les banquiers centraux semblent désormais plus préoccupés par ce scénario. La Fed veut préparer son bilan à la prochaine crise, la Banque des règlements internationaux nous avertit que nous pourrions être au bord d’une nouvelle catastrophe financière, et la Banque d’Angleterre ordonne aux banques de renforcer leurs réserves de capital pour se protéger contre la hausse des risques de crédit.
Bien entendu, ces préoccupations sont exprimées comme une alternative à la hausse des taux d’intérêt pour ralentir la croissance du crédit. La Banque d’Angleterre, par exemple, cherche à maintenir les taux d’intérêt à ces niveaux, ou à ne les relever que légèrement, tout en indiquant aux banques à qui elles doivent prêter et à qui elles ne le doivent pas. Comme à son habitude, la Banque passe totalement à côté de l’essentiel : l’inflation des prix sera provoquée par le dénouement des niveaux actuellement élevés de préférence pour la monnaie, et non par la politique des banques.
La politique monétaire est un désordre peu glorieux. Les banques centrales se préparent à gérer la prochaine crise avant que les conséquences monétaires de la précédente ne soient résorbées.
Le résultat est inévitablement cyclique. Les prix commenceront à augmenter plus rapidement, et les taux d’intérêt devront monter pour suivre. Des taux nominaux inabordables à court et moyen terme sont une quasi-certitude. On peut supposer qu’une nouvelle crise financière et économique s’ensuivra : les entreprises trop endettées feront faillite, la valeur des actifs s’effondrera et les banques passeront de l’insolvabilité à la faillite, exactement comme le craignent les partisans de la déflation. La réponse des banques centrales sera sans aucun doute d’inonder le système financier de davantage encore de monnaie pour maintenir les banques en vie et les entreprises insolvables à flot. L’assouplissement quantitatif visant à soutenir les prix des actifs et à financer les dépenses publiques devra être réintroduit à un niveau supérieur à celui observé jusqu’ici.
Les banques centrales pourraient parvenir à repousser une crise généralisée d’un an ou deux, mais le prix à payer sera une nouvelle vague de création monétaire dans un secteur privé qui détient déjà trop de monnaie par rapport aux biens. La capacité d’absorber cette monnaie supplémentaire, en plus des niveaux de liquidité existants, est très limitée, et susceptible de provoquer une hausse substantielle des prix des biens et des services avec un décalage très faible, une fois l’incertitude initiale dissipée.
En revanche, la monnaie saine, c’est-à-dire l’or physique, n’est pas détenue dans les États-providence en quantités suffisantes pour fournir la liquidité quotidienne nécessaire à l’échange de la production dans le cadre de notre division du travail. Cela semble créer entre la monnaie saine et la monnaie non saine une opportunité d’arbitrage rarement observée, et certainement jamais vue auparavant à l’échelle mondiale, du moins depuis l’époque romaine.
iVoir le chapitre 21, The Theory of Prices. Keynes n’a pas saisi la véritable subjectivité des prix, se perdant entre l’affectation des ressources de production et une théorie vague de la production et de l’emploi dans leur ensemble. Cela revient à une escapade hors des sentiers battus, dans les hautes herbes, où il laisse ses fidèles disciples égarés jusqu’à ce jour.
iiLes dépôts d’épargne sont inclus dans le total FMQ au titre des dépôts à vue, au motif que les banques les rembourseront toujours à la demande ; ils ne peuvent donc être considérés que comme des liquidités.
iiiLes taux d’épargne comptent, car ils détournent les dépenses de la consommation immédiate. Ainsi, la Chine, dont le taux d’épargne approche 40 %, peut étendre le crédit bancaire et maintenir un excédent commercial.
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