Comprendre la demande d'or en Asie

On prend de plus en plus conscience que l'or s'accumule en Asie. Les Indiens sont depuis longtemps les plus gros acheteurs d'or et ont pour tradition d'offrir de l'or en cadeau lors des occasions propices.

Cet or est le plus souvent classé dans la joaillerie dans les statistiques, et les Occidentaux supposent qu'une hausse du cours de l'or réduira la demande provenant de cette source. C'est mal comprendre le marché indien à bien des égards.

La raison pour laquelle l’or est acheté sous forme de bijoux tient à la faiblesse des coûts de transformation. Il s’agit plus exactement d’une réserve de valeur fiable, ce qui, pour les Indiens, est l’essentiel. Par ailleurs, l’expérience de l’Inde avec la monnaie papier n’a pas été heureuse. Imaginons un jeune couple marié au milieu des années 1960. La mariée aurait pu recevoir cinq ou six onces d’or sous forme de bracelets et d’autres bijoux. Le coût, majoration d’un bijoutier indien comprise, aurait été en 1965 d’environ 200 roupies l’once en équivalent pur, soit une dot de 1 200 roupies (le taux de change de 1965 était de 4,76 roupies pour 1,00 dollar américain). À chaque Diwali, à chaque anniversaire de mariage et à chaque naissance, le mari dévoué aurait acheté davantage d’or s’il en avait eu les moyens. Une partie aurait été transmise à leurs enfants lorsque ceux-ci se seraient mariés et auraient fondé leur propre famille.

Aujourd’hui, le prix de l’or est d’environ 95 000 roupies. En tant que forme d’épargne, l’or a surclassé sans conteste tous les autres placements que notre couple indien aurait pu réaliser. Il serait désormais dans la soixantaine et envisagerait une retraite confortable, centrée sur la famille, les enfants et les petits-enfants. Comparons cela à notre monde plus sophistiqué, où des retraites sous-financées ne couvrent pas ce dont nous avons réellement besoin pour vivre. Beaucoup d’entre nous dépendront de l’État pour une pension minimale, que l’État fera lourdement financer par l’impôt de nos enfants. Et l’équivalent occidental de notre couple indien doit s’attendre à ce que sa rente de retraite, s’il en a une, achète de moins en moins à mesure qu’il vieillit.

Ne considérons donc pas l’attachement de l’Inde à l’or comme une simple tradition. Dans leurs choix d’investissement, les Indiens ont fait preuve d’une sagesse bien supérieure à celle de la plupart de leurs homologues occidentaux. Et il ne s’agit pas seulement des Indiens : il y a toute l’Asie du Sud-Est, ainsi que les Chinois, qui ont beaucoup de retard à rattraper, ayant été interdits de détention d’or jusqu’à il y a huit ans seulement. Selon Albert Cheng, du World Gold Council, le public chinois a, en si peu de temps, dépassé les Indiens en tant qu’acheteur d’or. La différence entre les Indiens et les Chinois est que le gouvernement indien a adopté Keynes comme maître à penser et déteste donc l’or, estimant que son peuple est arriéré. Le gouvernement chinois, au contraire, encourage sa population à en acheter toujours davantage. Entre la Chine, l’Inde et tous les autres pays d’Asie du Sud-Est épris d’or, près de trois milliards de personnes sont désormais certaines que l’or est une réserve de valeur à long terme bien supérieure à n’importe quelle monnaie papier.

L’autre conclusion que nous pouvons en tirer est que le prix n’a pas d’importance. Regardons ce qui s’est passé depuis que l’or a atteint son sommet il y a un an : les achats asiatiques n’ont cessé d’augmenter tandis que les gérants de fonds occidentaux et les médias se disputaient pour savoir si l’or montait ou descendait. Mais les Asiatiques savent d’instinct que ce qui se passe réellement, c’est que la monnaie papier baisse, et leur dure expérience leur dit qu’elle ne monte jamais.

Retour aux analyses Goldmoney